Phocoenidae

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

Introduction

Marsouin
Marsouin commun au Danemark
Classification
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embr.Vertebrata
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreCetacea
Sous-ordreOdontoceti
Famille
Phocoenidae

Gray, 1825

La famille des marsouins (Phocoenidae), autrefois aussi appelés cochons de mer regroupe quatre genres de mammifères marins appartenant à l'ordre des cétacés. On connait actuellement 6 espèces distinctes de marsouins.

Description

Ce sont de petits cétacés, proches des baleines et des dauphins dont ils se distinguent notamment par un rostre court et par des dents pointues et courbées, différentes des dents typiquement coniques des dauphins. Dans la nature, ils sont moins facilement observés que les dauphins, car ne sautant pas (ou rarement) hors de l'eau. Prédateurs, ces petits cétacés chassent des poissons, calmars et crustacés en utilisant l'écholocation. Ils chassent habituellement en groupes caractérisés par des relations sociales complexes.

Le groupe des marsouins est présent dans tous les océans, mais la plupart vivent près des littoraux. Une population d'eau douce de marsouin aptère (Neophocaena phocaenides) existait en Asie jusque dans les années 1980 au moins, mais qui a fortement régressé ou qui s'est même récemment éteinte.

L'espèce probablement la plus connue est le marsouin commun (Phocoena phocoena) qui comme son nom l'indique abondait autrefois (dans l'Atlantique Nord, en Manche/Mer du Nord et le long du littoral ouest-européen). C'est le plus petit de tous les Marsouins. Il a significativement régressé, probablement en raison des effets combinés de la pêche (mortalité directe par capture involontaire, mortalité indirecte suite à la régression de sa nourriture, et à cause de la pollution qu'il concentre en tant que prédateur situé au sommet d'un réseau trophique. Mais le Danemark puis l'Europe ont récemment imposé aux pêcheurs un effort pour réduire le taux de captures accidentelles de cette espèces et des autres petits cétacés.

Étymologie

L'un de leurs anciens nom français (cochon de mer) et leur nom anglais (Porpoise) proviennent du mot médiéval français « pourpois » qui aurait pour origine le latin médiéval porcopiscus (mot associant porcus (cochon) et "piscus" (poisson) pour désigner un cochon-poisson).

La première utilisation du terme « marsouin » apparaît d'une manière isolée dans un texte latin de 1086. Ce terme, qui pourrait désigner cet animal, est une latinisation du danois Marsvin, peut-être par l'intermédiaire du moyen néerlandais meerswijn, littéralement «cochon de mer». D'ailleurs les Allemands nomment « cétacé-cochon » (Schweinswal) tous les Phocoena .

Histoire

Les marsouins, comme les dauphins sont connus de l'homme et cités par les chroniqueurs depuis l'antiquité.
L'Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers estime que le mot marsouin pourrait avoir comme origine étymologique « le mot français marsouin, du latin marins sus, cochon de mer. (D.J.) ». Diderot et D’Alembert y confondent encore ce mammifère avec un poisson (...« poisson crétacé, qui ne diffère du dauphin qu'en ce qu'il a le corps plus gros & moins long, & le museau plus court & plus obtus. Rondelet, Hist des poiss. part. I. liv. XVI. ch. vj. Voyez Dauphin Poisson, & Cétacé . Les Anglais appellent porpesse ou porpoise ce grand poisson crétacé, qu'il ne faut pas confondre avec le dauphin. (...) »)
Cette même encyclopédie nous apprend que « Ray, & dans les Transat. philosophe. n°. 74, & n°. 231. Nous en avons encore une description particulière du docteur Édouard Tyson, imprimée à Londres en 1680, in - 4°. c'est la description d'un marsouin femelle, dont la longueur étroit de quatre à cinq pieds. Ce poisson à 48 dents très aiguës à chaque mâchoire, & l'anatomiste de Gresham lui a découvert l'organe de l'ouïe; il lui a compté 73 côtes de chaque côté. Ses nageoires sont placées horizontalement, & non pas verticalement comme dans les autres poissons; sa chair est de fort mauvais goût. ». Ce mammifère est déjà considéré par certains comme un concurrent pour la ressource halieutique, et il est chassé pour sa graisse : « les pêcheurs du mont Farville, lieu dans le ressort de l'amirauté de Barfleur, ont inventé de grands filets, inusités dans toutes les autres amirautés; ils les ont fabriqués pour la pêche des marsouins, qui abondent tellement à leur côte que ces poissons y mangent tous les autres qui y sont passagers ou qui y séjournent ordinairement, ou qui y restent en troupe;, & que les marsouins viennent chercher entre les rochers où ces poissons se retirent pour les éviter, d'où ils les chassent & en rendent leurs côtes stériles. On pêche le marsouin avec le barguot, qui est un gros javelot joint au bout d'un bâton. La graisse ou l'huile qu'on en tire est d'usage pour les tanneries, les savonneries, &c.  »

Taxinomie et évolution

Voir aussi l'article détaillé Histoire évolutive des cétacés

la paléontologie a montré que les marsouins, comme les baleines et les dauphins, sont les descendants d'animaux terrestres ongulés) qui sont revenus dans les océans il y a environ 50 millions d'années. C'est au cours du Miocène, il y a 23 à 5 millions d'années, que les cétacés se sont diversifiés. L'étude des fossiles et de la phylogénie laisse penser que le groupe des marsouins a divergé de celui des dauphins il y a environ 15 millions d'années, dans le Pacifique Nord, avant de se répartir dans le monde beaucoup plus tard, dont devant les actuelles côtes européennes et de l'hémisphère Sud au cours du Pliocène , et leurs poopulations récentes pourraient être depuis affectées par la surpêche, mais aussi par les changements climatiques.

Les changements climatiques récents, naturels et anthropiques ont entrainé une réorganisation profonde des écosystèmes marins du Nord-Est Atlantique (Zone OSPAR), bouleversant les assemblages d'espèces marines et leur biogéographie, du plancton aux poissons .
Ces changements semblaient plus important dans le bas de la pyramide alimentaire, mais la faune prédatrice pélagique située au haut de cette pyramide, très mobile, était plus difficile à suivre. Une étude a porté sur l'histoire démographique récente du marsouin Phocoena phocoena dans les eaux européennes. Elle a croisé des données génétiques (variation des microsatellites), paléo-océanographiques et historiques. Elle conforte fortement l'hypothèse que les populations de marsouins ont également du réagir à la récente réorganisation des réseaux trophiques induite par le climat (et peut être par la surpêche?) dans le Nord-Est Atlantique.
L'isolement des populations ibériques de marsouins n'a été entamé qu'il y a environ 300 ans, avec une prédominance des migrations vers le nord, contemporaine de la tendance au réchauffement en cours depuis la période « Petit âge glaciaire » . Cette évolution semble suivre le recul actuel des poissons d'eau froide du Golfe de Gascogne. L'extinction (ou l'exode) des marsouins de la mer Méditerranée (hormis une population relique isolée en mer Noire) trouve ici une explication plus cohérente. La fragmentation des aires de répartition du marsouin en Méditerranée aurait ainsi été déclenchée au cours de la période chaude de l' optimum du mi-Holocène (il y a environ 5000 ans). C'est la fin des apports en nutriments qui étaient antérieurement permis par le contexte glaciaire et immédiatement post-glaciaire qui en serait responsable .

Les 4 genres de marsouins

La découverte récente d'hybrides entre mâle de marsouin commun et femelle de Marsouin de Dal laisse penser que ces espèces se sont récemment différentiées et qu'elles pourraient peut-être être classées au sein du même genre.

Caractéristiques physiques

Les marsouins ont tendance à être plus petits (jusqu'à 2,5 m) mais plus musclés ou massifs que les dauphins. Leur tête est plus petite et plus arrondie, sans rostre proéminent ou bulbeux. Leur nageoire dorsale est généralement triangulaire plutôt que courbe, comme celle de beaucoup de grands dauphins et de baleines. Certaines espèces ont des petites bosses (dites tubercules) aux fonctions inconnues, sur la pointe de leur nageoire dorsale.
Le plus petit marsouin est petite espèce est le Marsouin du Golfe de Californie, qui ne mesure pas plus de 1,5 m. Le plus léger est le marsouin aptère (30 à 45 kg s alors que le plus lourd est le marsouin de Dall (130 à 200 kg).
Pour cette raison, leur corps perd plus rapidement sa chaleur dans l'eau que celui les autres cétacés, ce qui les oblige à manger souvent et à compter sur leur réserve de graisse. Leur forme qui est plus ronde et contractée que celle des dauphins réduit leur surface d'échange thermique, ce qui pourrait être une adaptation évolutive pour réduire la perte de chaleur. Une épaisse couche de graisse les isole aussi du froid.

Écologie

Les marsouins forment des groupes sociaux caractérisés par une stratégie de type K (au regard du modèle évolutif r/K) ; Les femelles de marsouins ne portent généralement qu'un jeune petit, dont elles s'occupent après une grossesse longue (environ 11 mois chez le marsouin de Dall). Leur espérance de vie est de 8-10 ans bien qu'on ait trouvé des individus ayant vécu jusqu'à 20 ans. Les jeunes sont autonomes plus rapidement que ceux des dauphins.

Ethologie

Les marsouins sont des prédateurs capables de chasser jusqu'à 200 m de profondeur, mais ils préfèrent généralement la chasse dans les eaux côtières peu profondes, souvent en petits groupes de moins de dix individus. Rarement et chez certaines espèces on observe de brèves agrégations de plusieurs centaines d'animaux. Comme tous les odontocètes, ils sont capables d' écholocation pour trouver des proies et coordonner les individus. Ce sont des nageurs très rapides, le marsouin de Dall est supposé être l'un des cétacés les plus rapides (avec une vitesse de 55 km/h).
Les marsouins semblent moins joueurs et moins acrobatiques dans leurs figures que les dauphins. Ils sont également généralement plus craintifs vis à vis de l'Homme.

État des populations, menaces

Les marsouins ont fait l'objet d'une chasse au 17ème/18ème siècle pour leur graisse. Selon Diderot, « les pêcheurs pour tâcher de prendre des marsouins ont fait des rets formés de gros fils semblables à de moyennes lignes, avec des mailles de la grandeur des contremailles ou hameaux fixés par l'ordonnance de 1681 de neuf pouces en quarré; le filet a environ cinq à six brasses de chûte ou de hauteur, & quarante à cinquante brasses de longueur. Lorsque les pêcheurs apperçoivent de haute mer à la côte des marsouins dans les petites anses que forment les pointes des rochers, ils amarrent le bout de leurs filets à une des roches, & portent le reste au large avec une de leurs chaloupes, en formant une espece d'enceinte, & ils arrêtent l'autre bout du filet à une autre roche, ensorte que les marsouins s'y trouvent de cette maniere enclavés, & restent à sec sorsque la mer vient à s'en retirer; les marsouins franchissent quelquefois le filet en s'élançant, mais il faut observer qu'ils ne le forcent jamais: quand ils trouvent quelques obstacles & qu'ils ont la liberté de nager, ils tournent autour du rets qu'ils cotoyent jusqu'à ce qu'ils se trouvent à sec. »

Au XIXème siècle, le pétrole détrône l'huile de cétacé pour ses divers usages, mais au XXème siècle l'industrialisation et l'intensification de la pêche a fortement augmenté la proportion des marsouins capturés ou blessés par les filets et engins de pêche. Les marsouins souffrent aussi de la diminution de leur ressource alimentaire induite par la surpêche dans une grande partie des océans. Ils sont fortement affectés par la bioconcentration des polluants (dont certains sont aussi des perturbateurs endocriniens, à faibles doses) dans la chaine alimentaire marine.
Il est également probable qu'ils souffrent de la pollution sonore de plus en plus importante dans les océans (bruits des moteurs, ondes des sonars, puissantes ondes sonores émises des systèmes de prospection pétrolière ou géologique et autres pingers (effaroucheurs sonores posés sur les filets),
Les prises accidentelles dans les filets de pêche sont probablement devenues la première menace pour les marsouins aujourd'hui notamment en Baltique et en Manche/Mer du Nord et Atlantique nord. L'une des espèces les plus menacées de marsouin est la Vaquita, qui a une distribution limitée dans le Golfe de Californie, un domaine hautement industrialisés. Les marsouins vivant en eau douce semblent quant à eux avoir déjà disparu, dans les années 2000-2008.

Dans certains pays, les marsouins sont chassés comme nourriture ou source d'appâts de viande.

Quelques marsouins sont (rarement et difficilement) tenus en captivité dans zoos ou delphinariums, mais ils y meurent généralement rapidement, incapables de s'adapter à l'enfermement aussi facilement que les dauphins.