Automutilation

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Introduction

Automutilation sur l'avant-bras.

L’automutilation est le fait pour une personne de s'infliger délibérément des blessures. Elle peut être faite dans plusieurs buts, comme se punir, ou pour se soulager de problèmes personnels ou professionnels. La méthode d’automutilation la plus utilisée est de se couper, mais l'automutilation couvre également un large éventail de comportements, y compris, mais sans s'y limiter : se brûler, se gratter, frapper des parties du corps, interférer avec la cicatrisation des plaies, tirer les cheveux (trichotillomanie) et ingérer des substances toxiques ou des objets.

L'automutilation ne se limite pas aux humains. Les oiseaux et les singes, par exemple, sont également connus pour la pratiquer quand ils sont en captivité.

Définition

Le terme d'« automutilation » est sujet à débat dans la mesure où il définit une multitude de comportements à la gravité et à la finalité variables, certains impliquant une mutilation irréversible et d’autres une blessure corporelle qui persiste pendant plusieurs dizaines de minutes. Dans tous les cas, les blessures sont infligées seul, sans l’intervention d’un tiers. L’automutilation est listée par le Manuel Diagnostic et Statistique des troubles mentaux (en anglais : Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders ou DSM-IV) comme un symptôme du trouble de la personnalité borderline et elle est parfois associée à d’autres troubles psychopathologiques tels que la dépression ou les troubles du comportement alimentaire.

La pratique la plus utilisée est la coupure mais ce n’est pas la seule et la définition inclut aussi les coups, les brûlures, les éraflures, les morsures, et bien d’autres atteintes corporelles infligées à soi-même.

On ne peut pas parler d’automutilation si la personne qui se blesse le fait dans un but esthétique, sexuel (masochisme), social (rituels d’acceptation dans certaines sociétés, mode), religieux ou spirituel.

Facteurs de risque

Des recherches aux États-Unis indiquent que jusqu'à 4% des adultes pratiquent l'automutilation et environ 1% de la population de manière chronique.

Un certain nombre de facteurs sociaux ou psychologiques ont une corrélation avec l’automutilation.

Les diagnostics qui lui sont généralement associés comprennent la dépression et le trouble de la personnalité borderline. Les personnes souffrant de troubles du comportement alimentaire, de troubles obsessionnels compulsifs, de phobies, de toxicomanie et les suicidaires sont considérés comme ayant un risque élevé de recourir à l’automutilation. Des formes particulières de celle-ci, souvent plus graves, sont associées à l'autisme et à certaines psychoses.

Les situations de guerre ou d’emprisonnement sont aussi des facteurs de risque majeurs.

Les causes de l’automutilation sont difficiles à déterminer et varient largement d’une personne à l’autre. On note tout de même deux facteurs principaux, mais loin d’être systématiques : les abus sexuels et les invalidations (être critiqué ouvertement, ne pas avoir été encouragé, avoir été souffre-douleur ou tout autre comportement nuisant directement à l’estime de soi).

Les personnes touchées sont principalement des adolescents ou de jeunes adultes . Malgré le nombre relativement élevé de personnes concernées, peu d’informations francophones pertinentes sont disponibles sur ce sujet.

Psychologie

Les personnes qui s’automutilent le font généralement pour mettre fin à des sentiments qui leur sont trop intenses. Il peut s’agir de tristesse, d’angoisse, de colère, de culpabilité, (la blessure est alors souvent infligée comme punition) ou même de sentiments positifs.

La sensation de vide, de perdition et de solitude -parfois conséquence de la dissociation- peut aussi mener à l’automutilation, qui a alors pour but de « ramener à la réalité ».

Ce comportement peut amener à une addiction et la blessure devient alors la réponse immédiate et logique à une situation difficile psychologiquement. L’automutilation a d’ailleurs été classée dans les troubles addictifs en 2006.

Certaines personnes s’infligeant volontairement des blessures ne ressentent que peu voire aucune douleur (couramment dans les cas de dissociation).

Les cicatrices qui peuvent résulter de l’automutilation ne sont que rarement recherchées. Elles finissent le plus souvent par être acceptées comme une preuve de ce qui a été vécu et surmonté, un souvenir.

Traitement

Se blesser volontairement est un comportement qui, loin d’être anodin, est généralement révélateur d’un profond mal-être. Dans la mesure où ce comportement aide à surmonter certaines situations ou un quotidien considéré comme trop dur à supporter et permet de retrouver un certain apaisement, un contrôle de soi, il peut devenir une addiction dont il est difficile de sortir ; pour beaucoup de personnes s’installe un phénomène comparable à l’accoutumance, avec une augmentation du nombre, de la fréquence ou de la gravité des blessures.

Assez souvent, on remarque que les personnes qui s’automutilent ont des difficultés à reconnaître, à gérer et à exprimer certains sentiments autrement que par des blessures corporelles. Une première étape peut donc consister à prendre conscience de son mal-être et à l’exprimer d’une façon non destructrice, par exemple par l’écrit ou par la parole.

Les proches d’une telle personne peuvent agir en étant disponible et à l’écoute, en instaurant une confiance réciproque, en proposant leur aide sans insister mais de manière suivie. Il est essentiel pour les proches d’apporter leur soutien sans juger la personne qui se blesse, sans l’obliger à montrer ses blessures ou la punir en cas de rechute.

Le recours à une aide psychologique est généralement nécessaire. Trouver la thérapie et le psychologue ou le psychiatre qui conviennent peut demander du temps et plusieurs changements. Les traitements médicamenteux sont une aide ponctuelle réduisant le mal-être, la fatigue et les tendances suicidaires dans bien des cas mais ne résolvent pas les problèmes à l’origine de l’automutilation. Les personnes qui s'automutilent ne veulent pas se suicider mais bien se punir ou se soulager.

Les rechutes sont fréquentes, les progrès sont souvent lents et effectués « en arrière plan » mais cependant bien réels. Se blesser moins souvent, moins gravement, avoir recours à des méthodes de substitution à l’acte d’automutilation (par exemple dessiner des coupures sur soi ; verser un liquide rouge à l’endroit où l’on a envie de se blesser ; serrer des glaçons dans ses mains) est à considérer comme un progrès significatif. En finir de façon définitive avec l’automutilation demande beaucoup de volonté, or la volonté des personnes qui en souffrent est souvent annihilée par un trouble dépressif. L’automutilation représente l’aspect spectaculaire d’un profond mal-être ; résoudre le problème de l’acte sans comprendre le problème de fond n’est généralement pas suffisant et ne mène alors qu’à le remplacer par d’autres comportements autodestructeurs.

Pour éviter qu'une personne s'automutile, il ne faut pas lui enlever tous les objets qui peuvent être utilisés pour se blesser, sauf en cas de danger vital. En effet, l'automutilation n'est qu'un symptôme, et empêcher les blessures ne résout pas le problème de fond. Sans avoir de substitut pour se soulager ou exprimer son mal-être, être privé brutalement de la possibilité de se faire mal peut aggraver le mal-être, et même provoquer un comportement suicidaire.

Chez les animaux

Picage chronique par un cacatoès

L'automutilation ne se limite pas aux humains. Les oiseaux et les singes, par exemple, sont également connus pour pratiquer l'automutilation en captivité. Chez les chiens, un trouble obsessionnel-compulsif peut entraîner des blessures auto-infligées, par exemple lécher granulome. Le picage chronique est un symptôme comportemental anormal chez les oiseaux.

L'automutilation dans les œuvres de fiction

Dans le film Dans ma peau de 2002, Marina de Van montre la quête d'Esther qui tente de se réapproprier son corps par l'automutilation. Selon Nicolas Azalbert, critique aux Cahiers du Cinéma, «[l]'automutilation à laquelle s'adonne le personnage d'Hélène (non pas interprété mais incarné par Marina de Van) ne consiste pas, dans une tendance suicidaire, à retourner contre soi sa force corporelle mais à la retrouver pour soi ».

Pour sa part, dans La Secrétaire, Steven Shainberg utilise comme trame de fond une jeune femme qui se mutile pour oublier les douleurs que lui inflige la vie. «Lee [la personnage principale] matérialise sa douleur face à l'angoisse du monde en s'automutilant. Elle voit ainsi la douleur sortir d'elle puis disparaître au fur et à mesure de la cicatrisation de la plaie

Dans le livre Sur ma peau de Gillian Flynn paru en 2007, l'auteur utilise comme trame de fond de son thriller le fait que la personnage principale s'est scarifiée dans son adolescence. Au cours du roman, elle découvre les motivations qui l'ont poussé à s'inscrire des mots sur les bras.