La cathédrale Saint-Étienne de Toul est un édifice de style gothique remarquable par sa façade occidentale, chef-d'œuvre du gothique flamboyant, son cloître, le deuxième plus grand de style gothique en France, et deux chapelles Renaissance. C'est, avec Notre-Dame-de-l'Annonciation de Nancy, l'une des deux cathédrales du diocèse de Nancy-Toul.
Architecture
Les tours de la façade mesurent 65 m de haut, la nef, 98 m de long pour une hauteur de voûte de 32 mètres et le transept 56 m de large.
Malgré une construction sur plus de trois siècles, l'édifice (hors façade) présente une grande homogénéité de style. Le XIII siècle voit l'édification du chœur, du transept, de la dernière travée de la nef et de la première travée de la galerie est du cloître. Au XIV siècle, les quatre travées suivantes de la nef sont construites. Au XV siècle, la magnifique façade de style gothique flamboyant est construite ainsi que les deux premières travées de la nef. Au XVI siècle, deux chapelles renaissances sont ajoutées à l'avant des collatéraux nord et sud de la nef, la chapelle de Tous-les-Saints, devenue la sépulture de Jean Forget, chapelain et chantre du chapitre des chanoines, et la chapelle des Évêques avec sa voûte plate à caissons, supportée par de simples arcs surbaissés - fermée depuis cinquante ans, en attente de restauration.
La Révolution française fait quelques dégâts notables. Un bombardement lors de la seconde guerre mondiale anéantit la toiture et l'orgue. Une importante campagne de restauration commence dans les années 1980.
Deux tours d'aspect inachevé encadrent le chœur ce qui traduit une influence rhénane hérité probablement de la cathédrale romane. L'une des tours s'était effondrée peu après sa construction. On retrouve ce plan roman-rhénan sur d'autres édifices religieux lorrains ou champenois. Les deux tours de chevet encadrant le chœur gothique de la cathédrale se retrouvent notamment à la collégiale Saint-Gengoult de Toul et à l'église de l'abbaye Saint-Vincent de Metz.
La forme octogonale sur une base carrée et la décoration des tours de la cathédrale ont influencé l'architecture de la collégiale Saint-Gengoult de Toul, de l'église Saint-Martin de Pont-à-Mousson et de l'église Saint-Léon de Nancy de style néo-gothique.
La Chapelle des Évêques
La sublime chapelle des évêques est une étonnante chapelle renaissance dont le plafond unique, en voute plate, ne contient aucune structure de maintient. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, la chapelle attend une restauration et sa réouverture au public.
Histoire
La première cathédrale, dédiée à saint Étienne et Notre-Dame, est édifiée dans la seconde moitié du V siècle. Le groupe épiscopal comprend à l’origine trois églises, l’une consacrée à la Vierge, la deuxième à saint Étienne et la troisième, qui servait de baptistère, à saint Jean-Baptiste. Entre 963 et 967, l'évêque Gérard de Toul fait entreprendre la construction d'une cathédrale romane sur l'emplacement des trois basiliques du V siècle qui ne formeront plus qu'un seul édifice. Aux XI siècle et XII siècle la cathédrale subit diverses reconstructions avec probablement établissement d'un plan roman-rhénan.
Détail du cloître par Viollet-le-Duc
Chapelle des Évêques par Paul Boeswillwald(1877)
Entreprise en 1221, par l'évêque Eudes II de Sorcy (1219-1228), la construction de l'édifice que nous pouvons contempler s'etale sur trois siècles pour s'achever en 1561, la cathédrale romane étant détruite petit-à-petit pour laisser place à l'élévation gothique. Le gros-œuvre du chantier débute par le chœur, flanqué de deux tours de chevet dites « harmoniques », adaptation du plan-type de l’église gothique avec la tradition romane de l'ancien édifice. Le chœur est achevé en 1235. La construction du transept et des cinq dernières travées de la nef dure de 1331 à 1400, en parallèle avec la destruction progressive de la nef romane. Le cloître est alors édifié par Pierre Perrat (mort en 1400) ainsi que le portail occidental. Entre 1400 et 1460, les travaux sont interrompus à cause de la guerre entre le duc de Bourgogne et le duc de Lorraine. En 1460, le chapitre de la cathédrale s'étant adressé au pape et au roi de France, il reçoit du pape un don de 1 000 livres, et du roi 1 500 livres qui permettent la reprise des travaux. La construction d'une partie de la façade, jusqu'au niveau de la rosace, et de la première travée de la nef est entreprise par Jacquemin de Lenoncourt. On démolit le massif occidental de la cathédrale romane du XI siècle. La façade gothique est aux armes de Wary de Dommartin, évêque de Verdun, et de René II de Lorraine. Les seconde et troisième travées de la nef sont achevées dans le style gothique flamboyant. Suit le raccord entre la façade construite à partir de 1460 et la quatrième travée de la nef achevée à la fin du XIV siècle. Le 9 mars, le chapitre de Toul commande à Tristan de Hattonchâtel le dessin de la façade occidentale en se réservant le droit de la faire construire par l'architecte de son choix. En 1496, la construction du portail occidental de la cathédrale est complété par le couronnement fleurdelisées des deux tours de style gothique flamboyant. Entre la fin XV siècle et le début XVI siècle, l'autel des reliques est édifié dans le collatéral sud. De style composite, il combine avec harmonie le style gothique flamboyant et le style renaissant. Il est orné des armes des mécènes, Nicolas le Sane, chanoine de la cathédrale de Toul, encadré par les armes des évêques de Toul et du blason du chapitre canonial de Toul. 1503 voit la réalisation par un certain I.V. (Jehan le Verrier ?) de la verrière du Couronnement de la Vierge, dans le croisillon nord du transept de la cathédrale. Il est orné des armes des mécènes, le blason de Nicolas le Sane, le blason du cardinal Raymond Perraud, évêque de Gürk, légat de l'évêque de Toul au Saint-Siège, le blason des évêques de Toul ainsi que le blason du chapitre canonial de Toul.
À la Renaissance, la cathédrale se voit complétée par la construction du dôme dit « à la Boule d'Or », sur la toiture, à la croisée du transept. Vers 1530, la construction de deux clochers surmontant les tours du chevet est achevée. Avant 1533, l'évêque Hector d'Ailly (1524-1532) passe commande de la chapelle des évêques, de style Renaissance, dans le collatéral nord de la nef. En 1534, le campanile, entre les deux tours du portail occidental de la cathédrale, est édifié dans le style Renaissance. Il comporte une colonnade, des chapiteaux corinthiens, des arcs en plein-cintre et un dôme. La cloche date de 1536. En 1537, sous l'épiscopat d'Antoine Pélegrin (1537-1542), la partie supérieure du grand meuble de sacristie est installée. Avant 1549, le chantre Jean Forget passe commande de la chapelle de Tous-les-Saints, dans le style Renaissance. Édifié dans le collatéral sud de la nef de la cathédrale, il comporte un dôme surmonté d'un lanternon et utilise le procédé de la perspective en trompe-l'œil de Jean Pèlerin dit le Viator, chanoine de la cathédrale. 1561 voit l’effondrement de l'étage supérieur de la tour sud du chevet. Les chanoines de la cathédrale font abattre l'étage supérieur de la tour nord du chevet par sécurité et pour une restauration symétrique selon la sensibilité du XVIe siècle font ajouter des toitures en bonnet-de-prêtre.
Cloître de la Cathédrale depuis la tour Sud
Entre 1625 et 1725, l'abside est décorée de marbres. En 1648, l'annexion définitive de l'évêché de Toul au Royaume de France, est enterrinée à la suite des Traités de Westphalie qui mettent fin à la Guerre de Trente Ans. Cette date marque le début d’une longue et lente décadence et mise à l’écart de Toul en tant que centre spirituel. En 1776, le diocèse de Toul qui recouvrait les trois-cinquièmes du duché de Lorraine est démembré pour créer ex-nihilo les évêchés de Nancy et de Saint-Dié. En 1790, L'évêché de Toul qui existait depuis le IV siècle est supprimé au profit de Nancy. Le XVIII siècle voit la construction de chapelles latérales, de la tribune d'orgues (1750). En 1794, on supprime les statues qui garnissaient les niches des portails de la façade occidentale, celles du jubé, des stalles, et divers ornements dont les sculptures du cloître.
En 1824, l'évêché de Nancy devient l'Évêché de Nancy-Toul. Les verrières du XIII siècle siècle de l'abside du chœur sont déposées en 1836 en parallèle au réaménagement des absidioles de part et d'autre du chœur, sous les tours de chevet. En 1840, la cathédrale est classée sur la première liste des monuments historiques. Casimir de Balthasar de Gachéo réalise, en 1863, la verrière de saint Étienne, dans le croisillon sud du transept de la cathédrale. En 1870, la façade occidentale (dont la verrière de la grande rosace du début du XVI siècle siècle) et le côté sont endommagés par les tirs prussiens. En 1874, Émile Boeswillwald, architecte en chef des monuments historiques, entreprend la restauration de la cathédrale. Son fils Paul Boeswillwald lui succède. Les verrières de l'abside du chœur de la cathédrale sont installées en 1874-1876.
Le 19 juin 1940, la tour sud de la façade occidentale et la totalité des toitures sont anéanties par un bombardement. Une couverture provisoire est mise en place pour mettre hors-d'eau et protéger les voûtes. Cette installation provisoire durera plus de quarante ans. En 1978, les toitures de la cathédrale ne sont toujours pas restaurées et on doit même fermer l'édifice par mesure de sécurité. Le siège du diocèse de Nancy et de Toul ayant été transféré à Nancy en 1790, la cathédrale de Toul appartient à la commune qui assume la lourde charge de restaurer l'intérieur de l'édifice. C'est seulement à partir de 1981 que les toitures sont reconstruites en reprenant la géométrie d'avant 1940 (couverture en ardoises sur une haute charpente métallique). Cette restauration des parties extérieures de la cathédrale à l'exception de la façade occidentale s'achève en 1995. Suivent ensuite les restaurations de la façade occidentale (2003), des travées de la nef y compris les peintures (2004-2005), du chœur (2006-2008), et de la chapelle des Évêques (prévue pour 2010-2012).
Les orgues
Les Grandes Orgues Schwenkedel (1963).
La cathédrale disposait d'un orgue au moins depuis le XIV siècle. Il connut plusieurs aménagement successifs. À partir de 1740, les chanoines de la cathédrale s'adressèrent à plusieurs facteurs en vue d’édifier un grand instrument sur la tribune, en remplacement du précédent, qui datait du XVI siècle : François Thierry, Charles Cachet et Jean-André Silbermann furent ainsi sollicités. Ils confièrent finalement le marché en 1751 à Nicolas Dupont, qui construisait alors les orgues de l’église Saint-Jacques de Lunéville, et dont ils avaient pu apprécier sur place le travail. La réception des travaux eut lieu le 14 juillet 1755. Les sculptures du buffet furent réalisées par Athanase Lacourt, de Toul. L'instrument avait quatre claviers et quarante et un jeu. Le premier titulaire fut Jean-Baptiste Nôtre (1732-1807), auteur d'un Livre d'orgue manuscrit. Comme il l’avait écrit dans son devis rédigé en 1751 pour les chanoines, l’ambition de Nicolas Dupont avait été de doter la cathédrale d’un instrument « comparable avec le plus grand nombre des grandes orgues de France, dans lequel on trouvera les jeux pour jouer tous les couplets qui peuvent se faire selon le bon goût du tems, et pouvoir les diversifier pendant tout un office, sans être obligé de répéter deux fois les mêmes meslanges ».
L’instrument de Nicolas Dupont, plusieurs fois modifié par la suite, fut complètement détruit le 20 juin 1940 dans l’incendie de la cathédrale, et remplacé par un instrument dû à Curt Schwenkedel, inauguré le 23 juin 1963 par Gaston Litaize. C'est un des plus beaux instruments du grand est de la France. Les timbres variés, le grand plein jeux, les anches raffinées et son tutti clair et élégant permettent d'interpréter Johann Sebastian Bach, mais aussi les compositeurs romantiques ou contemporains. Le buffet, construit sans boiseries, est composés de plusieurs plans sonores permettant une projection du son tout à fait étonnante. Plusieurs enregistrements viennent de voir le jour à l'occasion de l'inauguration de la restauration intérieure de l'édifice. L'instrument a été l'élèment declancheur de la mise en place du Festival Bach de Toul .
Grandes Orgues de la cathédrale de Toul, par Curt Schwenkedel
À partir de 2010, la commune organise le Festival Bach de Toul consacré à Johann Sebastian Bach. La première édition voit la participation de François-Henri Houbart, organiste de la Madeleine à Paris, Suzanne Ramon, lauréat du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, Yeon-Ju Kim, du quatuor de Saxophone Versax, de Pascal Vigneron, Christine Auger et de Karolos Zouganelis dans les variations Goldberg. Le directeur artistique du Festival est Pascal Vigneron. Les lieux des concerts sont la Cathédrale et l'Eglise Saint Gengoult.