Duchesse Anne (trois-mâts carré)

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Introduction

Duchesse Anne
Gréement :Trois-mâts carré à 5 vergues; huniers et perroquets volants; petite brigantine. Mâts en 3 parties
Débuts :17 mars 1901
Longueur hors-tout :92 m
Longueur de coque :78 m
Maître-bau :11,90 m
Tirant d’eau :5,45 m
Déplacement :1 630 T
Voilure :2 060 m²

pour 25 voiles et 3 focs
Architecte :Dr.-Ing. h. c. Georg Wilhelm Claussen
Équipage :15/20 encadrants

et 130/200 cadets et élèves
Tonnage :1 260 Tjb (721 Tjn)
Vitesse :14 nœuds
Motorisation :non
Chantier :Johann C. Tecklenborg (Bremerhaven)
Armateur :Deutscher Schulschiff Verein Allemagne Allemagne,

puis Marine française,

Ville de Dunkerque

France France
Port d’attache :Elsfleth, (Allemagne),

puis Lorient, Brest, Dunkerque (Localisation sur wikimapia)

Le (ou la) Duchesse Anne, ex-Grossherzogin Elisabeth , est aujourd'hui le seul et dernier trois-mâts carré français. Il est construit en 1901, avec une coque en acier, par le chantier Johann C. Tecklenborg de Bremerhaven-Geestemünde (Brême) selon les plans dessinés par son célèbre directeur Georg W. Claussen. Encore aujourd'hui, il est considéré comme un chef-d’œuvre notamment en raison de la forme profilée et de l'équilibre général du navire qui ménagent un espace habitable d'une grande capacité tout en innovant côté sécurité. Le Duchesse Anne a d'ailleurs trois sister-ships et de nombreux « cousins » (infra).

Ancien navire-école de la marine marchande allemande, passé sous pavillon de la Marine nationale française comme dédommagement de guerre, basé à Lorient et Brest sans reprendre la mer, il a échappé de peu à la démolition, grâce notamment à l'opiniâtreté de quelques passionnés dans les années 1970. Après une très longue restauration pour lui faire retrouver son état d'origine et lui conserver son authenticité de navire-école, c'est aujourd'hui un bateau musée, visitable dans le port de Dunkerque et utilisable pour l'événementiel. C'est le plus grand voilier français préservé mais il est définitivement à quai, ce qui explique en grande partie, malgré son pedigree, qu'il soit moins connu du grand public que le Belem qui bénéficie de la médiatisation des rassemblements de gréements traditionnels.

La Duchesse Anne fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques depuis 5 novembre 1982.

Historique du Duchesse Anne

Voilier école allemand pendant 37 ans

L'âge d'or d'un voilier modèle

Initialement sous pavillon allemand, le voilier porte alors le nom de « Grossherzogin Elisabeth » (Grande Duchesse Elisabeth) en l'honneur de sa marraine la Duchesse d'Oldenbourg qui, parce qu'elle était souffrante, ainsi que son époux, ne put cependant être présente le jour du lancement, le 7 mars 1901. Son époux, le Grand Duc d'Oldenbourg présidait l'association des voiliers écoles allemands (Deutscher Schulschiff Verein) qui s'était constituée pour armer ce type de voiliers, dont le Grossherzogin Elisabeth était le premier exemplaire commandé d'une lignée jumelle qui comportera quatre navires au total (auquel s'ajoutera de manière éphémère un bâtiment qui fut racheté en 1928).

Ce trois-mâts à coffre fut sans doute l'un des premiers navires écoles à avoir été conçu et aménagé dans ce seul but et il servira de modèle à plusieurs navires écoles des marines de guerre et de commerce construits ultérieurement en Allemagne. Initialement prévu comme cinq mâts, il fut gréé finalement en classique trois-mâts à cinq phares carrés et revêtu de la couleur blanc cassé, typique des voiliers-école allemands.

Sa conception est remarquable et ses équipements, modernes pour l'époque et ce type de bateau : les roufs, les bas-mâts et la coque sont en acier rivetés et soudés ; cinq cloisons transversales compartimentent le navire de la quille au pont supérieur en six espaces étanches, lui assurant de bonnes chances de conserver sa flottabilité en cas de voie d'eau importante; une chaudière à vapeur autorise le chauffage

Le Grossherzogin Elisabeth (futur Duchesse Anne), de trois-quart arrière, remontant l'Elbe (Peinture de Hans Bohrdt)

des logements, ainsi que la production de vapeur nécessaire au fonctionnement des pompes et aux bouilleurs fournissant l'eau potable (5000 litres/jour pour des cuves de 100 000 litres); ultérieurement, la radio sera installée à bord (vers 1910), puis, l'électrification du navire, un écho-sondeur et une chaudière d’eau chaude suivront en 1921; l'architecture générale et l'agencement intérieur sont spécialement conçus pour accueillir jusqu'à deux cents cadets, l'équipage et son commandement (Cf. Un « monument » qui s'offre à la visite).

Il aura coûté 450 000 DM de l’époque ; ce montant élevé se justifiant par la qualité supérieure des matériaux employés (tôle de bordés en acier Siemens de 12 mm, pont en pin d’Orégon de 9 cm et différentes installations relatives à la sécurité).

Le voilier est initialement placé sous le commandement du capitaine Rüdiger (Cf. liste des commandants du Duchesse Anne). L'équipage comprend vingt hommes, parmi lesquels un officier, six sous-officiers et sept matelots chargés de l'encadrement des jeunes élèves (soit initialement 32 aspirants et 99 apprentis mousses).

Le navire est en effet affecté à la formation d'officiers et de marins de la marine marchande; que des hommes !. À partir d'Elsfleth, son port d'attache (bien qu'il soit immatriculé à Oldenbourg), il effectue régulièrement ses voyages de formation, l'été en Mer Baltique et, l'hiver, vers les eaux chaudes de l'Afrique et de l'Amérique du Sud. On escomptait que les cadets et les élèves y apprennent la mer et la vie commune dans un espace restreint. Ils suivaient un enseignement où alternaient les cours pratiques (navigation, maniement du bateau, matelotage...) et les cours théoriques (allemand, géographie...). Toutefois, cet enseignement de masse sur un navire-école est parfois critiqué comme étant trop proche de la marine de guerre et fort éloigné de l'apprentissage sur un cargo classique. Les conditions sont rudes et Jean-louis Molle relate dans son ouvrage, témoignages à l'appui, la discipline toute germanique qui imprègne la formation, dont les résultats finissent néanmoins par convaincre les sceptiques. L'examen final des futurs matelots a lieu début avril sur l'Elbe et se termine par une parade qui enthousiasme les personnalités et les familles qui, par ailleurs, supportent en général la moitié des frais de la formation.

Dès après son lancement, l’empereur Guillaume II qui avait personnellement subventionné l'association, visitera le navire en juillet 1901 lors d’une escale à Travemünde (port de Lübeck). En 1903, le voilier recevra également la visite du Tsar de Russie, Nicolas II, lors d'un voyage à Saint-Pétersbourg.

Un destin qui bascule lors des deux conflits mondiaux

Au moment de la première Guerre mondiale, il est désarmé et mis à l'abri, avec son sister-ship Prinzess Eitel Friedrich, à Stettin jusqu'à la fin du conflit, tandis que venait d'être lancé par l'association le Grossherzog Friedrich August. Ce dernier et le Prinzess Eitel Friedrich seront cédés aux vainqueurs à l'issue du conflit. La duchesse reste donc après guerre le seul bateau de l'association mais l'avenir incertain de la marine à voile fait qu'il ne reprend son service qu'en 1921, après qu'un nouveau règlement de la marine marchande, auquel correspond un nouveau programme d'instruction, rend nécessaire cette reprise. Un autre voilier, rapidement défaillant, est même racheté et la construction d'un autre bâtiment jumeau est entreprise. Ce sera le Schulschiff Deutschland.

Le trois-mâts en 1913, au temps de la Grande Duchesse Elisabeth, toutes voiles dehors (Extrait de l'ouvrage de J.-L. Molle - Cf. Bibliographie)

Cependant le voilier pourtant confirmé ne cesse de rencontrer des problèmes. En 1926 il perd une partie de son mât de misaine dans une violente tempête en Atlantique Nord. À l'été 1927 se déclare un cas de typhus à bord. En 1928, il est gravement endommagé par un incendie. En 1931, il entre en collision avec un cargo britannique nommé L'Evermore. Le trois-mâts connaît aussi des moments heureux comme en juillet 1930, lors de sa rencontre au sommet avec le dirigeable Graf-zeppelin. Mais le développement de la marine à vapeur qui, mis à part les encadrants, n'a pas besoin de personnel de mer qualifié aggrave partout la crise de la marine marchande à voile. En 1931/1932 il effectue son dernier voyage dans la Baltique en essuyant une rude tempête au cours de laquelle il est frappé par la foudre au beaupré.

L'association désarme le voilier, qui est le plus ancien de ses deux navires-école, en 1932. Il est alors vendu à l'école de navigation de Hambourg, où il est encore utilisé comme navire-école à point fixe, y compris pendant la seconde Guerre mondiale. Il reçoit d'ailleurs une nouvelle voilure en juillet 1939. Le pont est blindé dès 1942.

À la fin du conflit, début septembre 1944, le "Grossherzogin Elisabeth" est cependant remorqué par précaution vers Wismar où l'instruction se poursuit, puis, après les bombardements d'avril 1945 et avant l'arrivée des troupes russes, on prévoit de le mettre à l'abri en rade de Fehmarn. Il est attaqué et touché par l'aviation britannique lors de son remorquage le 5 mai 1945. L'épouse du commandant est grièvement blessée. Abandonné par son équipage, il est saisi ce même mois de mai par l'armée britannique, puis conduit à Neustadt pour être confié à la Royal Navy.

Il aura donc été plus de 44 ans sous pavillon de la marine allemande, dont environ 37 ans d'activité effective comme navire-école et seulement 24 ans à sillonner les mers régulièrement. Auparavant, l'équipage allemand avait eu cependant à cœur de faire les réparations les plus urgentes « par reconnaissance » envers leur prestigieux navire.

Un butin de guerre sauvé de l'abandon

Un navire sous-employé et oublié en Bretagne

Au même titre que six autres navires allemands, le trois-mâts sera rétrocédé en 1946 à la France en compensation des dommages de guerre à l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Il est ainsi remis le 15 août 1946 à Kiel au commandant de la frégate des Forces navales françaises libres « la Surprise » qui lui fait passer le canal de Kiel, seul passage non miné, et le conduit jusqu'en rade de Cuxhaven. En passant par Portsmouth et Torquay, le voilier est alors remorqué jusqu'à Brest, puis un mois plus tard vers Lorient par le remorqueur l'Éléphant où il arrive le 17 octobre, en partie démâté (la mâture haute avait été déposée pour passer sous les ponts du canal de Kiel), et légèrement enfoncé (après un choc avec un liberty-ship devant Cap Gris-Nez).

Le 26 novembre 1946, il est rebaptisé « Duchesse Anne » en l'honneur d'Anne de Bretagne, sur proposition du commandant de la marine de Lorient, le contre-amiral Barthes, au moment même où vient de s'achever le tournage au large de Nantes et de Saint-Malo d'un film censé se dérouler sur un trois-mâts "Duchesse Anne" (Cf. infra). Cependant, bien qu'il y ait eu, semble t-il, le projet de le transférer à la marine marchande comme navire école, la Marine nationale ne sait qu'en faire et le trois-mâts ne reprendra pas la mer, servant d'appoint ici ou là, notamment pour le logement, compte tenu des besoins consécutifs aux destructions de la guerre. À Lorient, il abrite les équipages de sous marins à la base de Kéroman jusqu’en août 1947. Il fait ensuite office de dortoir pour colonie de vacances en août 1947 et juillet 1948, et passant du « ponton de la Martinière » au « Scorff », de caserne pour l’équipage du Brazza et de ponton jusqu'en 1951 où il est placé en réserve spéciale.

Entre temps, ce qui reste de la mâture haute et les vergues sont démontées sans précautions en 1949. La vieille coque qu'il est devenu est ensuite remorquée à Brest à nouveau par l’Éléphant (il convoiera aussi le Belem en 1980) pour être réaffecté comme bâtiment base à l’école de pilotage, annexe du Croiseur Tourville, « quai des Flottilles », puis à couple du groupe école Richelieu en 1956. Rapidement, il ne sert plus qu'épisodiquement que comme dortoir, change d'emplacement plusieurs fois et sa dégradation est à l'unisson du désintérêt qu'il suscite. Désarmé en 1959, il est d'ailleurs proposé à la démolition en 1960 et désimmatriculé et débaptisé en 1966. Entre temps, le projet du Père Jaouen de le faire naviguer de nouveau pour servir la réinsertion des jeunes délinquants a échoué.

Pourtant, le navire sera encore utilisé sporadiquement jusqu'en août 1968 pour la formation de jeunes. Ainsi, de 1960 à 1967 par l'association « Jeunesse et Marine » qui finalement n'obtient pas le transfert - trop risqué - du navire à Lorient pour y pérenniser son utilisation, comme le souhaitait le fondateur de l'association, Yves Mesnard. Des scouts marins de la « 9ème Brest » y séjournent également. Toujours à couple du cuirassé Richelieu, il héberge quelques mois les classes de l'école de manœuvre de ce dernier avant qu'elles ne rejoignent des locaux neufs. Le voiler est ensuite définitivement oublié dans un coin du port de Brest à la dégradation du temps. Il n'attend plus que sa vente à la ferraille.

De nombreux nostalgiques de vieux voiliers se mobilisent néanmoins pour sauver le vieux trois-mâts, parmi lesquels le commandant Luc-Marie Bayle, directeur du musée national de la Marine. Le mouvement est relayé par la presse régionale et nationale en 1972. Mais les projets et les déceptions se succèdent, notamment par deux fois avec la ville de Saint-Malo. En 1975-76, concomitamment à l'émission d'un timbre-poste en son honneur, faussement prometteur (infra), le projet avorté de musée de l’Atlantique à Port-Louis (à l'embouchure de la rade de Lorient) sauve néanmoins ce qui reste du voilier de la démolition. Il subit ainsi un premier carénage à Brest, puis appareille en 1977 avec le remorqueur Laborieux pour l’arsenal de Lorient où il est de nouveau laissé à l'abandon dans le fond du port à la D.C.A.N. suite à l'échec du projet le concernant.

Le sauvetage par les Dunkerquois

Quatre ans plus tard, il est finalement racheté pour le franc symbolique par la ville de Dunkerque en 1981, représentée par son maire Claude Prouvoyeur. Ainsi se concluent 35 années passées sous pavillon de la marine nationale française.

Après un carénage sommaire il est acheminé par la Marine nationale, avec le soutien de deux remorqueurs (le Chamois et le Laborieux), vers son nouveau port d'attache, Dunkerque, où il arrive le 10 septembre 1981.

Le voilier est alors dans un état général pitoyable proche d'une épave et son sauvetage est loin de faire l'unanimité. Il est grossièrement démâté, rongé par la rouille et avait été pillé en grande partie. L'intérieur n'est plus qu'un dépotoir, rempli de détritus, de roches, de gueuses de fonte et de ciment. L'un des seuls vestiges intacts restant de son époque flamboyante est la cloche de quart, qui sera rapatriée de Brest ultérieurement.

Suite à l'invitation du maire, l'association Les Amis de la Duchesse Anne se constitue alors en mars 1982 sous la présidence de Benoît Venturini pour entreprendre sa restauration, avec le soutien de la municipalité et de nombreuses personnalités du monde maritime, dont notamment celui du commandant Luc-Marie Bayle (précité), accompagné du commandant Jean Randier qui s'est déjà occupé de la restauration du Belem à Paris. À partir de 1982, principalement quai des Hollandais, le voilier est ainsi déblayé, le plus souvent à la main, puis soigneusement et patiemment remis en état sous la direction bénévole du commandant Michel Danioux auquel succède à partir de 1989, en raison de la complexité technique du chantier, Alain Bryche (ingénieur en chef du service infrastructure de la ville de Dunkerque), dans l'optique d'en faire plutôt un bateau musée lorsqu'il aura retrouvé tout son lustre.

Mais le temps de restauration initialement prévu pour trois ans et le coût des travaux estimé à quatre millions de francs avaient largement été sous-évalués compte tenu de l'état réel du voilier. Celui-ci ne réclame pas seulement une restauration mais pas loin d'une reconstruction.

Ainsi, d'innombrables problèmes techniques et une succession de mauvaises surprises s'accumuleront, occasionnant autant de retards, le chantier devant également trouver en réponse de nombreux partenariats financiers : ceux de l'État, de la Région du Nord-Pas-de-Calais, du Département du Nord, de la Ville puis de la Communauté urbaine de Dunkerque qui finalement deviendra de facto propriétaire du trois-mâts ; sans compter, la solidarité de nombreuses entreprises locales, l'intervention des stagiaires des Compagnons du devoir et du lycée professionnel qui intervinrent souvent gracieusement, ainsi que des manifestations destinées à soutenir l'intérêt populaire en faveur du trois-mâts, comme une régate en son honneur (Cf. infra). Entre temps, l'association avait obtenu le classement aux monuments historiques en novembre 1982 pour faciliter l'octroi de subventions.

Une fois globalement restauré dans le respect des traditions (Cf. L'état actuel du voilier restauré), remâté et repeint fraîchement dans ses couleurs d'origine (blanc, vert, marron et jaune), le Duchesse Anne est remorqué le 22 août 1998 par les remorqueurs Attentif et Allègre, sous les applaudissements du public massé sur les quais, en présence du nouveau maire de Dunkerque, Michel Delebarre, jusqu'à sa destination finale, devant le Musée portuaire de Dunkerque, où lui seront encore apportées les dernières finitions.

Celles-ci prendront néanmoins encore plus de deux ans et demi, soit près de vingt années, au total, pour réhabiliter la vieille Duchesse.

Le Duchesse Anne aujourd'hui

La renaissance comme bateau musée

Amarré définitivement dans le bassin du commerce du port de Dunkerque, quai de la citadelle, le Duchesse Anne est régulièrement ouvert au public depuis la célébration de son centenaire en 2001 dans le cadre de la collection à flot du Musée portuaire de Dunkerque dont il est le fleuron, aux côtés de cinq autres bâtiments plus récents, dont un remorqueur et un bateau-feu. Conformément aux motivations de ses acquéreurs, le voilier, d'ailleurs baptisé du nom d'un ancien cap-hornier (infra), contribue à faire revivre le florissant passé maritime de Dunkerque, rappelant ainsi « un temps pas si lointain où les bassins du port étaient animés par les nombreux grands voiliers dont ceux de la compagnie Bordes qui avait fait de Dunkerque son port d'attache » et dont « les mâtures élancées des trois et quatre-mâts (…) dominaient les bassins ».

Le centenaire en 2001

Le centenaire du Duchesse Anne a été célébré officiellement les 30 juin et 1 juillet 2001 en présence de l'ancien ministre d'État Michel Delebarre, député-maire de Dunkerque et président de la communauté urbaine, de Jean Deweerdt, président du Musée portuaire, et de Benoît Venturini, président de l'Association des Amis de la Duchesse Anne. Cette commémoration a vu se succéder réceptions à bord, avec une modeste reconstitution en costume d'époque, et visites de gréements traditionnels. Les festivités, plus étalées dans le temps, du 27 juin au 9 juillet 2001, bénéficièrent de la synergie d'autres événements comme le départ du Tour de France cycliste, le festival de musique et chants marins "La Citadelle en Bordées" et une parade nautique en mer (5 et 6 juillet).

À l'invitation de la Fédération Régionale pour la Culture et le Patrimoine Maritime du Nord-Pas-de-Calais (FRCPM), le vieux trois-mâts carré a ainsi reçu l'hommage d'une vingtaine de voiliers traditionnels, Dunkerque ayant, en outre, profité de pouvoir constituer une escale pour les gréements traditionnels en route pour Anvers où devait se prendre le départ de la prestigieuse course de la Cutty Sark (Tall Ships' Races) prévu début juillet 2001. Il fut ainsi possible, parfois de s'embarquer, en tout cas de contempler sur une dizaine de jours : les plus belles répliques de bateaux historiques français que sont la goélette La Recouvrance, emblème de la ville de Brest et le Le Renard, réplique du cotre malouin de Surcouf; le plus ancien bateau de travail français, le cotre-pilote Marie-Fernand du Havre de 1894; de nombreux autres bateaux traditionnels tels le Sint Pieter, scute de Blankenberge, réplique d'un vieux bateau de pêche flamand, la Brise, chaloupe de Courseulles de 1921, le Dehel, cotre-pilote d'Ouistreham de 1931, Raymonde Janine, un picoteux de 1938 basé à Caen, la Vierge de Lourdes, un caïque de Fécamp de 1949, le Christ-Roi, un dundee crevettier de 1942 et plus ancien bateau naviguant du Nord-Pas-de-Calais ; les plus beaux yachts classiques de la Manche datant de 1914 avec l' Étoile Polaire basé à Saint-Malo et le Lys Noir en provenance de Granville; deux grands voiliers de la classe du Duchesse Anne, le trois-mâts goélette belge de 1932, l'ancien navire école Mercator basé à Ostende et le trois-mâts barque hollandais Arthémis de 1926 qui faisait là son voyage inaugural après une longue restauration à Harlingen, son port d'attache.

C'est à cette occasion que le Duchesse Anne qui arborait le grand pavois (Cf. illustration ci-contre) fut officiellement ouvert au public, bien qu'il était déjà possible de visiter ponctuellement le voilier depuis bien plus longtemps sous l'égide de l'association, notamment lors des festivités marines et autres. Aujourd'hui, l'association gère encore directement les visites gratuites à l'occasion de la Fête de la mer et du nautisme (un week-end de mai) et des Journées du patrimoine (un week-end de septembre).

Un « monument » qui s'offre à la visite

Avec son grand mât culminant à 48 mètres au-dessus du pont et ses 92 mètres de long (hors tout), le Duchesse Anne est le plus grand voilier conservé en France et l'exemple rare d'un navire-école ayant gardé son authenticité originelle. Il est aussi le premier bateau classé monument historique. Enfin, c'est le seul trois-mâts français visible en permanence et pouvant être visité régulièrement même l'hiver.

Couplée ou non à celle du Musée Portuaire, sa visite s'effectue par groupe, sous la conduite et avec les commentaires d'un guide puisqu'elle n'est pas encore scénarisée. Elle permet de découvrir la totalité habitable du navire, l'organisation un peu spartiate d'un voilier école, la qualité de sa restauration et d'avoir des informations sur ce qu'était la vie à bord.

Il s'agit d'un trois-mâts à coffre d'un type particulier, avec en proue une étrave à guibre décorée d'une frise et une poupe à voûte ornée de son pavois doré où figure le nom actuel du voilier. Le pont central est ainsi délimité par une très longue dunette arrière de 24,50 m, peu surélevée, avec un rouf en boiserie apparente servant de chambre de quart placée entre la double barre du milieu et la barre de poupe adossée à la tortue (soigneusement refaite) protégeant l'appareil à gouverner, tandis qu'à l'avant se situe le modeste gaillard avant de 12 m, au sommet duquel se trouve le cabestan (mécanisme de levage des ancres) relié par un arbre vertical au guindeau situé en dessous (Cf. Galerie). Les demi-barres qui servaient à la manœuvre sont de nouveau là. À cet endroit se trouvent également les deux toilettes et les deux douches communes d'eau douce froide, à l'usage fort restreint compte tenu des effectifs. Derrière le mât de misaine, un rouf tout en acier abrite la cuisine, la menuiserie et la cambuse (remise pour les denrées du jour) avec leurs doubles portes à bâbord et à tribord, utilisées en alternance suivant le côté d'où venaient les paquets de mer (Cf. Galerie). Six cents repas par jour étaient servis. Dans l’entrepont avant se trouvent les logements de l’équipage. Les grandes salles, situées sous le pont principal, étaient réservées aux apprentis. Le jour, elles servaient de salles de cours et de réfectoire grâce à des tables escamotables. Aujourd'hui, en ce lieu, en plus de quelques tables et bancs, deux vielles photos de l'époque agrandies en posters géants illustrent la vie à bord, dont une où l'on voit les cadets à table (Cf. Galerie). La nuit, les dites tables étaient remplacées par des hamacs, suspendus aux crochets des poutrelles, sur lesquels on laissait courir un grand drap en guise de couverture. Quelques exemplaires de hamacs sont d'ailleurs présentés aux visiteurs (Cf. Galerie). Sous la dunette, on trouve parfaitement reconstitués à l'identique, le salon avec sa banquette rotonde, le bureau (Cf. Galerie) et la cabine du commandant avec sa salle de bain bénéficiant de l'eau chaude, ainsi que les cabines des officiers, deux cabines pour invités, deux infirmeries (l'une pouvant servir de salle d'opération), une pharmacie et la salle d’études des cadets. Également sous la dunette s’étend une grande salle à cartes tout en teck, ainsi qu’une salle de repos pour le commandant.

Sur le parcours de la visite se trouvent aussi une vitrine dans laquelle trônent notamment un loch à hélice, un sextant et une longue vue ; Les pavillons permettant de hisser le grand pavois sont rangés dans leurs casiers. Dans l'entrepont, les visiteurs sont généralement accueillis (suivant l'usage qu'a eu la salle récemment) par une maquette du voilier-école (Cf. infra) qu'entourent quelques panneaux résumant ses origines et depuis la saison 2010, quelques photos inédites du voilier.

À l'issue de la visite, il est possible de se procurer à la boutique du Musée portuaire, une lithographie encadrée sur le Duchesse Anne par Jean Bellis (et même un magnet, un marque-page aimanté et un porte-clefs à son effigie).

Un centre événementiel et de pédagogie

Le voilier qui offre notamment ses deux grandes salles parquetées à l'entrepont est parfois également utilisé pour des expositions temporaires, des séminaires ou diverses manifestations. Ainsi, en 2005 le lancement du guide d’informations pour les marins faisant escale dans le port de Dunkerque a lieu à bord. Le 17 février 2006, l'émission Thalassa diffusée sur France 3 se déroule en direct en partie à bord à l'occasion du carnaval. Le 30 septembre 2006, l'une des matinées du Forum L’Esprit de l’Innovation II se termine par un déjeuner à bord. Du 15 septembre au 5 novembre 2007, le voilier abrite deux expositions le concernant « Du navire-école Grossherzogin Elisabeth à la Duchesse Anne » et « Histoire du chantier Tecklenborg », sous l'égide du Musée Portuaire de Dunkerque, en partenariat avec le Musée Maritime de Bremerhaven. Des événements musicaux : ainsi en avril 2006, l'émission « En avant la musique », diffusé sur France 3 région, consacre un documentaire à l'Harmonie de Dunkerque au cours duquel celle-ci interprète à bord du trois-mâts une adaptation de « La foule » d’Édith Piaf; le 17 novembre 2006, le trois-mâts accueille une conférence/concert sur les « Chants des pêcheurs à la morue »; le 19 octobre 2008, a lieu la soirée de clôture du Festival international Albert Roussel avec en première mondiale, « Le Voyage sans retour », une suite lyrique exaltant les cap-horniers de Raymond Berner (1899-1944).

Le voilier est aussi un point de ralliement, notamment lors de la nuit des musées : ainsi, en mai 2007, a lieu devant le voilier le départ d'un rallye découverte et, un an plus tard, un spectacle poétique de trapézistes entre les mâts du bateau. Ce même mois de mai 2008 se déroule devant le navire le baptême de la promotion « Jean-Bart » de la préparation militaire marine et le RIAD (Rencontre Idéale des Arts Décalés) réalise depuis l'une de ses performances vidéo-acoustiques à bord.

De façon permanente, le Musée portuaire permet tous les mercredis à de jeunes enfants, déguisés en corsaires ou en matelots pour l'occasion, de venir s'initier et découvrir les activités des marins à bord, par exemple en jouant les gabiers autour de la confection des principaux nœuds marins. Plus ponctuellement sont organisés à bord diverses animations pédagogiques, comme des lectures d'histoires suivies d'un goûter pour les enfants de 6 à 10 ans, des chasses au trésor à la boussole pour l'anniversaire des 7-12 ans, ou des spectacles déambulatoires et poétiques pour tous et depuis septembre 2009, un apéro littéraire organisé régulièrement une fois par mois le jeudi.

En 2007/2008 le Duchesse Anne est au centre d'une anecdote archéologique. Des plongeurs de la gendarmerie maritime à l'entraînement crurent avoir découvert de vieux canons enfouis dans la vase du port sous sa coque. Une inspection en janvier 2008 infirme cette hypothèse.

L'état actuel du voilier restauré

Fruit d'une soigneuse reconstitution initiée par des bénévoles

Sous la conduite de l'ingénieur A. Bryche (précité), le voilier a été soigneusement restauré au plus près de son état d'antan par une équipe de bénévoles de l'association Les amis de la Duchesse Anne, renforcée à partir de 1985 par deux permanents salariés de la ville, Roger Blavoët et Hervé Poumaër, eux-mêmes aidés ponctuellement de quelques autres employés municipaux.

Le travail fut « titanesque ». Du navire initial ne subsistait que peu de chose en état. Ainsi aujourd'hui, en dehors de la coque, des ponts, des roufs et des mâts tronçonnés au-dessus des hunes qui, malgré leur détérioration extrême, ont été sauvés et restaurés, il ne reste d'origine que la cloche de quart, le guindeau, le cabestan, les feux de navigation en cuivre (Cf. Galerie), les bossoirs, la pompe de cale située sur le râtelier de grand mât et une des deux ancres. La figure de proue est l'originale mais sa décoration résulte d'une reconstitution. Par contre, la seule barre connue serait restée au foyer du cercle naval de Brest.

A l'intérieur, certaines parties du mobilier sont également d'origine et ont été restaurées, en particulier, les deux escaliers du logement officiers et le carrelage de la salle de bain du commandant. Le reste en piteux état a été démonté et a servi, autant qu'il était possible, de modèle pour reconstruire à l'identique, telle la rotonde de la salle à manger du commandant, par exemple (Cf. Galerie).

L'association Les amis de la Duchesse Anne avait néanmoins pu récupérer les plans originels et de nombreuses photos auprès de l’ancien armateur, l'association des grands voiliers école allemands. Ce ne fut pas toujours suffisant et, par exemple, la tortue a du être reconstruite une seconde fois grâce à des témoignages photographiques postérieurs.

Certains accommodements ont du être trouvés pour leur facilité d'entretien. Ainsi l'usage de l'acier plutôt que le bois pour la mâture haute et le bout du dehors reposant sur le beaupré. De même, le pont, n'est plus recouvert que par un parquet de 3 cm, soutenu désormais par des plaques métalliques renforcées.

Enfin, le voilier n'est pas en état de naviguer et n'a pas été restauré à cet effet du fait des coûts et des aménagements qu'auraient entraîné cette séduisante perspective. Actuellement, le gouvernail est bloqué et le bateau est tout juste lesté pour être à quai dans une partie envasée du port, raison pour laquelle il est au-dessus de sa ligne de flottaison et ne pourrait être bougé que difficilement.

Depuis sa prise en charge par le Musée portuaire de Dunkerque

Depuis que la Communauté urbaine de Dunkerque (en 2000), via le Musée portuaire, gère le trois-mâts, ce dernier n'a pas encore retrouvé en totalité ses parures extérieures d'antan, comme il était prévu par l'association Les Amis de la Duchesse Anne ni, semble-t-il, l'attention dont son entretien aurait bénéficié auparavant. La mise en valeur du navire dans son environnement poserait également question.

En effet, la double frise de proue n'a été que partiellement restaurée. Il en manque encore une partie et, surtout, la frise arrière est toujours absente. Le bateau n'étant plus navigable, la voilure semble également de peu d'intérêt pour ses gestionnaires. Ainsi, le projet initié par l’association consistant à se servir des anciennes voiles du Mercator (pourtant récupérées) pour habiller quelques vergues du navire les jours de fêtes n'a toujours pas abouti. Cela s'ajoute au fait que l'intérieur du bateau est peu garni malgré l'ébauche de quelques mises en scène (hamacs et posters géants; vareuse du commandant dans son bureau. Cf. Galerie infra). Par exemple, si le portrait de la duchesse d'Oldenbourg qui trônait par le passé dans les appartements du commandant a fini par être exposé dans la nouvelle présentation historique occupant l'entrepont, il n'y a pratiquement pas d'objets usuels en situation, excepté pour les minuscules coins pharmacie-infirmerie et cuisine du commandant; pas de reconstitution non plus, ni de moyens audio-visuels. Cependant, si l'attrait historique et touristique du navire gagnerait à une meilleure scénarisation, cela nécessite notamment des mesures de sécurité et de surveillance lourdes.

S'agissant de l'entretien du trois-mâts, le temps est passé où des bénévoles de l'association se relayaient pour « bichonner » amoureusement chaque détail du navire mais, à leur suite, le défi qu'a du relever le gestionnaire public n'était pas banal comparé à ses attributions habituelles.

De fait, après le départ progressif à partir de 2003 (effectif en 2007) du dernier permanent qui était à bord pour soigner la Duchesse et parfaire sa restauration, le trois-mâts n'a plus aujourd'hui d'équipe spécialisée dans la marine à voile qui lui soit spécifiquement dédiée. Cependant, l'entretien courant des navires a continué d'être assuré a minima par deux employés affectés à l'ensemble de la flotte du Musée. Depuis 2009 l'équipe comprend désormais quatre personnes (dont un gréeur et un chef d'atelier ancien militaire navigant) encadrée par un responsable. Quelques problèmes parmi ceux observés ont ainsi pu être solutionnés. Comme le révèlaient partiellement certaines photos, l'apparence extérieure et intérieure du navire (Cf. ci-contre) montraient quelques signes de faiblesse, au minimum inesthétiques (coulures de rouille, humidité dans certaines cabines, dorures s'effritant, etc.).

La communauté urbaine (CUD) à qui incombe de se soucier de l'état structurel du navire, a pour sa part commandité en 2005 une expertise de la mâture, la rénovation en peinture de celle-ci ainsi que le contrôle des cordages, poulies et du gréement dormant et en 2007 un diagnostic de la coque par ultrason du fait de la difficulté à l'observer de l'intérieur. Cependant, le carénage devait exiger une sortie du bateau pour un passage en cale sèche tous les trois ans, ce qui ne s'est pas produit depuis 1998 et semble même devenu extrêmement complexe en raison du lestage du bateau, de l'encombrement des ports et des moyens à mettre en œuvre. Or une inspection en 2007 aurait montré une carène à nouveau prise dans une gangue de coquillages, sans compter que l'étrave prendrait l'eau. Il semble finalement que des travaux de structure et de carénage soient programmés pour fin 2010-début 2011. Un appel d'offre a d'ailleurs été lancé le 30 juin 2010 par la CUD.

Pour les nostalgiques soucieux de préserver, avec les exigences qu'inspire la passion, l'âme et le prestige du vieux voilier, et malgré les sommes finalement engagées pour l'entretien de la flotte depuis notamment 2000, le trois-mâts pourrait souffrir de sa prise en charge par une structure ayant une vocation et des contraintes nettement plus larges que celles consistant à se consacrer exclusivement à la valorisation d'un gréement traditionnel, contrairement à la situation du Belem qui a sa propre fondation, soutenue, dès l'origine, par une grande banque et des aspirations plus « parisiennes » et médiatiques qu'attise le maintien de sa navigabilité. Pour d'autres, le voilier pourrait pâtir aussi de ce que la volonté politique de faire revivre l'histoire maritime des lieux portuaires semble avoir manqué d'ambition alors qu'elle aurait pu s'étendre de façon plus visible qu'aujourd'hui, par exemple à l'épopée des corsaires dunkerquois, notamment celle de Jean Bart, à celle des cap-horniers avec la compagnie Bordes et à la mémoire de l'opération Dynamo afin de créer la synergie nécessaire autour du Musée portuaire et de son trois-mâts historique, au sein d'un même quartier, aménagé et animé en conséquence. Ainsi, combien de promeneurs, par une chaude soirée d'été prometteuse, se sont retrouvés décontenancés après la fermeture du Musée sur un quai isolé et totalement désert, le long duquel le vieux trois-mâts paraissait comme abandonné ?

Galerie

2010 - Sur la longue dunette arrière, la salle de navigation

Les commandants du Duchesse Anne

En fait il s'agit des commandants allemands du voilier lorsqu'il se nommait encore Grossherzogin Elisabeth puisque, en raison de son affectation dans la Marine française comme bateau-base, il ne navigua plus en tant que Duchesse Anne. Compte tenu de sa qualité de navire école, le commandement était en principe confié à un capitaine ayant au moins quinze années d'expérience.

  • (1901 - 1903) Capitaine Rüdiger
  • (1903 - 1905) Capitaine Râgener (qui était auparavant second à bord)
  • (1905 - 1909) Capitaine Dessler (il pris ensuite le commandement du premier sister ship, le Prinzess Eitel Friedrich)
  • (1909 - 1912) Capitaine Van Der Heide (qui était auparavant second à bord)
  • (1912 - 1914) Capitaine Wilke (qui était auparavant second à bord)
  • (1920 - 1925) Capitaine Kley
  • (1925 - 1927) Capitaine Walker (il pris ensuite le commandement du troisième sister ship, le Schulchiff Deutschland)
  • (1927 - 1931) Capitaine Klay (le voilier est ensuite vendu à l'école de navigation de Hambourg)
  • (1931 - 1946) Capitaine Wagner (le voilier est saisi par les britanniques mais son commandant reste à bord jusqu'en août 1946)

Sisters ships du Duchesse Anne

Les trois sisters-ships du Duchesse Anne sont toujours visibles et en bon état mais un seul d'entre eux navigue encore. Avec leur aîné, ils inspirèrent les autres grands voiliers allemands; notamment, le Gorch Fock I (actuel Tovarishch) avec ses trois sister-ships et sa réplique moderne Gorch Fock II, tous sortis d'un même chantier hambourgeois, comme l'actuel Dar Pomorza (ci-dessous).

  • Le Prinzess Eitel Friedrich (1909), trois-mâts carré rebaptisé Colbert en 1918 après avoir été donné à la France (au titre de dommages de guerre à la suite de la première Guerre mondiale), puis Dar Pomorza en 1929 après avoir été revendu à la Pologne. Il n'est cependant pas issu du même chantier que la Duchesse, mais de Blohm et Voss de Hambourg. Il a navigué et poursuivi sa carrière de navire-école jusqu'en 1981. Désarmé à cette date, il est converti en bateau musée à Gdynia (prés de Gdansk).
  • Le Grossherzog Friedrich August (1914) a été donné aux Britanniques en 1919 (également au titre de dommages de guerre à la suite de la première guerre mondiale), rebaptisé Statsraad Lehmkuhl en 1922 après avoir été rétrocédé à la Norvège. Il a été gréé dès l'origine en trois-mâts barque et doté d'un moteur auxiliaire. Il est aussi légèrement plus long que les trois autres bateaux. Le mieux réussi de la série d'après certains spécialistes et le seul qui navigue encore. Géré par une association, il est basé à Bergen.
  • Le Schulschiff Deutschland (1927), construit pour remplacer à l'époque les deux précédents cédés aux vainqueurs, est un trois-mâts carré, également converti en bateau musée à Brême en 1995 après avoir été restauré. Il est le seul à être resté dans sa patrie d'origine. Il est gréé aussi en voiles carrées mais en six étages pour chaque mât, contrairement à ses aînés qui n'en ont que cinq (Cf. illustration ci-contre).

Le Duchesse Anne et la philatélie

Le Duchesse Anne n'a pas été épargné par le mauvais sort postal puisque le timbre de 1976 souligne un événement qui n'a pas eu lieu et le tampon de 1992 fait l'objet d'une grossière erreur. Le centenaire du voilier en 2001 n'a semble-t-il donné lieu à aucune manifestation philatélique, contrairement au Belem.

1976 : un timbre-poste, symbole d'un projet avorté

Le principe de créer un Musée de la mer pour l'Atlantique à Port-Louis (Morbillan), adopté dès 1973, fut finalisé en 1975, date à laquelle le ministre de la Défense décide de sa création effective et met à la disposition du musée la citadelle de Port-Louis du XVII siècle située à l'entrée de la rade de Lorient. Ce projet ambitieux, qui vise à créer un véritable conservatoire du patrimoine maritime, prévoit notamment, dans l'anse de la Brèche contiguë à la citadelle, un musée à flot dont le Duchesse Anne, en train de rouiller à Brest à l'époque, doit être le fleuron avec des bateaux traditionnels, qu'aurait pu rejoindre plus tard un petit bâtiment de guerre dès son désarmement. Le trois-mâts qui a besoin d'être sérieusement restauré subit d'ailleurs à cette fin un premier carénage puis rejoint Lorient (supra). Sur l'esplanade de la citadelle, d'autres bâtiments, un chantier d'embarcations et un atelier de maquettes doivent compléter ce dispositif innovant. Un musée d'armes anciennes est prévu.

La poste française décide d'émettre un timbre représentant cet événement en jumelant la représentation de la citadelle avec celle du Duchesse Anne. Le timbre grand format dessiné par Albert Decaris est émis le 4 décembre 1976, mis en vente générale le 6 décembre jusqu'au 20 mai 1977, date de son retrait. Les représentations photographiques du Duchesse Anne avec sa voilure n'étant pas légion, le dessinateur, par ailleurs peintre officiel de la Marine française, né lui-même l'année de la construction du voilier, pourrait s'être inspiré du document de 1913 figurant au début du présent article (supra). La valeur faciale de 1,45 f correspond à l'affranchissement d'un paquet poste non urgent. L'encart postal gaufré CEF Premier jour supporte en outre une illustration idéalisée et symbolique du Duchesse Anne, vaisseau fantôme (qu'il est encore à l'époque) sortant de l'ombre, réalisée par André Boudet et un texte résumant succinctement le projet et les origines du trois-mâts (voir le timbre et l'encart premier jour).

Le projet muséographique ne verra jamais le jour en l'état, les fonds ayant été engloutis par la rénovation de la citadelle. En outre, ses promoteurs craignaient que la surveillance des bateaux ne nécessite un entretien et un personnel trop important. Ainsi, pour mouiller le trois-mâts, il aurait fallu creuser une fouille qui risquait de s'envaser régulièrement. Certes, comme prévu, le Musée de la Marine s'installe en 1978 dans la citadelle, suivit en 1984 du musée de la Compagnie des Indes. Mais, entre temps, le Duchesse Anne est abandonné à nouveau dans un coin du port de Lorient jusqu'en 1981 (supra) et d'autres bateaux qui étaient déjà affectés au musée à flot finissent à la casse comme le « Mimosa », un germonier groisillon de 1930.

1992 : une oblitération qui ne fait pas foi

Pour célébrer son 70 anniversaire, le Club philatélique de Dunkerque a obtenu des Postes françaises l'autorisation de disposer d'une oblitération spéciale et temporaire représentant le trois-mâts Duchesse Anne, daté du 16 mai 1992. Curieusement, la silhouette du bateau représenté est un trois-mâts barque et non un trois-mâts carré. L'oblitération est apposée sur une carte postale préimprimée à l'effigie du Bateau La Poste Course autour du Monde 1989-1990, un timbre d'une valeur faciale de 2,30 f déjà retiré de la vente à l'époque mais encore en circulation (voir l'oblitération spéciale et son support).

Le Duchesse Anne en maquette

Pas moins de trois maquettes du Duchesse Anne à l'échelle 1:75 et 1:100 ont été réalisées dans les années 1995 à 1997 par Jean-Louis Molle, vice-président de l'association Les amis de la Duchesse Anne. Elles permettent de se remémorer le trois-mâts carré dans toute sa splendeur, tel qu'il était toutes voiles et pavillons dehors. On y retrouve même la frise de poupe et la double frise de proue encore absentes sur le bateau restauré (Cf. supra).

La maquette du Duchesse Anne au 1:75 par J.-L. Molle

S'aidant des plans d'archives ayant servi à la construction du vrai voilier, complétés de relevés minutieux à bord, ce spécialiste français du modélisme naval a passé environ 2 000 heures pour être au plus près de la réalité pour chacune des maquettes. Tout est fait entièrement à la main. Les voiles sont en tissu et les lattes du pont et des superstructures ont été réalisées avec les chutes de bois ayant servi à la restauration du vrai voilier, apportant aux maquettes une touche d'authenticité, même si la coque de ces reproductions est en bois, bordée sur membrures, et non en acier comme l'original ; maquettisme oblige.

L'artiste a conservé l'une des maquettes au 1:75, plus détaillée, qu'il expose régulièrement dans diverses manifestations marines sur le stand de la Fédération Régionale pour la Culture et le Patrimoine Maritime. La seconde fut offerte à Roger Blaevoet, ancien permanent à bord pour la restauration (Cf. Reconstitution par des bénévoles). La maquette au 1:100 est au Musée portuaire de Dunkerque et agrémente l'intérieur de son modèle lors de sa visite (Cf. Galerie du Musée).

Par ailleurs, la maquette de chantier du projet de construction du vrai voilier, une demi-coque longitudinale réalisée en 1900, dont la photo figure respectivement dans les ouvrages de J.-L. Molle et de D. Le Corre, se trouve aujourd'hui au musée maritime de Bremerhaven (Deutsches Schiffahrtsmuseum) (Allemagne).

La coupe du Duchesse Anne

Depuis 1993, l'une des régates organisées par Dunkerque Plaisance, avec le syndicat intercommunal Les Dunes de Flandres, a été dénommée « la coupe du Duchesse-Anne » en hommage au trois-mâts dunkerquois. L'initiative en reviendrait au président du Centre régional de voile de Dunkerque, Frédéric Hannon.

Cette manifestation de classe sport (niveau 5A) qui se déroule régulièrement en rade de Malo met en lice aujourd'hui principalement des monotypes First class 7.5, dignes successeurs des fameux first class 8 qui avaient largement animé les précédentes éditions jusqu'en 2005 (également des « Open 570 »). Elle se déroule généralement en cinq manches.

Dans les années 2000, la coupe a fait l'objet d'une compétition en juin 2001, mai 2002, juin 2003, mai 2005, mai 2006, avril 2008, la plus récente (à cette date) ayant eu lieu en avril 2010. Site des Régates du Nord (Calendrier - Archives par année).

Un voilier Duchesse Anne, figurant de cinéma

Curieusement, deux films évoquant un trois-mâts Duchesse Anne sortent sur les écrans aux deux moments clefs de la brève carrière militaire du Duchesse Anne en France, le premier au moment où le navire école allemand arrive dans la Marine française en 1946, le second, lorsque qu'il est prévu de l'en faire sortir en 1961...

  • Le Bateau à soupe est un film de Maurice Gleize de 1946, tourné à Nantes et à Paris, adapté du roman de Gilbert Dupé, dans lequel un trois-mâts "Duchesse Anne" sert de toile de fond à l'intrigue. En fait, lors du tournage en 1945, on chercha vainement un trois-mâts de ce nom. À l'époque du tournage, l'ancien cap-hornier de 1891 a disparu (Cf. infra) et le voilier allemand, futur Duchesse Anne, n'est pas encore en France. Finalement, après que le Gouvernement a été sollicité, l'on fit venir un vieux quatre-mâts français hors d'usage Capitaine Guyomard qui fut réparé et regréé avec voiles et mature prêtées par la marine nationale et rebaptisé "Duchesse Anne". C'était le dernier représentant d'après guerre des quatre-mâts de la marine française (60 mètres de longueur, 10 de large). Nul ne sait aujourd'hui si cela eut une influence sur le nouveau nom de baptême dont hérita le trois-mâts allemand à son arrivée à Lorient courant 1946.
  • Lola est un film de Jacques Demy de 1961, tourné à Nantes, dans lequel Jacques Perrin, jouant le rôle du jeune marin, dit qu'il va embarquer sur la "Duchesse Anne", sans que jamais l'on ne puisse voir le navire ! A l'époque, le Duchesse Anne fait effectivement partie de la Marine nationale à Brest mais, semblant en fin de vie, il est promis à la démolition (supra).

Homonymes ou proches

Quelques bateaux distincts du présent Duchesse Anne ont porté, ou portent encore, le même nom ou un nom faisant référence à la même personnalité historique.

  • 1901, date de naissance du futur Duchesse Anne en Allemagne, est également une date clef pour ces deux cap-horniers homonymes disparus auxquels s'ajoute ce bateau corsaire du XVIII siècle également disparu.
  • Un Duchesse Anne (1891), voilier à prime et trois-mâts barque français, construit aux chantiers Dubigeon, eut semble-t-il une carrière de cap-hornier sous l'armement de Louis Bureau & Fils à Nantes, notamment sous le commandement des capitaines Marcel Arneau et Dejoie, avant d'être vendu à un armateur norvégien en 1901. C'est par exemple sur ce bateau que René Gasnier du Fresne commença sa carrière avant d'être aérostier, puis l'un des promoteurs de l'aviation en France (premier vol en Anjou en 1908). Ce cap-hornier qui a sans doute inspiré Gilbert Dupé pour son Bateau à soupe (supra) a vraisemblablement aussi inspiré Jean Merrien, par ailleurs marin, auteur du roman « L'oiseau de mort du Cap Horn » où l'équipage du trois-mâts Duchesse Anne voit surgir aux abords du Cap Horn un vaisseau fantôme.
  • Un Anne de Bretagne (1901) trois-mâts barque français, fut également cap-hornier sous l'armement de la Société Bretonne de navigation.
  • Un Duchesse Anne, était un canot de sauvetage existant encore à Belle-Île-en-Mer en 1951
  • Un Duchesse Anne, voilier avec lequel Jacques Cassard en 1707, amarine 13 bâtiments ennemis et détruit un corsaire de Jersey, ce qui lui valut une gratification du roi et un brevet de lieutenant de frégate
  • Deux bateaux contemporains en état de navigation :
  • Une Duchesse Anne (anciennement l'« Idéal ») est aussi le nom d'une péniche française, un chaland ponté gabarit breton de 26,80 m datant de 1929, encore navigable, acquise en 2007 par Pontivy communauté (Morbihan) aux fins d'accueillir l'office intercommunal de tourisme quai Niemen à Pontivy, après sa rénovation, pour le début de la saison 2010.
  • Un Duchesse Anne (1979), ferry, postérieurement sous le nom de Connacht jusqu'en 1988, rebaptisé dernièrement (en 1997) Dubrovnik, navigue encore entre l'Italie et la Croatie, sous pavillon croate.

Bibliographie

  • (fr) Jean-Louis Molle, Le Trois-mâts carré Duchesse Anne, ex voilier-école allemand Grossherzogin Elisabeth, Punch Éditions, mai 1999, 122 p. (120 photos inédites, historique, témoignages d'anciens, sauvetage et restauration)
  • (fr) Jean-Louis Molle, Histoire d'une Duchesse sauvée par les Dunkerquois, in "Grands Voiliers Infos", n 29, 1998, Revue trimestrielle de l’Association française des amis des grands voiliers ;
  • (fr) Dossier de protection au titre des monuments historiques, le Duchesse Anne Chasse-marée (revue), 1981, n 2 p. 47 ;
  • (fr) Guide des grands voiliers, Chasse-marée (revue), 1999, p. 3 et 80 à 81 ; (réédité en 1999)
  • (fr) Daniel Le Corre, Jean-Louis Molle, Le Trois mâts carré Grossherzogin Elisabeth, la premiere vie de la grande duchesse, in Chasse-marée (revue), 1995, n 93, p. 42-51;
  • (fr) Daniel Le Corre, Décadence et grandeur de la Duchesse Anne, in Chasse-marée (revue), 1997, n 107, p. 46-53 ;
  • (fr) Daniel Le Corre, Le Trois-mâts Duchesse-Anne. Montreuil-Bellay, éditions CMD, 1999, Coll. Mémoires de nos voiliers, 120 p. (Réédité en 2003, même éditeur, collection « Bretagne ») ;
  • (fr) Ollivier Puget, Les Plus Beaux Voiliers du monde, Solar, 2006, p. 38, 41, 42 et 167 (1 édition en 1997)
  • (de) Riccardo Magrini, Schiffe, Segelschiffe - Passagier- und Handelsschiffe - Kriegsschiffe, Buchpark, 2006, p. 115
  • (de) Gerhard Eckardt, Die Segelschiffe des Deutschen Schulschiff-Vereins, éditions Verlag H.M. Hauschild GmbH Bremen, 1989 (les voiliers écoles de l’association Deutscher Schulschiff)
  • (de) Schiffbau zeitschrift (Revue maritime allemande), Für die gesante Industrie auf schiffbautechnischen und verwandten Gebieten Schulschiff Grossherzogin Elisabeth, 8 février 1902 (descriptif du nouveau voilier Grossherzogin Elisabeth);
  • (de) Jens Janssen, Segelschulschiff Grossherzogin Elisabeth, in Schiffe Menschen Schicksale (Revue maritime allemande), n 32 (rapports de voyage de cadets du Grossherzogin Elisabeth);
  • (de) Jens Janssen, Segelschulschiff Grossherzogin Elisabeth Veibe Segel über blauen Wogen, in Schicksale Deutscher Schiffe (Revue maritime), n 176, 1950 (voyage du Grossherzogin Elisabeth de 1930-31);
  • (de) Georg Büchmann, 1900-1925 - 25 Jahre Deutscher Schulchiff Verein Bargeifellt, éditions H.M Hauschild Bremen (les 25 ans de l’association Deutscher Schulchiff).
  • (de) Hans-Georg Prager, Schulschiff Deutschland - Weißer Schwan der Unterweser, Koehlers Verlagsgesellschaft, Hamburg 2000