Avec l'abbatiat d'Odon, Aurillac peut donc s'enorgueillir d'avoir été le prototype de celle de Cluny, et contribuer en même temps qu'elle à toutes les grandes entreprises de la Chrétienté, en particulier à la Reconquista et la Réforme grégorienne.
L'apogée (X - XIII siècles)
L'abbaye s'enrichit rapidement grâce aux immenses libéralités de Jean, le deuxième abbé qui était de la famille de Géraud, d'une comtesse Aldegarde, de plusieurs comtes de Toulouse et de Poitiers, et de nombreux autres seigneurs. Grâce aussi aux dons des fidèles et des Pèlerins puisqu'elle était un lieu de pèlerinage sur la route de Rome par les Alpes et par Le Puy, et aussi vers la Catalogne et vers Saint-Jacques-de-Compostelle; elle avait bâti le long de ces itinéraires un réseau de prieurés qui servaient de relais aux voyageurs comme l'hôpital Sainte-Marie-du-Mont, au col du Mont-Cébro en Cerdagne.
D'après une bulle de Nicolas IV datée de 1289, l'abbaye d'Aurillac possédait plus de cent prieurés, devenus par la suite autant de paroisses, puis de commune, situées dans dix-sept diocèses différents. Leurs domaines produisant à cette date plus de 80 000 livres de rente. Dans diocèse d'Agen, on trouve les prieurés de Montsempron, de Montalazat, de Lédat, d'Almayrac, de Saint-Front, etc.. Dans celui de diocèse de Toulouse le prieuré de Saint-Sulpice, le château de Soliniac, les églises de Cambiac, de Varennes, Saint-Pierre-et-Saint-Paul-de-Toulouse, etc...
Un rayonnement culturel européen
L'abbaye, qui posséda très tôt une bibliothèque et un scriptorum, constitua un foyer intellectuel et culturel important dès le X siècle : on sait par la correspondance de Gerbert avec son ancien écolâtre, qu'il procurait des manuscrits antiques à son ancienne abbaye. On le sait aussi par le témoignage de Jean de Saliburry, évêque de Charte qui mourut en 1181 lorsqu'il parle des moines de Luxeuil: "Ils sont les maîtres, non seulement des hommes éloquents, mais de l'éloquence même, car, (ils sont) égaux en plusieurs points aux moines d'Aurillac qui ont acquis une grande habileté et une longue pratique d'un grand nombre de sciences." On trouve aussi dans l'Histoire littéraire de la France, volume VI, p. 23, que "Aurillac, monastère qui avait été fondé à la fin du siècle précédent par saint Géraud, fut le principal berceau du renouvellement des lettres qui se fit au Xe siècle."
Des hôtes illustres
Ont séjourné à Aurillac :
- Borell II, comte de Barcelone
- Gerbert d'Aurillac
- Louis le Pieux
- Urbain II vint à Aurillac consacrer le nouveau monastère (bulle du 19 avril 1096), sous l'abbatiat de Pierre de Cézens qui avait assisté en 1095 au concile de Clermont où fut initiée la première croisade.
- Guillaume d'Auvergne, ministre et conseiller de Saint-Louis
- Monseigneur Bouange - Historien de l'Abbatiale Saint-Géraud.
La sécularisation (XVI - XVII
L'abbaye conservait un temporel très important dont les revenus en nature s'étaient érodés. La plupart des prieurés avaient été sécularisés pour devenir des paroisses. A l'époque moderne, à Aurillac, comme dans beaucoup d'autres établissements bénédictins, se produit une lente et imperceptible sécularisation avec l'abandon du dortoir et de la clôture rigoureuse, l'attribution de prébendes.
La stricte application de la Règle bénédictine selon l'observance clunisienne s'atténua progressivement durant les derniers siècles du Moyen Âge comme chez les autres établissements bénédictins.
Les abbés commendataires
À partir du XVI siècle, l'abbaye d'Aurillac entre dans un processus de sécularisation: à partir d'une bulle du pape Pie IV datée du 13 mai 1561, sous l'abbatiat de Martin de Beaune, chancelier de la reine Catherine de Médicis qui l'avait nommé contre l'avis des moines. Son frère, qui était un usurier devenu ministre des finances, sera destitué et condamné à mort pour concussion. Les abbés commendataires, cessent d'être élus par le chapitre et de résider dans l'abbaye.
L'introduction de la commende c'est-à-dire la nomination d'un supérieur étranger à la communauté monastique et non résident, constitua une étape importante; le prieur commendataire, souvent nommé par le roi, touchait les revenus du monastère, mais n'était pas tenu d'y résider.
Destruction par les calvinistes
Peu après, sous l'abbatiat du cardinal Aloïsius Pisani, noble vénitien qui ne vint que pour son investiture, la ville d'Aurillac est attaquée et prise le mardi 6 septembre 1569 par une bande calviniste qui instaure un véritable régime de terreur. Église, couvent, palais abbatial, sculptures, tombes, tout fut impitoyablement détruit et incendié. Tous les métaux précieux sont fondus et emportés vers la Genève, tous les livres, manuscrits, archives de l'abbaye sont entassés sur la place et brûlés. Au nom des princes de Navarre et de Condé, toutes les propriétés de l'abbaye : terres, bâtiments, droits, meubles, sont vendus à l'encan pendant plusieurs jours au cours d'enchère publiques où l'on voit des acheteurs étrangers venir de partout. Pendant quatorze mois, les habitants de la ville sont rançonnés, torturés, voir assassinés, pour leur extorquer leur argent.
Aujourd'hui, il ne reste pas grand chose de l'ancien monastère : quelques pans de l'église Saint-Pierre et Saint Paul incorporés dans l'église Saint-Géraud, la façade romane de l'ancien hôpital, quelques tours carrées qui participaient à son système de défense pour signaler par des feux l'arrivée d'ennemis.