Introduction
Jean Boutier est un historien français, né à Tulle (Corrèze) le 26 mars 1953.
Après des études secondaires au lycée Edmond-Perrier de Tulle, il est reçu à l'École normale supérieure, rue d'Ulm, à Paris en 1974 dans la section des lettres. Il effectue ses premières recherches sous la direction d'Emmanuel Le Roy Ladurie, professeur au Collège de France, recherches consacrées à la paysannerie française au moment de la Révolution française, avant d'entreprendre une thèse de doctorat sur la noblesse de la ville de Florence à l'époque moderne (XVI-XVIII siècle) sous la direction de Maurice Aymard, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales ; il la soutient en janvier 1988.
En 1980-1981, il effectue son service national comme élève-officier de réserve dans la Marine Nationale, spécialité interprète-transmission (INTRA). À l'issue des classes, il est affecté à l'État-Major de la Marine à Paris, où il sert comme aide de camp du chef d'état-major (CEMM), l'amiral Jean-René Lannuzel.
En 1982, il entre comme attaché de recherches documentaires au département des cartes et plans de la Bibliothèque nationale de France. Il y conduit les premiers travaux qui l'amèneront, vingt ans plus tard, à la publication de son monumental Les Plans de Paris. Étude, cartobibliographie et catalogue collectif, Paris, BnF, 2002 ; 2e édition, revue et augmentée, 2007.
En 1984, il devient membre de l'École française de Rome et y développe ses travaux sur les aristocraties italiennes à l'époque moderne et sur la Florence des Médicis. C'est dans ces années qu'il conduit également, en collaboration avec Philippe Boutry, alors également membre de l'École française de Rome, la vaste enquête - commencée dans un séminaire de recherches à l'École normale supérieure - sur les sociétés politiques de la France révolutionnaire, où la "sociabilité", dérivée des travaux de Maurice Agulhon, et reprise également par ceux de Daniel Roche et de Michel Vovelle, devient un puissant instrument d'analyse des formes de la politisation durant les premières années de la Révolution. L'enquête s'appuie aussi sur les processus d'"acculturation" politique, notion issue des travaux anthropologiques et de la proposition d'Alphonse Dupront. Il obtient en 1987 un des "Jean Monnet Fellowships" de l'Institut universitaire européen de Florence ; il y côtoie des historiens venus d'horizons très différents.
En 1989, il est élu maître de conférences à l'Université Michel de Montaigne Bordeaux-III. Il rejoint en 1993 l'École des hautes études en sciences sociales, où il est actuellement directeur d'études, au pôle régional de Marseille. Il poursuit ses recherches sur l'Italie de la première modernité, et plus spécifiquement sur les pratiques aristocratiques et les formes d'organisation de la vie intellectuelle dans les principales capitales des États de la péninsule. Ses travaux les plus récents manifestent un intérêt soutenu pour une histoire comparée des sociétés européennes, où il reprend, à partir de l'étude des noblesses, l'ample projet qu'avait présenté le grand médiéviste Marc Bloch en 1928. Il développe cette approche comparatiste dans des travaux consacrés d'une part aux transformations culturelles qu'entraîne la pratique de plus en plus répandue du voyage d'éducation dans les aristocraties de l'Ancien Régime, voyage plus connu sous le nom de "Grand Tour", et d'autre part aux échanges intellectuels qui organisent à l'époque moderne de complexes espaces savants trans-frontières; dans ce cadre, il a proposé une approche critique de la notion de "République des Lettres" qu'il propose de considérer à la fois comme une "société virtuelle" et une "construction imaginaire". Il travaille aussi depuis peu sur la reconstruction des bibliothèques privées de l'époque moderne.
De 1995 à 2000, il a été rédacteur en chef de la revue Enquête. Anthropologie, Histoire, Sociologie, consacrée à l'épistémologie pratique des sciences sociales et éditée par les éditions Parenthèses à Marseille.
Depuis 2002, il dirige le SHADyC (Sociologie, Histoire et Anthropologie des Dynamiques Culturelles), un des centres de recherche du pôle régional de Marseille de l'EHESS, actuellement installé dans la Vieille Charité. À partir de janvier 2010, le SHADyC devient Centre Norbert Elias, et réunit des chercheurs et enseignants chercheurs de l'EHESS, de l'université d'Avignon, de l'université Paul Cézanne - Aix Marseille 3, de l'ENS-LSH de Lyon, ainsi que des chercheurs du CNRS.
En 2007, il a créé le Prix Etienne Baluze d'histoire locale européenne, avec l'aide de la Société des Amis du Musée du Cloître de la ville de Tulle. Décerné par un jury international d'historiens présidé par Daniel Roche, professeur au Collège de France, le premier prix a été décerné le 29 février 2008 à l'historienne italienne Beatrice Palmero. Le prix a été remis à Tulle, par Jean-Pierre Dupont, président du Conseil général de la Corrèze, et par François Hollande, député de la Corrèze et alors maire de Tulle. Le second prix a été décerné le 13 mai 2010 à l'historienne anglaise Alison Carol.