La province était à l'origine peuplée par une ethnie de culture guaranie. Le premier européen à atteindre la région fut Sébastien Cabot qui, en remontant le Río Paraná en décembre 1527, atteignit les chutes d'Apipé (site de l'actuel Yacyretá).
En 1541, Álvar Núñez Cabeza de Vaca parvint aux chutes d'Iguaçu.
Au XVII siècle la Compagnie de Jésus arriva dans la région. Les jésuites entamèrent leur activité en créant des missions. En peu de temps, ils parvinrent à créer 30 villages chrétiens, les Réductions. Grâce à eux, les Guaranis, qui commençaient déjà à pratiquer l'agriculture, finirent par se sédentariser. Les missions jésuites ont donné son nom au territoire.
En 1814 Gervasio Antonio de Posadas, Directeur Suprême des Provinces Unies du Río de la Plata, annexa la région de Misiones à la province de Corrientes, créant un problème d'autonomie qui se prolongea pendant 70 ans. En 1830 la province de Corrientes envahit les Misiones, jusqu'en 1838 moment de l'occupation paraguayenne, qui se prolongea jusqu'en 1865, année ou débuta la Guerre du Paraguay. En 1876, lors du Traité de Paix avec l'Argentine, le Paraguay a abandonné ses prétentions sur le territoire de Misiones.
Le 10 décembre 1953 la Loi 14.294 a promulgué la provincialisation du Territoire National de Misiones.
Villes principales
Population 2001 entre parenthèses :
Agglomération de Posadas (279.961 hab.) : La capitale provinciale est devenue rapidement une grande cité très active. Elle se développa cependant tardivement et sa région fut une des dernières du nord-est argentin à se peupler. Le grand pont San Roque González de Santa Cruz, construit sur le río Paraná la relie à sa voisine Encarnación, au Paraguay. Aujourd'hui sa croissance rapide se poursuit sans discontinuer.
Oberá (51.503) : La ville porte le nom d'un cacique Guaraní qui dominait autrefois ces terres. C'est la capitale de la région des « Sierras Centrales » de la province ; elle est entourée d'une végétation exubérante, de ruisseaux, de cascades et de collines qui lui donnent un visage très pittoresque. La ville est aussi appelée « Ville des Églises » (Ciudad de las Iglesias), car elle possède plus de 30 temples. En juin 2009, le Pape Benoît XVI l'a désignée comme siège d'un nouveau diocèse catholique.
La constitution de la province a été approuvée le 21 avril 1958.
Géographie
Sa surface fait de Misiones, la seconde plus petite province après celle de Tucumán.
Le plateau de Misiones constitue une partie du bouclier brésilien. Ses roches contiennent d'importantes quantités de fer, donnant au sol sa couleurrouge caractéristique. Au centre du plateau s'élève la Sierra de Misiones, dont le point culminant, 843 m, près de Bernardo d'Irigoyen, est le Cerro Rincón.
La forêt
La forêt subtropicale occupe 35% du territoire de la province, et les causes les plus graves de sa disparition sont la déforestation massive et les pratiques agricoles sur brûlis.
Les chutes
Les Chutes d'Iguazú, sont d'impressionnantes chutes localisées à la frontière entre l'État brésilien du Paraná et la province argentine de Misiones, et situées dans le parc national d'Iguazú. Elles sont formées par 275 sauts pouvant aller jusqu'à 70 mètres de hauteur, nourris par le débit important de la rivière Iguazú.
De nombreuses autres cataractes se trouvent ailleurs dans la province, moins impressionnantes que celles de l'Iguazú, il est vrai, mais constituant des endroits appréciés des touristes et visiteurs ; citons notamment les chutes du Mocona et le Salto Berrondo près de la ville d'Oberá.
Le Salto Berrondo, dans les environs de la ville d'Oberá.
Le climat de la province est subtropical sans saison sèche, et la province est de ce fait la plus humide du pays. Les vents prédominants viennent du nord-est, du sud-est et de l'est. La végétation est la selva misionera (forêt missionnaire). Une bonne partie de cette forêt a été transformée par l'homme pour implanter des cultures ou des prairies d'élevage. Le biome d'origine est protégé dans le parc national d'Iguazú, ainsi que dans une série d'autres parcs et réserves provinciales. Depuis le début des années 2000, il semble que le climat soit en train de changer de manière préoccupante dans cette province. Il y a en effet de moins en moins de jours froids et plus de périodes sèches - ce qui dans ce type de climat ne devrait pas exister -. Cela semble dû au fameux réchauffement global, mais aussi à l'abattage indiscriminé de vastes zones boisées, que l'on a pratiqué pendant des décennies. Depuis le début des années 1990, on a pris des mesures de protection, le but étant de contrôler l'usage rationnel des ressources naturelles. Mais il existe toujours dans certaines zones de la province des entreprises forestières qui pillent sans mesure, ce pour quoi certaines d'entre elles ont été expropriées. Un autre problème est la grande quantité de paysans qui abattent des portions de la forêt pour y implanter des cultures ou des prairies, et pour s'installer avec leurs familles ; ils dégradent ainsi la forêt et doivent tuer des animaux sauvages qui pourraient causer des dégâts dans les cultures et les troupeaux.
L'humiditémoyenne relative varie de 75% à 90% avec d'importantes pluies nocturnes. Les températures oscillent de 16 degrés centigrades pendant la saison "hivernale" à 25 degrés centigrades pour les mois de janvier et de février. En atteignant des températures de 40 degrés pendant le jour.
Ressources hydriques
La province est traversée par trois grands cours d'eau: le Paraná , l'Uruguay et l'Iguazú, drainage naturel de grandes régions avec des pluies abondantes.
Faune et flore
La flore
Il y a encore actuellement quelques 945.000 hectares boisés dans la province, ce qui représente 35% de son territoire. Afin d'éviter une réduction plus importante de cette surface, certaines organisations militent pour la promulgation de lois forestières plus rigoureuses
Cèdre missionnaire (cedrela fissilis).
Guatambú (balfourodendron riedelianum).
Peteribí (Cordia trichotoma).
Urunday (astronium balansae).
Palmito (euterpe edulis).
Parmi les espèces les plus importantes on doit citer le cèdre missionaire (cedrela fissilis vellozo), le lapacho (tabebuia), le timbó (enterolobium contortisiliquum), l' ybira-pitá (peltophorum dubium), le pin du Paraná (araucaria angustifolia), le guatambú (balfourodendron riedelianum), le peteribí (cordia trichotoma), l'anchicho (parapiptadenia rigida), le palmito euterpe edulis (euterpe edulis), le cedro Maco ou cancharana (cabralea oblongifoliola ou cangerana), l'incienso (myrocarpus frondosus), le laurier blanc (nectandra lanceolata), le laurier noir (nectandra megapotamica), le palo rosa (2 espèces : tipuana tipu et aspidosperma polyneuron), le rabo-itá (lonchocarpus leucanthus), la maría preta (diatenopteryx sorbifolia), la mora blanca (alchornea iricurana) et l'urunday (astronium balansae).
La faune
On peut rencontrer des toucans dans le parc national d'Iguazú. Ici un couple de toucans à ventre rouge (ramphastos dicolorus).
L'aigle féroce (harpia harpyja), le plus grand des aigles sur terre. Ici en captivité dans un zoo de Cuiabá.
Amazone de Prêtre (Amazona pretrei) .
Un aigle orné (spizaetus ornatus) ; ici exemplaire juvénile.
L'aigle crestada (morphnus guianensis). Ici pris sur le vif en train de dévorer un boa (en bas à gauche sur la branche).
Un ara chloroptère (ara chloroptera).
Favorisée par l'importance historique de la forêt pluviale, la faune de la province est très riche et fort variée. Mais la disparition progressive et continuelle de la "Selva Misionera" a mis en danger d'extinction une grande quantité d'espèces.
Parmi les oiseaux, il faut citer l'aigle féroce (harpia harpyja), l'aigle viuda (spizaetus melanoleucus), l'aigle orné (spizaetus ornatus), l'aigle crestada (morphnus guianensis), le harle huppard (mergus octosetaceus), le pénélope à front noir (aburria jacutinga), le tinamou solitaire (tinamus solitarius), l'ara chloroptère (ara chloroptera), l'amazone vineuse (amazona vinacea), l'amazone de Prêtre (amazona pretrei), l'ara d'Illiger (ara maracana). En outre cinq espèces de toucans vivent dans la province, dont le ramphastos toco et le toucan à ventre rouge (ramphastos dicolorus). Signalons enfin la présence en ces régions de nombreux merles à ventre roux ou « chalchaleros » (Turdus rufiventris), élu depuis peu oiseau-emblème brésilien.
La faune des mammifères comprend entre autres des espèces devenues très rares, telles le chien des buissons (speothos venaticus), l'ocelot (leopardus pardalis), le tatou géant (priodontes maximus), le loup à crinière (chrysocyon brachiurus), les singes hurleurs alouatta caraya (hurleur noir) et alouatta guariba (hurleur brun), le cerf des pampas (ozotoceros bezoarticus), la loutre néotropicale (lontra longicaudis), l'oppossum aquatique (chironectes minimus), le jaguar (panthera onca), le tamanoir (myrmecophaga tridactyla), le tapir (tapirus terrestris), le margay (leopardus wiedii), le jaguarondi (puma yagouaroundi). Parfaitement adaptés à la forêt dense et humide de la région, on trouve une série de mammifères de petite taille comme les coatis, les agoutis, les pacas et les tamanduas austraux ou fourmiliers à collier (tamandua tetradactyla).
Un chien des buissons (speothos venaticus).
Le tamandua austral ou fourmilier à collier (tamandua tetradactyla).
Parmi les reptiles, on trouve notamment le caïman à museau large (yacaré overo ou caiman latirostris) et le jacara ou yacaré negro. Les reptiles abondent d'une manière générale. L'anaconda curiyú (eunectes notaeus) est assez fréquent. La province de Misiones héberge pas moins de six espèces de dangereux bothrops à savoir le bothrops jararaca, le bothrops jararacussu, la yarará grande, la yarará chica, le bothrops cotiara et le bothrops moojeni. Notons aussi quatre serpents corail du genre micrurus : le micrurus corallinus, l'allirostris, le frontalis mesopotamicus et le balyocoryphus. On y trouve également des iguanes et des lézards ; parmi ceux-ci l'iguane tégu (tupinambis teguixin). On note la présence de la tortue yabotí ou tortugón grande (geochelone carbonaria).
L'ichtyofaune de la province, et principalement celle du grand cours d'eau qu'est le río Paraná, est d'une grande richesse. Les poissons les plus typiques sont le pacú ou piaractus mesopotamicus, le surubí ou pseudoplatystoma, le manguruyú ou paulicea huetkeni, le patí, le dorado (salminus maxillosus), le boga (ou leporinus obtusidens) , l' armado (oxydoras kneri), le tararira (ou hoplias malabaricus). Notons aussi la présence de piranhas ou pirañas, des espèces serrasalmus aureus et serrasalmus marginatus (appelés localement palometas). Les pirañas que l'on rencontre au printemps et en été dans le Paraná moyen, migrent en automne et passent l'hiver dans le haut Paraná et notamment sur le territoire de la province de Misiones.
Depuis 1989, le jaguar, le tapir et le tamanoir sont devenus "Monument naturel provincial et d'intérêt public", de par la Loi n° 2589 qui interdit chasse et possession de ces animaux sur tout le territoire de la province de Misiones.
Tapir (tapirus terrestris).
Un tamanoir (myrmecophaga tridactyla).
Voir aussi : Faune de l'Argentine
Démographie
Depuis 1895, la population de la province a évolué comme suit :
D'après l'INDEC (Institut argentin des statistiques et des recensements), en 2003, la population était estimée à 1 060 199 habitants .
La croissance démographique a été très rapide tout au long du XX siècle. En 1895, il n'y avait que quelques 33 000 habitants qui peuplaient le territoire, d'une superficie équivalente à celle de la Belgique. Plus récemment, on remarque que la population de la province a presque doublé depuis la fin des années 1970, et affiche ainsi un rythme d'accroissement fortement supérieur à la moyenne du pays. Ce fait est étroitement lié à la forte fécondité de ses habitants. La robuste natalité observée dans la province (25 635 naissances en 2000, et 26 775 en 2004, soit un taux de 26,4 pour mille, le plus élevé du pays) laisse entrevoir la poursuite d'une croissance démographique importante dans les prochaines décennies.
Les projections de population effectuées par l'INDEC (Institut argentin des statistiques et des recensements) prévoient une population se montant à 1.094.636 habitants en 2009 et 1.197.833 en 2015, soit un accroissement de quelques 17 000 personnes annuellement. La province continuerait donc ainsi sa progression à un rythme de l'ordre de 1,5% annuellement .
Économie
Agriculture
En 1991, sur une population totale de 788.915 habitants, il y avait 295.498 ruraux, soit quelques 37,5%. Dix ans après, en 2001, la population rurale avait très légèrement décru à 290.918 personnes, c'est-à-dire 30,05% de la population de la province. C'est beaucoup plus que la moyenne argentine qui n'est que de 10,7%.
Le plus grand apport à l'économie de la province provient de la forêt. L'exploitation du pin du Paraná, espèce protégée, est désormais interdite (il est considéré comme monument naturel). Les principales espèces exploitées sont désormais : le guatambú, le cèdre missionaire, le petiribí, l'incienso (encens), la caña fístula (ou ybira-pitá), l'anchicho et le guayaibí (patagonula americana).
Il y a en plus beaucoup de plantations de pins et d'eucalyptus. Il existe dans cette province des pépinières forestières et on construit à Posadas une bio-fabrique destinée à cloner en grande quantité des pins et d'autres arbres destinés aux industries du bois, de la pâte et du papier. On clonera aussi des plants d'ananas et d'autres végétaux destinés aux cultures.
Verveine odorante (aloysia citrodora).
Avocatier ou persea americana (début de la floraison).
Un autre ressource essentielle est constituée par les cultures agricoles. Les plus importantes sont celles du yerba mate, du thé et, dans une moindre mesure, du tabac, de la canne à sucre, du coton, du riz, du maïs, du café, de plantes aromatiques (tels la verveine odorante, le vétiver, la menthe japonaise et la citronelle). Il y a aussi des plantations d'agrumes (mandarines, pamplemousses, citrons, citrons verts et oranges), de pastèques, de fraises, de melons, de pêches, de bananes, d'avocats, d'ananas et de papayes. On y cultive aussi le tung (vernicia fordii ou aleurites fordii), le soja, la vigne (rare), le manioc et différents légumes.
Dans la région de Santa Ana on cultive des plantes médicinales, et l'on a construit une pépinière pour améliorer leur production.
L'élevage dans la province est essentiellement celui des bovins. Parmi ceux-ci, c'est surtout de zébus qu'il s'agit, cette race étant mieux adaptée au climat. L'élevage de porcs est en expansion.
La pisciculture et l'aviculture se développent également, de même que la floriculture (orchidées, roses) et l'apiculture.
Industries
L'industrie minière est peu importante. On extrait du sol certains matériaux de construction, du basalte, du cristal de roche et de faibles quantités de manganèse. Dans les environs de Wanda et de Puerto Libertad on extrait des pierres semi-précieuses : agates, améthystes et topazes (Mines Urugua-í).
L'agroindustrie et l'industrie forestière sont les principales activités du secteur secondaire. Il y a des séchoirs pour le yerba mate et le thé, des moulins pour le maté, des usines de traitement du riz et du maïs, des fabriques de fécule de manioc et des fabriques d'amidon (à partir de cette fécule de manioc). La province compte plusieurs usines textiles et de chaussures, quelques rares entreprises de produits lactés, des fabriques de médicaments, une sucrerie à San Javier. Une usine de traitement du coton existe à Leandro N. Alem. On trouve aussi des fabriques de briques, des usines d'empaquetage de fruits et de légumes, des manufactures de tabac. Il y a des fabriques de meubles, d'agglomérés, de poteaux, de poutres, de caisses, de balais et d'autres sous-produits du bois. A partir des fruits, l'industrie des confitures et des gelées s'est développée, de même que l'élaboration de jus et de concentrés (à partir d'agrumes). L'élaboration de vins existe aussi sur base artisanale à Cerro Azul. Il y a des petites entreprises de distillation et de rectification d'huiles essentielles (aromatiques), que l'on utilise pour accroître la saveur des aliments et en parfumerie ; ces industries sont cependant absentes de la province. On extrait aussi l'huile de tung, utilisé pour fabriquer des peintures (qui sont produites hors de la province). On distille aussi d'autres huiles. Certaines entreprises travaillent le cuir. Enfin, il existe plusieurs usines de fabrication de cellulose et de pâte à papier.
Industrie de la cellulose pour papier
L'entreprise Celulosa Argentina SA, à Puerto Piray
L'industrie de la cellulose et du papier a des effets profondément négatifs sur l'environnement. Non seulement elle est destructrice de forêts, et donc de toute une série d'espèces biologiques, mais elle pollue largement l'air et l'eau par ses effluents. La contamination principale pour ce genre d'industrie est due à la technologie de blanchiment. Celui-ci peut être effectué par utilisation du chlore élémentaire (rejeté par les normes internationales), libre de chlore élémentaire (ECF) ou totalement libre de chlore (TCF).
L'usine Alto Paraná SA de Puerto Esperanza est accusée par les spécialistes de l'environnement et les habitants de contaminer l'eau et l'air et de causer la destruction des belles forêts natives des environs. L'entreprise affirme cependant respecter les normes internationales. Technologie: ECF.
L'usine de cellulose Celulosa Argentina SA de Puerto Piray : l'entreprise est mise en cause par les habitants pour manque de traitement des effluents. La technologie utilise du chlore élémentaire. Les autorités envisagent la fermeture de l'usine, étant donné le haut degré de contamination.
L'usine Papel Misionero (à Puerto Rico). Entreprise mise en cause par les environnementalistes suite au manque de traitement des effluents. Technologie: TCF.