Prieuré de Saint-Arnoult

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Introduction

Le prieuré en 2007

Le prieuré vers 1900

Le prieuré de Saint-Arnoult est un prieuré situé à Saint-Arnoult dans l'Oise en Picardie, qui dépendit successivement des abbayes de Saint-Germer-de-Fly et de Beaubec en Normandie.

La rareté de cette architecture datant de la fin du Moyen Âge, en pan de bois et torchis, à double encorbellement, et la qualité de son décor sculpté, ont motivé l'inscription au titre des monuments historiques de ses façades et toitures, ainsi que des deux cheminées du rez-de-chaussée, par un arrêté du 30 mai 1988.

Histoire

Origines

Le prieuré de Saint-Arnoult a tout d'abord dépendu de l'abbaye Saint-Germer-de-Fly. Ses origines sont attestées « dans les anciens titres authentiques conservés aux archives de l'hospice de Clermont ».

Son histoire est très liée à la propagation du culte de Saint-Arnoult, au milieu du XI siècle, dans le Comté de Clermont-en-Beauvaisis. Saint-Arnoult (latinisé en Sanctio Arnulfus en 1210) possédait une seigneurie qui relevait du canton de Clermont, « elle appartenait à la maison de Cany ». L'abbaye de Saint-Germer-de-Fly en fit l'acquisition.

Le culte de Saint-Arnoult

Le toponyme de Saint-Arnoult fait référence à Saint-Arnoult d'Yvelines. Ce saint, qui fut évêque de Tours, épousa Scariberge, la nièce de Clovis.Il mourut à Reims vers 533 et fut enterré à Saint-Arnoult-en-Yvelines, sur le chemin de Tours. Ses reliques furent l'objet d'un vol en 935 au profit de Crépy-en-Valois,où fut fondée une abbaye.

Au début de l'an mille, le culte de ce saint se propage et s'étend aux XI et XII siècles, au nord de Paris et dans toute l’Île-de-France. À Clermont-en-Beauvaisis, une collégiale dédiée à Saint-Arnoult et à Notre-Dame est fondée par les seigneurs de Clermont (1023). Sous l'influence de Guibert de Nogent, ancien religieux de l'abbaye de Saint-Germer-de-Fly, le culte d'Arnoul d'Yvelines se développe en Beauvaisis.

Saint-Arnoult, Saint-Jacques-de-Compostelle, et les autres

Du VI siècle au XI siècle de nombreux pèlerinages voient le jour, célébrant une multitude de Saints. Les reliques tiennent une place importante dans la société médiévale et leur culte se propage au long d'itinéraires très fréquentés, la popularité des uns influençant les autres.

La coquille Saint-Jacques, présente à plusieurs endroits sur la façade du Prieuré de Saint-Arnoult, n'est pas sans rappeler le grand pèlerinage qui naît à l'aube du IX siècle et atteint son apogée au XIV siècle. Saint-Arnoult, dans l'Oise, se trouve sur un axe Boulogne-Chartres, emprunté par les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. Ceux-ci descendaient de Boulogne à Paris en direction de Tours, empruntant la Via Turonensis par Chartres et passaient par Saint-Arnoult-en-Yvelines». À Tours, se trouvait également le tombeau de saint Martin (Martin de Tours) dont le pèlerinage très important a influencé le culte d'Arnoul.

Saint-Arnoult et Beaubec

Les abbés de Beaubec furent seigneurs, pour partie, de Saint-Arnoult. Un plan de 1751 conservé aux Archives départementales de l'Oise, atteste le lien du prieuré de Saint-Arnoult avec cette abbaye dont il dépend alors. On y voit les bâtiments d'exploitation agricole disposés autour de la cour carrée ainsi que le logis seigneurial.Sont également signalés, les terres et les bois appartenant à l'abbaye.

Un blâme d'Aveu, à l'initiative de Charles du Sauzet Du Mas, dernier abbé régulier de Beaubec, est déposé en 1746, par devant les notaires royaux au bailliage d'Amiens, résidant à Grandvilliers.

Détail du plan de 1751 : les bâtiments sont visibles sur la parcelle no 69

Plan de 1751 montrant les possessions de l’abbé de Beaubec sur Saint-Arnoult : les parcelles en jaune dépendent de la seigneurie de Beaubec.

Une exploitation agricole

Au cours de son histoire, le prieuré va prendre le statut de simple exploitation agricole. C'est probablement ce qui lui permettra de se conserver jusqu'à nous, tant bien que mal, malgré quelques vicissitudes. En 1976,un incendie détruira un grand nombre des bâtiments, épargnant toutefois le logis du XV siècle. À la fin du XIX siècle, le comte Louis Antoine Ferrand et son frère, le vicomte Ferrand demeurant ensemble au château de La Bernardière, commune de Tessonnières (Deux-Sèvres), en sont propriétaires indivis. Par adjudication, le prieuré est vendu le 30 janvier 1898, avec ses terres, à la famille Lenoir, apparentée à la famille de Boufflers. Donné en bail à plusieurs générations de fermiers, la propriété restera dans cette famille jusqu'en 1982, date à laquelle, elle est vendue à Gilles et Nelly Alglave. Elle devient la résidence familiale de ses nouveaux propriétaires qui entreprennent la restauration du site. Le prieuré fait l'objet d'une inscription partielle au titre des monuments historiques depuis 1988 et est ouvert à la visite.

Architecture

Une ossature à bois courts

La façade du prieuré, telle qu'elle se présente aujourd'hui, est l'expression de l'évolution de l'art de la charpenterie au cours de l'histoire. La partie la plus ancienne, le corps de logis, utilise une technique d'assemblage à bois courts. Elle présente deux niveaux d'encorbellement sur sommiers et un comble à surcroît. Les colombes se succèdent suivant le rythme du « tant plein que vide » caractéristique de l'époque. L'utilisation du chêne à cœur et la puissance de l'ossature révèlent, qu'au sortir de la guerre de Cent Ans, le bois d'œuvre abonde et sa qualité est maximum. Le hourdis est en torchis protégé par un enduit de chaux aérienne. Grâce à une exposition à l'est de la façade et au surplomb important des encorbellements, les sculptures présentes sur les sablières et les entretoises, se trouvant à l'abri des eaux de ruissellement sont dans un excellent état de conservation.

Les deux appentis sont des adjonctions de la fin du XVIII siècle. À cette époque, en Picardie, la technique de construction en pan de bois évolue vers une économie de moyens caractéristique de la marque paysanne, lisible sur ces ajouts. Le pan de bois n'est plus destiné à être montré et est protégé par l'enduit qui le cache. En observant le corps de logis, on remarque qu'il a été amputé d'un certain nombre de travées : la bâtisse originelle devait se prolonger de quelques travées vers la droite.

Un décor symbolique

Les éléments du décor appartiennent au vocabulaire symbolique du Moyen Âge et sont empruntés au règne animal, végétal et humain. Roses,coquilles, chêne, paons, poissons,serpents et dragons alternent avec des personnages à visage humain à côté d'autres animaux tels un singe et des chiens. Les abouts des sommiers portent encore des traces de visages fort érodés mais dont on distingue encore les coiffes. Sur une des poutres, une alternance de roses sculptées en positif et en négatif, et de coquilles offrant une face convexe et une face concave, attire l'attention : ce type de décor est fréquent sur les monuments des itinéraires menant vers Compostelle.

Roses et coquilles alternent en positif et en négatif.

Les têtes des abouts de sommiers ont été érodées. Fleur de lys visible en bas à gauche.

Coquilles et dédicace à la Vierge Marie. Les lettres de MARIE sont des serpents.

Combat contre le Dragon.

Chiens, singe et tricéphale.

Chiens, paons, roses (pièce de bois coupée et à l'envers).

Les feuilles du rosier conservent encore le détail de leurs veines.

Chélidoine.