Le phylloxéra est un puceron ravageur de la vigne venu d'Amérique du Nord. Le premier foyer d'infestation eut lieu dans le Gard en 1863 où les viticulteurs observèrent un dépérissement de leurs vignes sans en connaître la cause. Lorsque Jule-Emile Planchon eut identifié en 1868 l'insecte responsable, la lutte put s'organiser dans plusieurs directions.
La voie d'éradication directe de l'insecte, par des moyens chimiques ou par immersion de la vigne, s'avérera très difficile et très coûteuse à mener à grande échelle. Par contre, une piste intéressante s'ouvrit quand en 1875, L. Vialla et Planchon, de Montpellier, observèrent que les vignes américaines semblaient résister au phylloxéra. On espéra un moment pouvoir utiliser la vigne américaine comme producteur direct. Bien que cultivées aux États-Unis pour leurs raisins, Vitis labrusca, Vitis aestivalis et Vitis cordifolia produisent des vins au goût "foxé" dont toutes les tentatives d'amélioration organoleptiques ne purent venir à bout.
Utiliser la vigne américaine comme porte-greffe des cépages français, fut la dernière voie explorée, et ce fut la bonne. Mais les essais de greffage au hasard de greffons français sur des porte-greffes américains se soldèrent par de nombreux échecs. On s'aperçut que les meilleurs cépages américains ne fournissaient pas les meilleurs porte-greffes. Il fallait que ces derniers rassemblent une forte vigueur, une bonne résistance au phylloxéra, une bonne reprise de bouture et enfin une compatibilité avec les greffons en termes de précocité. Dans les années 1881-1887, il apparait que les meilleurs candidats sont deux vignes américaines : Vitis rupestris et Vitis riparia. Mais surgit un problème auquel les sélectionneurs n'avaient pas pensé : ces vignes américaines supportent mal le calcaire, cultivées en France, elles jaunissent, elles chlorosent. Il fallait donc trouver une vigne américaine tolérante au calcaire et résistante au phylloxéra. Les viticulteurs des Charentes et du Languedoc se mobilisent pour convaincre le ministère de l'Agriculture de confier à un jeune professeur de Montpellier, Pierre Viala, « une mission aux États-Unis d'Amérique afin d'y rechercher les variétés de cépages pouvant végéter en terrain calcaire et marneux ». En 1887, le jeune scientifique, accompagné de Frank Scribner, fait une longue exploration des États-Unis et finit par dénicher au Texas, dans une région sèche et calcaire, la vigne tant convoitée. Dans un rapport rédigé à son retour, il prône l'utilisation comme porte-greffe de Vitis berlandieri, Vitis cinerea et Vitis cordifolia.
Vitis berlandieri avait été déjà décrite par son collègue J-E Planchon en 1880, mais personne n'avait compris que cette espèce pouvait résoudre le problème de la chlorose. Sachant que cette espèce ne reprend pas de bouturage, il fallut l'hybrider avec Vitis vinifera. C'est ce que Alexis Millardet et de Grasset réussirent à faire, en 1882, pour finalement obtenir le très célèbre porte-greffe 41B, encore largement utilisé aujourd'hui.