Prémices
Depuis le milieu du XIX siècle, la mode des bains de mer fait du petit village de pêcheurs de Palavas une destination prisée des Montpelliérains. Or, jusqu'en 1872, l'accès à Palavas depuis Montpellier est possible uniquement par une route de terre, boueuse et inondable par temps de pluie, sans ombre en été (les premiers platanes sont plantés en 1875).
Dès 1856, l'ingénieur Baillard propose un projet de ligne empruntant uniquement la rive droite du Lez, peu peuplée, mais à Palavas, la ligne se terminait sur les terres de Frédéric Fabrèges.
Dans les années 1860, le conseil général de l'Hérault décide de densifier le réseau ferré départemental. En 1865, la direction de la Compagnie de chemin de fer d'intérêt local du département de l'Hérault propose un projet de cinq lignes, dont une reliant Montpellier au golfe du Lion.
En 1868, le projet retenu fait passer la ligne plus à l'est, et en grande partie sur la rive gauche du Lez. Plus longue d'un kilomètre environ, ce parcours permet de desservir le village de Lattes et la partie la plus peuplée (et populaire) de Palavas.
Les opposants au projet échouèrent. Ils opposaient le coût de la construction (dont celui du viaduc de la gare de l'Esplanade) pour un nombre de passagers à venir qu'ils estimèrent ridicules. Les concessionnaires des deux ponts à péage de Palavas et l'adjudicataire vivant de la circulation des bateaux sur le Lez craignaient évidemment cette concurrence.
Deux décrets impériaux confirme l'autorisation de construire ce réseau : celui de déclaration d'utilité publique du 14 août 1867 et celui confirmant l'octroi d'une subvention du 4 août 1869.
Le chantier de la ligne de Palavas s'étale de juin 1869 à mai 1872.
L'exploitation de la ligne
La ligne est à voie unique sur son parcours de 11,5 kilomètres, avec des voies de garage à plusieurs emplacements pour permettre notamment la circulation de trains de marchandises. La distance est effectuée normalement en une demi-heure, arrêts compris.
Dès après son inauguration par les officiels le dimanche 5 mai 1872, elle connaît un succès immédiat : de début mai à fin juillet 1872, elle transporte 130 844 passagers. Le maximum a été de 2 millions de voyageurs par an. Malgré ce succès, les projets de 1913 et de 1945 d'extension vers la station melgorienne de Carnon ne furent jamais réalisés.
Quatre classes de tarifs ont existé :
- la classe A équivalente à la première classe,
- la classe B équivalente à la deuxième classe,
- la classe C était une voiture du matin et du soir où les chasseurs étaient autorisés à embarquer avec leurs chiens,
- la classe D était un wagon matinal qui servait au transport de marchandises.
La ligne connut plusieurs accidents qui tuèrent une vingtaine de personnes (suicides, chutes, et finalement croisement du train avec une moto). La gare de l'Esplanade fut percutée trois fois par les voitures du train qui étaient poussées au retour ; un journaliste s'amusant d'un de ces incidents qui ne fit pas de victime a écrit que le chef de gare aurait dû se méfier de voir le train arriver, pour une fois prétend-t-il, en avance.
La fin
Mais, à partir des années 1950, la ligne de Palavas, comme les quatre autres de la Compagnie d'intérêt local, est concurrencée par l'automobile : la route de Palavas à Montpellier est refaite avec un pont permettant de passer le canal du Rhône à Sète.
Néanmoins, elle est la dernière des lignes de la compagnie héraultaise à être fermée sur un vote du Conseil général. Le « petit train » effectue son dernier voyage le 31 octobre 1968.
D'après l'historien ferroviaire Paul Génelot ((lien)), le Train de Palavas a transporté environ 60 millions de voyageurs en 96 ans d'exploitation.