Le domaine de la Garenne Lemot est un parc situé sur les communes de Gétigné et Clisson en Loire-Atlantique et de Cugand en Vendée. Installé dans un site dominant la vallée de la Sèvre nantaise, il a été créé par le sculpteur François-Frédéric Lemot au début du XIX siècle. L'ensemble se veut un hommage aux paysages et à l'architecture de l'Italie.
Histoire
Origine du site
À l'origine, le terrain dit « bois de la Garenne » est une réserve de chasse appartenant aux seigneurs de Clisson.
Pendant la Révolution française, lors des guerres de Vendée, la vallée de Clisson est ravagée. Contre la levée en masse de trois cent mille hommes par la Convention en 1793, le district de Clisson entre en insurrection. Après des combats entre Vendéens et Républicain, les Mayençais de Jean-Baptiste Kléber mettent le feu au château de Clisson et à un bon nombre de maisons. En janvier 1794, les colonnes infernales finnissent de détruite Clisson, l’église et les maisons du bourg le Gétigné notamment. C'est dans ce contexte de reconstruction de la vallée que l'arrivé de François-Frédéric Lemot change la destiné du domaine.
La transformation du site par Lemot
François-Frédéric Lemot.
En 1805, François-Frédéric Lemot, sculpteur, est attiré à Clisson par François Cacault, diplomate et ancien député de la Loire-inférieure et son frère Pierre, qui y ont fondé un musée-école où se rendent de nombreux artistes. En fonction un temps à Rome, Cacault a en effet eu l'occasion de fréquenter les artistes pensionnaires à l'Académie de France à Rome dont Lemot, prix de Rome de sculpture en 1790. En s'installant à Clisson, les artistes autour de Cacault tente d'y retrouver les paysages de la Toscane, dans les coteaux dominant la Sèvre. Lemot, dès son arrivée en 1805, y dessine les plans d'un projet de domaine sur les terre de la Garenne. Il acquiert une propriété d'une surface totale de 25 ha et l'aménage sans interruption jusqu'à sa mort en 1827. Les inspirations sont toujours italiennes, Lemot veut recréer la campagne de Toscane, du Latium et d’Ombrie. Le sculpteur veut donner au site un air de Tivoli.
Le parc est aménagé à partir de 1806, les bâtiments étant construits dans un style de villa italienne. La maison du jardinier est construite de 1811 à 1815 par l'architecte nantais Mathurin Crucy, lui-aussi prix de Rome. Celui-ci dessine des plans pour une villa dont la construction commence en 1816. Les travaux et plans sont repris par l'architecte, toujours prix de Rome, Van Cleemputte en 1820. Les fabriques du jardin sont construites par Crucy et Lemot entre 1818 et 1823. À sa mort, Lemot est enterré dans le temple de l'amitié, ancienne chapelle funéraire aménagée dans le cimetière de la ville de Clisson, en face du château, de l'autre côté de la Sèvre. Son fils Barthélémy (1810-1883) décide de s'installer à Clisson en 1841 et devient plusieurs fois maire de la ville jusqu'en 1881. Il achève l'aménagement de villa, mais aussi fait construire le belvédère, l'escalier monumental, la galerie des illustres, la colonnade en pierre fermant la cour et la glacière. En tant que premier magistrat de la commune, il promeut le style italianisant dans la construction de plusieurs édifices publics.
Le domaine reste dans la famille du sculpteur jusqu'en 1968, date à laquelle le domaine est vendu au conseil général de la Loire-Atlantique.
La villa Lemot
Le bâtiment est édifié par l'architecte d'origine belge Pierre Louis van Cleemputte, après plusieurs projets de Mathurin Crucy. Centre de gravité du parc, son architecture est de style néo-palladien. Composée d'un corps de bâtiment principal et de deux ailes en retour, la façade au sud-ouest s'ouvre par une loggia sur la vallée de la Sèvre et sur quelques fabriques située en face, de l'autre côté de la rivière. Barthélémy Lemot fait ajouter au bâtiment un belvédère en son sommet, ainsi qu'une colonnade en hémicycle donnant sur la grande allée d'accès, cette grande allée ne datant que de 1930. Il achève aussi l'aménagement intérieur vers 1866 par l'installation d'une galerie des illustres qui représente des artistes en médaillon, tous amis de son père, François-Frédéric.
La maison du jardinier est le premier bâtiment construit dans le domaine, et ce, dans un style italianisant. Après un premier projet en 1808, Crucy dessine les plans inspirés directement de l'architecture rurale toscane en 1809. Les travaux commencent en 1811 pour s'achever en 1815. La maison est composé d'un pavillon d'entrée agrémenté d'une galerie d'arcades surmonté d'une loggia. La maison est complétée par une grange, deux remises et un pigeonnier. C'est surtout dans ce bâtiment qu'a habité Lemot, la villa étant à peine achevée à sa mort.
La maison du portier est construite en 1817 à proximité des berges de la Sèvre. Entrée du parc, c'est une évocation des maisons rurales de l'Ombrie.
Maison du jardinier
Maison du portier
Les fabriques
Les fabriques du parcs sont inspirées directement de l'antiquité mais aussi de l'histoire nationale ou locale, sur le modèle des parcs du XVIII siècle comme celui d'Ermenonville.
Le temple de Vesta : la plus grande fabrique du parc, due sans doute à des plans de Crucy, modifiés par Cleemputte et Lemot. Construit de 1819 à 1822, c'est une allusion directe au tholos de Tivoli. De plan circulaire donc, elle est composée de 18 colonne à chapiteaux doriques.
La grotte d'Héloïse : est une allusion directe à Héloïse d’Argenteuil, maîtresse de Pierre Abélard, ce dernier étant né, non loin de là, au Pallet. Dans cette grotte aménagée et transformée, un poème d'Antoine Peccot, neveu de Crucy, y est gravé en 1813.
Le rocher Rousseau : contient le poème de l'anglais William Shenstone déjà gravé dans la grotte de la fontaine du parc d'Ermenonville.
Temple de Vesta, fabrique du parc
Grotte d'Héloïse
Rocher Rousseau
Le rocher Delille : supporte depuis 1815 le vers du poète Jacques Delille « Sa masse indestructible a fatigué le tems », déjà présent sur un rocher du parc de Mortefontaine.
L'édicule à l'antique : dessiné par Crucy, cet édifice prenant la forme d'un oratoire rural était destiné à recevoir une statue.
Le tombeau à l'antique : dessiné lui-aussi par Crucy, il reprend la forme du tombeau de Jean-Jacques Rousseau à Ermenonville. Il comportait l'inscription peinte « et in Arcadia Ego ». On retrouve ce tombeau dans les peintures de Hubert Robert et cette inscription gravée sur une sépulture dans un tableau de Nicolas Poussin.
Rocher Delille
Edicule à l'antique
Tombeau à l'antique
La colonne de Madrid : serait un réemploi d'un élément architectural du château de Madrid, détruit à la fin du XVIII siècle.
La borne miliaire : érigée en 1813, elle évoque le passage d'une supposée voie romaine entre Nantes et Poitiers qui traversait le domaine.
Le bain de Diane : enrochements naturels aménagés en 1815 dans le lit de la rivière. L'effet sauvage des lieux est renforcé par les bosquets d'arbres autour.
Colonne de Madrid
Borne Milliaire
Bains de Diane
Le moulin de Plessard : il a simplement été laissé en état par Lemot, à cheval sur la rivière. Il a été reconstruit dans le style italien dans le courant du XIX siècle.
De l'autre côté de la Sèvre :
L'obélisque : dessinée par Crucy, c'est lui qui convainc Lemot de l'installer de l'autre côté de la rivière pour en renforcer la perspective. L'édifice est construit en 1815 sur un terrain situé sur la commune de Cugand, en Vendée.
Le temple de l'Amitié : c'est une ancienne chapelle funéraire située dans le cimetière de Clisson sur laquelle Lemot a fait ajouter un portique dorique sur la façade donnant sur la vallée et sur la villa du domaine. Le temple aurait dû recevoir la dépouille des frères Cacault en compagnie de celle de Lemot mais finalement seul ce dernier y est inhumé.
La colonne Henri IV : est une colonne surmontée d'un buste du roi de France. Elle est destinée à procurer une perspective à la terrasse de la villa.
Usages actuels
Propriété du conseil général, le domaine voit s'installer le Fonds régional d'art contemporain des Pays de la Loire en 1988 et ce jusqu'en 1994, date de son déménagement à Nantes. Le domaine se spécialise alors dans le Land Art où plusieurs œuvres y sont installées à demeure. Des expositions d'art contemporain ont encore lieu chaque année, ainsi que des spectacles. Un centre de documentation de 3 000 ouvrages est installé dans la villa.