L'abbatiale Saint-Ouen de Rouen est l'un des principaux monuments de Rouen, et un exemple achevé de l'architecture gothique en Normandie.
L'abbaye fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 1840.
Histoire
Anciennement « abbaye de Saint-Ouen », elle fut l'un des monastères bénédictins les plus puissants de Normandie, fondé en 553 sous le vocable de Saint-Pierre. La première église à cet emplacement était une basilique mérovingienne et Dadon (Saint Ouen) y fut enseveli en 684, qui donne alors son nom à l'abbaye. Aussi, le monastère bénédictin qui lui succéda à l'époque carolingienne prit tout naturellement le nom de ce prestigieux défunt. Jusqu'alors le monastère avait porté le nom des Saints-Apôtres. Cette première abbaye fut ensuite ravagée par les vikings en 841, avant d'être reconstruite en style roman à l'époque ducale. Les travaux de l'église abbatiale gothique actuelle commencèrent en 1318, après l'effondrement du chœur roman, mais ils furent ralentis par la guerre de Cent Ans. De ce fait, la nef ne fut terminée qu'en 1537 et la façade occidentale ne fut jamais parachevée avant le XIX siècle.
La pierre tombale située dans la chapelle Sainte-Agnès de l'abbatiale indique dans son épitaphe que maître Alexandre de Berneval, maître d'œuvres en maçonnerie, est l'auteur de cette église et qu'il est décédé le 5 janvier 1440. Selon toute vraisemblance, il est représenté sur la pierre tombale et sans doute est-ce celui des deux personnages, le plus âgé, qui tient en ses mains un compas et un support sur lequel est gravé un quart de rosace.
Au XVIIIe siècle, les bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur introduisirent la réforme. Une campagne de reconstruction des locaux monastiques fut entreprise.
En 1803, l'hôtel de ville de Rouen s'installa dans l'ancien dortoir des moines ou « dormitorium » du XVIII siècle. Le logis abbatial est démoli en 1816. L'église elle-même, après avoir servi un temps de fabrique au moment de la Révolution française, puis rendue au culte catholique mais sans devenir église paroissiale, sert aujourd'hui de lieu d'expositions et de concerts.
L'égliseabbatiale mesure 134 mètres de long, avec une hauteur de 33 mètres sous voûtes et possède une superbe tour centrale couronnée qui ne fait pas lanterne, contrairement à celle de la cathédrale Notre-Dame de Rouen et caractéristique du style gothique flamboyant. Elle mesure 82 mètres et un beffroi en charpente supporte les cloches, dont l'une (4 tonnes), a été fondue en 1701.
Le chœur et le chevet pentagonal avec ses onze chapelles, visibles du jardin de l'hôtel de ville, est une merveille d'harmonie et d'équilibre, tout en style gothique rayonnant, à l'exception de la partie nord du chœur contre laquelle subsiste une absidiole romane, dite « tour aux Clercs », vestige de la grande abbatiale antérieure.
À la croisée du transept
La nef, très lumineuse grâce à ses verrières sur trois niveaux d'élévation (fenêtres basses, triforium ajouré et fenêtres hautes) et la grandeur de ses baies, est typique du style flamboyant, sur le Livre des fontaines de Jacques Le Lieur qui représente toute la ville de Rouen en 1525, elle apparaît inachevée, sans ses voûtes. Accolée au nord de la nef, se dresse l'unique galerie du cloître encore existante, elle possède un beau réseau flamboyant.
La façade occidentale de l'église a été construite en style néogothique entre 1846 et 1851, sur les plans de l'architecte Henry Grégoire, qui a pris celle de la cathédrale de Cologne comme référence. Les bases des tours du XVI siècle ont été détruites. Seule la rosace est d'origine.
On entre à l'intérieur de l'édifice par le portail des marmousets qui ferme le bras sud du transept. L'étage servait jadis de chartrier ou salle des archives de l'abbaye. Les nervures de la voûte retombent sur deux grandes clefs pendantes. Au trumeau central figure la statue de saint Ouen et la partie inférieure du portail est décorée de quarante médaillons quadrilobés retraçant la vie du saint.
Les vitraux
Ils forment un ensemblecohérent, d'une grande homogénéité, réalisé entre le XIV siècle et le XV siècle. Toutes les fenêtres sont garnies de vitraux.
Sur les vitraux sont représentés uniquement des figures en pied, étant donné la hauteur de l'édifice qui rendrait impossible la lecture de scènes religieuses plus petites. Par conséquent, chacun d'eux représente un patriarche, un prophète ou une sibylle (au nord) et un saint, un prélat ou un apôtre (au sud).
Les fenêtres des bas-côtés
Il n'y a pas de chapelles latérales car on se trouve dans une égliseabbatiale, donc les fenêtres ouvrent directement sur les bas-côtés. Contrairement à ceux des baies de la nef, les vitraux figurent ici des scènes religieuses sous des décors architecturés d'une très grande finesse d'exécution.
Les rosaces
Celle du bras sud a été décorée d'une œuvre du maître-verrier Alexandre de Berneval (?) figurant un arbre de Jessé, thème récurrent dans cet art. Celle du bras nord nous montre la « Hiérarchie », réalisée par Colin de Berneval, le fils du précédent. Quant à la façade, sa rose est ornée d'un vitrail moderne et abstrait, dans de belles teintes bleues, qui tranche avec le reste du programme.
Les fenêtres du chœur
Le programme des verrières reprend celui des fenêtres hautes de la nef avec des figures en pied. Il existe cependant une exception : un vitrail moderne de Max Ingrand représentant la Crucifixion qui orne la fenêtre d'axe.
Les fenêtres des chapelles rayonnantes
Il s'y trouve la plus large collection de vitraux du XIV siècle en France. Ils illustrent par exemple la vie des saints honorés dans l'abbaye.
Elle possède un orgue Cavaillé-Coll de 1890 (reconstruction de l'orgue Crespin Carlier 1630 dans le buffet d'origine). Les quatre claviers et 64 jeux de cet orgue inspirent même à Charles-Marie Widor sa Symphonie gothique n 9 Op. 70 qu'il dédie à cet instrument, un des plus beaux de France avec celui de l'église Saint-Sulpice à Paris.
L'ancien jardin de l'abbaye est dénommé aujourd'hui « jardin de l'Hôtel de Ville ».
On peut y voir, placé à côté de l'entrée ouest, près du portail des Marmousets, une copie de la grosse pierre de Jelling offerte à l'occasion du millénaire de la Normandie en 1911, par le Danemark à la Ville de Rouen.
Non loin de là, une statue en pierre de Rollon due à Arsène Letellier et un buste en bronze du poète belge Émile Verhaeren décédé accidentellement dans la gare de Rouen en 1916 dû à Henri Lagriffoul (1948).
Au nord de l'égliseabbatiale, un bassin est décoré d'une sculpture de Alexandre Schoenewerk évoquant l'enlèvement de Déjanire par le centaure Nessus.
Martine Callias-Bey, Abbatiale Saint-Ouen, les verrières : Rouen, vol. 31, Connaissance du patrimoine de Haute-Normandie, 1993
Jean-Michel Leniaud, « Historicité ou perfectionnisme : le débat sur la façade de Saint-Ouen de Rouen », dans Bulletin archéologique, Paris, 1978
Jean-Michel Leniaud, Fallait-il achever Saint-Ouen de Rouen ?, ASI Éditions, 2002
Henri Decaëns, Rouen, Ouest-France, 1994
Photo-Club Rouennais (préface de Gaston Le Breton), Normannia. Documents sur la Normandie, J. Lecerf, 1895, 75 p. , « Ancien portail inachevé de Saint-Ouen de Rouen », p. 1-28
Jean-Pierre Chaline, L'Abbaye Saint-Ouen de Rouen des origines à nos jours, Société de l'Histoire de Normandie, Rouen, 2009, 239 p.
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J.-J. Bourassé, Abbayes et monastères de France, histoire, monuments, souvenirs et ruines. Tours: A. Mame et fils, 1900. [2]
Jules-Étienne Quicherat, Mélanges d'archéologie et d'histoire.... Paris: A. Picard, 1885-1886. [3]