Dans ce dessin, les objets de même couleur sont semblables.
En géométrie euclidienne, une similitude est une transformation qui met en relation toute figure avec une figure semblable, de même forme. Par exemple, l’image d’un carré par une similitude est un carré. Et touttriangle rectangle isocèle est semblable à n’importe quel triangle rectangle isocèle. Si la similitude agit sur l’espace à trois dimensions, elle transforme un cube en un cube, et une sphère en une sphère. N’importe quelle figure géométrique est semblable à elle-même, car la transformation à l’identique est une similitude particulière. Et n’importe quel cercle est semblable à n’importe quel cercle. Une similitude transforme un triangle équilatéral en un triangle équilatéral. Une autre page est consacrée aux triangles semblables.
Rapports de longueurs, de superficies, ou de volumes
Le rapport k d’une similitude est le coefficient de proportionnalité entre les longueurs d’une première figure géométrique, et les longueurs correspondantes dans l’image de la première par la similitude. Autrement dit, la seconde figure reproduit la première à l’échelle k. Le nombre k × k ou k est alors le coefficient de proportionnalité entre les superficies correspondantes — au lieu de “superficie”, on dit aussi “aire” —. Et k est le coefficient de proportionnalité entre les volumes correspondants, quand la similitude est définie dans l’espace à trois dimensions.
Par exemple, une similitude de rapport dix multiplie les longueurs par dix et les aires par cent. Si une similitude de rapport dix est définie dans l’espace à trois dimensions, elle multiplie les volumes par mille. Si une similitude de l’espace multiplie les volumes par deux, alors son rapport est le nombre positif k tel que k = 2. Ce nombre k est la racine cubique de 2, qui peut s’écrire 2.
Les similitudes de rapport 1 sont des isométries. Par exemple, les rotations, les translations et les symétries sont des similitudes de rapport 1.
Les homothéties sont des similitudes, et il faut noter l’ambiguïté du mot rapport. Le rapport d’une homothétie concerne des vecteurs, il peut être négatif, tandis que le rapport d’une similitude est un rapport de distances, toujours positif. Par exemple, une homothétie de rapport négatif -1 est une symétrie par rapport à son centre, ou une similitude de rapport positif 1, et d’angle 180° (un demi-tour). Dans tous les cas, une homothétie de rapport k est une similitude de rapport positif |k|.
Le triangle EFC reproduit le triangle ABC à l’échelle √2, parce que son aire est deux fois celle de ABC.
Pour trouver le rapport des longueurs d’une diagonale à un côté d’un carré, il suffit d’exprimer l’aire d’un triangle rectangle isocèle, soit en fonction de la longueur des côtés de l’angle droit, soit en fonction de la hauteur relative à l’hypoténuse.
Dans la figure à droite, ABTC et EFBC sont deux carrés, et EFC est un triangle rectangle isocèle. Le double de son aire soit EF × EC, qui peut s’écrire EC, soit FC × AE. Or, FC est le double de AC. Donc, l’aire de EFC est égale à AC × AE, ou AC. Conclusion : EC = 2 × AC, dont on déduit (EC/AC) = 2.
Une similitude de centre C et d’angle 45° (angle orienté positif, quand on tourne dans le sens trigonométrique, ou anti-horaire) transforme le carré ABTC en EFBC, et le triangle rectangle isocèle ABC en EFC. Les deux côtés de ABC tracés en rouge deviennent les deux côtés de EFC tracés en vert. Le triangle ABC est numéroté 1, les triangles qui pavent EFC sont numérotés 1 et 2, ils sont isométriques à ABC — superposables à ABC —. Le rapport de l’aire de EFC à l’aire de ABC est 2/1, ou 2. Le rapport de la similitude est donc le nombre positif dont le carré est 2, autrement dit : EC/AC = EF/AB = FC/BC = √2 = 2. Ce nombre est l’inverse de cos(45°).
Dans l’égalité √2 × √2 = 2, le signe × a attendu des siècles avant d’avoir une signification rigoureuse. Aucune fraction n’est égale à √2, ce fut prouvé dès l’Antiquité. Les multiplications ne portaient alors que sur des entiers ou des fractions. De nos jours, l’égalité est absolument exacte en théorie des nombres “réels”. Le nombre √2 ainsi que son produit par lui-même sont maintenant rigoureusement définis, dans la théorie des suites de Cauchy, ou bien dans la théorie des coupures de Dedekind.
Avec tan(60°) et sin(60°)
Le triangle HAC reproduit le triangle ABC à l’échelle √3/4, parce que l’aire de HAC est égale aux trois quarts de l’aire de ABC.
Le triangle BCK est équilatéral. Le point H est le projeté orthogonal sur (KC) du milieu A de [BK]. Huit triangles rectangles tous isométriques entre eux constituent un pavage de BCK, quatre de part et d’autre de la médiatrice de [BK]. L’un des triangles du pavage est HKA. Une similitude de rapport 1/2 et d’angle négatif -120° transforme ABC en HKA en divisant par 4 son aire : cos(60°) = HA/AC = HK/AB = KA/BC = 1 / 2, et (HA/AC) = 1/4. Une similitude de centre H et d’angle +90° transforme HKA en HAC en multipliant son aire par trois. Le rapport de cette similitude est : tan(60°) = HC/HA = HA/HK = AC/KA = √3. La composée des deux similitudes est la similitude de centre C, d’angle -30°, et de rapport sin(60°). Elle transforme deux côtés de ABC tracés en rouge en deux côtés de HAC tracés en vert. Les deux côtés correspondants de HKA sont en pointillé bleu. Ainsi les valeurs de tan(60°) et sin(60°) sont mises en évidence : sin(60°) = tan(60°) / 2 = √3 / 2.
Le triangle STA reproduit le triangle ABC à l’échelle √5, parce que son aire est cinq fois celle de ABC.
Le pentagone ABCST est pavé de douze triangles isocèles de deux sortes différentes. Deux d’entre eux pavent ABC, un de chaque sorte : BKA et AKC. Les dix autres triangles du pavage remplissent STA, cinq de chaque sorte. Cinq d’une sorte sont isométriques à AKC, ils ont deux angles égaux à 36°. Les cinq autres sont isométriques à BKA, ils ont deux angles égaux à 72°. Ainsi, l’aire de STA est cinq fois celle de ABC. Une similitude de rapport √5 et d’angle 180° transforme ABC en STA. Elle transforme les deux côtés de ABC tracés en rouge en deux côtés de STA tracés en vert.
Les rapports de longueurs AC/AK ou AK/BK sont égaux à φ, le nombre d’or : 2.cos(36°) = 1/(2.cos(72°)) = φ. Le rapport de la précédente similitude peut donc s’écrire : √5 = TA/BC = ST/AB = (φ + 2) / φ. On en déduit cette valeur du nombre d’or : φ = (1 + √5) / 2.
Similitudes planes
Définition
Pour toute transformation f du plan euclidien, les propositions suivantes sont équivalentes.
f multiplie les distances par un réel strictement positif k ;
f conserve les rapports de distances ;
f conserve les angles géométriques (c'est-à-dire les mesures d'angles non orientés).
Une transformation du plan qui vérifie ces propositions est appelée une similitude du plan. Le nombrek est appelé le rapport de la similitude f. Une similitude qui conserve les angles orientés est appelée similitude directe
Les similitudes conservent donc les barycentres et les cercles. Réciproquement, toute transformation bijective du plan qui conserve les cercles est une similitude (Cf. Théorème d'Abouabdillah)
Étude par les points fixes
Une similitude plane qui admet trois points fixes non alignés est l'identité du plan.
Une similitude plane qui admet deux points fixes distincts A et B est soit l'identité du plan, soit la symétrie axiale d'axe (AB).
Une similitude directe qui admet deux points fixes distincts est donc l'identité.
On peut donc classer les similitudes suivant le nombre de leurs points fixes :
l'identité, pour laquelle tous les points du plan sont fixes ;
les similitudes (indirectes) admettant une droite de points fixes : les symétries axiales (ou réflexions);
les similitudes directes avec un unique point fixe, qu'on appelle alors le centre de la similitude ;
Toute similitude non directe (dite indirecte) est la composée d'une similitude directe et d'une réflexion.
Forme complexe
Les calculs sont adaptés au plan complexe. La traduction d'une similitude directe s'y exprime par z' = a**z + b, où a et b sont des complexes, a non nul. Le rapport de la similitude est alors | a | , son anglearg(a).
Cas spéciaux :
Dans le cas où a = 1, la similitude est une translation.
Dans le cas où a = − 1, la similitude est une symétrie centrale de centre Ω(2b). On peut aussi la considérer comme une rotation de centre Ω(2b) et d'angle π, ou encore une homothétie de centre Ω(2b) et de rapport k = − 1.
Dans le cas où a∈R∗−{1}, alors la similitude est une homothétie de centre Ω(1−ab) et de rapport a.
Théorème — Toute similitude plane directe a une écriture complexe de la forme z′=az+b,a∈C∗,b∈C.
Théorème — Toute transformation ayant une écriture complexe de la forme z′=az+b,a∈C∗,b∈C est une similitude.
Une similitude indirecte aura une écriture complexe de la forme z′=azˉ+b, où a et b sont complexes, a non nul.
Définition par deux points et leurs images
Soient A,B,A′,B′ quatre points du plan tels que : A=B et A′=B′. Il existe une unique similitude directe S tel que S(A)=A′ et S(B)=B′
Le groupe des similitudes
La composée de deux similitudes f et g est une similitude, dont le rapport est le produit des rapports de f et g. Dans le cas de deux similitudes directes, on a : S(Ω,k,θ)∘S(Ω′,k′,θ′)=S(Ω′′,kk′,θ+θ′) lorsque kk′=1 ou θ+θ′=0. Dans le cas contraire, la composée est une translation.
La transformation réciproque d'une similitude f est une similitude, de rapport : l'inverse du rapport de f. Pour une similitude directe, on a : S−1(Ω,k,θ)=S(Ω,k1,−θ).
L'ensemble des similitudes du plan, muni de la loi de composition est donc un groupe, dont deux sous-groupes sont : le groupe des similitudes directes et le groupe des isométries (dont un sous-groupe est le groupe des déplacements).
Etude générale
Le cas des similitudes planes se généralise dans le cadre d'abord d'un espace euclidien, à savoir un espace vectoriel réel de dimension finie muni d'un produit scalaire<.|.>, puis d'un espace affine euclidien. Le produit scalaire donne un moyen de mesurer les distances. Ainsi, une application linéairef sera une isométrie d'un tel espace si pour tous vecteurs x et y, <f(x)|f(y)>=<x|y> ; les isométries dans un espace euclidien forment un groupe appelé groupe orthogonal.
Une application linéaire f est une similitude (vectorielle) s'il existe un réel strictement positif k, appelé rapport de la similitude, tel que pour tous vecteurs x et y, <f(x)|f(y)>=k<x|y>. La transformation f/k est alors une isométrie : ainsi, toute similitude est la composée d'une isométrie et d'une homothétie : le groupe des similitudes est produit direct du groupe des isométries et du groupe des homothéties non nulles.
Dans un espace affine, le groupe affine est produit semi-direct du groupe linéaire par le groupe des translations. Dans un espace affine euclidien, les similitudes sont les éléments du sous-groupe produit semi-direct des similitudes vectorielles par les translations.