Le Torrey Canyon appareille du golfe Persique via le cap de Bonne Espérance vers les îles Canaries et navigue à une vitesse moyenne de 16 nœuds. Il passe entre l’île de Tenerife et la grande Île des Canaries l’après-midi du 14 mars et prend alors une route vraie au 18° pour passer à 5 milles des îles Scilly. L’objectif est de prendre la marée du 18 mars au soir à l’entrée du port de Milford Haven. Sinon, il devra attendre jusqu’au 24 mars, date de la prochaine marée favorable. Le dernier point au sextant est fait le 17 mars à midi, et place le navire à moins de 300 milles au sud des Îles Scilly sur la route estimée.
Le capitaine laisse pour consigne de nuit de l’appeler dès que les îles Scilly apparaissent au radar ou au plus tard à 06 h 00. Il part se coucher à 02 h 40 le 18 mars.
À 04h00, le second capitaine prend le quart, le pilote automatique étant calé au cap gyro 018°, et la vitesse estimée est de 15,5 nœuds. Le vent est de force 5 et la mer peu agitée. Le vent et le courant n’ont pas été pris en compte dans les calculs d’estime.
À environ 05h00 le second capitaine allume le radar et le règle sur l’échelle 40 milles.
Conformément aux ordres il appelle le commandant à 06h00 et lui dit que les Îles Scilly n’apparaissent pas encore sur le radar. Vers 06h30 elles apparaissent sur l’avant bâbord à environ 24 milles, le vent et le courant ont déporté le navire à l’est de la position estimée.
À 06h55 le second capitaine prend la décision de venir au 006° droit sur Bishop Rock, il en informe rapidement le commandant, et la réponse de ce dernier est expéditive : « Qui vous a dit de prendre cette décision ? ». Il demande alors si pour un retour au 018° les Îles Scilly resteraient claires. La réponse fut : « peut-être ». Brusquement le capitaine ordonne de revenir au cap initial, Le second exécute. Suite à cette conversation le commandant monte à la passerelle vers 07h00. a ce moment, le navire aurait été à 18 milles légèrement au sud ouest de Sainte Marie, et à 28 milles des Seven Stones.
À 08h00, changement de quart : le commandant, le lieutenant et un matelot expérimenté prennent le quart. Le lieutenant est alors en charge de la navigation, le pilote automatique est enclenché.
À 08h15, le Torrey Canyon passe les îles Scilly. Le commandant manœuvre sur tribord, en direction de Seven Stones, afin d’éviter les filets des navires de pêche, se rapprochant d’autant plus du rocher. À l’issue de cette manœuvre d’évitement des navires de pêche, le commandant remet le pilote automatique en fonction, et va à la table à carte afin de vérifier la route et les dangers qui s’y trouvent. Le point de 08h38 ne sera pas accepté par le commandant, le lieutenant l’ayant déterminé par un seul relèvement /distance. Le point suivant à 08h40 semble être plus juste et permet de positionner le navire dans le sud de Stone Rock au 198,5° à 2,5 milles. À ce moment le courant et le vent ne sont toujours pas estimés par le lieutenant de quart. Le danger étant proche il devient nécessaire de manœuvrer pour éviter l’échouement. Le commandant ordonne au matelot de changer de route et de venir au nord. En hâte il passe en manuel vient à gauche au 000° et revient en auto pilote.
Après un nouveau positionnement radar la route amène toujours sur le récif. Une route d’urgence doit alors être adoptée. Il faut maintenant venir au 340, le pilote auto est stoppé, le mode manuel est mis en fonction, le commandant fait de nouveau un point radar et se rend sur la table à carte. Le matelot crie au commandant que les clicks indiquant le passage des degrés ne s’entendent pas, mais le capitaine ne l’entend pas. Tout à coup, le commandant se rend compte qu’il n’entend pas ces fameux clicks. Comme c’était déjà arrivé auparavant il fonce pour vérifier les fusibles. Ceux-ci ne sont pas grillés.
Il cherche alors à vérifier le bon fonctionnement de la pompe hydraulique, une avarie qui c’était déjà produite auparavant aussi. Pour cela il téléphone à la machine, dans son empressement il appel la cuisine, le cuisinier lui dit : « oh ! capitaine, le petit-déjeuner est servi »…
Le commandant vérifie alors le commutateur du pilote automatique et réalise quel est le problème, le pilote est encore sur automatique, il passe alors la barre en manuel et change de cap. Trop tard, à 17 nœuds, le Torrey Canyon se prend de plein fouet Pollard’s Rock qui fait partie du récif de Seven Stones, et se déchire sur 6 citernes.