V pour Vendetta (V for Vendetta) est un film dystopique américano-germano-britannique, réalisé par James McTeigue, sorti en 2006, et adapté du comic V pour Vendetta d'Alan Moore et David Lloyd par les frères Wachowski.
L'action se situe à Londres dans une société dystopique, où un combattant de la liberté se faisant appeler « V » cherche à mettre en place un changement politique et social en menant une violente vendetta personnelle contre le gouvernement fasciste en place. La distribution se compose de l'acteur australien Hugo Weaving dans le rôle de V, de l'actrice américaine d'origine israélienne Natalie Portman dans le rôle d'Evey Hammond et des acteurs britanniques John Hurt, Stephen Rea et Stephen Fry.
La sortie du film était initialement prévue par Warner Bros le 4 novembre 2005 (un jour avant le 400 anniversaire de la Guy Fawkes Night, célébrant la Conspiration des poudres du 5 novembre 1605), mais a été retardée jusqu'au 17 mars 2006. Alan Moore, face à son mécontentement concernant les adaptations cinématographiques de ses œuvres From Hell et La Ligue des gentlemen extraordinaires, a refusé de voir le film et a pris ses distances vis-à-vis de la production. Les scénaristes ont supprimé de nombreuses allusions anarchistes et des références aux drogues présentes dans l'histoire originale et ont aussi modifié le message politique, qu'ils ont estimé plus pertinent pour un public du 21 siècle. Malgré de nombreuses modifications, le thème général y est néanmoins intact.
On peut remarquer des parallèles avec le roman 1984 de George Orwellà propos de la société dystopique et du pouvoir politique dépeints, mais aussi avec les romans Le Comte de Monte-Cristo, d'Alexandre Dumas ou Le Fantôme de l'opéra de Gaston Leroux, et la bande dessinée d'Edgar P. Jacobs, La Marque jaune de la série Blake et Mortimer concernant le personnage de V.
Synopsis
Vers 2038, après une guerre à peine évoquée et un mystérieux virus utilisé lors d’un terrible attentat biologique visant trois sites importants par leur symbolique (l’école primaire Sainte-Mary) ou le nombre de victimes en résultant (station de métro Victoria et une usine de traitement des eaux) ayant provoqué environ 100 000 décès, l’Angleterre est dirigée par un parti fasciste après l’élection d’Adam Sutler qui, profitant du climat de peur affectant la population, a facilement institué un régime dictatorial à la tête duquel il s’est placé, s’auto-proclamant « Haut-chancelier d’Angleterre ». Un couvre-feu, dont le respect est contrôlé par sa milice, « Le Doigt », a été instauré sur tout le pays ; les migrants, les « païens », les musulmans et tout ce qui pouvait s’y rattacher ont été bannis, les opposants au régime ou minorités, tels les homosexuels, pourchassés lors de la « Grande Purge ». Les plus élémentaires libertés individuelles (la liberté d’expression en particulier) ont été abandonnées au nom de la sécurité nationale et de la lutte contre le terrorisme. Les médias sont muselés et BTN, l’unique chaîne de télévision, est le principal instrument de propagande du parti.
Ce qui suit dévoile des moments clés de l’intrigue.
Un soir, un mystérieux homme masqué et vêtu de noir, qui se fera connaître sous le nom de « V », sauve Evey Hammond des griffes des hommes du Doigt qui s’apprêtaient à la violer alors que cette dernière bravait le début du couvre-feu afin de rendre visite à son ami animateur et producteur à la BTN où elle travaille également. Ses origines (fille d’activistes démocrates disparus, sœur d’une jeune victime de l’attentat de Sainte-Mary) vont rapidement faire d’elle une fugitive recherchée par le régime en place et la lier à jamais à V.
V emmène Evey sur le toit d’un immeuble pour lui permettre d’assister à la spectaculaire destruction de l’Old Bailey (la Cour Criminelle Centrale d’Angleterre), synchronisée avec la diffusion sur les ondes du parti de l’Ouverture 1812 de Piotr Ilitch Tchaïkovski. Le régime explique cet incident au public comme étant un événement prévu de longue date, mais le même jour V prend le contrôle de la British Television Network (BTN) et diffuse une vidéo condamnant les maux du régime fasciste, mais aussi les citoyens pour avoir permis au parti d’accéder au pouvoir le premier jour. V demande instamment à la population de se soulever contre l’oppression le 5 novembre, pour la nuit de Guy Fawkes, un an après jour pour jour. V annonce qu’il détruira ce jour-là le Palais de Westminster (Les Chambres du Parlement), autre bâtiment symbolique en Grande-Bretagne.
L’armée lance un assaut contre la Tour Jordan, siège de la BTN, prise en otage par V. Celui-ci a amorcé une bombe et a vêtu tous les otages d’un costume et d’un masque à son image afin de pouvoir s’enfuir. Evey, présente également ce jour-là, est blessée en aidant V à s’échapper. Celui-ci la ramène dans sa tanière, « La Galerie des Ombres », où elle apprend qu’elle doit rester cachée avec lui pendant un an, jusqu’à ce que son plan soit mené à bien.
Les roses Scarlet Carson, déposées près des victimes de V.
Elle accepte finalement de rester, jusqu’à ce qu’elle apprenne que V est à l’origine de la mort de quelques fonctionnaires importants du gouvernement qui ont joué un rôle, selon lui, dans l’extermination des opposants et des minorités. Ses victimes comprennent Lewis Prothero, « La Voix de Londres », le porte-parole du parti, et le Docteur Delia Surridge. Lorsque V lui demande de l’aider à éliminer l’Évêque Lilliman, elle arrive à s’enfuir et trouve refuge chez son ancien supérieur et ami, l’animateur Gordon Dietrich, un homosexuel contraint de taire sa nature par peur des arrestations. Après une émission satirique contre le Chancelier Sutler, la police secrète mène un raid contre la maison de Gordon, qui a juste le temps de prévenir Evey avant de se faire arrêter. Evey est malgré tout capturée alors qu’elle tente de s’échapper, et elle est incarcérée et torturée pendant des jours. Durant son isolement, elle va trouver une sorte de réconfort en découvrant les notes d’une ancienne prisonnière, Valérie.
Valérie était une lesbienne qui fut arrêtée lors de la « Grande Purge », quelques années auparavant, et emprisonnée à Larkhill où elle fut également torturée. Elle décida malgré tout de laisser une trace de son passage en écrivant son histoire sur du papier toilette.
Après cette lecture, ses tortionnaires posent à Evey un ultimatum en lui ordonnant de révéler la cachette de V sous peine de mort. Ayant repris courage, en assumant maintenant ses choix, elle refuse d’accéder à leur requête et leur annonce qu’elle préfère mourir que de trahir ses idées. À son grand étonnement, elle est libérée et découvre finalement qu’elle était retenue par V lui-même. Passée la colère, Evey se rend compte que le fait d’avoir été devant sa propre mort lui permettait alors de vivre sans peur. Elle quitte V, lui promettant de revenir avant le 5 novembre.
Pendant ce temps, l’inspecteur Finch qui enquête sur les activités de V, découvre comment la Norsefire, le parti fasciste du « Feu Nordique », est arrivée au pouvoir, et en apprend plus sur les origines de V. Vingt ans plus tôt, la Grande-Bretagne avait souffert de la guerre et du terrorisme en raison de leur participation dans la guerre contre le terrorisme qui devint une spirale hors de contrôle. Le parti conservateur et ouvertement fasciste Norsefire a conduit une purge en répression. Ainsi furent éliminés durant la nuit les soi-disant ennemis de l’État : étrangers, musulmans, homosexuels, libéraux et opposants à la guerre. Ils furent massivement incarcérés dans des camps de concentration où ils subirent des expériences médicales ou des tortures et où ils sont finalement morts.
Le pays fut profondément divisé face à cet événement, jusqu’à ce qu’une attaque bio-terroriste eut lieu, tuant environ 100 000 personnes. Une compagnie pharmaceutique appartenant à la Norsefire découvrit bientôt un traitement contre le virus, permettant au parti de s’enrichir massivement et rapidement grâce à la distribution du vaccin. La peur générée par l’attaque terroriste permit au Norsefire de faire taire l’opposition et de gagner largement l’élection suivante. Avec le consentement silencieux des citoyens, le Norsefire transforma la Grande-Bretagne en un État policier totalitaire, avec son chef Adam Sutler auto-proclamé « Haut Chancelier ».
L’inspecteur Finch découvrit finalement que l’attaque terroriste avait été élaborée par la Norsefire comme un complot visant à accéder au pouvoir. Le virus - ainsi que son traitement - a été conçu grâce à l’expérimentation humaine sur les « indésirables » et les dissidents politiques internés au centre de détention de Larkhill. Parmi eux se trouvait l’homme qui est devenu V. Alors que les autres sujets testés mouraient à la suite des expériences, l’occupant de la cellule 5 (V en chiffres romains) a acquis des aptitudes mentales et physiques accrues, au détriment de sa défiguration et de la déformation de son esprit. Ces capacités ont permis à V de détruire le camp de Larkhill et de s’échapper, après s’être engagé à prendre sa revanche sur le régime du Norsefire.
V provoque ensuite le leader du parti Peter Creedy, également chef de la milice, en faisant avec lui un pacte faustien : comme il ne peut pas atteindre Sutler en raison de la sécurité dont il bénéficie, il va utiliser Creedy pour y arriver. V lui offre de se rendre lui-même le 5 novembre si Creedy lui amène Sutler. Creedy étant responsable du plan d’évacuation du Chancelier en cas de révolte populaire, il est seul apte à le trouver.
Alors que le 5 novembre approche, les plans de V provoquent le chaos en Grande-Bretagne et la population se montre de plus en plus rebelle et subversive face à l’autorité du gouvernement. La veille du 5 novembre, Evey rend visite à V, qui lui dévoile enfin son plan : un train bourré d’explosifs va rouler jusqu’au Parlement à travers les lignes condamnées du métro. Il confie alors le lancement du train à Evey, lui laissant le choix de finir son plan, estimant que la décision finale n’était plus son affaire, mais la sienne.
Il rencontre finalement Creedy dans la Station Victoria, où celui-ci présente à V le Chancelier Sutler, dans l’espoir de pouvoir éliminer à la fois V et le Chancelier, et de prendre finalement sa place. Il tue Sutler devant V, mais comme celui-ci ne se rend pas, il ordonne à ses hommes de lancer leur attaque contre lui. Seul contre une douzaine d’hommes armés, grâce à une armure cachée sous son costume et à la force surhumaine obtenue lors des expériences, V n’est que blessé. Il supprime les policiers puis étrangle Creedy, et retourne avec difficulté auprès de Evey pour lui dire adieu. Il lui avoue son amour, la remercie et s’éteint. Evey étend son corps dans le train avec les explosifs, comme il le souhaitait.
Alors qu’elle est sur le point de lancer le train, elle est découverte par l’inspecteur Finch. Toutefois, ayant beaucoup appris sur la corruption caractérisant le régime qui l’employait, Finch permet à Evey de respecter les vœux de V. Pendant ce temps, des milliers de personnes masquées et habillées comme Guy Fawkes marchent sur le Parlement pour assister au spectacle. Sutler et Creedy étant morts, personne n’ordonne aux soldats de faire feu sur les manifestants, et ceux-ci envahissent les rues encerclant Westminster. L’explosion illumine le ciel de Londres et le Parlement est détruit tandis que l’on entend l’Ouverture 1812 de Piotr Ilitch Tchaïkovski.
Sur le toit d’un immeuble voisin, Evey et Finch assistent à l’explosion et Finch interroge Evey sur l’identité de V. Evey lui répond finalement qu’il était la représentation du peuple.
La véritable identité de V est un mystère : on sait seulement qu'il fut emprisonné dans un camp de concentration pour opposants au régime, où il a subi des expériences médicales qui l'ont transformé. Il réussit un jour à s'échapper de sa cellule numéro 5 (V en chiffres romains), et met vingt ans à élaborer sa vengeance contre tous ses tortionnaires. Il porte un masque de comédie en l'honneur de Guy Fawkes, un combattant de la liberté du XVII siècle qu'il veut imiter en « réveillant » le peuple de sa léthargie dans laquelle il est plongé depuis l'avènement du gouvernement du Chancelier Sutler. Si V utilise des moyens violents pour arriver à ses fins, il n'en reste pas moins un gentleman érudit, raffiné et romantique. James Purefoy, interprète de Marc Antoine dans la série Rome, a été initialement choisi pour interpréter V, mais il abandonne après six semaines de tournage à cause des difficultés à porter le masque de Guy Fawkes durant le tournage. Il est donc remplacé par Hugo Weaving, qui a précédemment travaillé avec Joel Silver et les frères Wachowski sur la trilogie Matrix en interprétant l'Agent Smith. Certaines parties du film sont cependant jouées par James Purefoy, doublées par Hugo Weaving en post-production.
Natalie Portman à Berlin en 2006 pour la première de V pour Vendetta. Elle joue le rôle d'Evey Hammond.
Evey Hammond (interprétée par Natalie Portman)
Evey Hammond est un soir agressée par des membres de la milice du parti (« Les Hommes du Doigt »), et est secourue par un terroriste masqué appelé V, et va par la suite être recherchée comme complice de ce dernier. Le réalisateur James McTeigue a rencontré Natalie Portman sur le tournage de L'attaque des clones, où il travaillait en tant qu'assistant réalisateur. Pour préparer le rôle, elle a été aidée par une dialectologue pour pratiquer l'accent anglais. Elle a aussi étudié des films comme The Weather Underground et lu l'autobiographie de Menahem Begin. Son rôle dans le film est un parallèle avec son rôle de Mathilda Lando dans le film Léon de Luc Besson : selon elle, « la relation entre V et Evey possède une complexité comme celle de [Mathilda et Léon] ».
Inspecteur Eric Finch (interprété par Stephen Rea)
Finch est l'inspecteur responsable de l'enquête sur V, au cours de laquelle il mit au jour un crime inqualifiable du gouvernement qui l'emploie, la Norsefire. Stephen Rea n'est pas étranger aux batailles politiques et au terrorisme : il fut en effet marié à Dolours Price, une ancienne membre de l'IRA provisoire, emprisonnée à l'Old Bailey après l'explosion d'une bombe. Lorsqu'on lui a demandé si la politique l'avait attiré pour participer à ce film, il répondit : « je ne pense pas que ce serait très intéressant si la politique n'était seulement l'affaire de la bande dessinée. Sa politique est ce qui lui donne sa dimension et son élan, et j'ai bien entendu été séduit par elle ».
Stephen Fry joue le rôle de Gordon Deitrich.
Gordon Deitrich (interprété par Stephen Fry)
L'animateur de talk-show Gordon Dietrich est un homosexuel qui, à cause des restrictions du régime, a « perdu l'appétit » au cours des années. Il tente de se faire passer pour un hétérosexuel en invitant Evey à dîner avec lui, pour « faire illusion » aux yeux du régime homophobe. Lorsqu'il fut interrogé sur ce qui l'attirait dans ce rôle, Stephen Fry répliqua : « Être battu ! Je n'avais jamais été battu dans un film avant et j'étais vraiment excité par l'idée d'être frappé à mort ».
John Hurt joue le rôle d'Adam Sutler.
Grand Chancelier Adam Sutler (interprété par John Hurt)
Ancien député conservateur et Secrétaire d'État à la Défense, le Chancelier Sutler est le fondateur de la Norsefire (« Feu nordique » en français), un parti fasciste, et s'est auto-proclamé de facto dictateur de Grande-Bretagne. John Hurt joue ici un rôle contraire à celui qu'il jouait dans un autre film dystopien : celui de Winston Smith, une victime du gouvernement omniprésent dans le film 1984. Il est également à noter que John Hurt, dans le film Crimes à Oxford, assiste aux festivités du 5 novembre en portant un costume de Guy Fawkes.
Le D. Surrige était le médecin responsable du centre de détention de Larkhill. V a établi que la torture et la mort omniprésente à Larkhill furent uniquement possibles à cause de ses recherches. Contrairement à ses autres victimes, V lui administrera un poison indolore pendant son sommeil. Delia Surrige admet sa responsabilité et éprouve des remords à propos des crimes qu'elle a commis.
Peter Creedy (interprété par Tim Pigott-Smith)
Creedy est à la fois le leader du parti de la Norsefire et le chef de la police secrète de Grande-Bretagne, « le Doigt ». Alors que Sutler est le Chancelier, le vrai pouvoir du régime est entre les mains de Creedy.
Inspecteur Adjoint Dominic (interprété par Rupert Graves)
Dominic est l'adjoint de l'Inspecteur Chef Finch dans l'enquête sur V.
Lewis Prothero (interprété par Roger Allam)
Lewis Prothero, « La Voix de Londres », est le porte-parole du gouvernement de la Norsefire. Il est l'ancien Commandant de la sécurité de Larkhill. Il présente, depuis la fermeture du centre de détention, une émission quotidienne sur BTN, la seule chaîne de télévision du pays, contrôlée par le parti.
Évêque Anthony James Lilliman (interprété par John Standing)
Lilliman est l'Évêque corrompu et pédophile de l'Abbaye de Westminster, installé à ce poste par Sutler. Il était auparavant révérend au centre de Larkhill. À propos de son rôle, John Standing remarque : « je me suis vraiment amusé à jouer Lilliman... parce qu'il est un peu comique et parfaitement atroce. Génial à jouer. ».
Roger Dascomb (interprété par Ben Miles)
Dascomb est à la tête du Département de la Propagande du Chancelier Sutler. Il est un membre subalterne du parti de la Norsefire.
Valerie Page (interprétée par Natasha Wightman)
Valérie, une lesbienne, était une des « indésirables » emprisonnée par le gouvernement de la Norsefire. Son histoire est racontée en flashback à Evey grâce à un message qu'elle a laissé dans sa cellule avant de mourir. Son rôle symbolique a été reçu très positivement par beaucoup de critiques de cinéma : Michael Jensen fait l'éloge du moment extraordinairement puissant de la scène de Valérie « pas seulement parce qu'elle est magnifiquement jouée et bien écrite, mais aussi parce qu'elle est tout à fait inattendue [dans un film hollywoodien] ».
Guy Fawkes (interprété par Clive Ashborn)
L'histoire de Guy Fawkes et sa Conspiration des poudres est racontée au début du film et sert d'inspiration aux actions terroristes de V.
À propos du film
Scénario
Larry et Andy Wachowski
Bien que réalisé par James McTeigue, V pour Vendetta est imprégné du style des frères Wachowski, scénaristes et producteurs de ce film d’anticipation, dont le réalisateur est un ancien assistant des deux frères. Ainsi, le film peut facilement être comparé à la trilogie Matrix.
L'histoire de V a été créée par Alan Moore (V pour Vendetta) et représentait à l’époque une charge contre les déviances autoritaires du gouvernement britannique de Margaret Thatcher. Les frères Wachowski ont adapté leur scénario au monde du début du XXI siècle et leur film semble mettre contre les états autoritaires qui offrant la sécurité contre l'ordre.
En 1998, le producteur Joel Silver a acquis les droits pour deux des œuvres d'Alan Moore : V pour Vendetta et Watchmen . Les frères Wachowski sont des amateurs de V pour Vendetta, et vers le milieu des années 1990, avant de travailler sur le projetMatrix, ils ont écrit une ébauche de scénario suivant de près l'histoire de la bande dessinée. Au cours de la post-production des épisodes deux et trois de Matrix, ils revisitèrent le scénario et proposèrent la réalisation à James McTeigue, alors assistant réalisateur sur le tournage de la trilogie. Tous trois ont été intrigués par les thèmes de l'histoire originale et les ont trouvés pertinents vis-à-vis de l'actuel paysage politique. En révisant le scénario, les frères Wachowski ont entrepris de condenser et de moderniser l'histoire, tout en essayant de préserver son intégrité et les thèmes récurrents.
Alan Moore s'est explicitement dissocié du film en raison de son manque d'implication dans l'écriture ou la réalisation, ainsi qu'à cause d'une série de différends portant sur les adaptations cinématographiques de son travail, telles que From Hell ou La ligue des gentlemen extraordinaires. Il termina sa coopération avec son éditeur DC Comics, après que la société mère Warner Bros, n'a pas réussi à obtenir des déclarations positives de Moore à propos du film. Moore a déclaré que le script contenait des lacunes, et qu'il était contraire au thème de l'œuvre originale, qui était de placer deux extrêmes politiques (le fascisme et l'anarchisme) l'un contre l'autre. Il a déclaré que son travail avait été remanié comme une histoire à propos du « système américain néo-conservateur contre le système américain libéral ». Selon sa volonté, son nom ne figure pas dans le générique du film. En revanche, le co-créateur et illustrateur David Lloyd a soutenu le film, en affirmant que le script était de très bonne qualité, et que Moore n'était jamais content de voir l'un de ses livres adapté à l'écran.
Tournage
L'entrée des studios de Babelsberg à Potsdam (Allemagne)
V pour Vendetta a été tourné à Londres (Royaume-Uni), et à Potsdam en Allemagne aux Studios Babelsberg (sur le même plateau numéro 2 où Fritz Lang réalisa son Metropolis en 1927). Une grande partie du film a été tournée en studio à partir de mars 2005 et pendant environ dix semaines. Puis, en fonction de la nécessité prévue par le scénario, trois scènes ont été tournées à Berlin (le flashback du rassemblement de la Norsefire, le centre de détention de Larkhill et la chambre de l'Évêque Lilliman) et à Londres : les scènes qui ont lieu dans le métro de Londres abandonné ont été filmées à la station désaffectée d'Aldwych.
Pour filmer la scène finale de Westminster, les sites de Trafalgar Square, Whitehall, du Parlement et de Big Ben ont été fermés pendant trois nuits de minuit à 5 heures. C'était la première fois que la zone sécurisée (la résidence du Premier ministre au 10 Downing Street et le Ministère de la Défense) était fermée pour accueillir un tournage.
Par ailleurs, V pour Vendetta est le dernier film tourné par le directeur de la photographie Adrian Biddle, qui est décédé d'une crise cardiaque le 7 décembre 2005.
Post-production
Le film a été filmé afin d'obtenir un aspect rétro futuriste, grâce à l'utilisation de tons gris pour donner une apparence terne et morne, représentant la stagnation du totalitarisme à Londres en 2038. Le plus grand décor créé pour le film a été « The Shadow Gallery » (« La Galerie des Ombres », le repaire de V), qui devait être ressentie comme étant un croisement entre une « crypte » et une « église ». Le personnage de V y entrepose de nombreux objets interdits par le gouvernement (via le « ministère de la Décence ») : Les Époux Arnolfini de Jan van Eyck, Bacchus et Ariane de Titien, une affiche du film Le Roman de Mildred Pierce, Saint Sébastien d'Andrea Mantegna, et The Lady of Shalott par John William Waterhouse, ainsi que de nombreux comics.
L'un des principaux défis du film était de savoir comment donner vie à V sous un masque de comédie au sourire figé. Ainsi, des efforts considérables ont été faits afin de combiner l'éclairage, le jeu du comédien et la voix de Hugo Weaving, pour créer le bon caractère en fonction de la situation. Afin d'éliminer les bruits parasites sous le masque dans la voix de Hugo Weaving, un micro a été placé sous son cuir chevelu, et l'ensemble des dialogues ont été ré-enregistrés en post-production.
Publicité et sortie
Les interprètes et réalisateurs ont participé à plusieurs conférences de presse qui leur ont permis d'aborder les questions entourant le film, y compris son authenticité, la réaction d'Alan Moore à celui-ci ainsi que son message politique. Selon Hugo Weaving, « Alan Moore was writing about something which happened some time ago. It was a response to living in Thatcherite England... This is a response to the world in which we live today. So I think that the film and the graphic novel are two separate entities. » (Alan Moore a écrit sur ce qui s'était passé il y a quelques temps. Ça a été une réponse au gouvernement de Thatcher en Angleterre... C'est une réponse au monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Je pense donc que le film et le comic sont deux entités distinctes.).
En ce qui concerne le contenu politique controversé dans le film, les scénaristes ont répondu que le film était destiné à poser plus de questions et à participer à un dialogue déjà présent dans la société, plutôt que de fournir des réponses concrètes ou de dire ce que les téléspectateurs devaient penser.
Le film emprunte des images de la Conspiration des poudres (« The Gunpowder Plot ») en 1605, où un groupe de conjurateurs catholiques a tenté de détruire le Parlement afin de susciter une révolution en Angleterre. La sortie du film était initialement prévue pour le weekend du 5 novembre 2005, le jour du 400 anniversaire de la « Conspiration », avec le slogan « Rappelez-vous, rappelez-vous le 5 novembre » (« Remember, remember the 5th of November »), tiré d'une traditionnelle rime britannique en souvenir de l'évènement. Toutefois, la promotion du film a perdu beaucoup de sa valeur lorsque la sortie a été repoussée au 17 mars 2006. Beaucoup ont spéculé que ce retard était dû aux attentats terroristes dans le métro de Londres survenus le 7 juillet 2005. Les réalisateurs ont réfuté cette hypothèse, affirmant que ces retards étaient causés par la nécessité de prendre davantage de temps pour terminer la production des effets spéciaux.
V pour Vendetta sort pour la première fois officiellement sur les écrans le 13 février 2006 lors du Festival de Berlin. Il avait été diffusé sur les écrans américains à Austin le 11 décembre 2005 pour le festival Butt-Numb-A-Thon, un marathon cinématographique de 24 heures proposant des films anciens ainsi que des premières. Il a débuté une diffusion globale le 17 mars 2006 dans 3 365 salles aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans huit autres pays. Le film est sorti en France le 19 avril 2006.
Bande originale
V for Vendetta Soundtrack
Album par Dario Marianelli
Sortie
21 mars 2006
Genre(s)
Bande originale de film
Compositeur(s)
Dario Marianelli
Label
Astralwerks Records
Critique
Allmusic
Albums de Dario Marianelli
Orgueil et préjugés
Reviens-moi
La bande originale de V pour Vendetta a été produite par Astralwerks Records le 21 mars 2006. La plupart des titres de l'album ont été composés par Dario Marianelli. La bande son a également été interprétée par Julie London (Cry Me A River), Cat Power, qui reprend le titre I Found A Reason (The Velvet Underground), et Antony and the Johnsons (Bird Gerhl). Comme il est mentionné dans le film, ces chansons sont des échantillons des 872 titres de la liste noire du juke-box de V. Le point culminant est l'Ouverture 1812 de Tchaïkovski, qui apparaît à la fin de la piste 13, Knives and Bullets (And Cannons Too), jouée au début du film, lors de l'explosion de l'Old Bailey.
Trois titres ont été joués au cours du film mais n'ont pas été crédités sur la bande originale de V pour Vendetta : Street Fighting Man des Rolling Stones, la version spéciale BKAB d'Ethan Stoller dans laquelle des extraits du discours de Malcolm X, On Black Power, et de l'écrivain féministe Gloria Steinem, Address to the Women of America, ont été rajoutés, et enfin Out Of Sight de Spiritualized.
Deux segments de l'opéra classique bossa nova d'Antonio Carlos Jobim, The Girl From Ipanema et Corcovado sont également absentes de l'album. Ces chansons ont été jouées au cours des « scènes du petit-déjeuner » avec V et Gordon Dietrich, et sont un des moyens utilisés pour relier les deux personnages. La 5 Symphonie de Beethovenjoue également un rôle important dans le film, les quatre premières notes du premier mouvement signifiant en effet la lettre « V » en morse (« ...- »).
Enfin, le sketch satirique de Gordon Dietrich contre le Chancelier Sutler reprend le style comique de Benny Hill, ainsi que la musique qui le caractérise : Yakety Sax.
Thèmes
La Conspiration des poudres
V pour Vendetta prend la Conspiration des poudres (Gunpowder Plot) du 5 novembre 1605 comme source d'inspiration historique de V, en contribuant à ses choix du moment de ses actions, des moyens qu'il utilise et de son apparence. Par exemple, les noms Rokewood, Percy et Keyes utilisés dans le film, sont aussi les noms de trois des conspirateurs.
« Souviens-toi, souviens-toi de ce 5 de novembre, de ces Poudres et sa Conspiration. Souviens-toi de ce jour, souviens-t'en, à l'oubli je ne peux me résoudre.
Mais qu'en était-il de l'homme ? Je sais qu'il s'appelait Guy Fawkes et je sais qu'en 1605, il tenta de faire exploser le Palais du Parlement. Mais qui était-il vraiment ? Comment était-il ? On nous dit de nous souvenir de l'idée et non de l'homme, parce qu'un homme peut échouer. Il peut être arrêté, il peut être exécuté et tomber dans l'oubli. Alors qu'après 400 ans, une idée peut encore changer le monde. Je connais d'expérience le pouvoir des idées. J'ai vu des hommes tués en leur nom et mourir en les défendant... Mais on ne peut embrasser une idée. On ne peut la toucher ou la serrer contre soi. Les idées ne saignent pas, elles ne ressentent pas la douleur... et elles ne peuvent aimer.
Et ce n'est pas une idée qui me manque, c'est un homme... Un homme qui m'a fait me souvenir du 5 Novembre. Un homme que je ne me résoudrai jamais à oublier. »
— Evey Hammond, Prologue du film, monologue récité par Natalie Portman
Le film aborde la représentation de V comme l'incarnation d'une idée plutôt qu'une personne à travers ses dialogues, érudits et littéraires, et en le représentant sans passé, sans identité et sans visage. Selon le site officiel du film, « l'utilisation par V du masque de Guy Fawkes et les lacunes de son identité sont à la fois des éléments pratiques et symboliques de l'histoire. Il porte le masque pour cacher ses cicatrices physiques, et occulter son identité. Il devient l'idée elle-même ».
La Liberté et l'État
Le gouvernement en place serait l'instigateur de l'attentat sur son propre sol, tuant des milliers de personnes à l'aide d'une arme biologique et aurait accusé puis exécuté des intégristes musulmans dans le but d'asseoir un dictateur ultra-conservateur tenant le pays d'une main de fer grâce à la peur. De ce fait, les réalisateurs ont cherché à mettre en garde contre les déviances sécuritaires d'un gouvernement, qui s'appuierait sur la religion et la propagande télévisée pour plonger la population dans le repentir et dans la peur. De là, certains analystes de gauche ont fait le rapprochement avec l'administration Bush. En poussant l'analogie à l'extrême, le parallèle entre les attentats fomentés par le gouvernement contre son propre peuple n'est pas sans rappeler certaines théories conspirationnistes (« théorie du complot »). Certains ont vu une référence aux attentats du 11 septembre 2001, lorsque Big Ben s'écroule telle l'une des deux tours du World Trade Center, même si dans le film, cette destruction est due à V et non au pouvoir en place.
Ce film porte aussi notre réflexion sur la violence, mettant ici en avant à la fois sur « violence d'État » et « violence individuelle », qui sont en partie liées dans cette histoire. V exerce ainsi une vengeance très personnelle sur le pouvoir en place, la justifiant par l'oppression plus générale que subit le peuple. Il met ainsi en évidence le fait que les aspirations individuelles sont d'autant plus fortes quand elles apprennent à faire fi de leurs différences, pour se liguer dans un objectif commun.
Cette leçon est toujours d'actualité en ce jour où les dictatures continuent de profiter des divergences entre la masse de l'opinion publique, généralement favorable à leur renversement, et leurs grands décideurs préférant préserver leurs intérêts financiers par un soutien infaillible aux régimes les plus durs, garanties pour eux de bénéfices aussi stables que substantiels.