Si la dénomination officielle de l'organisation reste la Société suisse de tempérance, le nom de Croix-Bleue apparaît en 1881, d'abord en tant que simple enseigne reprise aussi comme titre du bulletin diffusé pour faire connaître la société. En 1883, lors de l'Assemblée générale des délégués, la société adopte le sous-titre de Société suisse de la Croix-Bleue appellation qui sera de plus en plus utilisée, de sorte que lors de l'Assemblée de 1885, le changement de nom est considéré comme quelque chose de purement formel. Louis-Lucien Rochat propose également d'adopter ce sous-titre de Société suisse de la Croix-Bleue dans l'idée que chaque pays puisse créer sa société nationale, avec des règlements et une organisation propres, mais des principes identiques. Il avance alors déjà l'idée d'une Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Bleue qui chapeauterait les sociétés étrangères. Il fait cette demande à un moment où les branches étrangères de la Croix-Bleue sont encore trop frêles pour la mise en pratique de ce projet. Mais en visionnaire, il prépare sa grande organisation qui, en réalité, ne verra le jour que 7 ans plus tard, en 1890. (voir note).
A côté de l'objectif visant à « sauver » les buveurs de l'emprise de l'alcool, Louis-Lucien Rochat poursuivait avait aussi une mission religieuse visant à réveiller la spiritualité face à la désaffection des cultes par les populations. Convertir chaque alcoolique en chrétien. L'idée de ramener l'alcoolique à Dieu lui valut un appui inconditionnel des Églises nationales et libres. Ces Églises stigmatisaient les débits de boissons et la "soif de plaisirs", y voyant une menace pour la morale sociale. En 1895, l'Église catholique lance de son côté sa Ligue catholique suisse d'abstinence. Celle-ci réalisera un travail appréciable dans la sphère catholique sans jamais parvenir à s'imposer au même point que la Croix-Bleue (voir note).