L'église Saint-Sulpice est une grande église de Paris, située dans le VI arrondissement.
L'église fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le 20 mai 1915. Ce site est desservi par les stations de métroSaint-Sulpice, Saint-Germain-des-Prés, Odéon et Mabillon.
L'église
Vue intérieure de l'église
Les historiens ont beaucoup de difficulté à se mettre d'accord sur l'ancienneté de l'Église Saint-Sulpice. En 1724, les fouilles de l'église, permirent de mettre au jour une pierre tombale du X siècle, prouvant par là même qu'une chapelle (dont dépendait un cimetière) existait à cet endroit depuis plusieurs siècles. Du XII au XIV siècles, une nouvelle église fut bâtie à la place de l'ancienne chapelle ; elle fut agrandie d'une nef sous François I, et de trois chapelles en 1614. Cependant, avec l'agrandissement des bourgs de Saint-Germain et Saint-Germain-des-Prés, la nécessité de construire une église plus grande s'impose, d'autant plus que l'ancienne menace de tomber en ruine. La proposition est résolue dans une assemblée, tenue le 16 mars 1643 sous la présidence du prince de Condé.
Les travaux d'agrandissement commencent en 1646, avec la reine Anne d'Autriche qui en pose la première pierre, le 20 février. Ces travaux durent au total plus de 130 ans et plusieurs architectes se succèdent : Christophe Gamard, Louis Le Vau, Daniel Gittard. Le chantier est arrêté de 1678 à 1718 par manque d'argent. La construction est enfin achevée en 1870 mais en 1871 des obus prussiens endommagent la tour nord.
La façade inachevée d'un style classique se dresse devant une église de style jésuite. Elle est l'œuvre de Giovanni Niccolo Servandoni, architecte-décorateur.
La tour sud de 1749, restée inachevée, a été élevée par Oudot de Maclaurin. La tour nord, quant à elle, a fait l'objet d'une restauration dirigée par Jean-François-Thérèse Chalgrin permettant d'achever le clocher au riche programme iconographique et d'y placer l'un des plus grands beffrois de la capitale.
Orgue de Saint-Sulpice
Les grandes orgues
Le grand orgue fut construit par François-Henri Clicquot entre 1776 et 1781 derrière un buffet très original de style Louis XVI dessiné par l'architecte Jean-François-Thérèse Chalgrin, avec des sculptures de Clodion (figures) et Duret (sculpture d'ornement).
Le buffet d'orgue (et son décor) fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le 20 février 1905. La partie instrumentale de l'orgue fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis le 11 septembre 1978.
L'instrument fut restauré et notablement agrandi par Aristide Cavaillé-Coll en 1862. Il s'agit du plus grand instrument signé par Cavaillé-Coll.
Composition
5 claviers de 56 notes (quatre octaves et une quinte) et pédalier de 30 notes (deux octaves et une quarte). Transmission mécanique des notes assistée par 7 machines Barker.
L'orgue de Saint-Sulpice compte parmi les plus grands instruments en France et même d'Europe (100 jeux).
Des organistes prestigieux s'y sont succédé, notamment Charles-Marie Widor, (jamais titularisé) 1870 à 1933 et Marcel Dupré, qui lui succéda de 1934 à 1971. Daniel Roth en est le titulaire depuis 1985.
De nombreux enregistrements sonores ont été réalisés avec cet instrument que l'on peut, d'ailleurs, écouter tous les dimanches.
La méridienne de Saint-Sulpice
Méridienne de Saint-Sulpice, au sol et sur l'obélisque mural
Dans le bras nord du transept, la présence d'une méridienne couramment appelée gnomon, sous la forme d'un obélisque et d'un fil de laiton incrusté dans le monument et dans le sol de l'église, en direction du sud. Il a été installé au XVIII siècle par les savants de l'Observatoire de Paris à la demande du curé du lieu, désireux de fixer précisément la date de l'équinoxe de mars, et par conséquent celle de Pâques. Tous les jours de l'année, quand le soleil est au zénith, ses rayons traversent une lentille située dans le vitrail du transept sud et viennent frapper la ligne de laiton, plus ou moins proche de l'obélisque suivant la période de l'année.
Œuvres d'art
Eugène Delacroix — La Lutte de Jacob avec l'Ange (détail)
L'église Saint-Sulpice contient de nombreuses œuvres d'art, parmi lesquelles on trouve :
Deux conques offertes à François Ier par la République de Venise, montées en bénitiers avec des socles de Pigalle
Les statues du Christ appuyé sur la croix (1735), de la Vierge et de huits Apôtres par Edmé Bouchardon, placées autour du chœur
Les boiseries Louis XV de la sacristie des messes (1735)
Le tombeau de Jean-Baptiste Joseph Languet de Gergy (1753), abbé de l'abbaye de Bernay (Eure) et curé de la paroisse de Saint Sulpice, par Slodtz
Une statue de la vierge par Pajou (c. 1777) dans la chapelle de la Vierge au fond de l'église
La fresque de l'Assomption par Lemoyne, coupole de la chapelle de la Vierge
Les fresques de Delacroix dans la Chapelle des Anges : Saint-Michel terrassant le Dragon, Héliodore chassé du Temple et la Lutte de Jacob avec l'Ange
Deux fresques de Victor Mottez (1809-1897) : Saint Martin déchirant son manteau et Saint Martin ressuscitant le néophyte de Ligugé
Quatre fresques d'Émile Signol (1804-1892) sur chaque transept de l'église, dont deux signées "EM SIGNOL" et deux autres signées "EM SIGИOL"
Le décor de la chapelle de Saint-François-Xavier, peint en 1859 par Jacques-Émile Lafon qui reçoit à cette occasion la Croix de chevalier de la Légion d’honneur
Place Saint-Sulpice
Plan d'origine
Le plan de Servandoni comprenait l'ouverture devant le portail de l'église d'une place monumentale de 120 mètres de large sur 208 de longueur, et la construction à élever devait avoir des façades symétriques ; on en peut voir le modèle dans l'encoignuresud-est de la place, entre la rue des Canettes et la rue Saint-Sulpice. On renonça finalement à cette exigence.
Place actuelle
Ce grand espace, prolongeant le parvis, date de 1754. Achevée en vertu d'un décret de 1811, elle est plantée d'arbres en 1838. Au centre, la fontaine Saint-Sulpice est érigée en 1847 par l'architecteLouis Visconti (1791–1853). Ses quatre côtés sont ornés des statues représentant des évêques prédicateurs de l'époque de Louis XIV : Bossuet, Fénelon, Fléchier et Massillon. Cette fontaine est connue dans le quartier comme la fontaine des quatre points cardinaux, puisque les quatre évêques n'ont jamais obtenu cette distinction. Au fond de la place, faisant face à l'église, la mairie du VI.
Séminaire de Saint-Sulpice
Fondé en 1641 par Jean-Jacques Olier, curé de Saint-Sulpice, le séminaire, qui occupait une partie de l'actuelle place Saint-Sulpice et de ses environs, devint une congrégation, la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice (sulpiciens ou PSS). La confrérie fut supprimée en 1792 puis rétablie en 1802 dans un autre bâtiment du quartier. Godde construisit un nouveau séminaire pour les sulpiciens sur le côté sud de la place, qui revint aux services du Trésor public lors de la séparation de l'Église et de l'État en 1906. Le séminaire de Saint-Sulpice existe aujourd'hui dans d'autres établissements tels que ceux d'Issy-les-Moulineaux et de Montréal.
Évocations littéraires
Honoré de Balzac:
Dans Splendeurs et misères des courtisanes, l'abbé Herrera y dit une messe. L'église se trouve non loin de son domicile secret rue Cassette.
Dans La Messe de l'athée du même auteur, le chirugien Desplein y est présenté pour la première fois avec son élève Horace Bianchon.
Georges Perec a tenté d'énumérer tous les événements se déroulant sur la place Saint-Sulpice dans un texte intitulé Tentative d'épuisement d'un lieu parisien.
L'église Saint-Sulpice est l'un des lieux de l'action du roman Da Vinci Code, qui fait passer à tort le méridien de Paris par le gnomon et l'obélisque (chapitre 22).
L'église Saint-Sulpice est l'un des lieux de l'action du roman la Révolte des anges d'Anatole France.
Des passages entiers de Là-bas de Joris-Karl Huysmans se déroulent à Saint-Sulpice. Personnage clé du roman, Carhaix est le sonneur de cloches de l'église.
Dans son livre La lutte avec l'ange (Folio), Jean-Paul Kaufmann propose, à partir de la peinture d'Eugène Delacroix, une fascinante découverte de cette œuvre et de l'église Saint-Sulpice.
L'église est évoquée dans le roman de l'abbé Prévost, Manon Lescaut.
Sulpicien
Adjectif relatif aux prêtres de la Compagnie de Saint-Sulpice. On parle aussi de « style sulpicien » ou de « style saint-sulpicien » pour qualifier les « bondieuseries » telles que les statuettes de saints, au style quelque peu naïf et sans grand génie.
L'expression s'explique par le fait que le quartier Saint-Sulpice abritait traditionnellement de nombreux magasins de livres, d'images et d'objets religieux. On peut, aujourd'hui, apercevoir quelques boutiques encore existantes et proposant les articles d'un style en voie d'extinction (cf. La Procure).