Inondations de 2010 au Pakistan

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Introduction

Inondations de 2010 au Pakistan
Inondations de 2010 au Pakistan
Formée26 juillet 2010
Dissipéeprésent
Dommages matérielsEnviron 7 milliards de dollars
MortalitéPlus de 1 760 morts
Régions affectéesPakistan Pakistan

Khyber Pakhtunkhwa, Penjab, Sind, Balouchistan, Cachemire

Les inondations au Pakistan se déroulent actuellement et ce depuis le 26 juillet 2010. Elles ont fait au moins 1 760 morts et affecté 21 millions de personnes. Elles ont touché le pays du nord au sud sur une distance de plus de 1 000 kilomètres, le long de l'Indus. Jusqu'à un tiers du pays a été affecté par les inondations, soit l'équivalent de la surface de l'Italie.

Il s'agit de la pire catastrophe naturelle en terme de victimes depuis le séisme de 2005 pour le Pakistan, et la pire par l'importance des dégâts de toute son histoire. L'ONU estime cette catastrophe pire que le tsunami qui frappa l'Asie du Sud-Est en 2004 et tua environ 300 000 personnes. Les Nations-Unies comparent cette catastrophe à « un tsunami au ralenti dont les conséquences vont s'amplifier avec le temps ». L'impact sur l'économie est estimé à environ 43 milliards de dollars, soit l'équivalent de deux années de revenus de l'État pakistanais.

La catastrophe s'inscrit dans un contexte de guerre entre le gouvernement pakistanais et les talibans, ainsi que de difficultés pour l'économie nationale. Le Pakistan reçoit alors une aide significative de la part de la communauté internationale, et surtout des États-Unis, étant donné l'enjeu important pour la stabilité dans la région.

Situation météorologique

Images satellites de la partie haute de l'Indus, le 1er août 2009 et le 31 juillet 2010, montrant l'étendue des inondations.

Le sous-continent indien est sujet à une saison des pluies causées par la mousson. En 2010, celle-ci s’est prolongée jusqu’au début d'août et a été décrite comme l’une des plus abondantes des 80 dernières années. En particulier, le service météorologique pakistanais a déclaré qu’il était tombé plus de 300 mm de pluie en 36 heures à la fin du mois de juillet sur le nord-ouest du pays.

Un article paru dans le magazine New Scientist mentionne que la circulation atmosphérique en altitude s’est figée dans une situation de blocage et que la position du courant-jet a été très stable, ayant pour cause de plus grandes précipitations qu’habituellement sur la région. Cette situation atmosphérique est également responsable du temps caniculaire qu’a subi la Russie plus au nord.

Au début d’août, les crues les plus fortes ont descendu la vallée de l’Indus depuis les régions du nord les plus sévèrement touchées par les inondations vers le Penjab et le Sindh. Dans le Penjab, 570 000 ha agricoles étaient à ce moment-là sous les eaux. Certains commentateurs pakistanais ont aussi accusé l’Inde d’avoir accru les inondations en relâchant de l’eau des réservoirs des barrages construits sur les rivières Sutlej et Beâs.

Carte des zones touchées par les inondations.

Surfaces touchées par les inondations le 9 août, près de Kashmor (nord du Sind).

Surfaces touchées par les inondations le 12 août, près de Kashmor (nord du Sind).

Gestion de la crise par les autorités

Un pont détruit par les inondations.

Le gouvernement pakistanais a été critiqué pour sa mauvaise gestion de la crise. Il a d'abord sous-estimé la gravité de la situation au tout début de la crise, puis s'est retrouvé complétement submergé par la situation, ne possédant pas les moyens d'y faire face. Le gouvernement a alors appelé l'aide internationale. La crainte a été développée que diverses organisations islamistes viennent au secours de la population en lieu et place des autorités civiles. Cela a été notamment le cas dans le nord-ouest du pays, où des organisations comme le Jamaat-e-Islami ont fourni de l'aide. Ceci pourrait favoriser l'extension de l'insurrection islamiste qui frappe le pays, comme ce fut le cas après le séisme de 2005 au Cachemire.

30 000 soldats de l'armée pakistanaise environ ont été mobilisés peu après le début de la crise, 60 000 soldats auraient été déployés à la fin du mois d'août. Le Premier ministre Youssouf Raza Gilani s'est adressé à la nation et a appelé à l'aide internationale. Le président Asif Ali Zardari effectuait pendant ce temps une tournée des pays européens, qu'il refusa d'annuler, provoquant la colère de nombreux Pakistanais. Il rentre au pays le 9 août, à la fin de sa tournée. Face aux critiques, il justifia son comportement par le fait qu'il avait jugé cela utile pour attirer l'attention de la communauté internationale. Il a rendu visite aux sinistrés peu après être rentré. Le principal chef de l'opposition, Nawaz Sharif, a annoncé sa volonté de coopérer avec les autorités.

Des officiels de l'armée ont annoncé que les 650 000 soldats de l'armée pakistanaise donneront un jour de leur salaire pour les sinistrés. Les membres du gouvernement devraient également symboliquement céder un mois de leur salaire.

Bilan humain, matériel et financier

Carte des subdivisions du Pakistan.

Elles ont tué au moins 1 760 personnes, certaines estimations allant jusqu'à 3 000 morts. Ce sont les plus graves inondations de l'histoire du pays (fondé en 1947), et les plus graves depuis 80 ans dans la région. Elles ont affecté environ 21 millions de personnes et laissé 10 millions de personnes sans-abris, selon l'ONU. Après avoir durement touché la province de Khyber Pakhtunkhwa (20 millions d'habitants), les inondations se sont déplacées vers le Penjab (92 millions d'habitants) puis ont touché le Sind (35 millions d'habitants). À la fin août, alors que les eaux commencent à se retirer dans le nord du pays, la situation dans le Sind continue de s'aggraver. Le 26 août, les autorités pakistanaises ordonnent l'évacuation de Sujawal, Daro et Mirpour Batoro, villes du Sind peuplées d'environ 400 000 personnes.

En Inde, les inondations à Leh ont tué plus de 150 personnes dans la province du Ladakh, dans la partie du Cachemire sous contrôle indien mais revendiquée par le Pakistan.

Les inondations ont détruit 15 % de la surface mise en culture, soit environ 3,6 millions d'hectares.

Les inondations devraient fortement aggraver l'état des finances publiques de l'état. Le gouvernement pakistanais a demandé au FMI l'assouplissement du remboursement du prêt de 11 milliards de dollars qui lui avait été accordé en 2008 pour pallier la crise financière qui avait frappé le pays. La croissance économique pour 2010, que le gouvernement pakistanais avait prévu à 4,2 %, a été revue à la baisse et devrait être située entre 0 % et 3 %.

Conséquences sur l'insurrection islamiste

Des sinistrés pakistanais de la vallée de Swat à bord d'un hélicoptère américain, le 4 août.

Selon un responsable du gouvernement américain, qui s'est exprimé sous couvert de l'anonymat, les talibans pakistanais préparent des attaques contre des humanitaires étrangers présents dans le pays. Les ONG présentes sur place ont cependant indiqué qu'elles n'avaient encore subi aucune attaque et ont précisé qu'elles étaient satisfaites de la protection offerte par l'armée pakistanaise. Les forces américaines ont également précisé ne pas avoir rencontré de problèmes de sécurité jusqu'ici (26 août).

Le président et le Premier ministre pakistanais ont prévenu que les insurgés islamistes profiteraient de cette occasion pour tenter de déstabiliser davantage le pays. Ceux-ci pourraient également profiter du désarroi et de la colère de la population pour recruter des combattants. Ceci pourrait être notamment le cas dans la vallée de Swat, région très durement touchée et dans laquelle l'aide tarde à arriver. La vallée avait fait l'objet d'opérations militaires de l'armée pakistanaise en 2009, qui avait délogé les talibans qui occupaient la zone. Les quelques efforts de développement que les autorités avaient commencé dans la région ont été détruits par les inondations.

Durant les inondations, les attentats continuent dans le pays. Le 23 aout, trois attentat font près de 40 morts dans le nord-ouest du pays. Face à l'ampleur de la catastrophe, beaucoup d'analystes s'étendaient à ce que l'armée diminue la pression contre les insurgés islamistes. Le président Zardari promet pourtant que la campagne militaire dans le nord-ouest du pays ne baissera pas d'intensité. Les combats continuent en effet, avec environ 50 talibans pakistanais tués en Orakzai à la fin du moi d'août, dans le cadre d'une offensive lancée en mars 2010. Le 1 septembre, 60 insurgés présumés sont tuées dans des bombardements dans l'agence de Khyber. Le 2 septembre, un triple attentat contre la minorité chiite tuent 35 personnes à Lahore, et le lendemain un nouvel attentat contre un rassemblement chiite tue 73 personnes à Quetta. Les deux attaques sont revendiquées par le TTP. Le 8 septembre, Michael LeFever, chargé de l'assistance militaire américaine au Pakistan, indique que l'armée pakistanaise a en effet maintenu sa pression sur les insurgés.

Aide internationale

Un soldat américain donne une caisse de biscuits du Programme alimentaire mondial à un sinistré dans la vallée de Swat.

Un hélicoptère CH-47 Chinook de l'armée américaine survole les zones inondées.

L'USS Peleliu, le navire de la classe Tarawa déployé dans la mer d'Arabie.

L'USS Kearsarge, déployé à partir du 27 août.

Appel aux dons de l'ONU

L'Organisation des Nations unies a lancé un appel aux dons de 459 millions de dollars. Alors que l'aide peine à arriver, le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon se déplace au Pakistan et demande avec insistance l'augmentation des aides. Celles ci finissent par dépasser l'appel lancé par l'ONU et atteignent 815 millions de dollars de promesses de dons le 22 août. Le ministre des affaires étrangères du Pakistan Shah Mehmood Qureshi a déclaré : « Dans ces circonstances de récession en occident, en Europe, et en Amérique, ce type de solidarité avec le Pakistan est, je pense, encourageant ». Toutefois à la fin du mois d'août, l'ONU n'a réellement récolté que 63 % des 459 millions.

Réponses d'autres organisations non-gouvernementales

Le Programme alimentaire mondial a fait parvenir au 30 aout environ 22 300 tonnes de vivres, dont environ 50 % fournies par les États-Unis, à plus de 1,9 million de personnes touchées par les inondations.

La Banque mondiale a promis un total d'un milliard de dollars de fonds pour l'aide à la reconstruction et au développement sur le long terme. Le FMI a quant à lui annoncé un fond de 450 millions de dollars.

Réactions des États-Unis

Les États-Unis ont adressé leurs condoléances et promis une aide totale de 150 millions de dollars, dans un contexte de rapprochement entre les deux pays. Le gouvernement américain entend ainsi apporter son soutien au gouvernement pakistanais dans ces moments difficiles pour le pays, et compte également profiter de cette occasion pour améliorer son image auprès de l'opinion pakistanaise, globalement hostile aux États-Unis.

Dès le début de la crise, l'armée américaine a déployé six hélicoptères pour venir au secours de la population dans la vallée de Swat (nord-ouest du Pakistan). Le 11 août, le USS Peleliu, Landing Helicopter Assault de classe Tarawa de la marine des États-Unis, est déployé au large du Pakistan, permettant d'envoyer de 19 hélicoptères supplémentaires dans les zones sinistrées. L'ONU estime pourtant que 37 hélicoptères supplémentaires seraient nécessaire pour venir en aide aux populations isolées. L’USS Kearsarge est déployé le 27 août en remplacement de l’USS Peleliu, ce qui permet d'augmenter de 15 le nombre d'hélicoptères fournissant de l'aide. Au 30 août, ces aéronefs ont évacué plus de 8 000 personnes et ont livré quelque 820 tonnes de fournitures humanitaires et 9 unités mobiles d'épuration d'eau envoyées par les États-Unis ont jusqu'ici produit plus de 5,4 millions de litres d'eau propre.

Japon

Les Forces japonaises d'autodéfense vont déployer un total de 200 militaires non-armés et 6 hélicoptères pour aider aux secours, le premier détachement de 50 hommes est arrivé le 22 août 2010.

Dons financiers

PaysDon financier
États-Unis États-Unis150 millions de dollars
Arabie saoudite Arabie saoudite82 millions d'euros
 Royaume-Uni79 millions d'euros
Union européenne Commission européenne70 millions d'euros
République populaire de Chine Chine46,7 millions de dollars
Allemagne Allemagne25 millions d'euros
Canada Canada30 millions de dollars
Inde Inde25 millions de dollars
Émirats arabes unis Émirats arabes unis25 millions de dollars
Japon Japon14,4 millions de dollars
Norvège Norvège12,5 millions d'euros
Turquie Turquie11 millions de dollars
Organisation des Nations unies Organisation des Nations unies10 millions de dollars
Iran Iran10 millions de dollars
Australie Australie9 millions de dollars
Danemark Danemark8,5 millions d'euros
Koweït Koweït5 millions de dollars
Irlande Irlande2,5 millions d'euros
Bangladesh Bangladesh2 millions de dollars
France France1 million d'euros
 Afghanistan1 million de dollars
Nigeria Nigeria1 million de dollars