Les fortifications de Caen ont longtemps été un signe de la richesse de la cité, bien qu’elles n’aient pas permis de protéger la ville des agressions extérieures, notamment pendant la guerre de Cent Ans.
Le premier témoignage historique de l’existence de la ville de Caen est une charte de l’abbaye de la Trinité de Fécamp datant de 1006 qui mentionne des églises, un port, des moulins, un marché et d’autres activités, mais la ville était encore ouverte. C’est avec la construction de son château que la ville prit son essor et devint une véritable cité qui alla rapidement devenir la deuxième ville du duché de Normandie. Constituée en réalité de plusieurs ensembles fortifiés, la ville garda longtemps un développement multipolaire. Les remparts furent démantelés au XVIII siècle, mais il demeure quelques vestiges disséminés dans la ville.
Plan de fortifications de la ville et du château dessiné vers 1695-1713.
Les ensembles fortifiés
Le château
Vers 1060-1080, l’enceinte du château de Caen fut construite. Ces remparts furent maintes fois réaménagés mais l’emprise du château n’a que peu évolué depuis le XI siècle. Les accès au château en revanche ont été modifiés au fil des siècles. À l’origine, l’accès se faisait par une tour-porte au nord à proximité immédiate du donjon ; au sud, on trouvait une petite poterne accessible depuis un étroit sentier assez abrupt. Au XIII siècle, quand la ville devint française, Philippe-Auguste fit construire une courtine autour du donjon et on supprima partiellement l’entrée nord. Au nord-est de l’enceinte, l’accès principal fut alors aménagé, et prit le nom de Porte des Champs ou de la Pigacière. Elle fut précédée au XIV siècle par une barbacane. À la même époque, une véritable entrée fut aménagée au sud avec la construction de la Porte Saint-Pierre qui fut, un siècle plus tard, au XV siècle, également dotée d’une barbacane. L’enceinte, hérissée de tours, était entourée de fossés que l’on peut encore voir aujourd’hui.
Vue panoramique de l’entrée du château de Caen.
Bourg-le-Roi
La Tour Leroy sur les bords de l’Odon avant la couverture de la rivière en 1860.
Sous Guillaume le Conquérant, la cité au pied du château fut également clôturée. D’après les chartes de l’abbaye aux Hommes, créée à cette même époque, les travaux commencèrent après la conquête de l’Angleterre et étaient terminés en 1077. Il ne s'agissait sûrement que d'une levée de terre semble-t-il précédée d'un fossé, puisque qu'un texte de 1083 mentionne une partie du cimetière Saint-Étienne-le-Vieux comme étant « située à l'extérieur du fossé au roi ». Cet ouvrage était peut-être surmonté d'une palissade en bois. La valeur défensive de l'ensemble est toutefois hypothétique. Il semble plutôt qu'il était destiné à délimiter le Bourg-le-Duc des faubourgs placés sous la juridiction des abbayes. Aucune preuve archéologique ou textuelle ne fait d'ailleurs mention d'ouvrages au nord et au sud du bourg ; peut-être la présence de barrière naturelle (le coteau de Bagatelle au nord et la rivière au sud) semblait-elle suffisante. Le clos enserrait la paroisse de Saint-Sauveur, une grande partie des paroisses Notre-Dame, Saint-Étienne et Saint-Pierre et une portion plus congrue des paroisses Saint-Martin et Saint-Julien, toutes deux placées de fait en position de faubourg.
Au début du XIII siècle, il est plausible que l'octroi de privilèges communaux ait été accompagné d'un renforcement des structures défensives de la cité. Bien qu'aucune source écrite n'accrédite cette thèse, il est probable que les murs est et ouest aient pris leur caractère militaire à cette époque. Il ne s'agissait probablement que d'une palissade en bois percée de portes. La mention de la porte au Berger en 1245 serait la première référence à ces fortifications. Ce n'est toutefois qu'après la prise de la ville en 1346 que fut entrepris la construction d'une enceinte en pierre. Le murs étaient surmontés d'un chemin de ronde et flanqués de tours, le tout étant protégé par des fossés ou par des cours d'eau. Les différents ouvrages furent construits entre 1346 et 1354. Au nord, le nouveau mur un fossé abrupte, creusé au pied du coteau, se prolongeait jusqu'au douve du château dont il était séparé par un mur. Au sud, les « petits murs » sont élevés le long de l'Odon et une muraille est érigée entre le pont Saint-Pierre et le mur oriental à l'emplacement de l'actuel chevet de l'église Saint-Pierre. Le mur oriental est également reconstruit comme l'atteste une source datant de 1409 et précédé d'un fossé. À l'ouest, un nouveau mur est également dressé, légèrement plus proche de l'église Saint-Étienne-le-Vieux que les ouvrages en terre qui l'ont précédé.
Endommagés en 1417 et en 1450, cet ensemble d'ouvrage est reconstruit. Après la reprise en main de la ville par les Français, le système défensif est remanié par la construction de deux tours rondes protégeant l'angle nord-ouest (tour Chastimoine) et le flanc nord (tour de Silly) de la ville. L'enceinte prend alors sa forme définitive. Les murs semblent avoir été construits rapidement. Des fouilles menées sur le rempart nord en 1970 ont démontré que ce dernier reposait sur des fondations très peu profondes. L'emploi de ces méthodes de construction peu appliquées expliquerait la rapide détérioration des murailles qui durent être reprises dès le XVI siècle.
Au XVI siècle, des travaux d'entretien et de réfection sont menés. À la fin des années 1570, la Porte Millet et la Porte au Berger sont réparées. Dans les années 1580, la porte de Bayeux est rénovée et un corps-de-garde est construit pour la protéger. Dans les années 1590, c'est la Porte Saint-Julien qui fait l'objet de travaux.
L’île Saint-Jean
Plan de Caen daté de 1705
Le nouveau duc de Normandie Robert Courteheuse, fils du Duc Guillaume fait creuser au début du XII siècle un canal entre la Noë (petit bras d’eau) et l’Orne. Afin que cette nouvelle rivière artificielle soit toujours en eau, il fait détourner une partie du cours de l’Orne grâce à la construction d’un barrage nommé la Chaussée Ferrée. Saint-Jean devient ainsi une île. Mais ces cours d'eaux peuvent être traversés à gué pendant l'été. Ainsi en 1343, en prévision d'une attaque de la ville par les Anglais, une palissade en bois est élevée le long des rivières. Cette enceinte n'empêche pas la prise de la ville par Édouard III. L'île Saint-Jean est donc fortifiée à la même époque que Bourg-le-Roi. L'enceinte est également relevée après les sièges de 1417 et 1450.
Au Moyen Âge, le port de Caen était aménagé sur les berges de l’Odon, côté Saint-Jean. Il était protégé par la tour Leroy, sur la rive gauche, et par la tour aux Landais, sur la rive droite, reliées entre elle par une chaîne empêchant des navires hostiles de remonter le cours de la rivière.
Les abbayes
L’abbaye aux Hommes et l’abbaye aux Dames furent fondées au milieu du XI siècle par le couple ducal. Toutes les deux avaient juridiction sur les faubourgs qui les environnaient ; ainsi fut formé le Bourg-l’Abbé autour de Saint-Étienne et Bourg-l’Abbesse autour de la Trinité et de Saint-Gilles. Pendant la Guerre de Cent Ans, la ville fut prise et dévastée à plusieurs reprises ; les abbayes subirent également les assauts des belligérants. Les deux bourgs furent alors fortifiés.
Les nouvelles fortifications (Petits Près)
Porte Neuve, construite vers 1590 et détruite en 1798
Les deux ensembles fortifiés de Bourg-le-Roi et de Saint-Jean ne formaient pas un ensemble cohérent. Entre les deux agglomérations, un morceau de campagne, les Petits Prés, pénétrait jusqu'au cœur de la ville. Pour remédier à cet état de fait, une courtine est construite à partir de 1590 pour relier la porte Saint-Étienne et l’île de la Cercle, appelée ensuite le Champ de foire. Ce rempart s'appuie sur deux bastions élevés l’un près de la porte Saint-Étienne, appelé bastion des Jésuites à partir du XVII siècle, l’autre dans la Cercle des Jacobins, nommé bastion de la Foire. Une porte percée dans la courtine, dite porte neuve ou des Près, permettait d'entrée dans la ville depuis la Prairie. Le quartier de la place Royale peut alors être aménagé à l’emplacement des Petits Près entre cette courtine et les enceintes de Bourg-le Roi et de l’île Saint-Jean. Cet espace offre ainsi l’avantage de combler le vide entre la paroisse Notre-Dame et la paroisse Saint-Jean en permettant de sécuriser par la même occasion la chaussé Saint-Jacques, voie de circulation permettant de désengorger le Pont Saint-Pierre. La partie des murailles située désormais à l’intérieur de l’espace urbain devient alors obsolète.
Destruction des enceintes
La destructions des fortifications commence à la fin du XVII siècle par les Petits murs, rendus obsolètes par la construction de la courtine. La Tour Saint-Jacques et la Porte des Jacobins sont ainsi détruites pour ouvrir la rue de Bernières.
Mais le mouvement s'accélère dans la seconde partie du XVIII siècle quand les édiles et les officiers royaux conçurent de grands plans d’urbanisme pour aérer la cité médiévale. En 1716, les murs le long des quais entre la tour aux Landais et le pont Saint-Pierre sont abattus ; de l’autre côté de cette tour, les murs soutenus par des terrasses sont arasés et le terrain pavé afin d’élargir la rue des quais. Afin d’aménager la place Saint-Pierre et d’améliorer la circulation générale, notamment sur l'axe Paris–Cherbourg, on détruit le Châtelet en 1755. Au sud de l'île Saint-Jean, on démolit la Porte Millet au début des années 1760 pour la même raison. Dans les années 1750 encore, l’intendant de la Généralité de Caen, François-Jean Orceau de Fontette, fait raser une partie des remparts vers le Coignet aux Brebis, extrémité ouest de la place Saint-Sauveur, pour aménager la place Fontette et ouvrir une nouvelle voie d’accès à la ville par l’ouest à travers les jardins de l’Abbaye aux Hommes, la rue Guillaume le Conquérant. La porte Saint-Étienne est détruite en 1758. La Tour Chastimoine est détruite à la fin des années 1780 pour construire le nouveau Palais de Justice. Vers 1750- 1760, la Porte de Bayeux est démolie pour créer la place Saint-Martin et en 1785, la porte Saint-Julien disparait. En 1786, on comble les Fossés Saint-Julien pour les aménager en promenade. Les fortifications des deux abbayes furent également démantelées. On aménagea les jardins de l’Abbaye aux Hommes en remblayant le terrain pour créer une grande esplanade.
Les destructions continuent tout au long du XIX siècle jusque dans la première partie du XX siècle. En mai 1806, la porte des Près est démolie. Sur l’ancienne courtine, est créé l’actuel Boulevard Bertrand. En 1821, les vestiges de l’enceinte de l’Abbaye aux Dames furent également démolies En 1830, les Tours du Massacre et Malguéant sont également démantelées. En 1922, le Canal Robert est comblé.
Les vestiges
On peut encore retrouver des traces des différentes enceintes dans le tissu urbain d’aujourd’hui :
la tour Leroy, un des vestiges les plus connus et les plus visibles (vue satellite) ;
la tour Saint-Julien dans le mur du Collège Pasteur et les anciennes murailles de la ville qui délimite le sud des Fossés Saint-Julien (vue satellite) ;
les soubassements d'une tour accolée à l'abside Renaissance de l'église Saint-Pierre (vue satellite) ;
les anciennes murailles de la ville au pied de l’église Saint-Étienne-le-Vieux (vue satellite) ;
la tour Puchot (XIV siècle), vestige du système défensif de l'abbaye aux Hommes (vue satellite) ;
la tour Guillaume (XIV siècle) de l’enceinte de l’abbaye aux Hommes dans la cour du Palais Ducal, rue Lebailly (vue satellite).
Porte du Bac, Saint-Malo ou Saint-Gilles (donnant accès au port),
Porte Millet (entre l’île Saint-Jean et Vaucelles),
Porte des Prés (sur la courtine construite en 1590, du côté ouest de l’actuelle place Gambetta).
Plusieurs portes, de moindre importance, furent provisoirement construites sur les enceintes de la ville :
Porte du Moulin (au bout de la rue Hamon sur l’actuel boulevard Maréchal-Leclerc),
Porte des Jacobins (vers le théâtre)
Porte de l’île Renaud (vers la Porte Saint-Étienne)
Porte des Mineurs (vers l’actuelle clinique de la Miséricorde, anciennement couvent des Cordeliers).
Le Châtelet
Le Châtelet par Georges Bouet
Le pont Saint-Pierre était le seul point de passage entre Bourg-le Roi et l’île Saint-Jean. Les personnes voulant traverser la ville était obligées de passer par le pont Saint-Pierre ; depuis le nord, on entrait dans la ville par la porte Saint-Julien, on descendait la rue Cattehoule, ou rue de Geôle, pour arriver au Carrefour Saint-Pierre où l’on rejoignait le flot de circulation en provenance de la grande rue Saint-Pierre qui drainait les flux en provenance de l’ouest entrés dans la ville par la Porte Saint-Martin ; on devait alors traverser le Pont Saint-Pierre, descendre la rue Exmoisine, ou Saint-Jean, franchir la Porte Millet, puis le Pont de Vaucelles avant de se diriger vers l’est par la rue d’Auge ou vers le sud par la rue de Falaise.
En 1203, Jean sans Terre affranchit la commune de Caen qui put se doter d’un beffroi, d’une cloche, d’un sceau et d’un hôtel municipal ; on bâtit alors sur le Pont Saint-Pierre un châtelet logeant l’hôtel de ville. La première mention directe à la maison de ville date de 1307 ; cependant, un texte du début du XIII siècle fait référence au parvis pratis de catellione (« pré dessus le castillon »), ce qui semble prouver que le Châtelet existait déjà à cette époque. En 1346, il fut détruit pendant la prise de la ville par Édouard III d'Angleterre et reconstruit immédiatement.
Le Châtelet, était une tour carrée flanquée de quatre tourelles circulaires. Le rez-de-chaussée était ouvert par des arcades afin de permettre le passage des charrois. Dans les deux niveaux supérieurs, on trouvait également des magasins, des lieux de stockage, un corps de garde et un cachot. Son carillon, symbole de la liberté communale, rythmait la vie de la cité. Il était également surnommé, comme à Rouen, le Gros Horloge car sa façade était ornée d’un cadran doré qui marquait les heures et les phases de la lune ; cette horloge monumentale était égayée d'une inscription :
« Puisqu'ainsi la ville me loge Sur ce pont pour servir d'auloge Je feray les heures ouïr Pour le commun peuple esjouïr »
Sur les murs, était également inscrit la devise de la ville : un Dieu – un Roy, une Foy – une Loy.
« De fort ancienne et admirable structure, de quatre estages en hauteur, en arcs-boutans fondez dedans la rivière sur pilotins, laquelle flue par trois grandes arches ; et aux coings de cest édifice et maison sont quatre tours qui se joignent par carneaux, en l’une desquelles (qui faict le befroy) est posée la grosse orloge: ceste quelle maison, pont et rivière, séparent les deux costez de la ville, de façon que les quatre murailles d’icelle commencent, finissent et aboutissent sur ce pont, anciennement appellé de Darnetal, comme il se treuve par certaine chartre, estant au matrologe ou chartrier de la ville, de l’an 1365. »
— Sieur De Bras.
Le 11 mai 1754, Loguet, ingénieur de la généralité, dresse un procès-verbal en présence du président du bureau des finances et du procureur du roi dans lequel il constate que le Châtelet est lézardé dans toute sa hauteur ; estimant que le poids du bâtiment affaiblit la structure du pont, il conclut qu'il est nécessaire de le démolir « jusqu'à trois pieds de dessus du pavé dudit pont ». Cette démolition s'inscrit en fait dans le grand plan de François-Jean Orceau de Fontette, intendant depuis 1752, qui souhaite améliorer la circulation dans la ville. Bien que les édiles aient progressivement désertés la maison commune au profit de l'hôtel d'Escoville depuis 1733, ils refusent de démolir ce symbole de leurs libertés communales, mises à mal par la montée en puissance de l'administration royale. Les architectes de la ville produisent une contre-expertise affirmant la solidité de l'ouvrage et la municipalité propose de rénover les façades en s'inspirant du beffroi de l'hôtel de ville de Rennes. Les édiles s'adressent au Daniel-Charles Trudaine, directeur de l'Assemblée des inspecteurs généraux des ponts et chaussées ; ce dernier charge le contrôleur général des finances de trancher. Finalement Jean Moreau de Séchelles confirme la première expertise. Le 3 février 1755, le bureau des finances de Caen déclare :
« attendu qu'il résulte des faits contenus dans les procès verbaux, qu'il est au moins douteux que le pont Saint Pierre soit solide ; que d'un autre côté le passage est trop étroit et dangereux ; que les différens plans produits et proposés par les maire et échevins sont in suffisans pour procurer un élargissement convenable, nous avons ordonné que les bâtimens étant sur ledit pont seront démolis dans trois mois de la signification de la présente, faute de quoi après ledit temps expiré il y sera pourvu ainsi qu'il appartiendra. »
Le 15 mai, le carillon de l'horloge, installée 441 ans plus tôt, sonne pour la dernière fois le Regina cœli et la démolition commence. Le Châtelet est finalement démoli dans l'année, supprimant ainsi un point de congestion important sur la route entre Paris et Cherbourg.
Le corps de garde du Châtelet, attesté au début du XVIII siècle, n'est démoli qu'au milieu du XIX siècle lors du réaménagement de la place Saint-Pierre.
Les tours
Les enceintes étaient hérissées d’une vingtaine de tours dont on connait le nom des principales :
Tour Leroy
Tour aux Landais, reliée à la précédente par une chaîne pour protéger l’accès au port
Tour Lebaski à l’extrémité de la rue Neuve-Saint-Jean
Tour au Massacre ou Machart, vers l’angle sud-ouest de la place d’armes
Tour Malguéant ou des Moulins de l’Hôtel-Dieu de Caen à proximité de la Porte Millet
Tour Machart au début du 19e (François-Gabriel-Théodore Basset de Jolimont)
Tour-ès-Morts, vers l’angle entre la promenade de Sévigné et le cours de Gaulle (rue Paul Toutain)
Tour Anzeray
Tour Pendant
Tour Saint-Jacques
Tour de la Boucherie ou Meritain
Tour Lourirette
Tour Chastimoine
Tour Silly ou des Cordeliers
Tour Puchot, à l’angle nord-ouest du Château pour protéger la Porte Saint-Julien
Tour de la Reine Mathilde, à l’angle sud-est du Château de Caen
La tour Chastimoine
La tour Chastimoine était une grosse tour construite en 1458 à l'angle nord-ouest des fortifications à l'emplacement d'une tour ou peut-être d'une porte, dite porte Arthur, minée par Charles VII de France lors de la reprise de la ville aux Anglais en 1450. Elle est construite par le maître-maçon Jehan Erneys en pierre « prinse en la carriere des fossez de la ville ». Elle était à l'origine haute d'environ trente mètres de haut et était divisée en quatre niveaux. En 1522, le niveau supérieur est supprimé pour être remplacé par une plateforme ceinte d'un parapet. À partir de cette date, la tour est donc divisée en trois niveaux :
la salle haute, ou salle de la Tour, vaste pièce dans laquelle on pouvait entasser, selon un procès-verbal de visite de 1600, « seize pièces de canon de fonte, plus une petite pièce, cent boulets, trente-et-un barils de poudre à canon en contenant 3164 livres, quatre cent trente-cinq barils de poudre grenue pour l'arquebuse, de grandes pièces de bois, des affûts, etc. » ;
la salle du concierge ;
la basse-fosse, qui servait de prisons.
La tour était édifiée sur un plan en fer à cheval, les différents niveaux étant reliés entre eux par un escalier placé dans la gorge. Dans les murs, épais d'une dizaine de mètres afin de résister aux tirs d'artillerie, étaient aménagées des chambres trapézoïdales permettant de manœuvrer des pièces de canon.
Au XVII siècle, la tour perd son usage militaire. À partir de la deuxième partie de ce siècle, la tour commence à être utilisée pour enfermer les aliénés et les nécessiteux. En 1678, on y construit une glacière. Au XVIII siècle, la tour est réservée à l'emprisonnement des fous. Selon les échevins, la tour « n'est une prison, mais bien un lieu choisi dans le nombre des fortifications de cette ville et destinée par les officiers du Corps de ville pour servir d'asyle et d'hôpital aux pauvres citoyens dont l'esprit est dérangé qui trouvent dans ce lieu tous les secours qui leur sont nécessaires et qu'ils ne peuvent se procurer d'eux-mêmes ». En réalité, la tour, que les habitants de Caen surnomment la tour-aux-fols, est totalement insalubre. Des rapports officiels – établis en 1785 par un inspecteur général des hôpitaux, un exempt de maréchaussée et un maire de Caen – nous permet de mesurer la cruauté des conditions d'enfermement. Ils décrivent
« des cellules prises dans l'embrasure du mur de la Tour, de largeur en l'entrée de six ou sept pieds, et de trois pieds et demy à l'autre extrémité, vers le jour qui donne du côté du fossé de la ville, ledit endroit de profondeur tout au plus de six à sept pieds, voûté dessus et dessous en pierre. »
Ils signalent également des souterrains
« où l'on descend à vingt-cinq ou trente pieds de profondeur ; là on trouve une cave voûtée qui ne reçoit le jour et l'air que par trois ou quatre lucarnes infiniment étroites, de manière qu'en plein jour on ne peut y voir sans flambeau. Ce lieu est tellement humide que plusieurs fois dans l'année il est inondé, au point que l'on est obligé d'y pomper l'eau, et qu'une pauvre femme déposée à la Tour pour dix jours, en attendant son entrée au Couvent, et qu'on y oublie pendant deux mois, y languit les jambes à l'eau avec les reptiles les plus immondes. Dans l'épaisseur des murs de celte cave sont creusées quatre ou cinq cavités, dans lesquelles on place des prisonniers qui sont véritablement scellés dans le mur, puisque, une fois établis dans ces lieux, la porte par laquelle ils y sont entrés ne s'ouvre plus, et qu'elle est assurée dans le mur au moyen de fers qui y sont scellés. Quand on voulut en faire sortir un malheureux qui y était détenu depuis vingt ans, la porte n'avait été ouverte depuis si longtemps, nous dit qu'il a fallu abattre la serrure et les barres. Au milieu de cette porte est une ouverture carrée, d'environ un pied, par laquelle le prisonnier respire, reçoit ses aliments et rejette ses excréments. Genre de cachot inouï et le plus barbare qu'on puisse concevoir ! »
Dans les étages, les fous sont enfermés dans dans une espèce de cage, que les rapports comparent « aux cabanes roulantes des bergers qui gardent la nuit les moutons en pleine campagne, n'ayant pour tout, pour l'entretien de leur vie, qu'une ouverture semblable à celle pratiquée dans les cachots souterrains ».
Un arrêt du conseil du 13 juin 1765 prévoit la destruction de la tour et son remplacement par une ou plusieurs glacières, ainsi que par un nouvel hôtel de l'intendance bâti avec les matériaux issus de la tour. L'arrêt n'est pas exécuté. En 1779, les plans dressés par Armand Lefebvre, ingénieur des ponts et chaussées de la généralité de Caen, pour la construction de l'actuelle palais de justice de Caen sont acceptés. Les adjudications pour la construction des prisons et de la salle d'audience du bailliage sont passées en 1781. Un brevet royal du 2 avril 1785 rappelle que la tour « n'offre plus que cachots aussi affreux que malsains, qu'elle tombe en ruines de toutes parts, qu'elle tient à d'anciens murs dont la démolition a été ordonnée, que restant isolée elle formerait l'aspect le plus désagréable , que d'ailleurs elle nuisait aux constructions des nouvelles prisons et des bâtiments destinés aux juridictions, qu'enfin elle est devenue absolument inutile au moyen de l'établissement de la maison de Beaulieu, qui est arrangée pour recevoir les personnes qu'on y renfermait. » Ordre est donc donné de démolir la tour. La destruction de la tour s'avère difficile et les travaux, commencés le 12 octobre 1785, ne s'achève que le 28 novembre 1787. Les matériaux sont réutilisés pour des réparations de bâtiments un peu partout dans la ville. Les prisons des tribunaux sont construites à son emplacement. Quand celles-ci sont démolies en 1906 pour percer la rue Bertauld, les travaux permettent de dégager les fondations de la tour. Lors de la construction en 1908 de la maison à l'angle des rues Bertauld et Saint-Manvieu, le pilier qui recevait par pénétration les huit arcs formant la voûte de la salle balle est ainsi mis au jour.
Lieux de garnison
Jusqu'au XVIII siècle, la ville ne disposait pas de lieux fixes pour abriter les garnisons de soldats. En fonction des besoins les soldats étaient logés chez l'habitant, ce qui n'était pas sans provoquer des tensions. Ainsi en 1514, les lansquenets à la solde de Louis XI provoquèrent un soulèvement populaire. On mentionne encore en 1752 l'Auberge de la place royale qui sert épisodiquement de casernement pour les troupes de passage. Enfin depuis le début du XVII siècle, les troupes étaient logés dans les loges de la foire quand celles-ni étaient inoccupées.
Les premières casernes sont construites en France sous le règne de Louis XIV. À Caen, il faut attendre la régence de Louis XV. Deux autres casernes sont aménagées au XIX siècle dans des lieux existants et une dernière caserne est construite au début du XX siècle au sud de la ville.
Caserne Hamelin
Pont de Vaucelles et caserne Hamelin vers 1902
La première pierre de la caserne de Vaucelles est posée par l’intendant Guynet le 17 mai 1720 dans la partie ouest de la petite île au sud de la porte Millet qui prend plus tard le nom d'île des Casernes. Mais les travaux sont tout de suite interrompus et, en 1735, Germain Louis Chauvelin, garde des Sceaux, doit intervenir pour que le jardin des plantes de Caen ne soit pas aménagé sur le terrain avoisinant la place Dauphine. Les travaux reprennent finalement en 1742. En 1785, on décide d'agrandir la caserne sur des terrains achetés à l'Hôpital général ; Louis XVI en pose la première pierre le 26 juin 1786. Guillaume-Martin Couture, architecte du roi, mène les travaux avant que l'adjudication ne soit résiliée par arrêt du Conseil le 14 août 1789. Après une période d'interruption, les travaux reprennent en 1833 sur des plans différent de ceux dressés à l'origine et l'extension est achevée en 1835.
À la fin du XIX siècle, la caserne, rebaptisée en l'honneur de Ferdinand Hamelin, pouvait abriter 1 200 hommes d'infanterie. En 1876, le 36 régiment d’infanterie de ligne s'installe dans la caserne. Seul le troisième bataillon y reste, les deux autres étant transférés dans la caserne Lefebvre (château). Pendant la Première Guerre mondiale, la caserne est occupée par un hôpital militaire provisoire ; 200 à 300 lits étaient ouverts au HC n°30 Caen qui fonctionna jusqu'au 20 octobre 1919. Dans l'entre-deux-guerres, la caserne fait l'objet d'une demande de protection par arrêté d'inscription à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques. Mais dans la nuit du 7 juin 1944, elle est touchée de plein fouet par les bombardements aériens ; dans la soirée du 18 juin, ce qui restait debout est anéanti par les tirs allemands de bombes SD1 et SD2. Les derniers vestiges sont définitivement abattus en 1946.
Quartier Lorge
Après la dispersion des sœurs de la Visitation, l'armée s'installe dans l'ancien monastère des Visitandines de Caen. En 1818, la caserne est transformée en dépôt de remonte. Dans les années 1830, des écuries sont construites dans les anciens jardin surplombant l'ancien monastère.
Caserne Lefèvre
Caserne de Beaulieu
Cette caserne était située à la Maladrerie en face de l'entrée de la prison (actuel centre pénitentiaire de Caen).
Quartier Claude Decaen
En juillet 1871, la municipalité entame des démarches afin de créer à Caen une école d'artillerie. Le 21 juillet, le ministère de la Défense expose ses conditions en vue d'ouvrir un nouvel établissement dans la ville : la municipalité doit participer financièrement à la hauteur de 10 % et doit approvisionner la future caserne en eau. Le 3 novembre, le conseil municipal se soumet à ses exigences. Cinq ans plus tard, elle acquiert un terrain de 27 ha au lieu-dit de la Guérinière, situé alors sur la commune de Cormelles-le-Royal, dans le but de l'aménager en champ de manœuvres. Puis le projet est abandonné pendant plusieurs décennies. Il est repris en 1909 seulement. On choisit un terrain situé sur les hauteurs de Vaucelles au sud du boulevard Leroy qui marquait alors la limite méridionale de l'espace urbanisé. L'accord entre la ville et les différents ministères est finalement signé en mars 1911. En 1913-1914, une nouvelle voie, baptisée avenue Albert I le 12 décembre 1914, est tracé dans le prolongement de la rue du belvédère afin de relier la nouvelle caserne au reste de la ville. Les travaux de la caserne d'artillerie elle-même sont à peine achevés quand la Première Guerre mondiale éclate. La caserne, occupée par le 43 régiment d’artillerie, est ensuite rebaptisée quartier Claude Decaen en l'honneur de Claude Théodore Decaen. Après le départ du régiment, la plupart des bâtiments et le mur d'enceinte sont détruits. Une zone d'aménagement concertée, la ZAC Claude Decaen, a été créée en 1988 afin de construire des logements, une maison de retraite, ainsi qu'une clinique ; la nouvelle grande gendarmerie de Caen doit également y être construit sur la partie encore non construite au sud-est du périmètre. Un jardin public a été aménagé autour du seul bâtiment qui a été conservé (futur pôle de vie Rive droite).