Victor Pauchet était le fils d'un avocat réputé. Il est major de l'internat des hôpitaux de Paris en 1892, titre qui lui permettait de faire une belle carrière parisienne. Mais il préfère s'installer dans sa ville natale où il devient professeur de chirurgie et d'obstétriqueet y crée un centre de santé toujours existant que visitent déjà tous les chirurgiens étrangers.
En 1914, il demande à partir pour le front où il commande une ambulance de corps d'armée puis organise à Sainte-Menehould un hôpital d'urgence ce qui lui vaut une citation à l'ordre de l'armée signée de Joffre. Il met au point des techniques adaptées au drame du champ de bataille dont la plus connue est l'amputation « en saucisson ». Cette dernière lui vaut d'abord beaucoup d'hostilité de la part du corps médical de Paris mais par la suite est reconnue comme nécessaire pour sauver les blessés de la gangrène gazeuse. Rebaptisée amputation « en section plane » ou guillotine amputation, elle se répand dans les armées de tous les belligérants.
Chirurgien chef de La Pitié en 1915, il s'installe à Paris où, notamment, sa chirurgie gastrique et abdominale bouscule les idées reçues et les pratiques de la chirurgie officielle. Un véritable front d'opposants s'érige alors contre lui et il doit se réfugier dans un petit hôpital privé (Saint-Michel) dont il fait un centre de rayonnement chirurgical universel durant 20 ans. Il crée aussi une maison de santé, rue de Turin, toujours existante, où il opère les malades fortunés. Sa réputation grandissante attire auprès de lui médecins et chirurgiens du monde entier. Malgré l'opposition farouche d'une partie des mandarins parisiens, il reçoit la cravate de commandeur de la Légion d'honneur (janvier 1928) et est élu en 1934 (pour 1936), Président du congrès de chirurgie. Sa candidature à l'Académie des sciences n'est pas loin d'être couronnée de succès lorsqu'un accident de voiture met fin, en octobre 1934 à sa prestigieuse carrière. Il se retire dans sa ville natale où il meurt deux ans plus tard. Son ami américain Charles Horace Mayo (1865-1939), l'un des cofondateurs de la Mayo Clinic, écrit alors : "In the death of Victor Pauchet the world has lost not only a great surgeon but a great man as well". (« Dans la mort de Victor Pauchet, le monde a perdu non seulement un grand chirurgien, mais aussi un grand homme »)
Loin d'être seulement un opérateur prestigieux, Victor Pauchet a apporté, outre de nouveaux instruments encore utilisés, des améliorations aux techniques anesthésiques, aux soins pré et post-opératoires, à la transfusion sanguine, à l'organisation médico-chirurgicale. Grand diffuseur il a notamment publié "La pratique chirurgicale illustrée", véritable bible des chirurgiens du monde entier durant 30 ans et est l'auteur d'ouvrages de sociologie pratique qui ont eu un grand succès. Il fut aussi un pionnier de l'utilisation du film dans l'enseignement chirurgical et il créa le premier dessin animé représentant une opération.
Avec Péan, Doyen et Thierry de Martel, Victor Pauchet est reconnu comme une personnalité des plus créatives et indépendantes de la chirurgie française de la fin du XIXe et du début du XX siècle.