Ziggourat

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Introduction

Une ziggourat, ou ziggurat, pron. [ziguRat], est un édifice religieux mésopotamien à degrés constitué de plusieurs terrasses supportant un temple construit à son sommet. Le terme vient de l'akkadien ziqqurratu(m) (sumérien ), dérivé du verbe zaqāru, « élever », « construire en hauteur ». Il s'agit du monument le plus spectaculaire de la civilisation mésopotamienne, dont le souvenir a perduré bien après sa disparition par le récit biblique de la Tour de Babel, inspiré par la ziggurat de Babylone.

Depuis la mise au jour des grandes capitales mésopotamiennes, plusieurs de ces bâtiments ont pu être analysés, même s'il n'en reste plus qui soit intact, et que beaucoup sont dans un état très délabré. Peu de descriptions des ziggurats proviennent de la civilisation mésopotamienne, que ce soient des textes ou des images. On en trouve également des mentions chez des auteurs grecs (Hérodote et Ctesias). Si l'aspect général des ziggurats nous est maintenant connu, il existe toujours des points d'ombre quant à leur fonction et surtout leur signification.

La ziggurat de Chogha Zanbil, située à 40 km au sud-est de Suse (Iran), la mieux conservée de nos jours.

Développement et localisation des ziggurats

Des temples sur terrasse aux ziggurats : le problème des origines

Historiquement, les ziggurats sont probablement les héritières des édifices cultuels qui sont bâtis sur des terrasses en basse Mésopotamie. Cette filiation a longtemps reçu des critiques, mais elle paraît aujourd'hui admise, même si les ziggurats présentent des caractères propres qui en font des édifices originaux.

Le plus ancien exemple d'édifice sur terrasse pouvant être interprété comme un temple est attesté à Eridu durant la période d'Obeid, vers 5000. Il s'agit de quatre constructions successives (niveaux IX à VI) de taille croissante au cours du temps et de plan tripartite, ordinaire à cette époque, mais construits sur une plateforme haute de plus d'un mètre. Cette tradition se prolonge au IV millénaire (période d'Uruk), avec le « Temple blanc » du quartier Kullab d'Uruk, un édifice de 18 mètres sur 7 remarquablement conservé, bâti sur une terrasse de 13 mètres de haut, déjà précédé par des édifices semblables datant de la période d'Obeid. Le temple sur terrasse le mieux conservé a été exhumé à Tell Uqair, en basse Mésopotamie, datant de la fin de la période d'Uruk et de la période de Djemdet Nasr (fin du IV millénaire). Il est constitué de deux terrasses superposées sur lesquelles est bâti un édifice interprété comme étant un temple, encore en partie conservé. La première terrasse, décorée de pilastres et de cônes d'argile formant une mosaïque, s'élève sur 5 mètres. Sa façade principale est rectiligne, mesure 57 mètres de long, avec un escalier à chaque extrémité. Les autres côtés sont courbes. La seconde terrasse est rectangulaire et haute de 1,60 mètres, et supporte l'édifice supérieur mesurant environ 18 x 22,50 mètres.

Au III millénaire (Dynasties archaïques), un temple sur terrasse est bâti dans le second quartier sacré d'Uruk, l'Eanna. Un autre édifice similaire de la même période est le « Temple ovale » de Khafadje, dans la vallée de la Diyala, dont il ne reste que la terrasse rectangulaire décorée de pilastres de 25 x 30 mètres, encore haute de 4 mètres, disposant d'un escalier perpendiculaire menant au temple qui se trouvait à son sommet et qui a aujourd'hui complètement disparu. L'édifice tire son nom des deux enceintes ovales qui l'isolent du reste de la ville. D'autres temples sur terrasse de la même époque sont attestés en haute Mésopotamie et en Syrie, notamment à Tell Brak et peut-être à Mari. Certains sites du plateau iranien du III millénaire présentent des constructions monumentales comprenant plusieurs terrasses superposées : à Tureng Tepe, Tepe Sialk, Konar Sandal en Iran et jusqu'à Mundigak en Afghanistan et Altyn-depe au Turkménistan. Bien qu'ils soient parfois encore appelés « ziggurats » par leurs fouilleurs, rien ne prouve que ces édifices aient un lien avec les temples sur terrasse mésopotamiens, dont ils divergent par bien des aspects. Les liens entre les deux types de constructions restent de toute manière peu étudiés, notamment parce que les terrasses iraniennes sont encore mal connues.

Quand apparaissent les premiers édifices pouvant être qualifiés de ziggurats ? Le terme ziqqurratu(m) n'apparaît qu'au début du II millénaire, après la construction des premiers bâtiments de ce type. Il est évident que les constructions réalisées dans les grands centres religieux de Sumer par Ur-Nammu d'Ur et son successeur Shulgi autour de 2100 sont de véritables ziggurats. Mais il reste à voir s'il s'agit des premières : certains temples sur terrasses de la période finale des Dynasties archaïques sont parfois considérées comme des ziggurats, comme c'est le cas pour la « ziggurat d'Anu » d'Uruk. Des édifices ressemblant à des ziggurats apparaissent sur des sceaux-cylindres dès la fin de la période d'Uruk et à l'époque des Dynasties archaïques, mais rien ne confirme qu'il s'agisse bien de temples sur terrasse. Dernièrement, les fouilles de Mari en Syrie ont mis au jour des indices témoignant de la présence d'un édifice qui serait une ziggurat sur ce site, et dont les premiers niveaux seraient bien antérieurs aux constructions d'Ur-Nammu. Il est en tout cas certain que les ziggurats des rois d'Ur ont été précédées par des constructions similaires mais aujourd'hui recouvertes par les constructions postérieures, et donc on ne peut savoir s'il s'agissait déjà de ziggurats ou bien de temples sur terrasse d'un type plus ancien. La limite entre les deux est de toute manière dure à fixer, les ziggurats des rois d'Ur ayant trois terrasses, soit seulement une de plus que le temple sur terrasse de Tell Uqair. Vu que nous ne connaissons pas les critères des Anciens pour définir une ziggurat (si tant est qu'il y en ait eu de précis), cela reste ouvert à la discussion.

Les ziggurats de la Troisième dynastie d’Ur

Ruines de la ziggurat d'Ur.

Que les rois de la Troisième dynastie d'Ur (XXI siècle) soient les initiateurs des ziggurats ou non, cette époque est en tout cas décisive pour le succès futur de ce genre de constructions. C'est en effet à partir des débuts de la Troisième dynastie d'Ur que les grands centres cultuels de basse puis de haute Mésopotamie sont tous dotés progressivement de ces édifices qui sont conçus selon un même modèle, bien qu'ils ne soient pas strictement identiques. A partir de ce moment, toute grande ville mésopotamienne a sa ziggurat, monument qui semble indispensable à son prestige.

Ces constructions ont apparemment été initiées par le fondateur de la dynastie, Ur-Nammu (2112-2094), et poursuivies par son fils et successeur Shulgi (2094-2047). Quatre ziggurats au moins ont été construites, dans les principaux centres religieux du pays de Sumer, d'où provenait la dynastie : Ur, Uruk, Eridu et Nippur (peut-être aussi une autre à Larsa). Ces édifices sont construits selon le même principe : trois terrasses empilées qui supportent un temple, auquel on accède par deux escaliers latéraux parallèles à la base et un grand escalier central perpendiculaire, mais leur orientation est différente. Elles sont dédiées aux divinités tutélaires de ces cités. Ces constructions ont nécessité la mise au point de nouvelles techniques de construction, et la mobilisation de nombreux travailleurs. Cela s'inscrit dans la politique de grands travaux mis en œuvre par les souverains de ce véritable Empire dominant alors toute la Mésopotamie, et servi par un appareil bureaucratique et une foule de dépendants qui atteint des quantités jamais atteintes auparavant. Cela explique pourquoi ces quatre ziggurats sont construites selon un même modèle presque standardisé, en quelque sorte « en série ». L'édification de ces ziggurats sous cette dynastie est un moment-clé de l'histoire de l'architecture mésopotamienne.

Les ziggurats des II et I millénaires

Localisation des ziggurats connues de Mésopotamie et d'Élam.

Après l'effondrement de la Troisième dynastie d'Ur vers 2004, la construction de ziggurats se poursuit sous l'impulsion des rois d'origine amorrite des États de la basse Mésopotamie du début du II millénaire, qui ont l'habitude de reprendre les traditions héritées de leurs prestigieux prédécesseurs sumériens. Si les rois d'Isin, premiers dominateurs de la région après la chute d'Ur, ne bâtissent pas de ziggurat dans leur capitale, ceux de Larsa le font. Après le XVIII siècle, les rois de Babylone qui sont les nouveaux maîtres du sud mésopotamien en bâtissent une dans leur capitale ainsi que dans les villes voisines de Sippar (à Abu Habbah, le sanctuaire du dieu-soleil Shamash), Borsippa et peut-être Kish. Les ziggurats des rois d'Ur sont toujours entretenues.

Le modèle des ziggurats se répand vers le nord de la Mésopotamie. Une ziggurat est construite à Tell Rimah (sans doute l'antique Qattara) et à Assur pour le dieu tutélaire de la ville, Assur. Il y en a peut-être une autre à Tell Leilan (Shekhna/Shubat-Enlil).

Durant la seconde moitié du II millénaire, de nouvelles ziggurats sont bâties, alors qu'on continue d'entretenir les précédentes. En Babylonie, un des deux rois kassite nommé Kurigalzu (sans doute le premier) en érige une dans sa nouvelle capitale éponyme, Dur-Kurigalzu (Aqar Quf). En Assyrie, deux ziggurats sont bâties dans le temple double d'Anu et Adad à Assur (ce qui fait en tout trois ziggurats identifiées par l'archéologie dans cette ville), et une autre à Kar-Tukulti-Ninurta, capitale fondée par le roi éponyme durant la seconde moitié du XIII siècle. Au même moment, on en construit une dans le royaume élamite (dans le sud-ouest de l'Iran actuel), dans la nouvelle ville fondée par le roi Untash-Napirisha, Dur-Untash (Chogha Zanbil). Les dernières nouvelles ziggurats sont l'œuvre de deux rois assyriens de la première moitié du I millénaire, eux aussi fondateurs d'une nouvelle capitale pour leur royaume. Assurnasirpal II en fait bâtir une à Kalkhu (Nimrud) vers 870, et Sargon II à Dur-Sharrukin (Khorsabad) à la fin du VIII siècle.

On sait par les textes mésopotamiens qu'il existait des ziggurats dont on n'a pas retrouvé les traces, même sur des sites fouillés comme Ninive et Suse. Il y en avait peut-être sur le sites non identifié d'Akkad où se trouvait un grand sanctuaire dédié à Ishtar. On dispose de deux tablettes faisant la listes des ziggurats qui existaient, dont les exemplaires datent de la période néo-assyrienne et de la période néo-babylonienne, mais qui sont probablement des copies de tablettes plus anciennes. Elles listent respectivement 22 et 23 ziggurats (dont plusieurs pour un même site, notamment Nippur où ce n'est pas confirmé par l'archéologie) pour les sites de basse Mésopotamie uniquement. En haute Mésopotamie, une inscription du roi assyrien Salmanazar Ier (1275-1245) commémore la restauration de plusieurs temples dont des ziggurats, parmi lesquelles celles dédiées à Ishtar à Arbelès (Erbil) et à Talmushshu (localisation inconnue), pour lesquelles on ne dispose pas d'autres attestations. Une inscription retrouvée à Chogha Pahn en Élam mentionne la présence d'une ziggurat sur ce site. Il pourrait donc en tout y avoir eu une trentaine de ziggurats en Mésopotamie et trois en Élam, construites entre la fin du XXI siècle et le VIII siècle, en sachant qu'il pouvait en exister d'autres dans des sites non fouillés et non attestées par les textes. De plus, il y a parfois des divergences chez les archéologues pour savoir si la construction en présence est une ziggurat ou un temple sur terrasse, type de construction dont la tradition se poursuit après l'édification des premières ziggurats, et qu'il est parfois difficile de distinguer des ziggurats, d'autant plus qu'on ne sait pas si les Anciens le faisaient et qu'il n'y a pas de définition stricte de ce type d'édifices permettant de distinguer clairement l'un de l'autre (chaque ziggurat étant de toute manière un temple sur terrasse).

La plupart des grandes ziggurats sont restaurées voire agrandies par les souverains Assyriens et Babyloniens de la première moitié du I millénaire. La ziggurat de Babylone, Etemenanki, remaniée entre le VII siècle et le début du VI par les rois assyriens Assarhaddon et Assurbanipal puis les babyloniens Nabopolassar et Nabuchodonosor II, marque l'aboutissement de ce type de constructions. Les ziggurats continuent à être entretenues au moins jusqu'à la chute du royaume de Babylone en 539, le dernier héritier de la longue tradition des constructions monumentales typiquement mésopotamiennes. Elles sont progressivement tombées en ruine durant l'Antiquité et leurs briques ont souvent été utilisées comme matériaux de constructions par les populations vivant à leur proximité. Cela n'a pas empêché certaines ziggurats de rester encore impressionnantes malgré l'épreuve des siècles (à Ur, Dur-Kurigalzu, Chogha Zanbil), tandis que d'autres ont totalement disparu (Ninive, Suse).

Caractéristiques architecturales de la ziggurat

Forme et dimensions

Tentative de reconstitution de la ziggurat d'Ur.

Plan du complexe comprenant les ziggurats jumelles dédiées à Anu et Adad (en foncé) à Assur.

D'après les relevés des fouilles archéologiques (qui n'ont généralement pu bien mettre au jour que la base des édifices), il apparaît que les ziggurats sont des bâtiments de base carrée ou rectangulaire, orientés dans des directions diverses. Ces bases ont des dimensions variables. Au nord, elles sont carrées, tandis qu'au sud la majorité a une base rectangulaire, et une minorité carrée. Les plus petites ont des côtés d'une trentaine de mètres : 31,50 x 19 m à Tell Rimah, 36,60 x 35 pour les ziggurats jumelles d'Anu et d'Adad à Assur, 31 x 31 m à Kar-Tukulti-Ninurta, 37 x 30 m à Sipparetc. La plus vaste est celle de Chogha Zanbil, avec 105,20 m de côté, tandis que celle de Babylone dans son état final a une base d'environ 91 m de côté. Ces deux-là sont de loin les plus vastes connues. Entre ces extrêmes, on trouve des ziggurats ayant une base dont les côtés varient entre 40 et 60 mètres généralement : 43,10 x 43,10 m à Khorsabad, 51 x 51 mètres à Kalkhu, 60 x 60 mètres pour la ziggurat d'Assur dans la ville du même nom, 43,50 x 40,30 à Larsa, 56 x 52 m à l'Eanna d'Uruk, 57 x 39,40 m à Nippur, 61,80 x 36,50 mètres à Eridu, 62,50 x 43 m à Ur, et jusqu'à 67,60 x 69 mètres à Dur-Kurigalzu.

L'accès vers les niveaux supérieurs des ziggurats se faisait par des escaliers. Dans le sud mésopotamien, les bases de ceux-ci apparaissent : un escalier principal est perpendiculaire à l'édifice, et il est encadré par deux autres escaliers plaqués contre le monument et parallèles au mur. Comme les étages supérieurs ne sont pas conservés, on ne sait généralement pas si l'accès au temple haut se faisait par l'escalier central prolongé ou bien par d'autres rampes internes. Les ziggurats assyriennes n'ont pas laissé de traces d'escaliers. Plusieurs théories ont été proposées pour retrouver la façon dont on avait accès aux niveaux supérieurs. Il est possible que le premier étage soit desservi par un escalier dont la base se trouve dans le temple qui est souvent accolé à la ziggurat en haute Mésopotamie (c'est apparemment le cas à Tell Rimah, et probable pour les ziggurats jumelles d'Assur). La ziggurat de Chogha Zanbil, la mieux conservée, est un cas original, puisqu'on montait au second étage par quatre escaliers internes voûtés partant à la perpendiculaire de l'édifice, situés au milieu de chacun des côtés du premier étage. L'accès aux autres étages devait se faire par d'autres escaliers internes.

Le nombre d'étages que comportaient les ziggurats est souvent débattu. Il y en avait trois sur les premières construites au temps d'Ur-Nammu, quatre à celle de Chogha Zanbil, sans compter le temple haut. La ziggurat de Babylone en comportait sept, en y incluant le temple haut, ce qui semble être le maximum et également un nombre à valeur symbolique forte. Pour les autres, on est souvent dans le doute. On ne peut donc pas savoir quelle était la hauteur atteinte par ces édifices, mais juste l'estimer. Les ruines de celle de Dur-Kurigalzu atteignent encore 57 mètres de haut, et on pense qu'elles auraient pu s'élever à l'origine à près de 70 mètres, cet édifice étant l'une des plus vastes ziggurats. À Borsippa les ruines s'élevaient au moment des fouilles à 47 mètres, à Kalkhu sur 45 mètres, et à Chogha Zanbil elles font encore 25 mètres de haut et pourraient avoir atteint plus de 50 mètres à l'origine. Celle de Babylone aurait eu une hauteur de 90 mètres si on se fie à la Tablette de l'Esagil, document comprenant la description des dimensions de l'édifice. Mais la fiabilité de ce texte est remise en cause, étant donné qu'il semble plus donner des chiffres symboliques car son but est d'expliquer la fonction cosmologique de l'édifice et pas forcément de le décrire tel qu'il est réellement. Ce qui explique pourquoi la hauteur de la ziggurat de Babylone est discutée, et était probablement moins élevée. De même, une tablette scolaire d'époque récente nous montrant un plan d'élévation d'une ziggurat à sept étages avec leurs dimensions, est sans doute un exercice abstrait représentant une ziggurat idéalisée.

Le dernier étage des ziggurats comprenait probablement un temple, le plus souvent appelé gigunû, ou kukunnum en Élam, et dans le cas de celle de Babylone on trouve šahuru ou rarement bīt ziqrat (« temple (litt. maison) de la ziggurat »). Tous ont disparu, et à côté de quelques représentations de diverses ziggurats dont on dispose, le moyen d'avoir des informations sur ces édifices est essentiellement de se reporter aux informations relatives à la ziggurat de Babylone au I millénaire. Elles sont contenues dans des textes babyloniens, dans la description d'Hérodote, ainsi que par une stèle récemment redécouverte sur laquelle elle est représentée la ziggurat avec le temple haut, et qui donne également le plan de ce dernier édifice. Selon la Tablette de l'Esagil, ce temple mesurait 25 x 24 mètres, et aurait atteint 15 mètres de hauteur. On y accédait par des portes situées sur chacun de ses côtés, qui donnaient accès à six cellae disposées autour d'une cour centrale couverte. Il fut bâti avec des poutres de cèdre, ses murs extérieurs étaient recouverts de briques à glaçure bleue. Hérodote dit qu'on n'y trouvait pas de statues. On y trouvait au moins le riche mobilier des dieux, comme dans un temple normal. Une image de la ziggurat de Suse sculptée sur un bas-relief de Ninive montre que le temple supérieur était décoré par deux paires de cornes de cuivre sur au moins un de ses côtés, symbolisant peut-être la divinité comme les tiares à cornes dont étaient coiffées les divinités mésopotamiennes

Matériaux et techniques de construction

Les ziggurats sont bâties dans le matériau de construction fétiche de la civilisation mésopotamienne : la brique d'argile. La pierre est uniquement utilisée là où elle est disponible, en Assyrie, pour construire les soubassements de ces édifices. La brique d'argile peut être rectangulaire ou carrée, disposée de chant ou à plat, suivant différents types d'appareil (en boutisse ou en panneresse). Le noyau central des ziggurats était constitué de briques crues, la grande majorité des briques ayant servi à leur construction. Il était généralement encadré d'un coffrage de briques cuites, bien plus solides et moins perméables à l'eau. Ce coffrage est large d'environ 1,50 mètres pour les ziggurats de la période d'Ur III, mais atteint 15 mètres dans celle de Babylone durant son état final. Les escaliers et les sols des étages sont généralement faits en briques cuites eux aussi. Des briques glaçurées ont pu être utilisées pour certains temples supérieurs comme il a été vu précédemment. Les murs avaient généralement un décor extérieur de pilastres et de redans, et avaient une forme légèrement courbée pour pallier les effets de la perspective (entasis). Rien n'indique qu'ils aient été peints dans une couleur, comme l'a prétendu Victor Place lorsqu'il a analysé la ziggurat de Khorsabad.

La masse que constituait l'ensemble des millions de briques agglomérées dans une ziggurat posait différents problèmes physiques : des pesées, des poussées, des tassements, des glissements latéraux, en plus de problèmes d'infiltration ou d'écoulements d'eau. Les bâtisseurs mésopotamiens avaient donc mis en œuvre différents procédés pour assurer la durabilité de ces édifices. Du bitume était employé pour imperméabiliser la base des ziggurats. L'eau de pluie ruisselant sur les étages supérieurs était évacuée par des « drains-gouttières » en brique crue. Des couches de roseaux disposées à intervalles réguliers entre les briques, constituaient un chaînage évitant le glissement des briques. Certaines ziggurats (Uruk, Borsippa, Dur-Kurigalzu) comprenaient en plus un ancrage de cordes de roseaux tressées courant sur toute leur longueur. Des poutres de bois disposées dans le massif de briques pouvaient également constituer un chaînage ou une armature. On laissait également de petits tunnels dans la ziggurat, sans doute pour permettre l'assèchement du massif de briques, ou bien pour compenser la variation de taille de ces briques suivant la chaleur ou l'humidité. Les constructeurs de la ziggurat de Tell Rimah ont employé des techniques différentes, sans doute dans le même but : un espace de 90 cm sépare le cœur de l'édifice des murs extérieurs, et une chambre centrale voûtée, vide et inaccessible, a été laissée à l'intérieur de la ziggurat. On trouve ce même procédé dans d'autres ziggurats assyriennes, comme à Kalkhu.

La ziggurat dans l'espace et le paysage urbains

Comme les principaux monuments construits par les Anciens mésopotamiens, la ziggurat est localisée dans une ville. Elle fait généralement partie du quartier central de la cité, où se trouvent ses principaux édifices politiques et religieux. Plus précisément, elle se situe souvent dans un véritable « quartier sacré », à proximité du temple principal de la divinité tutélaire de la cité et des résidences des principaux officiants du temple. Le tout forme un véritable ensemble, avec des magasins, cuisines, et services administratifs. Les ziggurats se trouvent à proximité du temple qui leur est généralement associé, dans un espace isolé du reste de la ville par une enceinte délimitant un périmètre sacré, auquel seul le personnel cultuel avait habituellement accès. Il ne s'agit donc pas d'édifices ouverts. À Ur, cette enceinte clôt un espace de 140 x 135 m bâti sur une terrasse artificielle, tandis qu'à Babylone, la ziggurat a la particularité de disposer de sa propre enceinte de 400 mètres de côté, au nord de celle de son temple bas dont elle est donc séparée. Le cas des deux ziggurats jumelles du temple double d'Anu et d'Adad à Assur, comprises dans une seule enceinte intérieure et jouxtant deux temples bas jumeaux, sont un autre cas original. Mais il semble que plusieurs villes aient disposé de plus d'une ziggurat, si l'on se fie aux Listes de ziggurats évoquées précédemment. Les ziggurats élamites sont également situées dans un quartier sacré, qui serait nommé (en élamite) kizzum à Suse et siyan-kuk à Chogha Zanbil, entouré d'une enceinte, le premier contenant peut-être un bosquet sacré (husa).

Par sa masse et son élévation, et malgré son isolement dans une enceinte, la ziggurat devait dominer la ville dans laquelle elle était bâtie. En basse Mésopotamie, le relief plat devait la rendre visible à des kilomètres. En haute Mésopotamie, où le relief est plus irrégulier, la ziggurat est bâtie sur les sortes d'acropoles qui constituent le quartier principal des grandes villes, associant palais et temples. Elle surplombait donc le reste des constructions, a fortiori quand elle était située près du rebord de la colline, comme à Kalkhu et Assur (pour la ziggurat principale). Les ziggurats étaient donc des éléments marquants du paysage urbain des grandes capitales et villes sacrées de Mésopotamie. Encore aujourd'hui, les ruines des ziggurats qui sont relativement bien conservées dominent les sites où elles se trouvent.

Les fonctions des ziggurats

Une construction monumentale

Par leur masse et leur aspect spectaculaire, et les moyens mis en œuvre pour les édifier et les préserver, les ziggurats sont parmi les monuments les plus importants construits par les Anciens mésopotamiens. Leur construction est une tâche prise en charge par les souverains, qui mettent leur administration et leur main-d'œuvre en action pour cela. Comme pour les palais, les grands temples et les murailles des cités, les constructions des ziggurats sont décrites dans des inscriptions de construction, qui mettent bien en avant leur aspect monumental et l'importance symbolique que leur édification revêtait pour les rois et leur prestige personnel. Les noms de certaines ziggurats mettent d'ailleurs en avant le respect qu'inspirait ces édifices ou leur aspect spectaculaire : la « Maison au fondement imposant » () à Ur ou la « Maison-montagne de l'univers » () à Assur. Les ziggurats ont également marqué les témoins extérieurs à la civilisation mésopotamienne, notamment celle de Babylone, que des auteurs grecs ont décrite et qui a tellement marqué les juifs déportés en Babylonie qu'elle leur a inspiré le mythe de la Tour de Babel.

Il a été tenté d'évaluer ce que demandait la construction de tels édifices. M. Sauvage a estimé la quantité de briques nécessaires à la construction du premier étage de la ziggurat d'Ur à plus de 7 millions (crues et cuites). Selon lui, la construction de cet étage aurait dû demander près de 95 000 journées de travail pour le maçonnage des briques, et 50 000 journées de travail pour les autres tâches, soit respectivement 95 et 50 jours si on employait 1 000 ouvriers, nombre attesté dans le cas de la construction d'un temple à la même période. Un texte d'époque néo-babylonienne nous apprend que plus de 8 500 personnes ont été employées à la construction de la ziggurat de Sippar, ce qui est considérable. Pour la même époque, J. Vicari évalue que la ziggurat de Babylone comprend 36 millions de briques (mais cela dépend de la dimension qu'on lui attribue), pouvant être mis en œuvre selon lui par 1 200 hommes en 1 250 jours, calcul théorique dans la mesure où cet édifice est en fait une extension d'une ziggurat antérieure plus petite et n'a donc pas nécessité un tel travail ; tandis que M. Sauvage a estimé qu'il aurait fallu environ 330 jours de travaux à 1 500 ouvriers (dont un bon millier de maçons) pour la construire, sans prendre en compte les autres matériaux (bois, roseaux) et l'intendance.

Il est probable que les administrateurs en charge de ces chantiers aient ajusté le personnel mobilisé en fonction du temps prévu pour la construction et de leurs moyens. Ils n'avaient pas besoin d'un personnel spécialisé pour préparer les briques. Les ouvriers n'étaient sans doute pas mobilisables toute l'année, en raison des obligations des travaux agricoles, de l'entretien d'autres constructions publiques comme les canaux, etc., ce qui rend difficile l'estimation du temps nécessaire à la construction ou la restauration d'une ziggurat, sans oublier d'éventuels imprévus. Un autre problème était de trouver le personnel spécialisé, les maîtres-maçons, qui pouvaient avoir des compétences très vastes et étaient donc indispensables au chantier. On ne sait en revanche rien des architectes ayant conçu et supervisé la construction de ces édifices, le souverain se présentant systématiquement comme le concepteur de ceux-ci.

Au final, la construction d'une ziggurat ne représente pas une charge de travail considérable, et pas forcément beaucoup plus qu'un autre monument, vu qu'un grand temple demandait environ 20 millions de briques (sans compter ses dépendances). Un palais royal ou une muraille demandaient beaucoup plus de moyens.

Un temple surélevé

Depuis les premières explorations et fouilles de ziggurats en Mésopotamie, des spéculations ont été faites quant à leur fonction. Par exemple, Victor Place et d'autres observateurs du XIX siècle ont voulu voir dans les ziggurats un observatoire d'astronomes. Elles ont certes pu servir à mieux voir le ciel, et à s'en rapprocher pour des rituels (voir plus bas), mais ce n'est pas leur fonction principale. Tout indique en effet que les ziggurats sont des édifices à fonction religieuse. Elles sont situées dans un espace sacré, sont dédiées à une divinité, et portent un nom sumérien comme les autres temples mésopotamiens, débutant par le terme , signifiant « maison », car un temple est considéré comme étant la résidence d'une divinité. Ces noms peuvent également servir pour rechercher la symbolique des ziggurats, mais le problème est qu'ils sont très divers et peuvent nous orienter dans plusieurs directions, même si des recoupements sont possibles et très évocateurs comme il sera vu plus bas.

Plusieurs interprétations ont été faites quant à leur fonction religieuse. On a voulu y voir une construction funéraire (Hommel), ou bien un symbole de l'univers ou de la terre en miniature (Rawlinson, Jensen, Lagrange), ou encore un trône divin (Lethaby, Dombart). Les ziggurats ont également été comprises comme des reproductions symboliques de montagnes, qui auraient eu une signification religieuse. L'architecte et archéologue allemand W. Andrae a proposé une autre interprétation, qui voit dans la ziggurat un édifice destiné à porter un sanctuaire surélevé (Hochtempel) lié à un sanctuaire situé à proximité au niveau du sol (Tieftempel). Selon lui, le temple haut est la résidence terrestre habituelle de la divinité, qui peut descendre rejoindre son temple bas à l'occasion. Cette théorie a été critiquée, car dans certains cas il n'y a pas de temple bas répondant au temple haut de la ziggurat (Nippur, Ur). Le fait de surélever la ziggurat peut néanmoins servir à placer le temple de la divinité principale au-dessus des autres temples de la ville.

Un lien entre le Ciel et la Terre

La théorie de W. Andrae a été prolongée par A. Parrot, qui a émis l'hypothèse selon laquelle la ziggurat est un édifice permettant à la divinité de descendre du Ciel vers la Terre, plutôt qu'un moyen pour les hommes de s'élever vers le Ciel. Quoi qu'il en soit, les interprétations ultérieures ont mis en avant le rôle de la ziggurat en tant que lien entre le Ciel et la Terre. Cela se retrouve notamment dans les noms de certaines ziggurats : celle de Babylone, « Maison-fondement du Ciel et de la Terre » (), celle de Nippur, « Maison-lien du Ciel et de la Terre » (), ou encore celle de Sippar, « Maison-escalier pour le Ciel pur » (). Une inscription du roi Nabuchodonosor relative à la construction de la première proclame ainsi : « Alors je m'appliquai à élever Etemenanki, pour faire rivaliser son sommet avec le ciel. » On constatera également que la Genèse raconte que les constructeurs de la Tour de Babel voulaient que son « sommet touche au ciel ».

D'après la conception mésopotamienne du Monde, celui-ci était constitué du Ciel (), et de l'ensemble constitué de la Terre et du Monde inférieur (), qui auraient été séparés au début des Temps selon une tradition cosmogonique. Le Ciel était le lieu de résidence des divinités principales du panthéon mésopotamien, les Anunnaki, alors que le Monde inférieur est l'équivalent des Enfers. Entre les deux se trouve la surface terrestre, où vivent les humains. La ziggurat pourrait donc symboliser une sorte de lien entre les deux grandes parties constituant le Monde, voire un passage de l'un vers l'autre comme l'indique le nom de la ziggurat de Sippar. La ziggurat de Babylone pourrait en plus avoir la fonction particulière de symboliser ce qui était considéré comme le centre du Monde, le lieu où le dieu Marduk a créé l'Univers d'après l'Épopée de la Création babylonienne (Enuma Eliš).

Quels rituels avaient lieu dans les ziggurats ?

Si la ziggurat a une fonction religieuse, quels sont alors les rituels qui ont pu y avoir lieu ? Des informations proviennent d'abord de la ziggurat de Babylone. On sait d'après la Tablette de l'Esagil que le temple haut abritait les statues de plusieurs divinités : Marduk, Nabû et sa parèdre Tashmetu, Ea, Nusku, Anu et Enlil. En face de la cella de Marduk se trouvait une chambre comprenant son lit et son trône. Tout cela nécessitait le même entretien quotidien que les temples ordinaires, à savoir des offrandes alimentaires, vestimentaires et autres aux statues symbolisant la présence divine dans le sanctuaire. En tout état de cause, il paraît légitime de supposer que des rituels similaires à ceux qui se déroulaient dans le temple bas (l'Esagil) pouvaient être transposés dans le temple haut d'Etemenanki, même si aucun texte ne mentionne le déroulement de rituels quotidiens ou courants dans le temple de la ziggurat. Les textes évoquent plutôt des rituels exceptionnels, comme le déroulement d'un rituel de type Mariage sacré dans le lit de ce temple, entre Marduk et sa parèdre représentés par leurs statues cultuelles. On trouve une même idée dans Hérodote, qui dit que la chambre divine voyait lors d'un rituel l'union entre le dieu et une femme du pays. D'autres textes fragmentaires évoquent des rituels pouvant se dérouler dans le temple haut de la même ziggurat. Les représentations artistiques de ziggurats ne permettent pas d'en savoir plus. On serait tenté de voir dans les escaliers des ziggurats des chemins pour faire des processions, mais aucun document sur des rituels ne vient appuyer cela. La ziggurat de Babylone n'est jamais mentionnée comme lieu de passage lors de la fête religieuse de l'akītu qui a lieu lors du Nouvel An, alors que de nombreux temples de la ville sont visités à cette occasion.

Deux documents mésopotamiens indiquent plus explicitement qu'une ziggurat a servi de lieu de déroulement de rituels spécifiques. Il s'agit de tablettes de la période séleucide, donc très tardives, provenant d'Uruk, et décrivant des rituels similaires, se déroulant sur le toit du temple au sommet de la ziggurat du dieu Anu. Un d'eux a lieu durant la nuit, et est apparemment destiné à assurer la pérennité de la lumière dans un feu sacré, en lien avec des astres divins. Lors qu'apparaissent les étoiles du dieu Anu et de sa parèdre Antu on entonne des chants, puis on effectue des sacrifices en leur honneur avant d'allumer une torche transportant un feu sacré, à laquelle on a effectué un « lavage de bouche », rituel consistant à insuffler de la vie dans des objets sacrés. Elle est ensuite portée en d'autres endroits du sanctuaire, avant d'être éteinte dans la cour principale du temple, à la suite de quoi les autorités et habitants d'Uruk allument à leur tour des torches en divers points de la ville et à ses portes jusqu'à la fin de la nuit. Dans ces cas, ce serait donc seulement la hauteur de la ziggurat qui en fait le lieu idéal pour une partie de ce rituel lié à des astres divinisés, dont on cherche peut-être à capter la lumière sacrée, et on ne fait rien dans le temple supérieur de l'édifice. Au final, il est frappant de constater que parmi les nombreux textes de rituels et de fêtes religieuses dont nous disposons, seul un petit nombre indique explicitement que des rituels se soient déroulés dans le temple haut de la ziggurat, alors que cet édifice paraît majeur dans le paysage religieux des grandes villes mésopotamiennes.

Maquette du sit-šamši, XIIe siècle, Musée du Louvre.

La documentation élamite relative aux ziggurats fournit aussi des indices, au moins sur l'existence d'un rituel ayant lieu dans l'espace sacré entourant celle de Chogha Zanbil. Les fouilleurs du site ont dégagé au pied d'un des côtés de l'édifice un espace cultuel, où se trouvaient 14 tables interprétées comme étant des autels à sacrifices, en face d'un podium ayant pu servir à porter le trône royal, et d'un bassin à ablutions. Cela resterait très obscur, si on ne pouvait le mettre en relation avec une œuvre élamite retrouvée à Suse et datée du siècle suivant, la représentation miniature d'un rituel du « lever du soleil » (sit šamši). Deux prêtres effectuent un rituel entre deux édifices, qui pourraient bien être un autel à degrés et une ziggurat (ou bien un second autel à degrés), et à proximité d'un bassin à ablutions. Si l'on s'en tient à son nom, ce rituel aurait lieu à l'aube. Or l'espace cultuel de Chogha Zanbil est justement situé sur le côté du soleil levant. Mais en l'absence d'informations plus précises, cette reconstitution reste très hypothétique.