Volcan de boue de Sidoarjo

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Introduction

Maisons submergées par le volcan de boue de Sidoarjo

Image satellite de la NASA après et avant l'éruption de boue

district de Sidoarjo

Le volcan de boue de Sidoarjo, que les Indonésiens appellent Lusi pour lumpur Sidoarjo (« boue de Sidoarjo ») ou lumpur Lapindo (d'après le nom de la société pétrolière dont le forage pourrait avoir provoqué la catastrophe, PT Lapindo Brantas), est une éruption continue de gaz et de boue, située dans la province orientale de l'île de Java en Indonésie, à environ 20 kilomètres au sud de Surabaya, la capitale provinciale. Ce phénomène, considéré comme un volcan de boue, a débuté le 22 mai 2006 et depuis éjecte 50 000 m de boue par jour, ayant déjà recouvert plus de 25 km (à décembre 2007) et plusieurs villages. L'éruption, encore mal expliquée, risque de continuer pendant un temps qu'on ne peut déterminer et à ce jour, tous les efforts pour l'arrêter ont échoué.

Contexte

Le bassin géologique de l'Est de Java contient des réserves appréciables de pétrole et de gaz naturel. Le district de Porong, à 14 km au sud de la ville de Sidoarjo au sud de Surabaya, constitue ce que l'industrie pétrolière indonésienne appelle le « Brantas Production Sharing Contract Area », une zone de quelque 7 250 km dans laquelle se trouvent trois champs pétroliers et gaziers : Wunut, Carat et Tanggula Angin. En 2006, trois compagnies, les indonésiennes PT Lapindo Brantas et Medco Energi et l'américaine Santos Ltd. (qui détiennent respectivement 50 %, 32 % et 18 % de l'exploitation), obtiennent les droits d'exploration et de production sur cette zone, PT Lapindo Brantas étant l'opérateur, c'est-à-dire la compagnie menant les opérations.

Le 28 mai 2006, alors qu'un forage de PT Lapindo Brantas visait un gisement de gaz, la tige de forage traverse une épaisse couche d'argile entre 500 et 1 300 mètres de profondeur, puis des sables, des schistes, des débris volcaniques et des roches de carbonate perméables. À 5h00, heure locale (UTC+7), la tige atteint la profondeur de 2 834 mètres. De l'eau, de la vapeur et de petites quantités de gaz entrent alors en éruption en un emplacement situé à environ 200 mètres au sud-ouest du forage. Deux autres éruptions se produisirent les 2 et 3 juin à environ 800 à 1 000 mètres au nord-ouest du puits, mais s'arrêtèrent le 5 juin. Lors de ces éruptions, du sulfure d'hydrogène s'est échappé.

PT Lapindo Brantas est une filiale du groupe Bakrie, qui appartient à Aburizal Bakrie (en), homme d'affaires et ministre au sein du gouvernement, et ses frères.

Différentes thèses

La thèse initiale est celle d'un accident de forage de la compagnie Lapindo-Brantas, qui aurait mal maîtrisé la décompression d'une poche d'hydrocarbure. Cette thèse de l'erreur humaine est à nouveau confirmée par une étude scientifique présentée le 12 février 2010 par Richard Davies, géologue à l'université de Durham au Royaume-Uni.

Toutefois certains géologues soutiennent que cette thèse n'est pas compatible avec les volumes de boue rejetés. Ils avancent une explication « naturelle » :

  • la zone est géologiquement très active, puisqu'elle associe des phénomènes de subduction, d'hydrothermalisme et de volcanisme, d'anciens volcans de boue existent dans la région, et ils seraient situés sur la même faille que le volcan de Sidoarjo.
  • deux jours avant l'éruption de boue, un séisme de magnitude 4 avait touché la zone. Il aurait fragilisé la zone et entraîné des failles permettant la remontée de gaz. Le forage aurait pu agir comme élément déclencheur. Cette thèse, qui ne met pas en cause la responsabilité de la société de forage, a été retenue lors du procès en 2009 par la justice indonésienne qui décida de son acquittement.

Conséquences sur l'environnement

Les ouvriers sur place ont construit des digues autour du cratère, et des pelleteuses brassent la boue. Le courant ainsi créé entraîne la boue vers un dispositif qui, après l'avoir mélangé à de l'eau, la rejette dans la rivière. Aujourd'hui, le lit de la rivière a déjà diminué de moitié, et d'après les pêcheurs locaux, il n'y a plus de signes de vie. Néanmoins, les responsables de ce projet de « détournement » assurent qu'ils peuvent encore continuer à rejeter la boue dans la rivière durant une année. De plus, cette boue, riche en hydrocarbures et métaux lourds, a contaminé les élevages de crevettes. Il en résulte que la production a beaucoup diminué, et plusieurs pays ont décidé de ne plus importer ces crevettes. La plupart des éleveurs sont désormais au chômage technique. Fin août 2010, selon le directeur du BPLS, l'organisme gouvernemental chargé de la prise en charge des conséquences de la catastrophe, la compagnie Lapindo a versé 20 % des sommes promises pour dédommager les victimes, selon le décret présidentiel 48 de 2008 (Peraturan Presiden Nomor 48 Tahun 2008), qui fixe les conditions de dédommagement des victimes, celles-ci doivent percevoir 1,5 million de roupies par m détruit pour les habitations, 1 million par m non construit et 120 000 roupies par m de rizière.

En tout, cinq villages ont déjà été engloutis, ainsi qu'une autoroute, et plus de 15 000 personnes ont dû être déplacées, fin août 2010, selon les calculs du gouvernement indonésien et de Lapindo ce sont 640 hectares qui ont été touché. En septembre 2010, la plupart vivent dans les villages voisins, dans des conditions de vie souvent déplorables. Par exemple, dans une échoppe aménagée pour l'occasion, ce sont 25 personnes qui cohabitent; la plupart dorment à même le sol.

Une autre conséquence de ce volcan de boue est l'affaissement du sol : les digues construites se fissurent et menacent de céder à tout moment. Une ligne à haute tension, qui passe en plein milieu du lac de boue, s'enfonce également. Les ouvriers indonésiens sont obligés de rehausser inlassablement les digues et les poteaux électriques, au fur et à mesure de l'enfoncement dans le sol.

Des scientifiques prédisent que la boue pourrait continuer à se déverser pendant des décennies.

Solutions envisagées

Plusieurs solutions ont été envisagées, mais aucune n'a porté ses fruits. Les ouvriers ont par exemple jeté de grosses boules de béton dans le cratère, en espérant qu'elles coulent et qu'elles bouchent le conduit. Ce projet a été abandonné car en plus d'être inefficace, il risquait de faire augmenter la pression, et de provoquer l'apparition d'autres volcans de boue dans les environs. La dernière idée en date est japonaise : construire une cheminée autour du cratère, d'une hauteur de 40 mètres, recouverte d'une sorte de toit. Les experts des autres pays restent sceptiques.