La dérivée de Lie est une opération de différentiation naturelle sur les champs de tenseurs, en particulier les formes différentielles, généralisant la dérivation directionnelle d'une fonction sur une variété différentielle.
On note ici M une variété différentielle de dimensionn, ΩM l'espace des formes différentielles sur M et X un champ de vecteurs sur M.
Premiers exemples
Dérivée de Lie d'une fonction numérique
Définition comme dérivée directionnelle
La dérivée de Lie généralise aux variétés différentielles la notion de dérivée directionnelle d'une fonction numérique.
C'est-à-dire l'image du vecteurX(p) par la différentielle de f en p. Si la variété est munie d'une structure riemannienne, il est encore possible d'écrire ce calcul à l'aide du gradient de f :
LXf(p)=Xp⋅f=⟨X∣∇f(p)⟩
En coordonnées locales, et en utilisant les conventions de sommation d'Einstein, on peut encore l'écrire ainsi :
LXf(p)=Xa∂xa∂f
Définition équivalente, en suivant le flot
Avec les mêmes notations, le champ de vecteurs X définit une famille de courbes intégrales sur M.
Notamment il existe une courbeγ(t), tracée sur M, passant par p en t=0, et tangente au champ de vecteurs en tout point :
dtdγ(t)=X(γ(t))
La dérivée de Lie de la fonction f peut alors également être définie par :
LXf(p)=dtdf(γ(t))∣t=0.
Identification des dérivations et des champs de vecteurs
Soit de nouveau une variété différentielle M, F l'anneau des fonctions numériques indéfiniment différentiables sur M.
Une dérivation est une application de F dans F, linéaire et qui vérifie la formule de Leibniz :
D(λf+g)=λD(f)+D(g)D(fg)=fD(g)+gD(f)
Notamment, pour tout champ de vecteurs X, la dérivation de Lie f↦LXf définit une dérivation. La réciproque est vraie : toute dérivation de M est une application de la forme LX pour un certain champ de vecteurs X. On peut donc identifier l'espace vectoriel des dérivations et celui des champs de vecteurs.
La composée de deux dérivations n'est plus une dérivation. Le théorème de Schwarz de l'analyse à plusieurs variables ne se généralise pas : si X et Y sont deux champs de vecteurs, les dérivées secondes X.(Y.f) et Y.(X.f) ne sont pas nécessairement égales. Ce défaut de commutation est à l'origine de la définition du crochet de Lie qui coïncide avec la dérivée de Lie des champs de vecteurs.
Dérivée de Lie d'un champ de vecteurs
Définition par le crochet de Lie
Soit V une variété différentielle, X et Y deux champs de vecteurs sur V.
Alors l'expression :
LXLY−LYLX
est une dérivation sur V, ce qui permet de parler du champ de vecteurs associé. On le note [X,Y] (crochet de Lie de X et Y), ou encore LXY (dérivée de Lie de Y selon X), de sorte que :
L[X,Y]=LLXY=LXLY−LYLX=−LLYX
qui se traduit, pour toute fonction indéfiniment différentiable f, par :
L[X,Y]f=[X,Y]⋅f=X⋅(Y⋅f)−Y⋅(X⋅f)=LXY.f−LYX.f
Il définit en effet sur l'espace vectoriel des champs de vecteurs une structure d'algèbre de Lie.
(attention il n'y a pas associativité : d'une part X⋅(Y⋅f)=LXLYf d'autre part (X⋅Y)⋅f=LLXYf et les deux sont bien évidemment différents, la différence est LYLXf)
En coordonnées locales, toujours dans le cadre des conventions d'Einstein
Soit ξt le flot du champ de vecteurs X. Il est possible de transporter le vecteur Y à l'aide de l'application de flot, et d'en tirer la valeur de la dérivée de Lie :
[X,Y](p)=LXY(p)=limt→0t1(Y(p)−ξt∗Y(p))
où ξt∗Y(p):=(dξt)p−1(Y(ξt(p)))
Approche axiomatique générale
Il existe une unique application linéaireLX:ΩM→ΩM vérifiant les hypothèses suivantes :
Soit φt le flot de X (pour t petit). On défini la dérivée de Lie d'un champ de tenseurs K par :
LXK=dtd∣t=0ϕt∗K
où ϕt∗ est le pullback associé à .
Formule de Cartan
LX=ιXd+dιX
Application :
LfXω=f.LXω+df∧ιXω
Naturalité
φ∗[LXω]=LφX[φω]
Définition de la divergence
Dans R on a la formule suivante :
LX[dx1∧⋯∧dxn]=[divX].dx1∧⋯∧dxn
qu'on peut généraliser en définition de la divergence d'un champ de vecteur sur toute variété munie d'une forme volume ω, en particulier les variétés riemanniennes :
.
Cette définition a bien un sens car en toutpointx de M l'espace des formes multilinéaires alternée en degré maximal est de dimension 1.
Vu la définition dynamiquedonnée plus haut, le flot local du champ X préserve la forme volume si et seulement si sa divergence est nulle.