Râle des genêts

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Introduction

Râle des genêts
Famille de râles des genêts (Crex crex)Mâle et petit au premier plan,femelle en arrière plan
Classification (COI)
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
ClasseAves
OrdreGruiformes
FamilleRallidae
Genre
Crex

Bechstein, 1803
Nom binominal
Crex crex

(Linnaeus, 1758)
Répartition géographique
Crex crex distr.png
Statut de conservation IUCN :

NT  : Quasi menacé

Schéma montrant le risque d'extinction sur le classement de l'IUCN.

Le Râle des genêts ou Roi caille (Crex crex) est une espèce d'oiseau de l'ordre des Gruiformes et de la famille des rallidés. Il s'agit d'un oiseau migrateur nichant au sol. Il est assez farouche mais est connu pour son cri nocturne (« crex crex »). Il établit son nid à la mi-mai dans les prairies de fauche en Europe. Sa nidification dure deux mois. Durant l'hiver septentrional, il migre dans le sud de l'Afrique.

Très répandu jusqu'à la fin du XIX siècle, il est désormais en voie de disparition à l'échelle mondiale. Il est victime de l'agriculture intensive entraînant une fauche des prés soit avant sa nidification, soit pendant celle-ci, ce qui lui est fatal.

Certains pays organisent des programmes visant à le protéger ainsi que son habitat. Ainsi, en Suisse, sa population a légèrement augmenté entre 1995 et 2005

Habitat et moeurs

En Europe, le râle peut être observé dans différents types de milieux, mais il se cantonne généralement dans les prairies extensives et les abords des zones humides, parfois on le voit dans les cultures de céréales ou les pâturages. La pâture doit être très extensive pour ne pas gêner le râle. Cependant, aujourd’hui, il ne lui reste guère d’endroit épargné par la fauche que les bordures des bas-marais. On a longtemps considéré que le râle des genêts occupait des prairies humides, ce n’est pas tout a fait exact. Les prairies ayant un niveau d’humidité du sol trop élevé ne conviennent pas, car elles ne permettent pas au Râle de progresser facilement sur le sol. Les pairies trop sèches présentant une couverture végétale clairsemée et trop basse ne lui offrent pas un couvert suffisant pour qu’il s’y dissimule. Un des facteurs déterminants pour l’installation du râle des genêts est la densité du couvert végétal. Elle doit lui permettre de se déplacer à pied rapidement et sans gêne. Si la prairie est laissée à l’abandon pendant plusieurs années, elle devient trop encombrée pour le râle. Dès que la végétation atteint au moins 30 centimètres de haut, la couverture est suffisante pour que des individus s’installent. Les populations de râles ne sont pas réparties de façon homogène sur le territoire. Les mâles ont tendance à se regrouper en taches, cette technique est plus efficace pour attirer les femelles. La surface minimale pour l’installation du râle est estimée à un hectare, bien que nous sachions qu’un mâle peut parcourir plusieurs kilomètres en un jour.

Régime alimentaire

Le râle des genêts se nourrit d'insectes divers, de larves, mollusques terrestres, lombrics mais également de graines et débris végétaux.

Cycle annuel

Le râle est un oiseau migrateur au long cours, il passe l’été sous nos latitudes et repart en direction de l’Afrique orientale dans le courant du mois de septembre. Son arrivée est très discrète, en général, on peut entendre des mâles chanteurs dès la mi-mai, lorsque les prairies ont atteint une croissance suffisante pour abriter l’espèce. Néanmoins, les premiers mâles ont pour habitude de continuer leur route plus au nord. Les femelles arrivent un peu plus tard, environ quinze jours. Après s’être accouplé, le mâle part tenter une deuxième nidification et laisse la femelle s’occuper seule de la couvée. Pour ce faire, il prend la direction de prairies d’altitude ou part dans l’est de l’Europe. Dès la mi-août, la migration recommence, elle atteint son pic à la mi-septembre et se termine environ un mois plus tard.

Reproduction

A la fin mai, lorsqu’une femelle est fécondée, elle construit seule le nid. Il consiste en une simple dépression du sol couverte de végétaux. La femelle pond entre six et 12 œufs mais ce nombre tend à se réduire avec le recul des populations. A présent, il ne serait plus que de six à huit (MAUMARY et al., 2007). La femelle pond environ un œuf par jour parfois plus, la durée de la ponte est donc d’environ huit jours. A la fin de la ponte, le mâle quitte la femelle qui s’occupe seule de l’incubation pendant 16 à 19 jours. Elle ne s’éloigne du nid qu’une dizaine de minutes par heure afin de se nourrir dans les environs. C’est à ce stade du cycle de reproduction que le râle est le plus menacé. La fauche trop précoce des prairies est la plus grande menace pour l’espèce. On retrouve régulièrement des femelles mortes sur leurs couvées, n’ayant pas voulu l’abandonner. Les jeunes sont sevrés deux à quatre jours après l’éclosion des œufs. La mère est très proche de ses petits pendant les premiers jours suivant la sortie de l’œuf, on estime que l’éducation des jeunes dure environ 34 à 38 jours, c’est à cette période qu’il commencent à pouvoir voler. Le cycle complet de reproduction dure donc environ 50-55 jours. Il existe deux périodes de pontes qui se succèdent. Les individus n’ayant pas pu mener à terme leur première nichée tentent alors un deuxième essai ailleurs. Certains effectuent même deux pontes dans l’année sans que la première ait échoué. Dans ce cas, les petits de la première nichée sont abandonnés précocement.

Menaces

  • Intensification de l’utilisation des prairies

C’est la première cause de la disparition du râle dans nos régions. On pratiquait autrefois la première fauche des prairies quelques semaines plus tard ce qui laissait le temps au râle de mener sa couvée à terme. Les contraintes économiques et la pression subie par les agriculteurs pour augmenter leur rendement les incitent à toujours plus avancer la date de fauche. En effet, plus la première fauche est réalisée tôt dans la saison, plus la prairie a le temps de repousser pour faire une deuxième fauche. L’avancée technique a permis aux agriculteurs de faucher leurs champs à l’aide de machines de plus en plus rapides. Les jeunes râles sont les plus vulnérables car ils ne se déplacent pas assez vite pour fuir devant la faucheuse. Les adultes se déplacent rapidement mais ne s’envolent qu’en dernier recours. Ils préfèrent courir se réfugier au bord des champs dans les derniers recoins non fauchés. Même dans ces recoins, ils sont souvent mutilés voire tués alors qu’ils auraient pu s’envoler. Les prairies extensives présentent une bonne diversité végétale mais ne produisent pas autant de fourrages que les prairies intensives. Les agriculteurs ont tendance à labourer les parcelles pour semer des mélanges grainiers plus rentables. Le ray-grass (Lolium perenne) et le trèfle (Trifolium sp.) n’offrent pas un couvert intéressant pour l’espèce qui ne s’y installe que très exceptionnellement.

  • Perte d’habitat

En France, les subventions pour les grandes cultures incitent les agriculteurs à transformer les prairies permanentes en grande culture. Des mesures ont été prises afin de résoudre le problème, les zones abritant encore des mâles chanteurs ont été, dans la plupart des cas, classées comme ZICO. En Europe de l’est, on constate un abandon des parcelles de plus en plus fréquent. Ces prairies s’enfrichent en quelques années et deviennent trop denses pour le râle.

  • Prélèvement par tir et capture

En Suisse, la chasse et la capture de cet oiseau n’est pas autorisée. Nous ne connaissons pas l’impact, on peut considérer que cette menace est nulle dans notre pays. Par contre, des captures traditionnelles au filet sont organisées chaque année en Égypte. On ne connaît pas non plus l’impact de cette pratique sur les effectifs du râle de genêts car le suivi est insuffisant. Néanmoins, on estime que les râles nichant en Suisse empruntent une route migratoire qui passe par le sud de l’Espagne et non par l’Égypte.

  • Autres facteurs

On ne connaît pas précisément les impacts dus à la prédation sur l’espèce. Ce facteur étant naturel, il n’est pas logique d’essayer de lutter contre ce phénomène. Il est préférable de se concentrer sur les menaces que nous avons créées. Le Râle des genêts ne s’installe généralement pas à proximité des habitations, ce qui le protège des animaux domestiques. On ne peut pas considérer que le chat (Felis catus) présente une menace pour la survie de l’espèce.

Mesures de conservation

Des pratiques agricoles adaptées permettraient au râle de s’installer mais elles ne correspondent généralement pas avec la vision de production et rentabilité qu’ont les agriculteurs de leurs terrains. De plus, cette espèce n’a aucune valeur économique à proprement parler, sa présence n’apporte aucun gain financier à l’agriculteur. Une des mesures principales est le retardement de la première fauche sur les prairies extensives. En plaine la date de la première fauche devrait se situer à la fin du mois de juillet. A cette période, les jeunes qui ont vu le jour au début du mois de juin sont assez développés pour fuir devant la faucheuse. En altitude, la neige ayant décalé le départ de la végétation, on considère que la fauche doit être effectuée à la fin du mois d’août. A cette date, la nichée a déjà quitté les lieux est n’a plus aucun risque de se faire broyer. Le produit de la fauche perd logiquement en qualité mais les chevaux et les races bovines dites rustiques peuvent valoriser ce foin.

La technique de fauche est aussi très importante. Pour laisser le temps au râle de fuir, on préconise d’utiliser des faucheuses à rotative et non pas broyeuse. La vitesse de fauche ne devrait pas excéder les 5 km/h afin de laisser le temps aux oiseaux de s’enfuir trouver un endroit à l’abri. On conseille à l’agriculteur de ne pas faucher sa prairies de façon conventionnelle, c’est-à-dire tout couper en une seule fois. On suggère aux agriculteurs de pratiquer une fauche centrifuge en laissant des bandes de cinq mètres de largeur au moins sur les abords des parcelles. L’idéal est de placer les bandes abris le long des cours d’eau ou des fossés.