Module à gauche, module à droite
Si A est un anneau (unitaire), et (M , +) un groupe commutatif.
Si de plus, M est muni d'une loi externe ⋅ de A × M dans M vérifiant, pour tous éléments a et b de A et x, y de M :
- a⋅(x+y)=a⋅x+a⋅y (distributivité de ⋅ par rapport à l'addition dans M)
- (a+b)⋅x=a⋅x+b⋅x (distributivité de ⋅ par rapport à l'addition dans A)
Remarque : la loi + du membre de gauche est celle de l'anneau A et la loi + du membre de droite est celle du groupe M
alors (M, + , ⋅ ) est un A-module à gauche.
Ce qui a été défini ici est un A-module à gauche, car, dans la loi externe, les éléments de A sont placés à gauche. On pourra définir de même un A-module à droite.
Il est important de remarquer que les structures de module à gauche et à droite ne diffèrent pas uniquement par leur écriture : si les deux premiers axiomes sont les mêmes, le troisième s'écrit x⋅(ba)=(x⋅b)⋅a. Si l'on transcrivait naïvement cette égalité en écrivant les éléments de A gauche, on obtiendrait (ba)⋅x=a⋅(b⋅x), ce qui, si A n'est pas commutatif, ne revient pas au même que l'axiome qui donne la structure de module à gauche.
Par contre, le petit raisonnement ci-dessus montre que, si l'on "inverse" la loi de A, un module à droite peut être vu comme un module à gauche. Plus précisément, notons A l'anneau "opposé" à A, c'est-à-dire le groupe abélien A muni de la multiplication définie par a**b = b**a, si a et b désignent a et b vus comme éléments de A. Alors, si M est un A-module à gauche, M peut être vu comme un A-module à droite, où l'action de A est définie par a.m = m.a.
Ceci justifie que dans la suite, on puisse se restreindre à l'étude des modules à gauche.
Exemples
- Lorsque A est un corps, on retrouve la structure habituelle de A-espace vectoriel. Dans ce cas, les éléments de A sont appelés les scalaires, les éléments de M sont appelés les vecteurs.
- A lui-même est à la fois un module à gauche et à droite.
- L'ensemble des vecteurs du plan dont les coordonnées sont des entiers relatifs forme un Z-module.
- Tout groupe abélien est automatiquement un Z-module pour la loi externe définie par :
pour n > 0, n⋅x=x+⋯+x avec n termes x
pour n = 0 0⋅x=0
pour n < 0, n⋅x=−(x+⋯+x) avec |n| termes x
Cette loi est la seule qui munisse un groupe abélien d'une structure de Z-module. Il y a donc équivalence entre la notion de Z-module et celle de groupe abélien.
- La structure de A-module apparaît dans celle d'algèbre sur un anneau.
- Si M un groupe abélien et si f est un endomorphisme de groupe sur M, alors on peut définir la loi externe f⋅x=f(x) qui confère à M une structure de End(M)-module .
- Si M est un espace vectoriel, on peut faire la même chose avec des endomorphismes d'espaces vectoriels au lieu de groupes. Par exemple, l'espace vectoriel Rn à n dimensions est un module à gauche sur Mn(R) via la multiplication matricielle.
- Si M est un A-module à gauche, l'ensemble des applications d'un ensemble S vers M est un A-module à gauche, pour les lois (f + g)(x) = f(x) + g(x) et (r⋅f)(x)=r⋅(f(x))
- Un espace vectoriel E sur un corps K peut être considéré comme un module sur l'anneau principal K[X], et par ce biais la majeure partie des propriétés de l'algèbre linéaire peut être démontrée.
Cette structure de module est la suivante : étant donné u∈LK(E) fixé, pour tout (p,x)∈K[X]×E, on pose p.x=p(u).x∈E, avec p(u)∈LK(E) car cet ensemble a une structure d'algèbre sur K.
Lien avec la théorie des représentations
Le premier axiome montre que, pour a∈A, l'application ψa:x↦a⋅x est un endomorphisme du groupe M. Les trois axiomes suivants traduisent quant à eux le fait que l'application a↦ψa est un morphisme (unitaire) de l'anneau A dans l'anneau des endomorphismes de M, noté End(M).
Réciproquement, la donnée d'un morphisme d'anneau unitaire ψ:A→End(M) fournit à M une structure de A-module (à gauche) via la loi a⋅x=ψ(a)(x). Une structure de A-module est donc équivalente à la donnée d'un morphisme A→End(M).
Un tel morphisme A → End(M) est appelé une représentation de A sur le groupe abélien M. Une représentation est dite fidèle si elle est injective. En termes de module, cela signifie que si pour tout x∈M,a⋅x=0, alors a = 0.
Ceci est une généralisation de ce que l'on trouve en représentation des groupes, où l'on définit une représentation d'un groupe G vers un espace vectoriel sur un corps K comme un morphisme de l'algèbre du groupe K[G] vers End(V), autrement dit, où l'on donne une structure de K[G]-module à V.
Sous-module
Soit E un A-module à gauche, et M une partie de E. On dit que M est un sous-module (à gauche) si les conditions suivantes sont respectées :
Autrement dit, un sous-module est une partie linéairement stable.
Exemples
- Un cas très important est celui des sous-modules de A en tant A-module : ils ne sont autres que les idéaux à gauche ou à droite selon le type de module choisi, de l'anneau A.
- Si le module est un espace vectoriel, on parle de sous-espace vectoriel
- Dans un groupe commutatif, considéré comme module sur Z, tout sous-groupe est aussi un sous-module.