En mathématiques, les harmoniques sphériques sont des fonctions harmoniques particulières. À titre de rappel, une fonction est dite harmonique lorsque son laplacien est nul. Les harmoniques sphériques sont particulièrement utiles pour résoudre des problèmes invariants par rotation, car elles sont les vecteurs propres de certains opérateurs liés aux rotations.
Les harmoniques sphériques sont utilisées en physique mathématique, dès qu'intervient la notion d'orientation (anisotropie) et donc de rotation (groupe de symétrie orthogonal S**O(3)) et que le laplacien entre en jeu :
en acoustique (reconstitution de l'effet d'espace par plusieurs haut-parleurs)
en théorie du potentiel newtonien (électrostatique, mécanique), gravimétrie ...
en géophysique (représentation du globe terrestre, en météorologie)
en physique quantique (développement d'une fonction d'onde, densité du nuage électronique, description des orbitales atomiques de l'atome d'hydrogène)
etc.
Résolution de l'équation de Laplace
On cherche les fonctions Yl,m(θ,φ) sous la forme d'un produit de deux fonctions d'une seule variable :
Yl,m(θ,φ)=kPl,m(cosθ)e+imφ
où k est une constante, qui sera fixée ultérieurement par la normalisation. L'équation aux valeurs propres devient une équation différentielle linéaire d'ordre deux pour la fonction Pl,m(cosθ) :
Les valeurs propres de cette équation sont indépendantes de m :
El,m=l(l+1)
Les fonctions propres Pl,m(x) se construisent à partir des polynômes de Legendre Pl(x) qui sont les fonctions propres de l'équation différentielle ordinaire de Legendre, correspondant au cas m = 0 :
Note : on pourra soi-même intuiter l'existence d'un opérateur d'échelle descendante, et vérifier la cohérence des résultats obtenus.
Souvent cette base se note ∣lm⟩ :
toute fonction sur la sphèreS pourra donc s'écrire :
f(θ,ϕ)=fl,m⋅∣lm⟩
(en convention de sommation d'Einstein), les coefficients complexes f(l,m) jouant le rôle de composantes de f dans la base des ∣lm⟩ (on dit parfois coefficients de fourier généralisés).
En chimie ou en géophysique, il arrive qu'on préfère utiliser les harmoniques sphériques « réelles » et des coefficients de fourier réels.
Expression mathématique
Les harmoniques sphériques formant une base orthogonale sur la sphère unité, toute fonction continue f(θ,φ) se décompose en une série d'harmoniques sphériques :
f(θ,φ)=l=0∑+∞m=−l∑+lClm⋅Ylm(θ,φ)
où l et m sont des indices entiers, Cl est un coefficient constant et souvent en mathématiques prend le nom de coefficient de Fourier généralisé relativement à cette base.
Le développement en harmoniques sphériques est l'équivalent, appliqué aux fonctions angulaires, du développement en séries de Fourier pour les fonctions périodiques.
Yl est la partie réelle d'une fonction complexe Yl
Ylm(θ,φ)=Re(Ylm(θ,φ))
Yl est appelée « fonction associée de Legendre » et est définie par
Ylm(θ,φ)=(l+m)!2⋅(l−m)!⋅Plm(cosθ)⋅eimφ
où i est l'imaginaire et Pl est le polynôme de Legendre :
Plm(X)=2l⋅l!(−1)m⋅(1−X2)m/2⋅∂Xm+l∂m+l[(X2−1)l]
On a donc
Ylm(θ,φ)=(l+m)!2⋅(l−m)!⋅Plm(cosθ)⋅cos(mφ)
On a par exemple :
P00(cosθ)=1 (Y0 est isotrope) ;
P10(cosθ)=cosθ ;
P11(cosθ)=−sinθ ;
P31(cosθ)=23⋅sinθ⋅(−5⋅cos2θ+1) ;
Les fonctions Yl(θ, φ) présentent de plus en plus de symétries au fur et à mesure que l croît (sauf lorsque l = 0, puisque Y0 est une fonction constante et décrit donc une sphère).
Polynômes de Legendre
Pour les harmoniques circulaires, on utilise des polynômes Pl de la fonction cosinus :
Yl(θ) = Pl(cosθ)
Les polynômes Pl utilisés sont les polynômes de Legendre :
Pl(X)=2l⋅l!1⋅dXldl[(X2−1)l] (formule de Rodrigues, mathématicien suisse)
On obtient :
P0(cosθ)=1 (fonction isotrope) ;
P1(cosθ)=cosθ ;
P2(cosθ)=21(3cos2θ−1) ;
P3(cosθ)=21(5cos3θ−3cosθ) ;
Harmoniques sphériques normalisées
Base orthonormale des harmoniques sphériques
Parmi les (2l + 1) fonctions, l'habitude a été prise de sélectionner une base orthomormale sur la sphèreS munie de la mesure
Elles sont fonctions propres de l'opérateurJ3=−i∂ϕ∂ :
J3Yl,m=m⋅Yl,m
Celles-ci, une fois normées sur la sphère sont alors notées usuellement Yl,m(θ,φ), où les angles (θ,φ) sont les coordonnées sphériques sur la sphère de rayon unité, et l et m sont deux nombres entiers tels que :
0≤l
−l≤m≤+l
Normalisation
Les harmoniques sphériques constituent une base orthonormale de fonctions propres de l'opérateur laplacien sur la sphère de rayon unité S2 au sens où :
Elles sont orthogonales pour le produit scalaire suivant :
∬S2dΩ(θ,φ)Yl′,m′(θ,φ)Yl,m(θ,φ)=δl,l′δm,m′
Dans cette formule, dΩ(θ,φ) représente l'angle solide élémentaire :
dΩ(θ,φ)=sinθdθdφ
Toute fonction f(θ,φ) suffisamment régulière admet un développement en série :
f(θ,φ)=l=0∑+∞m=−l∑+lal,mYl,m(θ,φ)
où les coefficients complexes al,m se calculent par :
al,m=∬S2dΩ(θ,φ)Yl,m(θ,φ)f(θ,φ)
Expression des harmoniques sphériques normalisées
Les harmoniques sphériques généralisées sont définies sur la sphère S3. La normalisation des harmoniques sphériques conduit à l'expression finale :
alors la surface représentatrice est une sphère bosselée ; les bosses correspondent aux parties où Yl est positif, les creux aux parties où Yl est négatif. Lorsque θ et φ décrivent l'intervalle [0;2π[, Yl(θ, φ) s'annule selon l cercles :
m cercles suivant un méridien, une iso-longitude (intersection entre un plan contenant O**z et la sphère) ;
l − m cercles suivant un parallèle, une iso-latitude (intersection entre un plan parallèle à Oxy et la sphère).
Le paramètrel est appelé le « degré », m est appelé l'« ordre azimutal ». Entre les cercles d'annulation, la fonction est alternativement positive ou négative.
Nous représentons ci-dessous quatre coupes de l'harmonique sphérique Y3 :
Les harmoniques sphériques peuvent être représentées de façon plus simple sans les ventres de vibration, en ne gardant que les noeuds, comme le montre le tableau suivant. Ce sont les sphères de la figure du haut, projetées sur un plan vertical. On retrouve sur la dernière ligne les quatre sphères de la première figure ci-dessus où l = 3. Les quatre valeurs de m y varient de 0 à 3 en valeur absolue. Sur la figure ci-après, on distingue les valeurs négatives pour tenir compte de ce que la rotation peut se faire dans un sens ou dans l'autre pour m > 0. Pour montrer la concordance avec les harmoniques, leur plus simple expression est donnée sous chaque sphère.
On reconnaît les nombres quantiques secondaire l, correspondant aux sous-couches s, p, d, f et m, magnétique, de l'atome d'hydrogène. Le nombre quantique principal n n'apparaît pas car les modes radiaux sont différents selon le problème étudié, résonance acoustique, atome d'hydrogène ou autre.
Pour montrer la concordance avec la littérature, l’expression des harmoniques sphériques est donnée sous chaque sphère. Le nombre et la valeur des zéros des polynômes de Legendre associés, non normalisés, donne le nombre de parallèles et leur position sur l’axe vertical. L’exponentielle imaginaire exp(i**mφ), de module unité, utilisée habituellement au lieu des sinus et cosinus, donne le nombre de méridiens. Les valeurs de l≥4 ne s’observent que dans les états excités ou les atomes de Rydberg où la valeur habituelle de l est 50 et dont l'orbitale est représentée non par une sphère mais par un anneau.
Représentation cartésienne et polaire
On peut représenter les harmoniques circulaires de trois manières :
en coordonnées polaires : r = r0 + r1.Yl(θ)
avec r1 < r0, utilisé par exemple pour un objet circulaire ; la courbe coupe le cercle de centre O et de rayon r0 lorsque la fonction s'annule ;
en coordonnées polaires : r = | Yl(θ) |
utilisé par exemple pour les fonctions d'onde en physique quantique.
Lorsque l'on considère l'orientation d'un objet dans l'espace, il faut faire appel à trois angles ; on utilise en général les angles d'Euler (ψ, θ, φ).
Considérons une fonction continue de l'orientation ƒ(ψ, θ, φ) ; comme précédemment, cette fonction peut être décomposée en harmoniques sphériques généralisées
Quand X décrit l'intervalle [ − 1;1], cette fonction Pl est soit réelle, soit imaginaire pure. Y0(ψ, θ, φ) est la fonction isotrope (symétrie sphérique).