Coumarine

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Introduction

Coumarine
Coumarine
Général
Nom IUPAC
Synonymes2H-chromenone

Cumarine

Benzo-α-pyron
N CAS91-64-5
N EINECS202-086-7
PubChem323
SMILES
InChI
Apparenceflocons incolores, d'odeur caractéristique.
Propriétés chimiques
Formule bruteC9H6O2
Masse molaire146,1427 ± 0,0082 g·mol
Propriétés physiques
T° fusion69 à 71 °C
ébullition301,7 °C
SolubilitéFaible (1,9 g·l à 20 °C)
Masse volumique0,94 g·cm
Point d’éclair150 °C
Pression de vapeur saturanteà 106 °C : 0,13 kPa
Précautions
Directive 67/548/EEC
Nocif

Xn
Phrases R : 22,
Phrases S : 36,
Transport
-
2811
Classification du CIRC
Groupe 3 : Inclassable quant à sa cancérogénicité pour l'Homme
Écotoxicologie
DL0,196 g·kg (souris, oral)

0,293 g·kg (rats, oral)
LogP1,39
Classe thérapeutique
Anticoagulant
Composés apparentés
Isomère(s)isocoumarine

chromone
Unités du SI & CNTP, sauf indication contraire.

La coumarine est une substance naturelle organique aromatique connue dans la nomenclature internationale comme 2H-1-benzopyrane-2-one qui peut être considérée en première approximation, comme une lactone de l’acide 2-hydroxy-Z-cinnamique. Son odeur de foin fraîchement coupé a attiré l'attention des parfumeurs sur elle dès le XIX siècle.

Le même terme de coumarine désigne aussi la classe des composés phénoliques dérivés de cette dernière molécule, la 2H-1-benzopyrane-2-one. Ces composés possèdent des hydroxyles phénoliques qui peuvent être méthylés ou être engagés dans des liaison hétérosides. Plus d’un millier de coumarines naturelles ont été décrites. Elles sont très largement distribuées dans le règne végétal.

La coumarine tire son nom de kumarú, le nom dans une langue amérindienne tupi de Guyane de l’arbre poussant en Amérique du Sud, le gaiac de Cayenne (Dipteryx odorata) de la famille des Fabacées, donnant la fève tonka d’où cette molécule fut isolée en 1820 par Vogel. Le nom de tonka vient aussi du tupi et d’une langue caraïbe de Guyane, le kali’na (ou galibi).

La première section traitera de la coumarine simple suivie d’une section portant sur la famille des coumarines.

La coumarine simple

La coumarine fut l'une des premières synthèses aromatiques réalisées vers la fin du XIX siècle (1868) par le chimiste anglais William H. Perkin. Quelques années plus tard, en 1882, Paul Parquet employa cette molécule de synthèse pour créer "Fougère Royale", un parfum de Houbigant (devenu H pour homme), puis Aimé Guerlain l'utilisa pour "Jicky de Guerlain", en 1889. Ces usages marquèrent un tournant dans l’histoire des parfums et arômes de synthèses.

Elle est depuis peu réglementée pour des raisons d'hépatotoxicité.

Plantes riches en coumarine

La coumarine est présente dans divers végétaux  :

  • la fève tonka, fruit du gaiac de Cayenne (Dipteryx odorata) de la famille des Fabacées, est très riche en coumarine (de 1 à 3,5 %). À maturité, la fève libère des arômes de vanille, de foin et d’amande. Elle est en vogue auprès de quelques grands chefs qui l’utilisent pour parfumer les crèmes et les gâteaux. Elle servait à aromatiser certains tabacs à pipe comme l'Amsterdamer. La coumarine utilisée en parfumeries (Shalimar de Guerlain ou Contradiction de Calvin Klein) ou pour aromatiser les aliments ou les boissons est surtout obtenue par synthèse
  • l’aspérule odorante, (Galium odoratum) ou gaillet odorant (de la famille des Rubiacées ), est peu odorante à l'état frais mais prend au séchage une agréable senteur de foin, due au développement de la coumarine. La plante sèche comporte de 1 à 1,3 % de coumarine (13 000 mg·kg)
  • la racine de la flouve odorante (Anthoxanthum odoratum) ou "Chiendent odorant" (de la famille des Graminées)
  • la cannelle de Chine (Cinnamomum aromaticum) ou casse est riche en coumarine (0,45%) et en aldéhyde cinnamique (2,56 %) et contient des traces d’eugénol alors que l’inverse est vraie de la cannelle de Ceylan (Cinnamomum verum)
  • les tiges feuillées du Mélilot officinal ou Mélilot jaune (Melilotus officinalis de la famille des Fabacéess) renferme, surtout dans les jeunes feuilles, du mélilotoside, glucoside de l'acide 2-hydroxycinnamique qui conduit par lactonisation à la coumarine ( 2 000 mg·kg soit 0,2 %)
  • la feuille de maïs (Zea mays) avec 0,2 % est aussi riche
  • la lavande vraie (Lavandula angustifolia) avec 1 500 mg·kg est beaucoup plus riche que la lavande aspic (Lavandula latifolia) qui n’en contient que 22 mg·kg
  • l'angélique officinale (Angelica archangelica) renferme de nombreuses coumarines : simples, furaniques et hydroxy-isopropyldihydrofuraniques
  • le céleri (Apium graveolens), le panais (Pastinaca sativa), la grande berce (Heracleum sphondylium), la berce du Caucase (Heracleum mantegazzianum) ou la rue (Ruta graveolens) sont photoxiques par contact en raison de la présence de furanocoumarines linéaires (psoralène, bergaptène et xanthotoxine, voir la dernière section sur les coumarines)

La coumarine simple dégage une agréable odeur, rappelant la vanilline et contribue à l'odeur de foin coupé.

Fêves tonka

Aspérule odorante

Heracleum mantegazzianum

Propriétés physico-chimiques

  • Composition élémentaire : 73,96 % C + 21,90 % O + 4,14 % H ;
  • Masse molaire : 146,15 g ;
  • Point de fusion (1013 hPa) : 342 K (69 °C) ;
  • Point d'ébullition (1013 hPa) : 574 K (301 °C) ;
  • Hydrosolubilité : faible (2,5 g par dm³ d'eau froide et 20 g/dm³ d'eau portée à ébullition) ;
  • Soluble dans les alcools et dans les solvants organiques comme le dioxyde d'éthyle ou les solvants chlorés
  • Cristallographie : solide formé de cristaux orthorhombiques ;
  • Classe de toxicité : nocif (DL50 d'environ 500 mg·kg pour le rat et le cochon d'Inde).

Absorption et métabolisme chez l'homme

Pour Lake (1999), la source principale de coumarine dans l’alimentation viendrait de la cannelle souvent présente sous forme d’arôme alimentaire. Il estime l'exposition journalière par l'alimentation à 0,02 mg·kg·j.

Après ingestion, la coumarine est rapidement et complètement absorbée dans le tube digestif puis massivement métabolisée dans le foie. Elle y subit principalement une hydroxylation en 7-hydroxycoumarine 7-HC (pour 84%) et une ouverture du cycle de la lactone, avant d’être en grande partie excrétée dans les 24 heures, par voie rénale (voir figure 1). Son temps de demi-vie dans l'organisme humain est d’une heure.

Fig. 1. Les 2 voies principales du métabolisme de la coumarine

Chez l’homme, la voie par la 7-hydroxylation est très largement majoritaire et donne des métabolites peu toxiques : la 7-hydroxycoumarine et ses conjugués glucuronidés et sulfatés. Par contre, chez le rat, aucune 7-HC n’est détectée dans ses urines après une ingestion de coumarine et l’autre voie produit des composés très toxiques.

Usage en médecine

En médecine, la coumarine est utilisée dans le traitement adjuvant du lymphœdème post-mastectomie, en complément des méthodes de contention. Son action antiœdématique résulte de l'augmentation du drainage lymphatique et de la stimulation de l'activité protéolytique des macrophages. Mais la multiplication des cas d’hépatite chez les patientes traitées à fortes doses avec cette molécule a conduit au retrait du marché de la spécialité correspondante .

La coumarine reste utilisée en phytothérapie, mais à des doses beaucoup plus faible, comme dans les spécialités contenant du mélilot.

A la différence de ses dérivés (comme la coumadine), la coumarine elle-même n’a pas d’activité anticoagulante.

Mais la fermentation humide de foin qui renferme de la coumarine (en raison de la présence de mélilot) génère des dérivés anticoagulants, qui entraînent des hémorragies chez les herbivores qui en consomment. Le 4-hydroxy-3-[1-(4-nitrophényl)-3-oxobutyl]coumarine, appelé usuellement acénocoumarol, est antagoniste de la vitamine K et inhibiteur de la synthèse des facteurs de la coagulation vitamino-K-dépendants. Ses propriétés anticoagulantes sont utilisées dans la thérapie des maladies thromboemboliques.

Usage alimentaire

Le codex alimentarius a recommandé en 1985 (réaffirmé en 2006) de ne pas ajouter la coumarine telle quelle aux aliments et aux boissons. Elle peut être présente dans les aliments et les boissons seulement sous la forme de préparations aromatisantes naturelles (par exemple l'extrait de fève tonka) et pas à plus de 2 mg·kg dans les denrées alimentaires et les boissons et de 10 mg·kg dans les caramels spéciaux. En 2004 puis en juillet 2008, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (efsa) a recommandé une dose journalière acceptable (DJA) de 0,1 mg de coumarine/kg de poids corporel. Un calcul simple permet de s’apercevoir que la DJA est très largement dépassée par une cuillérée à café de cannelle de Chine. D'où l'importance de bien distinguer cette cannelle de la cannelle de Ceylan, indemne de coumarine.

En cuisine, les fleurs d'aspérule odorante, au parfum caractéristique, sont utilisées dans la région d'Arlon (Belgique) pour la fabrication du Maitrank. La coumarine est aussi présente dans certaines variétés de cannelle.

Enfin la coumarine est fortement contenue dans l'herbe de bison, une plante utilisée notamment pour la fabrication de la vodka polonaise Żubrówka. Cette vodka a d'ailleurs été interdite à la vente aux États-Unis pour cette raison en 1978.

Autres usages

L'odeur de foin fraîchement coupé de la coumarine est très utilisée en parfumerie. Actuellement, elle entre dans la composition de 90% des parfums (dans 60% avec une teneur supérieure à 1%). Elle s'associe bien à la vanilline dont elle atténue le côté alimentaire. Elles est aussi utilisée dans les produits cosmétiques (déodorants, eaux de toilette, crèmes, shampoings, savons de toilette, dentifrice, etc.).

On trouve aussi de la coumarine dans les cigarettes indiennes, les bidî, et les cigarettes aux clous de girofle indonésiennes, les kreteks .

Pour neutraliser ou masquer les mauvaises odeurs, la coumarine est aussi ajoutée aux peintures, insecticides, encres, aux aérosols, au caoutchouc ou aux matières plastiques.

Les coumarines

La famille des coumarines est formée des composés phénoliques dérivés de la coumarine simple, la 2H-1-benzopyrane-2-one, molécule elle-même dénuée de groupe hydroxyle phénolique OH. Toutes les coumarines sont substituées en C-7 par un hydroxyle phénolique.

Les divers groupes hydroxyles en C-6, C-7 et C-8, peuvent ensuite

  • être méthylés
Les coumarines aglycones
R6R7R8Formules
Coumarine

(non phénolique)
HHHStructures-coumarines.svg
OmbelliféroneHOHH
HerniarineHOCH3H
EsculétolOHOHH
ScopolétolOCH3OHH
ScopanoneOCH3OCH3H
FraxétolOCH3OHOH

Le scopolétol est très répandu dans les enveloppes des graines où il inhibe la germination.

Quelques glucosides de coumarine

Gluc= β-D-glucopyranosyloxy
CASsynonymeR6R7R8
Skimmine93-39-07-O-glucosyl-ombelliféroneHGlucH
Esculoside531-75-96-O-glucosyl-esculétolGlucOHH
Cichoriine531-58-87-O-glucosyl-esculétolOHGlucH
Scopoline531-44-27-O-Glucosyl-6-méthoxycoumarineOCH3GlucH

L'esculoside, présente dans l'écorce du marronnier d'Inde, est réputée veinotonique.

Esculoside

Cichoriine

Ces molécules peuvent aussi être associées avec des chaînes isopréniques en C5, C10 (monoterpènes) ou plus rarement C15 (sesquiterpènes).

Prényloxycoumarines
CASsynonymeR6R7R8
Auraptène495-02-37-géranyloxy coumarineHO-géranylH
Subérosine581-31-77-méthoxy-6-(3-méthyl-2-butényl)-coumarineamylènylOCH3H
Osthol484-12-87-méthoxy-8-(3-méthyl-2-butényl)-coumarineHOCH3amylènyl

Auraptène

Subérosine

Les zestes d'agrumes sont très riches en auraptène.

La fusion de la coumarine avec un hétérocycle supplémentaire à 5 ou 6 atomes donnent deux nouvelles classes :

  • les furanocoumarines :

composés formés par la fusion d'un hétérocycle furane avec la coumarine et ses dérivés. L'association peut se faire

  1. soit dans le prolongement de la coumarine (forme linéaire) : psoralène et ses dérivés (bergaptène, impératorine, xanthotoxine, chalepensine)
  2. soit sur le côté (forme angulaire) : angélicine et ses dérivés

Psoralène

Bergaptène

Angélicine

  • les pyranocoumarines :

composés formés par la fusion d'un hétérocycle pyrane avec la coumarine

  1. soit dans le prolongement (forme linéaire) : xanthylétine
  2. soit latéralement (forme angulaire) : séseline, visnadine

Xanthylétine

Séseline

Les furanocoumarines linéaires (psoralène, bergaptène, xanthotoxine) sont phototoxiques par contact. Elles peuvent provoquer des dermatites chez les personnes manipulant les plantes qui en contiennent comme le céleri, le persil, le panais, ou les agrumes. Certains agriculteurs peuvent se voir contraint d'abandonner leur activité.

L'assemblage de la coumarine et de trois hétérocycles de furanes donne des aflatoxines, toxines produites par des moisissures au pouvoir cancérigène élevé. Enfin, un anticoagulant très utilisé en thérapeutique, la warfarine ou coumadine est un dérivé de synthèse de la bishydroxycoumarine.