La fonte, en sidérurgie, est un alliage de fer riche de 2,1 à 6,67 % de carbone (6,67 % étant le seuil de saturation), en dessous de ce pourcentage ce sont les aciers et les fers industriels.
Caractéristiques principales
Les fontes sont toutes des alliages destinées à la fonderie. Les fontes se distinguent des autres alliages par leur excellente coulabilité (ce terme regroupe l'inertie thermique et la fluidité de l'alliage en fusion, il est mesuré de façon normalisée par une eprouvette de Cury " en forme de spirale" ).
La fonte est un précurseur dans la fabrication de l'acier à partir de minerai (hématite) et de coke. C'est l'alliage qui sort du haut-fourneau et qui sera affiné en acier par chauffage (décarburation). On l'appelle alors fonte brute, pour la distinguer de la fonte élaborée, généralement issue d'une fusion distincte, de composition déterminée, et destinée à la production de pièces moulées.
Histoire
La fonte fut découverte en Chine durant la période des Royaumes combattants (IV siècle av. J.-C.). En Europe, c'est durant le XIX siècle que la fonte prit place dans l'économie, par l'intermédiaire du « procédé indirect » (production de fer au haut-fourneau avec obtention de la fonte en produit intermédiaire).
La fonte était produite dans des hauts-fourneaux à charbon de bois. Abraham Darby, qui était torréfacteur à l'origine, réussit à produire de la fonte à l'aide de coke (le « coak » que l'on écrivit plus tardivement : coke de l'anglais, to cook, cuire). En 1709, en utilisant du charbon peu soufré, il réalisa la première coulée de fonte au coke, dans son usine de Coalbrookdale. Mais le produit, réputé de moins bonne qualité que la fonte au bois, mit cinquante ans avant de s'imposer et de devenir l'un des produits majeurs de l'industrialisation. Entre 1777 et 1779, Abraham Darby III édifia le pont d'Ironbridge, à Coalbrookdale, le premier pont en fonte de l'histoire européenne. La production de fonte au bois persista néanmoins, pour partie en raison du protectionnisme pratiqué par les pays producteurs (France, Allemagne), en partie en raison de la qualité attribuées à ce type de fonte et des réticences de certains maîtres de forge.
Compositions des fontes
Diagramme de phase fer-carbone, permettant de visualiser la zone de définition des fontes
D'un point de vue chimique, les fontes sont des alliages fer-carbones contenant une phaseeutectique, appelée lédéburite. Sur le diagramme de phase fer-carbone métastable, il s'agit donc des alliages fer-carbone ayant plus de 2,11 % de carbone (mais ce diagramme n'est plus valable en présence d'éléments d'alliage).
On distingue les différentes fontes par leur pourcentage de carbone :
fonte hypoeutectique : de 2,11 à 4,3 % de carbone ;
fonte eutectique : 4,3 % de carbone ;
cette fonte a la température de fusion la plus basse à 1 148 °C ;
fonte hypereutectique : de 4,3 à 6,67 % de carbone.
Les aciers cristallisent dans le diagramme fer-carbone métastable fer-cémentite (représenté ci-contre), cependant, c'est le graphite qui est thermodynamiquement stable : la cémentite devrait se décomposer en
Fe3C → 3Feα + C(graphite)
mais la mobilité des atomes de carbone n'est pas suffisante pour que cela ait lieu.
Diagramme stable (pointillés) superposé au diagramme métastable (traits pleins)
Le cas est différent pour les fontes qui ont une teneur plus importante en carbone, et peuvent ainsi cristalliser dans le diagramme fer-carbone stable : fer-graphite. La différence entre ces 2 diagrammes réside en premier lieu dans la vitesse de refroidissement : quand la vitesse de refroidissement est rapide, le carbone dissout dans le fer γ n'a pas le temps de migrer sur de grandes distances et forme des carbures Fe3C, la cémentite, sur place, alors que si la vitesse de refroidissement est assez lente, le carbone peut se « rassembler » et former du graphite. Certains éléments comme le silicium permettent de favoriser la formation de graphite.
Sur le diagramme fer-carbone stable, l'eutectique est à une teneur de 4,25 %m de carbone, et fond à une température de 1 153 °C.
L'ancienne norme française NF A 02-001 indiquait :
la nature de la fonte :
FB : fonte blanche, ou fonte à cémentite, de matrice martensitique,
FGL : fonte à graphite lamellaire, ou fonte grise à graphite lamellaire,
FGS : fonte à graphite sphéroïdal, ou fonte grise à graphite sphéroïdal,
MB : fonte malléable à coeur blanc,
MN : fonte malléable à coeur noir (structure ferritique) ;
résistance à la rupture Rm en MPa ;
éventuellement l’allongement à la rupture A en %.
P. ex. : EN-GJL-150 (anciennement FGL 150) : fonte à graphite lamellaire de résistance à la rupture Rm = 150 MPa
Fonte blanche
Solution de perlite et de cémentite. Le carbone s'y trouve sous forme de carbure de fer (Fe3C). Possédant une bonne coulabilité, et un aspect blanc brillant, la fonte blanche est principalement utilisée pour les pièces d'aspect, les pièces d'usures ( tels que les pointes de socs ) et la fonderie d'art. Très résistante à l'usure et à l'abrasion, elle est très difficilement usinable.
En fonction de la teneur des éléments d'alliages, il est possible d'obtenir des fontes blanche perlitique, ou martensitique
Les principales qualités des fontes blanche sont :
Famille des fontes où le carbone se trouve sous forme de graphite. La structure graphitique du carbone est obtenue par un refroidissement très lent de la fonte, ou l'ajout de composants graphitisants comme le silicium.
Fonte GL (graphite lamellaire)
C'est la plus courante des fontes grises. Le graphite s'y trouve sous forme de lamelles.
Les principales qualités des fontes GL sont :
facilité d'usinage ;
très bonne résistance à la corrosion et à la déformation à chaud ;
relativement fragile comparé aux aciers et au fonte GS
Les principales utilisations :
toutes pièces mécanique (différentes grades de résistance) ;
bâtis de machines outils, bonne résistance aux vibrations ;
tuyaux et canalisation (il est possible de couler des tubes de grande taille via le coulage par centrifugation).
Fonte GS (graphite sphéroïdal, aussi appelée fonte ductile)
Fonte dans laquelle le graphite se trouve sous forme de nodules (sphéroïdes). Cette microstructure particulière est obtenue par l'ajout de magnésium dans la fonte peu de temps avant le moulage (si la fonte est maintenue en fusion, elle perd les spécificités des fontes GS au bout d'une dizaine de minutes). Le magnésium s'évapore mais provoque une cristallisation rapide du graphite sous forme de nodules. Cette micro-structure lui donne des caractéristiques mécaniques proches de l'acier.
Obtention d'une fonte GS
Une fonte GS est une fonte à graphite dans laquelle l'ajout d'un agent modificateur empêche par des mécanismes complexes et pas totalement compris à l'heure actuelle, la cristallisation du graphite qui se produit normalement sous forme de lamelle. Ce retard à la solidification provoque alors l'apparition du graphite sous forme de nodules plus ou moins sphériques. L'agent modificateur actuellement utilisé est le magnésium. Du fait de son avidité en soufre, il faut une fonte de base à bas taux de soufre pour éviter la formation du sulfure de magnésium: Mg + S → MgS. Paradoxalement, une fonte totalement désulfuré ne donne pas une fonte à graphite sphéroïdal. C'est pourquoi après avoir désulfuré la fonte, du soufre est réintroduit généralement sous forme de pyrite (FeS) a hauteur de 0,05 %.
La présence de phosphore fait chuter les caractéristiques de ductilité et de résilience.
Structures des fontes à graphite sphéroïdal
La structure des fontes dépend des éléments d'addition et de la vitesse de refroidissement, ces paramètres dépendent fortement de l'épaisseur des pièces. Cette structure influence fortement les caractéristiques mécaniques.
On distingue :
les fontes à matrice ferritique ;
les fontes à matrice perlitique ;
les fontes à matrice austénitique ;
les fontes à matrice bainitique ou ADI.
Désignation
Rm (MPa)
Rp0,2 (MPa)
A%
Structure de la matrice
Dureté (HB)
EN-GJS-700-2 (FGS 700-2)
700
470
2
Perlite
240-300
EN-GJS-600-2 (FGS 600-2)
600
400
2
Perlite
230-280
EN-GJS-500-7 (FGS 500-7)
500
350
7
Perlite-ferritique
210-260
EN-GJS-400-15 (FGS 400-15)
400
250
15
Ferrite
< 220
EN-GJS-350-22 (FGS 350-22)
350
220
22
Ferrite
< 200
Principales qualités des fontes GS
résistante
ductile
bonne coulabilité
soudabilité*
(* préciser les conditions car ce n'est pas sa principale qualité : je dirai soudable simplement...)
Principaux défauts
Principales utilisations
pièces mécaniques : carter, chape de liaison, bras de suspension, ...
Industrie automobile : pièce de liaison au sol (ex : bras de suspension)
Canalisations
Fonte GV (graphite vermiculaire)
Fonte dans laquelle le graphite se trouve sous forme comprise entre les lamelles et les sphères. Cette microstructure particulière est obtenue par l'ajout de magnésium à teneur plus faible que pour les fontes à graphite sphéroïdal (généralement aux environs de 0,020 % contre 0,035 % mini pour les FGS). Il est également possible d'obtenir ce type de fonte en partant d'une fonte à graphite sphéroïdal et en bloquant la transformation des germes de graphite par apport de très faibles doses de titane. La microstructure des fontes vermiculaires allie les avantages de la fonte lamellaire (coulabilité, absorption des vibrations) sans les inconvénients ( fragilité ) et les avantages de la fonte GS (résistance mécanique). Le principal désavantage est la difficulté d'obtenir la structure souhaitée et de contrôler que l'on a bien obtenu cette structure.
La fonte est utilisée pour tout type de pièce mécanique. Pour leur majorité les pièces sont obtenues par coulée du métal liquide dans des moules en sable siliceux. (voir moulage)
La fonte, et particulièrement la fonte FGS, est très utilisée par l'industrie automobile pour la fabrication, par moulage puis usinage partiel, des blocs moteur, des étriers et chapes de frein à disque, des tambours de freins ou encore des volants moteurs, organes de suspension, arbre à came, vilebrequin etc.
La fonte FGL est utilisée pour la fabrication de disques de freins, contrepoids (chariot élévateur), pour la réalisation d'éléments de chauffage, particulièrement ceux de haut de gamme.
La fonte FGL est incontournable pour la réalisation des plaques de cheminée et d'inserts de cheminée.
La fonte FGS est particulièrement utilisée en éléments de voirie comme les grilles et regards d'assainissement (grille d'égout)
Les Fontes FGS et FGL sont utilisées pour la réalisation de mobiliers urbains comme les bancs et les rambardes ouvragées (Bouches de métro Guimard), et en ornementation de bâtiments comme les appuis de fenêtre, les rosaces de portail, les pics de grille. Là, la FGS est appréciée pour sa soudabilité.
La fonte FGL est utilisée pour la fabrication de conduites et de tuyaux. A l’exclusion, depuis quelques années, des conduites de gaz de ville car elle est trop cassante vis à vis des sollicitations du trafic des véhicules lourds et particulièrement lors de l’utilisation de rouleaux compresseurs à vibration par les travaux de voirie.
La fonte FGL est préférée pour la réalisation des bâtis de machines outil car elle a une très bonne capacité d'absorption des vibrations.
Mise en œuvre
Les fontes peuvent être mise en œuvre par :
moulage : l'empreinte de la forme est obtenue par un moulage sable, coquille métallique,...
Le terme fonte est parfois utilisé pour désigner d'autres alliages, tous ces usages sont incorrects :
le terme fonte d'aluminium (de cuivre, de zinc, …) est parfois utilisé pour désigner une pièce (alliage) fabriquée par moulage ; voir Alliages d'aluminium pour fonderie ;
le terme fonte d'acier est parfois utilisé, notamment pour les articles de jardinage ou les barbecues, et désigne en réalité de la fonte grise ; un alliage ferreux ne pouvant être à la fois une fonte et un acier, la référence à l'acier est soit-disant faite pour éviter la confusion avec les fontes d'aluminium, mais en réalité la référence à l'acier est commercialement plus valorisante que la dénomination fonte grise ;
le terme fonte d'inox ou fonte inoxydable est parfois utilisé, notamment en robinetterie et pour les ustensiles de cuisines ; ce terme est volontairement trompeur car il n'existe pas de fonte normalisée inoxydable (l'oxydation posant peu de problème à la fonte) ; cette appellation désigne au mieux un alliage d'aluminium chromé, et ne donne en réalité aucune information quant aux matériaux employés et est souvent employée pour créer la confusion avec les aciers inoxydables.
Il convient donc d'être prudent quant aux articles qui utilisent cette dénomination.