Orange mécanique

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Introduction

Orange Mécanique
Titre originalA Clockwork Orange
RéalisationStanley Kubrick
Acteurs principauxMalcolm McDowell

Patrick Magee
ScénarioStanley Kubrick
DécorsJohn Barry
CostumesMilena Canonero
PhotographieJohn Alcott
MontageBill Butler
MusiqueWalter Carlos
ProductionStanley Kubrick
Société(s) de productionHawk Films

Polaris Productions

Warner Bros.
Société(s) de distributionWarner Bros. (France)
Pays d’origine Royaume-Uni
Langue(s) originale(s)Anglais
FormatCouleurs - Son monophonique

35 mm - 1.66:1
Genrescience-fiction

anticipation

thriller
Durée136 minutes
Sortie1971

Orange mécanique (A Clockwork Orange) est un film britannique de Stanley Kubrick, sorti sur les écrans en 1971.

Adapté du roman d'Anthony Burgess, L'Orange mécanique (A Clockwork Orange dans son édition originale britannique) publié en 1962, ce film est à classer dans les films d'anticipation, mais peut également se voir comme une satire de la société moderne. Ici, c'est une vision d'une cité urbaine où les jeunes ont pris le pouvoir qui est présentée au spectateur. Le film est aussi un peu futuriste, très violent, très psychologique, avec un côté drôle et parfois dramatique. Dans ce film, Stanley Kubrick semble surtout priviligier le climat malsain et dérangeant qui se dégage, ainsi que le côté viscéral, plutôt que la violence graphique visuelle.

Synopsis

Ce qui suit dévoile des moments clés de l’intrigue.

En Angleterre, dans un futur pas forcément éloigné mais à l'ambiance très futuriste (décors, mobiliers), Alex DeLarge, jeune délinquant passionné par la musique de Beethoven (« Ludwig van ») est obsédé par le sexe et adepte de la violence (ultraviolence dans son propre jargon).

Alex et sa bande, les droogs ou droogies, s'expriment dans un argot anglo-russe auquel l'auteur du roman, Anthony Burgess, a donné le nom de Nadsat, le mot droog faisant ainsi référence au mot « ami » en russe. Leur boisson préférée est le Moloko+ (lait en russe), un lait « dopé » (speed, crack et mescaline synthétique). Ils errent dans la ville en enchaînant passages à tabac, viols et affrontement avec bandes ennemies.

Un jour, un cambriolage dégénère en meurtre et, trahi par ses « fidèles droogs », Alex est arrêté par la police et condamné à 14 ans de réclusion criminelle. Deux ans plus tard, pour sortir de prison, il se porte volontaire pour tester une thérapie révolutionnaire, financée par le gouvernement dans le cadre d'un programme expérimental d'éradication de la délinquance. Le traitement est basé sur un principe semblable à celui des réflexes de Pavlov, consistant en un conditionnement classique. Il s'agit d'amener Alex à associer certains stimuli (des scènes de violence ou de sexe projetées sur un écran qu'il est forcé de regarder) aux douleurs provoquées par les drogues qu'on lui administre au cours de ce traitement. Lors d'une des séances est projetée une série de scènes de l'Allemagne nazie dont la bande-son est la Symphonie n° 9 de Beethoven, ce qui va paradoxalement transformer son admiration pour ce chef d'oeuvre en une profonde aversion, montrant l'évidente efficacité du traitement. Après sa remise en liberté, il apparait totalement inadapté et sans défense face au reste de la société.

En effet, par un concours de circonstances, il rencontre successivement un vagabond qu'il avait auparavant passé à tabac, puis deux de ses anciens droogies, reconvertis en policiers depuis son arrestation, qui vont tous profiter de son impuissance pour le violenter. A bout de force, il se réfugie chez un homme, qui s'avère encore être une de ses anciennes victimes. Celui-ci, désireux d'affaiblir le gouvernement en place en dénonçant ses procédés totalitaires, décide de "faire d'une pierre deux coups" en utilisant la sensibilité d'Alex à la Neuvième Symphonie pour le pousser au suicide: de cette manière, il compte venger l'agression qu'il avait subie tout en faisant ensuite attribuer cet acte à la cure critiquée. Mais, la tentative de suicide échoue et Alex est finalement sauvé et pris en charge par le ministre de l'Intérieur. Celui-ci décide d'instrumentaliser les penchants d'Alex pour en tirer profit.

Une impitoyable critique sociale

Tant l'« ultra-violence » qui sous-tend tout le film que la dernière réplique d'Alex, disant « Je suis guéri », simplement parce que le lavage de cerveau n'agit plus, peuvent conduire à une mauvaise interprétation du film. C'est d'ailleurs parce qu'il craignait que des jeunes trop influençables y voient un panégyrique de la violence que Kubrick a accepté de retirer le film des salles britanniques.

Ce sont sans doute les paroles de l'aumônier qui résument au mieux le sens du film : « Quand un homme cesse de choisir, il cesse d'être un homme ». Kubrick entendait démontrer que la société ne prône pas le bien, mais force l'individu à se conformer extérieurement au bien. Celui-ci n'est donc pas choisi mais adopté sous la contrainte de l'éducation, de la loi et de la répression. Ces thèses behavioristes sont illustrées par le terrifiant "traitement Ludovico" qui impose à un criminel de faire le bien contre sa volonté, alors que le for intérieur reste identique. Il n'y a aucune rédemption dans ce comportement artificiel. Un individu forcé à "bien" agir n'est donc pas nécessairement « bon » pour autant. Le film, montrant une société cynique et des pouvoirs publics maniant la dernière démagogie, critique un ordre social ou le bien, la morale, ont fait place à un simple utilitarisme policier et technocratique. Ainsi, dit Kubrick, très pessimiste, citant Aaron Stern, psychiatre : "Alex représente l'homme dans son État naturel ; lorsqu'on le "traite", cela correspond au processus même de la civilisation.".

Cette critique virulente de l'immoralisme de la société se retrouve dans de nombreuses œuvres d'anticipation. Torturé pour avoir voulu braver le système (et Big Brother), le Winston de 1984 parvient lui aussi à surmonter sa « maladie » et à aimer Big Brother. Le système Ludovico employé pour rendre Alex non-violent s'inscrit dans le même processus : le droit chemin, autrement dit le conformisme social doit être imposé ; faute de quoi l'individu ne doit plus avoir le choix de refuser. D'où l'humiliation subie par Alex ou les aberrations finalement acceptées par Winston : « 2 et 2 font 5 ou tout autre résultat décidé par Big Brother ». Ces thèmes sont toujours d'actualité. Au fil des pérégrinations d'Alex et de sa bande, on s'aperçoit qu'ils ne sont que de purs produits de la société et que, lorsque le vernis craque, les citoyens honnêtes leur ressemblent plus que ce que l'on aurait pu croire.

Controverse

Après la sortie du film, plusieurs délinquants britanniques ayant perpétré des actes de violence gratuite ont déclaré avoir pris exemple sur le film. Les lettres de menaces envahissent alors la boîte aux lettres de Stanley Kubrick (qui avait quitté les États-Unis pour l'Angleterre), qui prend peur pour ses enfants. Il demande à Warner Bros. de retirer le film des salles de cinéma britanniques en dépit du grand succès du film. Fait unique, la société de production obtempère et le film est retiré. Ce n'est qu'en 2000, c'est-à-dire après la mort de Kubrick, que le film est à nouveau projeté au Royaume-Uni. A la sortie du film en 1972, l'opinion publique s'était dite extrêmement choquée que la violence du film soit représentée de manière esthétique, lui donnant des ambiances de fêtes notamment dans les actes commis par Alex et sa bande au début du film, ce qui entraina une censure. Dans les bonus du DVD du film, il est dit que les censeurs n'ont au final rien trouvé à redire sur le film et se soient même déclarés étonnés de sa réputation sulfureuse au vu de son contenu réel qui justifiait selon eux la violence gratuite du début du film.

Différences entre le film et le livre

A Clockwork Orange a été écrit par Anthony Burgess en 1962 et adapté au cinéma par Stanley Kubrick neuf ans plus tard, en 1971. Kubrick s'est basé sur la version américaine du livre, censurée dans le dernier chapitre. Informé par l'auteur pendant le tournage, Kubrick n'a pas voulu prendre cela en compte, le jugeant trop différent de ce qu'il voulait montrer à travers le film. Dans ce chapitre, Alex reforme une bande avec trois droogs, puis revoit Pete un soir. Celui-ci, âgé de vingt ans, est désormais marié, ce qui sidère Alex. En y réfléchissant, il décide de se ranger complètement, sermonne ses droogs sur leurs actions (« Tout ce que vous faites, c'est vous en prendre à des gens sans défense... ») et finalement songe à fonder une famille.

Hormis cette différence importante mais très localisée, le film est très proche du livre. Certaines répliques sont directement inspirées des dialogues du livre ; les différences qui subsistent sont surtout : l'âge des deux filles chez le disquaire, le lieu de l'agression de la devotchka au début. Certains détails sont entièrement apportés par Kubrick : la chanson I'm singin' in the rain, la sculpture de forme phallique qu'utilise Alex pour tuer la femme, la scène où Alex arrive en prison... Certains éléments du livre ont également été supprimés pour l'adaptation en film, tels l'assassinat commis par Alex en prison ou l'agression du vieux à la bibliothèque.

On note aussi une nette différence quant à la quantité de jargon utilisé dans le film, largement inférieure à celle présente dans le livre. Le vocabulaire d'Alex et de ses droogs subit aussi parfois certaines modifications. Ces changements s'expliquent par la nécessité pour un spectateur n'ayant pas lu le livre de s'adapter rapidement à l'univers particulier de Burgess.

De même, que les costumes des droogs du film, sont totalement différents de ceux du livre.

La musique dans le film

La bande originale d'Orange mécanique est très particulière, voire « expérimentale » pour l'époque.

Kubrick préférait généralement utiliser de la musique classique existante plutôt que de faire appel à des compositeurs hollywoodiens, incapables selon lui de rivaliser avec les grands classiques (la partition prévue pour 2001, l'Odyssée de l'espace, achevée, avait par exemple été finalement refusée et remplacée par Richard et Johannes Strauss, Ligeti et Khatchaturian).

Il réfléchissait alors, le film étant en cours de montage, à un moyen d'accommoder Beethoven, nécessairement présent dans la bande originale en raison du culte que lui voue le jeune voyou protagoniste, lorsqu'il reçut une proposition d'un ingénieur du son et compositeur, alors auréolé du succès immense de l'une des productions classiques les plus hardies de l'époque : Walter Carlos et son Switched on Bach, l'album de musique baroque jouée avec un instrument alors révolutionnaire, le synthétiseur modulaire de Robert Moog. En effet, Carlos avait eu vent de ce que Kubrick travaillait sur une adaptation de Clockwork Orange. Il parut évident à Carlos que la musique de Beethoven ne pouvait, sur un tel projet, être adaptée que par lui.

Il fit donc parvenir quelques maquettes à Kubrick, qui fut séduit. À la fin des années 1960, les synthétiseurs sont des instruments d'avant-garde, aux sons inédits, nouveaux, qui créent une atmosphère étrange. Le grand précédent étant Forbidden Planet, dont la bande-son était la première « tout-électronique », réalisé en 1956, année des tentatives plus que convaincantes de Stockhausen dans son studio de la WDR à Cologne.

Walter Carlos adapte notamment la Symphonie n° 9 de Beethoven en utilisant les premiers « vocoders », l'ouverture de Guillaume Tell de Rossini, le film s'ouvrant sur un morceau particulièrement sinistre, mettant immédiatement le spectateur dans l'ambiance d'un monde futur inquiétant : Musique pour les Funérailles de la Reine Mary (Music for the Funeral of Queen Mary) de Henry Purcell, transformée par le recours à des flangers et autres effets modernes.

Kubrick avait à l'époque demandé au groupe Pink Floyd d'utiliser leur chanson Atom Heart Mother. Ils ont décliné cette proposition.

Fiche technique

  • Titre original : A Clockwork Orange
  • Titre français : Orange mécanique
  • Réalisation : Stanley Kubrick
  • Scénario : Stanley Kubrick d'après le roman d'Anthony Burgess L'Orange mécanique
  • Décors : John Barry
  • Costumes : Milena Canonero
  • Photographie : John Alcott
  • Montage : Bill Butler
  • Musique : Walter Carlos
  • Production : Stanley Kubrick ; Si Litvinoff et Max L. Raab (exécutifs) ; Bernard Williams (associé)
  • Sociétés de production : Warner Bros. (États-Unis), Polaris Productions et Hawk Films (Royaume-Uni)
  • Pays d'origine : Grande-Bretagne
  • Genre cinématographique : science-fiction, drame, anticipation
  • Format : Couleurs - 35 mm - 1.66:1 - Son monophonique
  • Durée : 136 minutes
  • Interdit en France aux moins de 16 ans
  • Dates de sortie : 19 décembre 1971 ;  France : 15 mai 1972
  • Box-office :  France : 7 600 000 entrées

Distribution

  • Malcolm McDowell  : Alex DeLarge
  • Patrick Magee  : Mr. Alexander, l'écrivain
  • Michael Bates  : le gardien-chef
  • Warren Clarke  : Dim
  • John Clive : l'acteur
  • Adrienne Corri : Mrs. Alexander
  • Carl Duering : le docteur Brodsky
  • Paul Farrell  : le clochard
  • Philip Stone  : Mr. DeLarge, père d'Alex
  • Anthony Sharp  : le ministre
  • Godfrey Quigley  : le chapelain de la prison
  • Steven Berkoff  : le commissaire
  • David Prowse  : Julian

Récompenses et nominations

  • Prix Hugo 1972
  • NYFCC Award 1972 du meilleur réalisateur
  • Oscars 1972 : 4 nominations (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleur montage)

Autour du film

De nombreux groupes d'ultra de football ont repris comme symbole le style d'Alex et de ses droogs, comme par exemple les Magic Fans de l'AS Saint-Étienne ou les "Red Kaos 1994" du Grenoble Foot 38.

Durant les années 1970, l'équipe nationale Hollandaise était célèbre pour son « football total » et fut un temps surnommée « Orange mécanique », du fait de la précision de ses actions de jeu et du maillot national orange, couleur historique des Pays-Bas.

Les peintures à caractère érotique que l'on aperçoit dans la maison de la « femme aux chats » sont celles de la femme de Stanley Kubrick, Christiane Kubrick.

À l'hôpital, dans les articles de journaux traitants de la tentative de suicide d'Alex, on peut lire le nom de famille "Burgess", comme le nom de l'auteur du livre, Anthony Burgess.

Lors de la scène du viol, Malcolm McDowell (Alex DeLarge) a choisi de chanter Singin' In the Rain parce qu'il s'agissait de la seule chanson dont il connaissait les paroles par cœur.

Le titre Orange Mécanique vient d'une vieille expression cockney, « bizarre comme une orange mécanique », c'est-à-dire très étrange ou inhabituel. Orange signifie également « homme » en argot anglais. Le titre signifierait donc « L'homme Mécanique », ce qui décrirait l'état d'Alex après sa thérapie.

Quand Alex est roué de coups par les mendiants et revoit ses anciens amis, Georgie et Dim qui sont devenus policiers, Dim, à gauche, a le numéro 665, et Goergie à droite, porte le numéro 667. Alex, au centre, correspond donc à 666, le nombre de la Bête.

David Prowse (Dark Vador dans Star Wars) joue le rôle du garde du corps de l'écrivain.

Adaptation théâtrale

Orange mécanique a été adapté au théâtre à Paris (Cirque d'hiver Bouglione) en février 2006 par Alexandre Berdat et Nicolas Laugero Lasserre, mis en scene par Thierry Harcourt et produit par Philippe Hersent, avec Isabelle Pasco dans le rôle de la jeune femme violée, Sagamore Stévenin dans le rôle principal et le DJ Philippe Corti dans celui d'un gardien de prison et d'un clochard. Marc Cerrone a composé la musique. La pièce Orange mécanique, annoncée comme très crue, est interdite aux moins de 16 ans en raison du caractère ultraviolent de l'œuvre.

L'auteur du roman d'origine, Anthony Burgess a adapté lui-même son roman en une version musicale pour la scène, en 1986.

Cette adaptation de l'œuvre au théâtre est une première mondiale. En Grande-Bretagne, le roman a inspiré bien des adaptations pour la radio ou la scène, en dehors de la version cinématographique de Kubrick :

La BBC a réalisé la première adaptation filmée du roman - le premier chapitre seulement - pour l'émission Tonight, à la sortie du livre en 1962. Elle a également créé en 1998 la première adaptation sous forme de dramatique radio.

Des troupes de théâtre ont proposé leur propre vision de l'œuvre : la première adaptation connue a été montée par John Godber au festival d'Édimbourg en 1980. En 1998, The Ensemble Theatre from the North of England filmait une interprétation très contemporaine du roman, dans laquelle les drougs sont des skinheads accomplissant leurs méfaits sur de la musique techno.

Une performance scénique, Machinations of Choice, a été présentée par la troupe de Craig Quintero à l'occasion d'un colloque sur Orange mécanique à Angers, le 8 décembre 2001.