L'abbaye de Chancelade est une abbaye française de style roman située sur la commune de Chancelade, en Dordogne. Sa construction s'est étalée du X siècle au XII siècle. L'égliseabbatiale a été classée monument historique le 30 juillet 1909.
Histoire de l'Abbaye
Quand, vers 1120, le pape Urbain II oblige les moines de l'abbaye Saint-Pierre de Cellefrouin à quitter leur règle de saint Augustin pour suivre la règle des Bénédictins, l'abbé Foucault s'y oppose et devient ermite à Fons Cancellatus.
C'est l'acte fondateur de l'abbaye Notre-Dame de Chancelade.
L'emplacement de cette source est marqué par une stèle à la mémoire de Alain de Solminihac, au bord de la route.
Fondation
L'abbé Foucault est rejoint par d'autres moines et le groupe s'organise en communauté.
En 1128, le premier abbé, Gérard de Montlava est béni par l'évêque de Périgueux, Guillaume d'Auberoche et les moines décident de construire un monastère. Ils bâtissent l'égliseabbatiale, le couvent protégé par une enceinte, puis une petite église paroissiale. Les deux églises sont consacrées en même temps le 12 octobre 1147 par Raymond de Mareuil sous les vocables de la Vierge et de sainte Madeleine.
Vers 1140, le lieu de Merlande est offert par Geoffroi de Cauzé et les moines y bâtissent une chapelle sur la source. Puis la chapelle fut rapidement agrandie et devint un prieuré.
En 1360, l'abbaye compte 22 religieux. Elle s'est mise sous la protection du cardinal Hélie de Talleyrand-Périgord et reçoit de lui une dotation de 3800 florins d'or pour 38 nouveaux chanoines.
Évolution du statut
Saint Augustin, portrait (du VIe s.)
C'est une abbaye augustinienne, en 1133, les moines choisissent la règle de St Augustin, rejoignant ainsi la congrégation des Chanoines de Saint Augustin.
En 1635, Alain de Solminihac s'oppose à la Congrégation de France, les génovéfains, fondée par le cardinal de la Rochefoucauld, et si l'on interdit d'étendre la réforme prônée par Alain de Solminihac, Chancelade obtient l'autorisation d'exister comme congrégation indépendante.
Guerres, pillages et destructions
De 1360 à 1367 les anglais occupent Périgueux. Ils chassent les moines pour loger une garnison dans le monastère. Du Guesclin, lors de son retour d'Espagne, va reconquérir l'abbaye, mais après son départ, les Anglais la reprennent et y restent jusqu'au XV siècle.
Vers 1440, sous la protection d'Arnaud de Bourdeille, et grâce à son abbé, Geoffroy de Pompadour, la communauté se reconstitue.
En 1575, durant les guerres de religion, Périgueux est prise par les Huguenots, Langoiran s'empare de l'abbaye qui est pillée et incendiée. De l'église, il ne reste que la croisée du transept avec la coupole et le clocher. La voûte de la nef et le chœur roman sont détruits.
Renouveau
Quand en 1614 Alain de Solminihac est pourvu de cette abbaye, les moines ne sont plus que quatre. En 1622 il reçoit la bénédiction abbatiale en la cathédrale Saint-Front des mains de Monseigneur de la Béraudière. Il rebâtit l'église à demi-abattue, reconstruit le cloître, les logis, les communs, il réforme l'abbaye et la repeuple.
Nommé évêque de Cahors par le pape Léon XIII le 17 juin 1636, Alain de Solminihac revient à Chancelade en 1638 pour consacrer l'église. Son corps repose en la cathédrale de Cahors et il fut béatifié le 4 octobre 1981 par Jean-Paul II.
L'abbé Gros de Beler oriente résolument ses religieux vers les études et la bibliothèque s'enrichit de cartulaires, de chartes et de 4 000 livres. L'activité du scriptorium était intense : copie de manuscrits, classement de textes, de chartes. Le Révérend Père Prunis découvrit le journal de voyage de Montaigne, enfermé dans une vieille malle dans la tour de la librairie et il fut édité à Rome en 1774.
Chancelade qui possédait une machine électrique avait souscrit à l'Encyclopédie de Diderot.
Perte temporaire de fonction religieuse
Elle est vendue comme bien national en 1790.
De nombreux documents sont revenus à la Bibliothèque Nationale où ils constituent un ensemble de 183 volumes, et plusieurs centaines d'ouvrages sont à la bibliothèque municipale de Périgueux dont une copie du cartulaire.
L'église abbatiale devient église paroissiale au début du XIX siècle. Une peinture du XVII siècle, le Christ aux outrages attribuée longtemps à de Georges de La Tour puis à Gerrit van Honthorst ou à un élève de son atelier, qui aurait été donné à Alain de Solminihac par le pape Léon XIII est visible dans l'église.
Réouverture
En 1998, une communauté de Chanoines Réguliers de Saint Augustins se réinstalle à Chancelade et en 2004, le Logis de l'Abbé et son parc, rachetés par l'évêché, lui sont confiés pour y développer un centre spirituel.
Architecture de l'Abbaye
De l'importante abbaye fondée au XII siècle, il ne subsiste qu'une partie des bâtiments conventuels servant de presbytère et l'église remaniée aux XIV, XVI et XVII siècles.
Église abbatiale
L'église est un édifice roman, de plan cruciforme, construit au XII siècle et très retouché.
La nef est constituée de cinq travées, voûtées d'ogives en 1630. La croisée est voûtée d'une coupole sur pendentifs et un clochercarré surmonte la croisée du transept. Les stalles, à l'intérieur, datent de la première moitié du XVII siècle.
La chapelle Saint-Jean, qui a été consacrée en 1147, est voûtée en berceau brisé et possède une abside semi-circulaire voûtée en cul-de-four.
Une sacristie du XVII siècle est accolée au chœur.
Le logis de Bourdeilles est le presbytère. Il est accolé à l'angle nord-ouest de l'église. Il date du XV siècle, mais a été fortement retouché au XVII siècle.
Les bâtiments monastiques
A l'est s'allonge un logis, dit de l'Abbé, dont une partie date du XIII siècle mais a été rénové au XVIII siècle.
Les communs, situés à l'ouest de l'abbaye, comprennent un cuvier, un cellier, un logis et un moulin.
Le cuvier est un vaste édifice du XV siècle, voûté au XVI siècle d'un berceau surbaissé.
Le cellier remonte au XIV siècle, mais a été voûté d'arêtes au XVII siècle.
Perpendiculairement au cellier, s'allonge un logis du XVII siècle qui s'accolle au moulin fortifié. Celui-ci a certaines parties qui remontent au XIV siècle mais il a été repris les siècles suivants. Ce moulin abbatial, qui possède des ouvertures romanes bouchées, est alimenté par une dérivation de la Beauronne. De plan rectangulaire, il chevauche l’intégralité de la dérivation.
Le logis abbatial, le presbytère, le bâtiment conventuel, le logis de l'Abbé, la porte d'entrée, les bâtiments des communs, les terrasses et les jardins, l'enclos, le pont, le moulin et l'église sont inscrits comme monuments historiques. Ils ont été construits du XII siècle au XVII siècle.
Le logis de Bourdeilles (presbytère)
L'arrière du logis de Bourdeilles
Le logis de l'Abbé
Dans le parc, petit pont sur un bras de la Beauronne
Activité
Une communauté de chanoines réguliers de Saint Augustin, de la congrégation de Saint-Victor, s'est réinstallée en 1998. Les frères de la communauté assurent le service de la louange de Dieu, par les prières dans l’abbatiale, à travers les offices des laudes et des vêpres, et ils ont la charge de deux paroisses : Saint Pierre - Saint Paul des Rives de l'Isle, autour de Saint-Astier (18 communes), et Saint Vincent sur Beauronne, autour de Chancelade (11 communes), ainsi que divers ministères auprès d'écoles, de collèges et de centres médicaux. En mars 2006, la communauté comprenait sept frères..
Bibliographie
Bernard Reviriego, Chancelade Les chemins de la mémoire, municipalité de Chancelade, Chancelade, 1994
Bernard Reviriego, Le Christ aux outrages de Chancelade, municipalité de Chancelade, Chancelade, 1997
Jean Secret et Bernard Dupre, L'abbaye de Chancelade en Périgord, Fanlac, 1978