Pédagogie Steiner-Waldorf

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Introduction

École Waldorf en Allemagne

La pédagogie Steiner-Waldorf, fondée sur les théories éducatives de Rudolf Steiner, est une des applications les plus connues de l'anthroposophie dont il est le fondateur.

Cette pédagogie est pratiquée dans les écoles Waldorf, écoles associatives autonomes, qui comptent environ 1 000 sites dans le monde. On les rencontre surtout en Europe et en Amérique du Nord, avec environ 200 sites en Allemagne. En 2009, il en existe une vingtaine en France dont onze officiellement associées en une Fédération des écoles Steiner-Waldorf en France.

Aussi connues sous le nom d'écoles Steiner, ces écoles cherchent à articuler les enseignements intellectuels et l'exercice d'activités artistiques et manuelles.

Histoire

Origines

Ayant été actif notamment en tant que précepteur de 1884 à 1890, Rudolf Steiner, après avoir posé les fondements de l'anthroposophie, formalise à partir de 1906 ses idées sur l'éducation. Ces idées restent pendant dix ans au niveau théorique. En 1919, il donne des conférences sur la triple organisation du corps social auxquelles assistent des ouvriers de l'usine de cigarettes Waldorf-Astoria, à Stuttgart, dans le Sud-Ouest de l'Allemagne. Suite à ces conférences, Steiner est sollicité pour créer une école dans laquelle serait pratiquée une pédagogie qui notamment mettrait ses bénéficiaires sur la voie d'acquérir les aptitudes psychiques nécessaires pour penser et mettre en œuvre de nouvelles idées pour l'organisation de la vie sociale. La première « Libre école Waldorf » est inaugurée le 7 septembre 1919, et accueille essentiellement les enfants de ces familles ouvrières pour un cycle d'études prévu d'emblée sur douze années.

Relations avec les autres mouvements pédagogiques

À l'époque de la création de la première école Waldorf, le mouvement d'éducation nouvelle est à son apogée, et la même année voit l'ouverture des écoles libertaires de Hambourg. Selon Heiner Ullrich, « l'anthropologie pédagogique de Steiner va désormais intégrer, en partie contre sa propre compréhension idéologique, de nombreuses données de la réalité pédagogique d'alors, données qui ne pouvaient découler de formules abstraites. ». « Contrairement aux autres pédagogues du Mouvement de l’éducation nouvelle (Montessori, Neill, Geheeb, etc.), dont le dogmatisme est moins affirmé, les pédagogues des écoles et jardins d’enfants Rudolf Steiner manifestent une indiscutable volonté d’orthodoxie, de prosélytisme, d’orgueil ou d’isolement sectaires, ce qui rend d’autant plus remarquable le dialogue que d’éminents disciples de Steiner ont noué en Allemagne avec des spécialistes de l’éducation ; ».

Le mouvement de pédagogie Waldorf restera cependant longtemps isolé. Il faudra attendre 1970 pour qu'en Allemagne il rejoigne le mouvement des pédagogies alternatives . En France, depuis 1995, plusieurs démarches de concertation avec les autres pédagogies alternatives ont été entreprises. Il y eut par exemple en 2004 un colloque réunissant des enseignants et anciens élèves des pédagogies Waldorf, Montessori et Decroly.

Par ailleurs, le mouvement mondial des écoles Steiner a établi dès 1994 un partenariat avec l'UNESCO ayant donné lieu à des publications conjointes et à des actions communes dans des pays comme l'Afrique du Sud. La fondation a été admise en tant que partenaire officiel en 2001 .

Pédagogie

Fondements

Cette pédagogie est fondée sur l'anthropologie spiritualiste cosmique de Steiner, « Pour connaître la nature de l’homme en devenir, il faut avant tout se fonder sur l’observation de la nature cachée de l’être humain » . Selon Steiner, la formation de l’élève est en même temps un processus d'incarnation. Selon cette pédagogie, l'enfant et l'adolescent se développeraient selon des cycles de sept années où les changements physiques vont de pair avec des métamorphoses plus profondes correspondant aux "naissances" successives des constituants de l'être humain (corps éthérique, corps astral, moi.) qui seraient visibles par clairvoyance.

Steiner considère que jusqu'à sept ans, le corps éthérique se constitue et s'autonomise progressivement. L'enfant est alors dans une phase d'imitation, où il est important de développer sa sensorialité. Il entre ensuite jusqu'à la puberté dans une phase où il doit être nourri par un enseignement fortement imagé qui accompagne l'édification du corps astral. Le pôle du sentiment y est particulièrement soigné grâce à la production artistique, dans un climat de confiance. À partir de quatorze ans, il accède à la pensée abstraite avec la naissance progressive de l'individualité consciente et pensante qui lui permettra d'atteindre la maturité intellectuelle et un jugement libre. Le rôle de l'enseignant est d'équilibrer ces processus d'édification en agissant sur les forces spirituelles notamment par le choix et la durée des matières enseignées, chacune stimulant plus ou moins l'aspect "spirituel/cosmique" ou "matériel/terrestre". Par exemple, un enfant chez qui l'organisation cosmique prédomine, repérable par la beauté plastique de son visage, devrait faire de l'histoire et de la géographie alors qu'un enfant terrestre devrait être "spiritualisé" avec de l'eurythmie. La notion de tempérament, considérée comme l'expression de modes de relation entre le psycho-spirituel et le physico-corporel, est utilisée aussi comme une clé importante pour orienter de façon plus individuelles les pratiques éducatives. On essaie de s'adresser aux enfants en fonction de leurs tempéraments (mélancolique, flegmatique, sanguin, colérique) ; on peut les placer dans la classe par tempéraments semblables ou leur faire jouer des rôles différents dans certaines activités. Un mauvais équilibre des forces spirituelles pourrait engendrer un criminel ou au contraire un rêveur. Le principe du karma joue aussi un rôle important dans l'éducation de l'enfant.

Le cursus pédagogique

Le cursus est divisé en trois cycles qui, se référant à la conception indiquée ci-dessus du développement de l'enfant, peuvent être mis en relation avec les seuils d'autonomisation successifs des plans d'organisation de la nature humaine :

  • jusqu'à 7 ans, le jardin d'enfant
  • de 7 à 14 ans, premier cycle, les « petites et moyennes classes » de la première à la huitième classe
  • de 15 à 18 ans, deuxième cycle, les « grandes classes » de la neuvième à la douzième classe

Ces étapes sont comparables à celles définies par Piaget .

Jardin d'enfant

Le « jardin d'enfants » accueille les enfants de 3 à 6 ans. Dans cette pédagogie, l'imitation et le jeu sont considérés comme les aspects les plus importants de cette tranche d'âge jusqu'à sept ans. Les jeux libres visent à permettre à l’enfant de développer sa sensorialité de façon individuelle, et à le stimuler à déployer son initiative personnelle à partir de l'imitation.

Les éducateurs (jardinières ou jardiniers d'enfants) s'efforcent d'équilibrer les temps de jeu libre et les activités dirigées, et d'associer les enfants aux tâches de la vie quotidienne : par exemple, en préparant ensemble les goûters et en rangeant la pièce après les jeux, la coopération et le sens des responsabilités sont sollicités.

En règle générale, le matin, des activités artistiques alternent avec des périodes de jeux libres. Les promenades et les jeux extérieurs suivent le rythme naturel des saisons, de même les activités quotidiennes sont ponctuées par le rythme des fêtes saisonnières. Des rondes rassemblent les enfants pour « dire, chanter et danser les saisons », de façon à stimuler le sens du langage et à éveiller la sensibilité à la musique.

Premier cycle

Le cycle des petites et moyennes classes concerne les enfants entre 7 ans et 14 ans. L'établissement d'une relation de confiance et d'autorité avec le professeur étant jugée primordiale pour cet âge, le professeur titulaire suit, si possible, le même groupe d'élèves pendant ces 8 premières années, s'efforçant de veiller à la continuité du développement de chaque enfant. Il assure l'enseignement principal, (deux premières heures de la matinée) qui porte, en une succession de périodes de 3 à 4 semaines, sur le calcul, l’écriture, la lecture, la langue maternelle, les sciences de la nature, l’histoire-géographie et les sciences physiques. L'enseignement des matières complémentaires, comme l'eurythmie et les langues étrangères, est donné par des professeurs spécialisés.

Dans les premières années, l'enseignement est avant tout oral, imagé et artistique, les manuels scolaires classiques ne sont pas utilisés, les livres sont remplacés par des cahiers réalisés par les élèves, l'enseignant est rendu complètement responsable de la conduite du travail : il doit être créatif, agir en artiste. La journée commence parfois par l'allumage d'une bougie, qui est parfois situé sur une table des saisons, et par la récitation de paroles, bras croisés sur la poitrine. L'introduction à l'écriture, à la lecture et au calcul se fait progressivement à l’aide d'objets et d'images tirés de contes, légendes, fables et histoires d'animaux. L'enfant rencontre les matières avant tout par l'activité. Les notions abstraites sont introduites en douceur et de manière systématique seulement après l'âge de 12 ans.

En quatrième classe (10 ans), la pédagogie Steiner considère que l'enfant prend conscience de sa séparation avec le monde. C’est à cet âge que la mythologie nordique est enseignée, avec ses drames et sa nostalgie des étapes originelles, qui reflète son expérience intérieure profonde. Il est alors prêt à étudier les fractions en arithmétique et à observer plus objectivement son environnement proche, l'homme et les animaux.

En cinquième classe (11 ans), l’élève apprend l'histoire des grandes civilisations passées et est encouragé à observer le monde des plantes.

C’est en sixième classe (12 ans) que l’enfant aborde la civilisation romaine, et le système juridique qui nous en est resté, avec l’art du débat démocratique, puis les grandes invasions jusqu'au Moyen Âge. Les sciences telles la minéralogie, la géographie, la physique (acoustique, optique, chaleur, électricité, magnétisme) peuvent être abordées à cet âge afin de répondre au besoin de l'enfant de s'ouvrir à l'investigation des relations de causalité.

En 7 et 8 classes (13, 14 ans), selon Steiner, au moment de la puberté, la naissance du Moi, amène l'élève à s’intéresser davantage au monde social, à l'humanité entière. Il est alors considéré comme prêt à aborder des apprentissages plus abstraits. Le maître présente alors les grandes découvertes et les inventions du monde moderne, les conditions matérielles et économiques des sociétés. L’étude des processus naturels se poursuit parallèlement avec la chimie et la biologie, tout en approfondissant la physique.

Ce cycle s'achève en général avec l'organisation et la représentation d'une pièce de théâtre du répertoire classique à laquelle est conviée toute l'école à la fin de l’année. Ce projet fait converger dans les arts (parole, musique, décors, costumes...) les acquis des années antérieures.

Deuxième cycle

Les quatre années des « Grandes Classes », c’est-à-dire de la 9 (15 ans) à la 12 (18 ans) constituent le dernier palier de scolarité dans ces écoles. Dans les cours "scolaires", la prédominance du caractère imagé de l'enseignement rencontré dans le premier cycle, s'estompe pour encourager davantage la conceptualisation abstraite. Mais parallèlement, les enseignements d'atelier s'intensifient, proposant diverses activités manuelles concrètes (mécanique, forge, dinanderie, menuiserie, reliure, électronique, secourisme...) alternant avec des activités artistiques de toutes sortes (dessin, peinture, modelage, sculpture, arts graphiques, théâtre...).

Chaque année du cycle prévoit une tonalité spécifique, qui dépendra cependant, dans sa mise en œuvre, des particularités propres à chaque groupe-classe.

En 9 classe (15 ans), les professeurs doivent notamment chercher à créer des liens entre le côté pratique des technologies d'une part et leurs conséquences socio-historiques, d'autre part.

En 10 (16 ans), les élèves sont particulièrement sensibilisés au fait que des lois idéelles sont à l'œuvre partout dans le monde et on s'efforce de les amener à entrevoir que l'exercice de la créativité gagne à s'appuyer sur une compréhension profonde de ces lois. L'écriture poétique est par exemple enseignée dans cet esprit.

En 11 classe (17 ans), l’élève est amené à répondre à l’interrogation qui le touche le plus intimement : « Qui suis-je ? ». Puisque sa pensée s’affine, il est en mesure d’analyser et de chercher à mettre en cohérence son être intérieur et sa position dans la vie et dans l’action. Le mythe de Perceval est l'un des contenus d'étude typiques de cette classe.

En 12 classe (18 ans), la pédagogie Steiner va chercher dans l'ensemble des matières d'enseignement, à amorcer un geste de synthèse conduisant à un vécu de la cohérence idéelle du monde et de la place centrale de l'homme au sein de l'univers. L'étude du mythe de Faust est souvent utilisée dans ce sens.

Dans beaucoup d'écoles, la scolarité s’achève avec la présentation d'un « Chef-d'œuvre », réalisation individuelle menée tout au long de l'année sur un thème choisi par l’élève.

Quelques spécificités des enseignements

Enseignement des langues

Dès la première classe (7ans), les enfants rencontrent deux langues étrangères. C'est d'abord sous forme de comptines, chansons et activités de mouvement ludiques, qu'ils seront 3h par semaine pour chaque langue, baignés dans les sonorités et les ambiances correspondantes. Ce n'est qu'à partir de la 4 classe (10 ans) que l'enseignement devient plus scolaire et systématique. Les échanges linguistiques sont encouragés autour de la 16 année, ce qui fait qu'entre la 9 et la 11 classe, des élèves étrangers sont parfois accueillis, contribuant à l'élargissement culturel. En France, ce sont principalement les langues anglaise et allemande qui sont proposées.

Mythologies

Une grande importance est accordée aux mythologies qui sont enseignées dans les petites classes à des âges bien précis comme des valeurs fondatrices de cultures et de civilisations, censées nourrir au moment juste, chaque phase de développement de l'enfant. L'idée est ici que le développement individuel se présenterait comme une réplication de l'évolution culturelle générale de l'humanité.

Les activités manuelles et artistiques

Les écoles tentent d’équilibrer les matières purement académiques avec les enseignements artistiques et les activités pratiques, et accordent ainsi une grande importance aux apprentissages manuels et artistiques. Elles s'efforcent de valoriser sans aucune hiérarchisation, les talents et aptitudes particulières rencontrées en chaque enfant. Le "fort en tricot" faible en calcul ne se trouvera pas du tout dévalorisé à côté du "fort en calcul" maladroit au tricot, et l'un et l'autre seront stimulés à s'entraider et à progresser sur tous les tableaux.

Dès la maternelle, l'enfant est associé aux activités quotidiennes de la vie telles que la fabrication du pain. Les objets utilisés pour le jeu sollicitent l’imagination, étant très simples et inachevés : coquillages, pierres, laine, morceaux de bois.

Le curriculum réserve une place importante à l'enseignement de l'art comme l'aquarelle, le dessin, le modelage, le chant, la musique, les sujets sont généralement liés au contenu d'autres cours. Dans les petites classes, l'élève expérimente la qualité des couleurs et de leur interaction. Une autre part importante consiste à faire des travaux manuels comme le tricot et la couture auxquels viennent s'ajouter vers dix ans le bois, plus tard le cuivre, pour aboutir dans les grandes classes à des activités comme la sculpture sur pierre ou la reliure. Les facultés acquises dans ces matières (habileté manuelle, motricité fine, planification, connaissance des matériaux, travail sur un objet jusqu'à son achèvement) peuvent être utilisées en particulier dans la réalisation à différents âges de projets individuels.

Sciences

En science, l'accent est mis sur l'aspect pratique, surtout dans le premier cycle où l'enfant est jugé incapable de manipuler des concepts abstraits. Pour Steiner, l'enfant de moins de 12 ans ne peut pas comprendre la relation de causalité. Les mathématiques ont un statut particulier, car tenus en haute estime par Steiner, qui disait que lorsqu'on les étudie, des anges se promènent dans la classe, un bon enseignement des mathématiques selon la doctrine de Steiner développerait à l'age adulte un sens moral qui sinon ferait défaut (la victoire du bolchévisme en Europe serait largement dû à un mauvais enseignement des maths). Les autres disciplines posent parfois problème lorsqu'elles sont en contradiction avec les écrits de Steiner, notamment en biologie et en physique. Certaines théories obsolètes sont parfois enseignées comme la botanique et la théorie des couleurs de Goethe ou le fait que selon Steiner, le cœur ne soit pas une pompe et que le sang avance tout seul.

Un étude américaine sur l'enseignement des sciences dans les écoles Steiner précise que les écoles ne devraient pas se fonder sur les principes de Rudolf Steiner et de l'anthroposophie comme source pour les concepts scientifiques. Elle se base sur le fait que l'enseignement de Steiner ne passe pas les tests empiriques, ne sont pas vérifiables par tout le monde, n'ont pas vraiment changé depuis qu'il les a introduit et repose sur des affirmations paranormales qui ne peuvent pas être vérifiées.

Sport

L'enseignement du sport associe des disciplines sportives habituelles et y ajoute à quelques écoles une forme particulière d'éducation physique connue sous le nom de « gymnastique Bothmer » qui vise à équilibrer la personne selon des principes anthroposophiques.

Eurythmie

L'eurythmie est un art du mouvement issu de l'anthroposophie enseigné dans les écoles Steiner, depuis le jardin d'enfants jusqu'à la douzième classe . Les déplacements dans l'espace, les attitudes corporelles et les chorégraphies y sont mis en relation avec les sonorités de la parole ou de la musique instrumentale qui sert de support. Selon Steiner, faire de l'eurythmie permet de préparer son corps à recevoir les mouvements du monde spirituel, le regarder permet d'intensifier le corps astral et le Moi. « L'eurythmie fortifie l'âme en la faisant pénétrer vivante dans le suprasensible ». La pédagogie Waldorf considère que l'eurythmie est précieuse notamment pour ses effets bénéfiques sur l'acquisition de la latéralisation, pour sa contribution à l'aisance de la maîtrise du mouvement et pour le développement des facultés sociales. Elle aurait aussi des effets bénéfiques sur la vitalité psychique et intellectuelle.

Religion

Les écoles Waldorf sont non-confessionnelles et laïques, et respectent toutes les formes de religion et de spiritualité. Elles se déclarent ouvertes à tous les enfants, quelles que soient leurs origines culturelles ou religieuses. Elles ne privilégient aucun modèle religieux particulier mais s'appuient cependant clairement sur une conception non-matérialiste et anthroposophique du monde, qui constitue le fil conducteur et la cohérence de la démarche pédagogique, toutefois la foi en la réincarnation est essentielle dans la pédagogie Steiner, il recommande de l'enseigner indirectement par l'image aux élèves.

Les familles sont encouragées à donner à leurs enfants l'éducation religieuse correspondant à leurs propres convictions. Une importance toute spéciale est accordée au sentiment religieux, qui, en tant qu'aptitude à la vénération, est considéré comme une prédisposition favorable aux apprentissages pour l'enfant. La pédagogie Waldorf considère aussi qu'un sentiment religieux sain cultivé chez l’enfant, est ce qui peut conduire naturellement au respect de la nature, de soi-même et des autres. Ce serait aussi un préalable irremplaçable à une véritable autonomie spirituelle et à une religiosité libre et ouverte pour l'adulte. Le lien avec la rythmique du cours de l'année, ponctué par les grandes fêtes marquant les saisons: la Michaëli (29 septembre), Noël, Pâques et la Saint Jean (24 juin), est soigneusement maintenu dans cet esprit.

Organisation

Fonctionnement collégial

Une caractéristique constitutive des écoles Steiner-Waldorf est le fait que les enseignants doivent y porter la responsabilité réelle du fonctionnement de l'institution, depuis les grandes orientations pédagogiques jusqu'aux choix techniques les plus insignifiants. Ceci s'organise sans structure hiérarchique, dans le cadre d'un fonctionnement dit "républicain", se traduisant par l'existence d'un grand nombre de commissions mandatées par l'assemblée de tous les professeurs (grand collège) pour gérer en toute responsabilité les différents domaines du fonctionnement de l'école (emploi du temps, admission des nouveaux élèves, salaires des collaborateurs, gestion de l'équipe pédagogique, entretiens et travaux, fêtes pédagogiques, communication interne, communication externe, liens avec les administrations de l'état, etc.). Les commissions naissent, s'endorment, s'étoffent et se renouvellent en lien avec les nécessités de la vie réelle. Selon les écoles, et selon le type de tâches, les parents d'élèves participent plus ou moins à certaines de ces commissions.

Structure juridique des écoles

Les écoles Steiner-Waldorf sont en règle générale issues d'initiatives citoyennes rassemblant des personnes faisant le choix de faire exister en un lieu une telle proposition pédagogique alternative. Elles prennent alors la forme juridique d'associations à but non-lucratif, dont les membres sont généralement les parents d'élèves et l'ensemble du personnel de l'école. Cependant, des dispositions statutaires particulières, variables selon les écoles, tendent à faire en sorte que les choix pédagogiques, et notamment les décisions concernant la constitution de l'équipe pédagogique, soient portées en pleine responsabilité par le "collège des professeurs" seul. Cette originalité, voulue par Steiner, est considérée comme un élément très important pour préserver la liberté pédagogique qui est l'un des soucis majeurs de ces écoles. C'est aussi parfois un facteur de tensions sociales au sein de ces associations vu que les parents sont, par ailleurs souvent très sollicités pour concourir de toutes sortes de façons au bon fonctionnement de l'institution (tâches administratives, ménage, travaux, recherche de financements, etc.)

Financements

Le conseil d'administration de l'association-école porte la responsabilité du financement de l'organisme. Si le poste budgétaire majeur est toujours la masse salariale du personnel, parfois suivi de près par la charge des locaux, les ressources sont en général avant tout constituées par le montant des scolarités versées par les familles. La santé financière est donc toujours conditionnée par le niveau des effectifs d'élèves, ce qui fait que la qualité pédagogique et la satisfaction des parents sont pour une bonne part des conditions de la survie de ces écoles.

Les écoles ont souvent besoin de mettre en place des initiatives associatives destinées à drainer des compléments de ressources.

Certains pays subventionnent les écoles ou prennent en charge une partie des salaires des professeurs, mais ces aides ont toujours des contre-parties qui ne sont pas toujours facilement compatibles avec les principes de la pédagogie Steiner-Waldorf. En France, 3 écoles sur les 11 ont établi des contrats avec l'État et s'efforcent de préserver malgré tout leur originalité pédagogique.

Formation des enseignants

Les enseignants ont la plupart du temps reçu une formation spécifique de deux à trois ans dans des centres de formation pédagogiques anthroposophiques consistant principalement en un approfondissement de la doctrine anthroposophique, et en une sensibilisation aux disciplines artistiques, afin de favoriser les capacités d'autonomie dans le travail pédagogique et la créativité, qui sont considérées comme primordiales pour un éducateur. Les enseignants sont plutôt recruté pour leur caractère exemplaire (« charisme ») que pour leur formation universitaire. Il existe environ une trentaine de centres de formation à la pédagogie Steiner dans le monde. Au Royaume-Uni, seule une petite proportion des professeurs ont des diplômes d'enseignement classique (QTS).

Évaluations de la pédagogie Waldorf

Après le Cycle Waldorf

La transition vers les études supérieures varie en fonction du système éducatif du pays.

En Allemagne, bien que les écoles appartiennent au secteur privé, leur certification de fin d'études scolaires est équivalente à celle du public.

Au Québec, ils rejoignent le cycle post-secondaire du CÉGEP.

En France, la 12 (ou la 11 pour l'école Perceval à Chatou) vise à donner une équivalence avec la classe de première. Les élèves qui le souhaitent ont, au cours de cette année là, la possibilité de préparer les épreuves anticipées du Baccalauréat, ce qui leur ouvre ensuite l'accès aux classes terminales de lycée dans leur 19e année, tandis que l'âge moyen d'accès au Bac est en France de 18 ans et demi pour les séries générales.

Études comparatives

Différentes études en Allemagne comme en Angleterre attestent d'une bonne réussite des élèves issus de ces écoles. Ces statistiques doivent cependant être nuancées par le fait que le niveau socio-culturel des familles d'enfants scolarisés dans ce système est, en Allemagne tout au moins, supérieur à la moyenne nationale.

Critiques de la pédagogie Steiner-Waldorf

Heiner Ullrich résume une partie du débat ainsi :

« Les uns soulignent la pratique positive d’une éducation « complète » adaptée à l’enfant et passent sous silence l’anthropologie métaphysique de Steiner. Les autres critiquent justement sans merci cette néomythologie occulte de l’éducation et mettent en garde contre les risques d’endoctrination qui en découlent (« école où est enseignée une conception du monde ») leur insistance sur ce point les empêchant de juger impartialement les multiples facettes de la pratique steinérienne. La position des critiques idéologiques est encore confortée par l’assertion des pédagogues anthroposophes selon laquelle toutes les normes et toutes les formes de leur pratique éducative procèdent de l’anthropologie « cosmique » du maître.'' »

Critiques portant sur l'importance de l'anthroposophie

D'après les écoles Steiner, l'anthroposophie n'est pas enseignée aux élèves, mais certaines personnes contredisent cela et font remarquer que dans ce type d'enseignement, tout est basé sur l'anthroposophie, depuis la formation des professeurs jusqu'au contenu des cours, et qu'inévitablement cette doctrine s'infiltre dans la classe : mais tout cela est dissimulé aux parents. Les croyances de Rudolf Steiner sont présentes dans toutes les activités de ces écoles. Selon Raphael Aron, cette pédagogie est basée sur un système spirituel et non sur un système éducatif. L'anthroposophie est critiquée comme une religion de type sectaire et comme une pseudo-science.

Au-delà du contenu explicite des prières et des rituels, l'anthroposophie est implicitement présente dans de nombreuses leçons, le plus évident étant en cours de sciences. Les écoles se présentent comme une éducation alternative, non sectaire, basée sur l'Art, multiculturelle et scientifique, mais certaines études critiques révèlent le contraire, ces écoles seraient le centre d'une initiation occulte où tous les aspects du curriculum sont enracinés dans l'anthroposophie, sa magie et ses rituels. Les contes de fées enseignés au cours des premières années sont en fait des paraboles occultes, les festivals sont des rituels conçus par Steiner avec une profonde signification ésotérique.

Dans certains manuels scolaires Waldorf, on retrouve de nombreuses idées pseudo-scientifiques venant de l'anthroposophie. Le schéma hiérarchique de Steiner sur l'évolution de l'Homme est subtilement incorporé dans le curriculum. Par exemple, en histoire, les élèves apprennent les anciens mythes religieux indiens, perses, égyptiens, gréco-romains et nordiques : des parents non informés pourraient interpréter cela comme du multiculturalisme, mais en réalité c'est une initiation dissimulée qui correspond à la doctrine de Steiner sur l'évolution spirituelle des aryens.

Conformément à la tradition occulte, les anthroposophes utilisent des mots courants dans un autre sens pour dissimuler aux parents leur signification ésotérique. Par exemple, les sermons deviennent des « lectures », la prière devient des « paroles », un occultiste devient un « scientifique », l'autel de la nature devient la « table de la nature », les pentagrames des étoiles — la réincarnation, selon Steiner (La Vraie Nature de l'Homme) — devient le « développement de l'enfant », etc. Pour l'anthroposophe occultiste, peu importe si les personnes comprennent ce qu'elles font ou pourquoi elles le font, du moment qu'elles le font. Les « paroles » du matin (ou les prières) à leur dieu solaire ne sont pas nécessairement choquantes pour les parents qui ne comprennent pas la signification de ces « paroles ».

Critique de la pédagogie

Le rythme des apprentissages en pédagogie Steiner est dicté par les théories de Rudolf Steiner sur le développement de l'enfant, et demeure similaire quel que soit le système éducatif local. L'apprentissage de la lecture ne commence pas avant sept ans en pédagogie Waldorf alors que dans la plupart des systèmes éducatifs occidentaux, il est abordé à partir de six ans. Pour Steiner, l'idéal serait de retarder l'apprentissage de la lecture jusqu'à la puberté mais des compromis doivent être faits avec les demandes de la société. Selon les pays, cela peut conduire à un net décalage de certains enseignements par rapport au programme classique. Ce décalage par rapport au programme de l'éducation nationale est le point négatif le plus fréquemment mentionné par les anciens élèves.

Selon Dan Dugan de l'association People for Legal and Non-Sectarian Schools publié par l'International Cultic Studies Association, de nombreux professeurs font plus que ne pas enseigner la lecture au jardin d'enfant, ils font des efforts pour les protéger de l'exposition à tout texte écrit, par exemple les histoires sont racontées mais pas lues. Les critiques dénoncent cette infantilisation alors que des études ont montré que les enfants qui ne maîtrisaient pas la lecture dans les premières années scolaires étaient souvent laissés derrière pour le reste de leur vie. Steiner a beaucoup insisté sur le fait que stimuler intellectuellement les enfants trop tôt endommagerait leur santé, en conséquence des notions comme le lien de cause à effet ou le raisonnement, sont évitées avant l'âge de la puberté. Ainsi, les enfants sont laissés ouverts à l'acceptation du monde magique exprimé dans la mythologie dans laquelle ils sont immergés, que les esprits de la nature et les dieux sont derrière l'illusion du monde physique.

Selon une étude américaine, cette pédagogie devrait accepter de prendre en compte cinq grandes idées qui sont importantes dans le paradigme scientifique actuel : les atomes en physique, le tableau périodique des éléments en chimie, la théorie du big bang en astronomie, la tectonique des plaques en géologie et la théorie de l'évolution en biologie.

Selon Dan Dugan dans la revue Cultic Studies Review, les professeurs ne reçoivent aucune formation sur les sujets académiques de base ni sur comment gérer une classe, seule la dévotion pour l'anthroposophie compte. Le professeur principal conserve normalement sa classe pendant huit ans ce qui aboutit à une expérience extrêmement variable selon son talent. Comme il n'y a aucun examen et que les professeurs sont recrutés plus sur leur dévotion envers l'anthroposophie que leur capacité à apprendre, deux classes successives de la même école peuvent avoir des niveaux très différents.. Les nouveaux professeurs, s'ils veulent progresser et intégrer le collège des enseignants qui dirige l'école doivent d'abord s'engager dans l'anthroposophie, donc passer un test religieux.

Les écoles Steiner-Waldorf dans le monde

Après la création de la première Libre école Waldorf, le mouvement pédagogique s'étend dans les années 1930 en Allemagne et dans plusieurs pays d'Europe. Après la seconde guerre mondiale, le mouvement continue de se développer en Europe de l'ouest puis s'étend en Amérique, Australie et dans des pays d’Afrique, devenant le plus grand réseau scolaire indépendant au monde. Ces dernières années, il s'est particulièrement développé dans les pays d'Europe de l'Est où il était précédemment interdit.

En 2008, on recense officiellement 965 écoles Waldorf dans le monde, dont 678 en Europe.