La cocathédrale Notre-Dame de l'Annonciation de Bourg-en-Bresse, longtemps seule église paroissiale des Burgiens après la suppression de la paroisse Saint-Pierre, fut de 1515 à 1534 le siège de l'éphémère diocèse de Bourg.
Historique
Genèse du culte marial et fondation paroissiale
Image miraculeuse de la Vierge
Une légende lie l'existence d'un sanctuaire marial à Bourg à la découverte par un pâtre d'une image de la Vierge dans un saule, à proximité de la porte d'Espagne. Portée à la paroisse Saint-Pierre de Brou, celle-ci aurait regagné le lieu de son invention. Un oratoire aurait alors été prestement construit, une statue de Marie étant par ailleurs taillée dans le bois de l'arbre abattu pour cause de caducité.
Vierge noire de Bourg-en-Bresse
L'existence d'une chapelle desservie par des prêtres burgiens est dûment attestée en 1258 à l'occasion d'un legs en faveur de sa fabrique. De même, le comte Aymon de Savoie, guéri par l'intercession de la Vierge, gratifia le sanctuaire d'une riche fondation en 1343. La notoriété de la chapelle s'accrut dès lors au point que les habitants de Bourg délaissèrent progressivement l'antique paroisse de Brou, fort éloignée de l'agglomération qui commençait à se presser autour du château des sires de Bâgé.
Jean de Loriol, évêque de Nice d'origine bressane, présida par la suite aux destinées du sanctuaire marial, obtenant de Jules II l'union du prieuré de Brou vacant et de la paroisse St-Pierre de Brou à la mense de l'église Notre-Dame dont il avait entrepris la construction en 1505, une bulle étant fulminée à cette occasion le 10 mars 1505. Nonobstant, il revient à Marguerite d'Autriche d'avoir infléchi le transfert de la paroisse de Saint-Pierre de Brou à l'église N.D. de Bourg. Veuve de Philibert de Savoie en 1504, celle-ci entendait accomplir le voeu de sa belle mère, Marguerite de Bourbon, à savoir la fondation d'un monastère à Brou qui accueille sa dépouille, et conséquemment celle de son fils et de son épouse. Les intérêts convergents des burgiens et de la fille de Maximilien d'Autriche n'eurent aucun mal à convaincre le pontife qui entérina l'affaire dans une seconde bulle du 16 juillet 1506.
L'éphémère cathédrale de Bourg
Cardinal Louis II de Gorrevod (Stalles de N.D. de Bourg)
La paroisse de Bourg devait également bénéficier des largesses de la famille bressane des Gorrevod, particulièrement proche de la Maison de Savoie. Louis II de Gorrevod, évêque de Maurienne, neveu de Jean de Loriol et frère de Laurent, ce dernier gouverneur de Bresse et chevalier d'honneur de Marguerite d'Autriche, contribua à la fondation matérielle et spirituelle de N.D. de Bourg.
Ce prélat, par ailleurs abbé commandataire d'Ambronay dont dépendait le prieuré et la paroisse de Brou, avait déjà précédemment autorisé le transfert du siège paroissial de Brou à Bourg. Il devint évêque de surcroit du nouveau diocèse de Bourg dont la fondation, le 1er juin 1515, répondait à la volonté de la maison de Savoie de soustraire ses territoires situés à l'est de la Saône à l'emprise de Lyon, ville alors française, dont l'archevêque était l'ordinaire de la Bresse.
C'était sans compter l'influence du roi de France, François Ier, qui obtint de Léon X la suppression du nouveau siège de Bourg dès le 1er septembre 1516. Pour autant, il fut rétabli le 13 novembre 1521 avant que Paul III ne le supprime définitivement le 4 janvier 1534, la mort de Marguerite d'Autriche en 1530 ayant privé les burgiens d'un soutien notable auprès de la papauté.
Par delà ces aléas politiques, N.D. conserva son chapitre de chanoines, devenant par là-même collégiale de Bourg.
De la collégiale à l'église paroissiale puis co-cathédrale
La mort de Marguerite d'Autriche en 1530 puis celle du Cardinal de Goverod en 1541 privent le chantier burgien de subsides importants. Si les portails occidentaux sont érigés vers 1545 dans un style renaissance, l'entreprise s'essouffle de sorte que la construction des voûtes et l'achèvement du monument nécessiteront plus d'un siècle. La tour, du dessin de Philippe Caillé, dit Maucras, édifiée de 1656 à 1665, est ainsi couronnée par Philippe Convers d'un étage octogonal et d'un dôme seulement en 1690.
La Révolution, dispersant le chapitre canonial, met fin à un siècle de quiétude. Sur ordre d'Albitte, représentant du peuple en mission dans l'Ain, le dernier étage et le dôme du clocher disparaissent. Une fois le culte restauré, la collégiale conserve uniquement le statut de paroisse et le clocher n'est restauré qu'en 1911-1914, par Tony Ferret, dans un style sensiblement différent . Quant au statut, l'église paroissiale N.D. de Bourg-en-Bresse n'est érigée en co-cathédrale que le 3 mai 1992, par décret de la congrégation pour les évêques à Rome en date du 20 août 1990.
Architecture
Extérieurs
Intérieur
Vue de la nef principale de la collégiale en direction du choeur.
La distribution intérieure de la collégiale est des plus simples. Dépourvue de transept et de déambulatoire, elle affecte un plan basilical. La nef principale, de sept travées, accostée de deux collatéraux, débouche sur une abside pentagonale tandis qu'un chevet plat clôt les chapelles orientales des collatéraux. Deux rangées de chapelles bordent les dits collatéraux, nef latérale et chapelles méridionales présentant des dimensions moindres que leurs homologues septentrionales. L'élévation de l'édifice renforce l'unité et la lisibilité des volumes, la nef centrale présentant seule un étage de fenêtres hautes. De style gothique flamboyant, l'architecture de l'édifice joue la carte de la sobriété hormis les voûtes plus ouvragées qui présentent des liernes et des tiercerons. A l'exception du chœur et de la travée qui le précède, aucun chapiteau ne vient entraver l'élan vertical des piliers, arcades, doubleaux et croisées pénétrant dans les supports rythmant inexorablement les travées.
L'ornementation ordonne par ailleurs une perception cohérente et hiérarchisée de l'édifice, opposant très nettement espace paroissial et zone réservée à l'usage exclusif des clercs. Autant le chœur est élancé, aérien, déployant de grandes baies vitrées aux meneaux serrés, lesquelles occupent presque toutes les parois, une clef de voûtes pendante gigantesque agrémentant également la travée pentagonale de l'abside, autant la nef présente de petites fenêtres hautes ménageant, outre un éclairage diffus, un espace intermédiaire avec les arcades qui ne récuse pas une certaine muralité. Ainsi, ornementation et éclairage différenciés concourent-ils à définir des espaces sociaux et culturels privilégiés.
Les vitraux
Vitrail des saints Crépin et Crépinien
Des vitraux originels de la collégiale de Bourg subsiste uniquement celui des saints Crépin et Crépinien, patrons des tanneurs et cordonniers. Il date de 1526. Le reste de la vitrerie a été brisé au cours de la Révolution, les XIXe et XXe s'étant employés à remplacer ces œuvres qu'avaient sans doute réalisé les maîtres-verriers de Brou.
Outre ce premier vitrail renaissance qui conte autour d'une crucifixion les diverses étapes du martyre des frères cordonniers, il convient de remarquer :
Trois vitraux du dessin de Jacques Le Chevallier, commande de l'État, ornant côté nord les chapelles des fonts-baptismaux, de St-Vincent de Paul et de N.D. de Lourdes.
Trois vitraux de la main d'André Auclair, également commande de l'État, situés dans les chapelles méridionales. Ils ont pour sujets la vie de Jeanne d'Arc, les martyrs lyonnais de 177, la commémoration de la guerre 14-18.
Trois grandes verrières néo-renaissances datant 1872 et éclairant l'abside de la collégiale. Œuvres d'Eugène Oudinot, elles relatent en de petites vignettes les divers épisodes de la vie de la Vierge.
Mobilier
Les stalles
Les stalles de N.D. de Bourg occupent depuis 1768 la partie orientale de la dernière travée de la collégiale ainsi que l'abside. Auparavant, situées dans l'avant dernière travée, elles formaient le chœur canonial avec un jubé disparu depuis. Abimées au cours de la Révolution, elles furent restaurées en 1840.
De part et d'autre du chœur, on compte 9 stalles basses et 17 stalles hautes. Sculptées dans le bois de chène vers 1530, elles sont attribuées au genevois Pierre Mochet , auteur également de celles de la cathédrale de Saint-Jean-de-Maurienne. Offertes par Marguerite d'Autriche, Louis de Gorrevod, le Conseil de Ville et divers notables locaux, elles mèlent harmonieusement style gothique flamboyant et ornementation renaissance, scènes religieuses et chroniques de la vie quotidienne bressane.
Si les miséricordes présentent des têtes de bouffons ou autres acteurs de la société médiévale finissante, les jouées sont ornées de personnages de l'Ancien Testament et sommées de scènes triviales bressanes, de chiens, de lions et autres animaux fantastiques. Des gnomes et monstres du bestiaire médiéval figurent aux appuis-mains des parcloses tandis que sur chaque dorsal des stalles hautes est représenté un saint en liaison avec la Maison de Savoie, les généreux donateurs, les dévotions spéciales de l'époque.
Gabriel, la Vierge et Charlemagne
St-Pierre, St-Christophe et Ste-Anne
Ste-Catherine, St-Jean-l'évangéliste et St-Louis-d'Anjou
Les grandes-orgues
Grandes-orgues de la Co-cathédrale N.D. de Bourg-en-Bresse
Première mention d'un orgue est faîte le 13 juillet 1683 lors de la réception d'un instrument de 14 jeux d'esthétique flamande, oeuvre d'un facteur d'orgue ou organiste messin du nom de Dominique Baron. Cet instrument occupait déjà la première travée de la nef, la tribune actuelle ayant été érigée en 1682. Très vite l'instrument fut agrandi puisque de 1685 à 1687, Pierre Feaugat, facteur originaire d'Auch et résidant à Charlieu, réalisa des travaux dont l'étendue n'a pu être mesurée.
Au XIXe, Claude-Ignace Callinet reconstruisit l'instrument qui se trouvait alors doté de 26 jeux répartis entre deux claviers et un pédalier, ce dernier de 18 notes seulement. Par la suite, l'orgue fut restauré et étoffé en 1861 par la manufacture Beaucourt de Lyon. Cet instrument d'esthétique romantique trouvait place dans un buffet sensiblement agrandi de par l'ajout de deux plates-faces latérales.
La survenue d'un orage violent le 11 juillet 1927 induisit la reconstruction de l'instrument par la maison Merklin et Kuhn de Lyon, lequel subsista jusqu'en 1976. Les facteurs d'orgues Philippe Hartmann et Jean Deloye rétablirent alors le grand buffet dans l'état laissé par Callinet et un positif dorsal lui fut adjoint. Livré en 1981, l'instrument compte aujourd'hui 42 jeux répartis sur quatre claviers et un pédalier. Il a été relevé en 2006 par les établissements Jean Deloye.
Autres œuvres d'art
La Cène: volet d'un triptyque de 1623
Chaire de 1760 sculptée par Jean-Marie Fiot, artiste dijonnais, auteur par ailleurs de la grande porte de la collégiale. Elle présente les quatre évangélistes sur la cuve et la Pentecôte sur le dossier. L'œuvre a été classée le 22 août 1902
Ancien maître-autel du XIXe de la main de Pierre Bossan, orné d'émaux bressans, de bas-reliefs et sculptures d'anges du lyonnais Dufraine.
Grand-autel Louis-XV, installé dans la collégiale en 1768.
Volets extérieurs d'un triptyque daté de 1523 ayant pour thème la passion du Christ : portement de croix et mise au tombeau recto, la cène au verso, laquelle présente la particularité de figurer le Christ en bout de table (la partie centrale, sans doute une crucifixion, a été perdue).