Le Plantier de Costebelle est une maison d’architecture néo-palladienne construite à partir de 1857 par la baronne Hortense Pauline Husson de Prailly. Située sur la commune de Hyères-les-Palmiers, dans le département du Var, sur le versant est du mont des Oiseaux et des collines de Costebelle, la propriété surplombe la rade d’Hyères, la presqu'île de Giens et les îles de Porquerolles et de Port-Cros. Lieu de villégiature dans la deuxième moitié du XIX siècle pour d’éminents ecclésiastiques (le père dominicain Henri Lacordaire et l’évêque d’Orléans, Monseigneur Félix Dupanloup), la « Villa des Palmiers » (ainsi baptisée par M de Prailly) accueille également l’écrivain légitimiste Armand de Pontmartin. Mais la plus illustre visite à ce jour reste le passage à la Villa des Palmiers, de la Reine Victoria du Royaume-Uni accompagnée de la Princesse Henri de Battenberg, en 1892.
À partir de 1896, le romancier et académicien français Paul Bourget (1852 † 1935), auteur du Disciple, achète la propriété qui prend alors son nom actuel, « Le Plantier de Costebelle », et y reçoit de nombreuses personnalités du monde littéraire, tels André Gide, Henry James, Edith Wharton, de la sphère politique (Lady Randolph Churchill, Charles Maurras, Maurice Barrès) ou même militaire (le maréchal Joseph Joffre), et ce, jusqu’à sa mort, en 1935.
Le domaine est inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques par un arrêté du 26 décembre 1976. Son parc botanique est labellisé « Jardin remarquable » depuis novembre 2009. Après de nombreuses années de rénovation destinée à restituer l’ensemble architectural et botanique tel qu’il avait été voulu par M de Prailly au XIX siècle, Le Plantier de Costebelle est aujourd’hui une maison d’écrivain, alliant habitation privée et ouverture au public sous certaines conditions.
Histoire de la propriété
À l’origine de la propriété du Plantier de Costebelle se trouve une vaste campagne appartenant à Louis Jacques Odier, membre du Conseil souverain de la république de Genève, dès 1822. Dominique Honoré Peillon et son épouse Marguerite Adélaïde Eydoux, propriétaires hyérois, deviennent les nouveaux maîtres des lieux en 1840. À la suite de l’expropriation du sieur Peillon et lors d’une vente aux enchères, le 1 avril 1851, le domaine est adjugé à Ernest Desclozeaux. La monarchie de Juillet a fait de lui un magistrat. Il est ensuite élu député à Embrun dans les Hautes-Alpes. Mais après la révolution française de 1848, il s’éloigne de la vie politique. En 1857, Ernest Desclozeaux détache une parcelle de terrain qu’il vend à la baronne de Prailly. C’est l’acte de naissance de la propriété du Plantier de Costebelle.
La baronne Hortense Pauline Husson de Prailly, la Villa des Palmiers
Les origines familiales et la construction
Pauline Françoise « Hortense » Claire Chevandier de Valdrome (1813 † 1879) a épousé en 1834 le baron Nicolas Husson de Prailly (1804 † 1881), Président du Tribunal Civil de Première Instance de Nancy et officier de la Légion d'honneur. Les deux familles sont originaires de Lorraine. Le père de M de Prailly qui a été élevé à la dignité de Pair de France sous la monarchie de Juillet, est directeur de la manufacture de glaces de Cirey-sur-Vezouze, grâce à son mariage, sous l’Empire, avec une demoiselle Guaita.
Âgée de 27 ans, Hortense Chevandier de Valdrome séjourne régulièrement en Italie pour des raisons de santé. Alors qu’elle se trouve à Rome durant l’été 1840, où elle est entourée d’une société de Français choisis, elle héberge son frère, Paul Chevandier de Valdrome, et un ami, Théodore Chassériau.
C’est le climat rigoureux de leurs terres natales du château de Lettenbach et du domaine de Sainte-Catherine dans les Vosges ainsi que la santé fragile de madame qui incitent les Prailly à s’établir sur les premières pentes du mont des Oiseaux, à Costebelle, sur les rivages de la mer Méditerranée.
Un dessin à la mine de plomb par Théodore Chassériau, exécuté à Rome en janvier 1841, semble être le seul témoignage qui nous soit parvenu de M de Prailly, alors âgée de 28 ans. Elle y est représentée, assise, de trois quarts à droite. Après avoir appartenu un temps à la collection de dessins rassemblée par John Postle Heseltine, ce portrait, alors faussement attribué à Jean-Auguste-Dominique Ingres, entre en 1941, dans les collections de l’Ashmolean Museum d’Oxford où il est depuis exposé.
Après avoir mené à bien l’achat des différentes parcelles à Ernest Desclozeaux et aux Arène, la baronne de Prailly y entreprend l’édification d’une villa de type palladien et fait appel à un architecte qui, à cette époque et grâce au maire Alphonse Denis, concentre toutes les grandes commandes publiques dans le but de développer la station de Hyères : Victor Trotobas (1807 † 1884). Durant les quelques années que dure la construction, elle loge dans une ferme proche du chantier et qui devient plus tard la maison d’hôtes de la propriété, là-même où Paul Bourget recevait ses invités.
La villa est baptisée « Villa des Palmiers ». La baronne de Prailly prend exemple sur le jardin exotique du Château Denis, dans le centre de Hyères, et recrée un parc complanté, au milieu des essences indigènes, de palmiers rares, à l’image des jardins d’acclimatation qui ont vu le jour sur la Côte d’Azur ainsi que sur toute la Riviera méditerranéenne depuis le milieu du siècle (comme la Villa Victoria à Grasse, Hanbury au cap de La Mortola, la Villa Thuret au cap d'Antibes, les Villas Vigier et Les Tropiques à Nice, les Villas Valetta et Camille-Amélie à Cannes, et surtout le Domaine des Cèdres à Saint-Jean-Cap-Ferrat).
Les travaux engagés sont très importants, tant pour l’édification de la villa et de la chapelle que pour l’impressionnant mur d’enceinte voulu par la baronne et qui clôture entièrement le domaine et ses cinq hectares. Il semble d’ailleurs que l’édification de ce mur ait précédé la construction des bâtiments.
Le père Lacordaire et Monseigneur Dupanloup
Elle fait également bâtir une chapelle qui jouxte la maison principale et est bénie pour la première fois par son directeur de conscience, le père Henri Lacordaire, qui, durant les toutes dernières années de sa vie, est un hôte régulier à Costebelle.
La chapelle du Plantier.
En effet, le père Lacordaire connaît M de Prailly depuis 1835, puisqu’il venait prêcher à Nancy alors que la baronne n’avait que 20 ans ; leur premier rencontre avait eu lieu à la manufacture des glaces de Cirey chez Eugène Chevandier de Valdrome. Il se peut même que ce soit le célèbre dominicain qui recommande à la baronne de Prailly le site de Costebelle car il y a logé en 1847 lors de sa station à Toulon. Étrangement, cette chapelle est plus luxueuse que la maison. Mais la baronne de Prailly est très pieuse, sans doute encore plus que son frère, Eugène Chevandier de Valdrome, ministre de l’Intérieur du Cabinet Émile Ollivier, le gouvernement de réconciliation avec les catholiques.
Aussi est-il possible de considérer que la baronne de Prailly fait partie de ce milieu préoccupé par le renouveau religieux, où se retrouvent bien des légitimistes. C’est ce que semblent indiquer les lettres de M Swetchine, amie et conseillère russe du père Lacordaire, qui parle d’une certaine baronne « de P. » qui est « tout à fait hors ligne ». Elle reçoit aussi à la Villa des Palmiers le détracteur des Encyclopédistes, l’écrivain légitimiste Armand de Pontmartin (1811 † 1890). Ces précisions expliquent pourquoi Pauline Françoise Claire Hortense Chevandier de Valdrome, baronne de Prailly, porte toute son attention à la chapelle.
Berthe de Prailly par Chassériau.
Autre invité prestigieux ayant ses habitudes chez M de Prailly, l’évêque d’Orléans, M Félix Dupanloup qui y fait de fréquentes haltes en 1877 – 1878. Le célèbre orateur catholique partage ses séjours hyérois entre la villa Jenny, propriété du comte de Rocheplatte, d’une noble famille orléanaise, fidèle diocésain et la villa des Palmiers où il célèbre la messe à la chapelle. M de Prailly fait aménager pour l’évêque les stations horizontales dans le sentier qui parcourt les flancs de sa propriété. Monseigneur Dupanloup rencontre à la Villa des Palmiers Armand de Pontmartin, auteur des Causeries littéraires, que son hôtesse a aussi invité.
Adolphe Chevandier de Valdrome, oncle paternel de M de Prailly et officier sous le Premier Empire, vécut également à la Villa des Palmiers pendant de nombreuses années. Cet ancien aide de camp du général Détrès dans l’armée de Murat s’était distingué durant la campagne de Russie et à Dantzig, il avait retrouvé la baronne de Prailly à Rome. M de Prailly commença par lui la série des retours à la foi dont elle fut l'instrument dans sa parenté.
Berthe du Bouëxic, comtesse de Guichen
Les origines familiales
Berthe de Guichen.
Alphonse de Guichen.
La fille de madame de Prailly, Berthe (1835 † 1910), s’est mariée le 29 septembre 1867 avec Alphonse Luc Maxime du Bouëxic, comte de Guichen (1822 † 1894). Chef d’escadron aux lanciers de la Garde en 1830, le comte de Guichen a fait partie de la promotion « du Tremblement » à Saint-Cyr. Il est le descendant par une branche collatérale du célèbre Luc Urbain du Bouëxic de Guichen (1712 † 1790), engagé dans la Guerre d'indépendance des États-Unis et grâce à qui certains membres actuels de la famille font partie de la très fermée et très sélective société des Cincinnati. À la mort de la baronne de Prailly, à Hyères, le 12 décembre 1879, la comtesse de Guichen hérite du domaine et la Villa des Palmiers devient sa résidence.
La seule représentation de Berthe de Guichen, enfant, qui nous soit parvenue est un dessin (mine de plomb et estompe) exécuté par Théodore Chassériau, à Rome, vers 1840 – 1841. Il s’agit du portrait d’une enfant, vue à mi-corps, le visage de face, le buste de trois quarts–gauche. Ce dessin, documenté et souvent publié, est demeuré dans la famille du modèle jusqu’en 1991. Il est présent dans le commerce de l’Art parisien en 1999. Il est aujourd’hui conservé dans la collection privée de dessins réunie par le banquier calviniste genevois Jean A. Bonna qui, outre ses activités financières au sein de la banque Lombard Odier, préside la Fondation Martin Bodmer, une des plus belles bibliothèques privées du monde ayant son siège à Cologny.
La Reine Victoria à la Villa des Palmiers
La Reine Victoria arrivant à la chapelle anglicane de Costebelle (All Saints Church) après s'être rendue à la Villa des Palmiers. Dans le fond, la pinède du Plantier.
Le 23 mars 1892 le comte et la comtesse de Guichen reçoivent la Reine Victoria qui choisit Hyères comme lieu de villégiature sur la Côte d'Azur. La souveraine réside d’abord à la Villa des Palmiers avant d’occuper l’hôtel de Costebelle et l’hôtel de l’Ermitage. La souveraine arrive chez ses hôtes accompagnée de la Princesse Béatrice et du chapelain de l’église anglicane de Costebelle « All Saints Church », le Révérend Archibald Knollys. Victoria offre, pour remercier les propriétaires de la Villa des Palmiers, une variété particulière de tulipes, importées de l’Inde, qui fleurissent toujours dans le parc. La presse anglo-saxonne de l’époque suit pas à pas le séjour de sa reine sur la Côte d’Azur et relate ses moindres faits et gestes. Ainsi précise-t-on que Victoria s’est rendue plusieurs fois chez les Guichen et qu’un chemin spécial a été aménagé dans la Villa des Palmiers pour accueillir la reine et son attelage puisqu’elle se déplace souvent en compagnie de Jacquot, le célèbre petit âne gris qui la promène dans sa voiturette sur les sentiers odorants des pinèdes de Costebelle :
« (...) The Villa des Palmiers of the Count de Guichen has also been visited twice since I last wrote. A spécial path has also been made to this résidence for the use of the Queen and her small donkey-carriage. (...) »
— The Daily Graphic, « life », mardi 12 avril 1892.
Lors de ses déplacements dans le petit cabriolet attelé à Jacquot, Lady Balmoral (pseudonyme de la souveraine lors de ses déplacements privés), se rend dans les propriétés voisines qui lui ouvrent leurs portes, toujours escortée de son célèbre valet de pied, un highlander écossais en kilt qui apparaît (ci-contre à droite) en fonds de gravure (barbe et calot) ainsi que d’une dizaine de lanciers du Bengale, véritable garde rapprochée, coiffés de leurs turbans. Les villas mises à la disposition de la Cour d’Angleterre, du Prince Henri de Battenberg, du duc et de la duchesse de Rutland ou du duc et de la duchesse de Connaught sont nombreuses à Costebelle : la Villa des Palmiers en premier lieu mais aussi la Villa Costebelle (comte de Léautaud), la Villa Sylvabelle (duc Decazes), la Villa Montclair (duchesse de Grafton), la Villa Sainte Cécile (Ambroise Thomas), la Villa des Oiseaux (appartenant au flutiste Taffarel), le château de Saint Pierre des Horts (le botaniste Germain de Saint Pierre), la Villa La Boccage (Lady Charlotte Smith-Barry), le château de San Salvadour (Edmond Magnier), la Villa Almanarre (Mr and the Hon. Mrs Clowes), la Villa Luquette (Major Ellis), ou chez M. Arène à la Font des Horts.
La comtesse de Guichen arrivant à la chapelle anglicane de Costebelle pour accueillir la Reine Victoria.
« (...) The most interesting feature of the Queen's life at Costebelle will doubtless be her daily drives in the pine woods around the hotel. All the proprietors of villas in the neighbourhood have placed their grounds at her disposal and some of them have gone to the expense of repairing their pathways and making them smooth for the passage of the small donkey-carriage. The fact that these walks are only intersected by one main road make the guarding of them easy and the greatest privacy is secured. Yesterday, the Royal party visited the Villa des Palmiers, belonging to the count de Guichen and went to see the English church. (...) »
— Pall Mall Gazette, « The Queen's drives in the Pine Woods », 24 mars 1892.
En avril 1892, alors qu’elle achève son séjour hyérois, la Reine Victoria fait transmettre ses remerciements au comte de Guichen par le général Sir Henry Ponsonby, secrétaire particulier de Sa Majesté. Les Guichen ont en effet adressé, comme tous les propriétaires de villas du district de Costebelle, un bouquet de fleurs à la Princesse Béatrice pour son anniversaire, le 14 avril 1892.
En 1896, la comtesse de Guichen, veuve depuis deux ans, se sépare de la Villa des Palmiers et se retire dans son château de Cirey-sur-Vezouze où elle meurt en 1910.
Paul Bourget
Le maître du roman psychologique achète la Villa des Palmiers à Berthe de Guichen en 1896, et jusqu’à sa mort en 1935 y reçoit de nombreuses personnalités. C’est lui qui donne à la propriété son nom actuel : « Le Plantier de Costebelle ».
À l’époque, la saison d’Hyères est l’hiver. Devenu un hivernant fidèle, le romancier reçoit au Plantier des personnalités célèbres (littéraires, politiques, médicales, militaires) telles : Maurice Barrès, Edmond Jaloux, le professeur Grasset, Pierre Benoit, Jean-Louis Vaudoyer, Henry Bordeaux, Charles Maurras, Francis Carco, Mathilde Sérao, André Beaunier, Gabriel Hanotaux, alors ministre des Affaires étrangères, le professeur Charles Richet, Émile Ripert, William James, en 1900, José-Maria de Heredia, André Gide, le maréchal Joffre, le général Robert Georges Nivelle, Henry James, Gérard Bauer, Gaston Jollivet ou même Lady Randolph Churchill et le cardinal Anatole de Cabrières. En 1898, Luigi Gualdo, poète et ami milanais, lègue à Paul Bourget certains meubles que l’auteur du Disciple conserve au Plantier de Costebelle. Mais l’hôte la plus assidue chez les Bourget est Edith Wharton (propriétaire de la villa Sainte-Claire-du-Château depuis 1927) rencontrée à Newport en 1893 alors que l’écrivain avait reçu de James Gordon Bennett junior la commande d’une série d’articles sur les États-Unis.
Très proche de la haute société parisienne de la Troisième République que l’auteur du Disciple fréquente au travers des salons littéraires, l’académicien poursuit ces relations mondaines en hiver à Costebelle en rendant souvent visite aux voisins immédiats du Plantier, le comte et la comtesse de Léautaud Donine qui possèdent la Villa Léautaud, ou les Arène qui habitent le domaine de la Font des Horts (« source des jardins »). Géographiquement, les cinq hectares du Plantier sont d’ailleurs enclavés dans ces deux vastes propriétés, sur le plateau de Costebelle.
Durant l’hiver 1925, Minnie Bourget se casse le col du fémur en descendant de voiture sur l’esplanade du Plantier. Les Bourget y sont immobilisés pendant une grande partie de l’année 1926. Bourget y écrit Le Danseur Mondain. À cette chute succède une dégénérescence mentale (Minnie, depuis toujours, était d’une santé fragile ; elle avait vécu sa situation d’épouse dans l’ombre adorée de l’illustre maître, ajoutant à sa fragilité nerveuse et aux fatigues psychosomatiques, une culpabilisation constante, un complexe d’infériorité dans un univers sans enfant).
Descendance de Paul Bourget, la période contemporaine du Plantier
La propriété du Plantier de Costebelle avait été acquise par la communauté de biens ayant existé entre Paul Bourget et Minnie David auprès de Marie Catherine « Berthe » Husson de Prailly, veuve de M. Alphonse Luc Maxime du Bouëxic, le comte de Guichen, suivant acte reçu par M Patteson, notaire à Hyères, le 29 janvier 1896. Le prix était de 75 000 francs, dont moitié payée comptant et le surplus payable dans un délai de cinq ans.
Germaine Gautrez, nièce et ultime descendante de Paul Bourget. On remarque Le Plantier de Costebelle, au fonds, à droite.
Minnie, décédée le 12 octobre 1932, laissait Paul Bourget commun en biens acquêts aux termes de leur contrat de mariage reçu par M Hussenot-Desenonges le 28 juillet 1890. Il devenait légataire universel de son épouse (testament olographe de Minnie Bourget 21 décembre 1927).
En 1935, Paul Bourget ne laissait aucun héritier ayant une réserve légale dans sa succession ainsi qu’il résulte d’un acte de notoriété dressé par M Hussenot-Desenonges, notaire à Paris, les dix et quatorze janvier 1936. Mais aux termes de ses testament et codicille olographes en date à Paris des 25 janvier et 14 août 1935, déposés judiciairement aux minutes dudit M Hussenot-Desenonges, le 26 décembre 1935, l’homme de lettres avait institué pour ses légataires universels, conjoints, à savoir : M. le général Marius Daille (1878 † 1978), originaire de Savoie (Chambéry, Les Mollettes) et son épouse, madame Daille, née Marie « Germaine » Eugénie Persinette-Gautrez (1886 † 1959), nièce de Paul Bourget.
Le général Marius Daille
La réquisition du Plantier durant la Seconde Guerre mondiale
Dès le début des hostilités, les autorités locales s’inquiètent du sort réservé à la propriété de Paul Bourget, alors que son neveu, le général Daille est à la tête du 45 corps d’armée loin des côtes varoises. Le préfet propose de préserver de toute réquisition la maison de l’illustre écrivain en l’affranchissant de toutes servitudes. Mais le 10 octobre 1943, la villa est réquisitionnée. Par précaution, les archives de l’écrivain et sa bibliothèque sont déménagées à proximité, à la villa La Coualo chez le colonel Beaugier. Les durs combats de Hyères qui suivent le débarquement de Provence sur la côte des Maures en août 1944 n’épargnent pas la propriété qui est saccagée par les pilleurs d’épaves qui suivent les troupes libératrices.
La cérémonie du centenaire de la naissance de Paul Bourget en 1952
Le 28 septembre 1952, le général Marius Daille, neveu par alliance et héritier de l’académicien Paul Bourget, réunit au Plantier de Costebelle les amis de l’écrivain pour célébrer le centenaire de sa naissance et apposer deux plaques commémoratives en ce lieu qui inspira le romancier puisque certains sites hyérois, proches du Plantier de Costebelle, ont servi de décor à quatre de ses romans : Lazarine (1917), Laurence Albani (1919), Le Danseur Mondain (1926) et à une partie du roman Le Fantôme (1901). De plus, le Roman des quatre (1923), écrit en collaboration avec Henri Duvernois, Pierre Benoit et Gérard d’Houville se déroule à Hyères, plus précisément à Giens. Plusieurs nouvelles ont également pour cadre les environs du Plantier de Costebelle : Voyageuses, Les Pas dans les pas, L’Eau Profonde ou Le Justicier. La cérémonie est présidée par Gérard Bauer, secrétaire général de l’Académie Goncourt et le maire Joseph Clotis. Elle est suivie d’une exposition de photographies à la salle des fêtes du Park Hôtel.
La dation des tableaux du romancier au musée de Chambéry, en 1980
Héritier des biens de Paul Bourget et sans descendance, le général Marius Daille, qui réside à temps plein au Plantier de Costebelle depuis le début des années 1960, prend contact en 1972 avec le maire de Chambéry (ses racines familiales sont en effet savoyardes), M. Pierre Dumas, en vue d’envisager une éventuelle donation de la collection de tableaux primitifs siennois exposée dans sa maison varoise, notamment, le polyptyque du Retable de La Trinité de Bartolo di Fredi. Le Conservateur en chef du département des peintures du musée du Louvre, Michel Laclotte, se rend au Plantier de Costebelle en février 1973 pour étudier cet ensemble unique. Sous l’impulsion du conservateur du musée de Chambéry, Jean Aubert, les négociations s’orientent de la donation simple avec réserve d’usufruit vers une dation en paiement assortie d’une mise en dépôt au musée de Chambéry.
Emmanuel de Margerie, directeur des Musées de France, se rend aussi au Plantier de Costebelle le 30 décembre 1975 pour examiner la collection et envisager la soumission de certaines pièces à la Commission interministérielle d’agrément.
Le général associe à ces négociations son petit-neveu et héritier, l’amiral Gérard Daille, qui prend en main la conduite du dossier à la mort de Marius Daille en 1978. Le 14 novembre 1980, l’arrêté de dation est signé et quatre œuvres de l’école siennoise provenant de la collection Paul Bourget entrent au département des peintures du musée du Louvre pour être déposées au musée des beaux-arts de Chambéry.
Nom
Photographie
Date
Peintre
Dimensions
Matériaux, technique
Numéro d’inventaire
1
Retable de la Trinité
1397
Bartolo di Fredi
(1330 – 1410)
H.160 L.228
Ensemble de quatre panneaux, tempera sur bois
RF 1980-200
2
Fuite en Égypte
XVI
Beccafumi
(1486 – 1551)
H.64 L.53
Huile sur bois
RF 1980-206
3
Sybille ou Vestale
XV–XVI
Girolamo di Benvenuto
(1470 – 1524)
H.96 L.52
Huile sur bois
RF 1980-205
4
Vierge à l’Enfant entre deux Saints
XV
Neroccio di Landi
(1447 – 1500)
H.58 L.43
Huile sur bois
RF 1980-204
L’arrivée des œuvres siennoises du Plantier de Costebelle dans les collections nationales permet d’engager une restauration générale de ces panneaux entre 1981 et 1987 par les soins du service de restauration de l’Inspection générale des musées classés et contrôlés. Un des panneaux de La Trinité qui apparaissait être un saint évêque, était recouvert de repeints importants qui masquaient sa véritable identité, il s’agit en fait d’un Saint Dominique.
L’amiral Gérard Daille
C’est un petit-neveu du général Daille, l’amiral Gérard Daille, né le 6 février 1916 à Chambéry et mort à Arcachon le 6 janvier 2000, qui vient aux droits de son grand-oncle Marius Daille et qui s’installe au Plantier entre 1978 et 1996. Il vend en 1996 la propriété du Plantier qui est scindée entre deux propriétaires distincts : d’une part, la maison principale du Plantier, la chapelle, le parc botanique, la conciergerie et 3,8 hectares de terrains et d’autre part, la ferme et les écuries (ancienne maison des hôtes de Paul Bourget) avec 1,2 hectares.
Lorsque Le Plantier quitte la famille en 1996, de nombreuses archives intègrent le musée d'Hyères : les masques mortuaires et empreintes de mains, l'habit d’académicien mais également un bas-relief en plâtre de Paul Bourget par Roussel, des photographies, des objets (un trophée de chasse provenant de l’équipage de Chantilly, M le duc de Chartres, 1897), des archives de la famille Gautrez.
L’architecture d’une villa néo-palladienne
Architecture extérieure
La maison du Plantier de Costebelle a été construite entre 1859 et 1861 par l’architecte hyérois Victor Trotobas (1807 † 1884). Ce dernier a déjà construit une villa d’inspiration palladienne dans le quartier d’Orient, à Hyères même, la villa Venadou. Cette villa, propriété du maire Alphonse Denis et achevée en 1852, a sans doute servi d’inspiration pour la construction du Plantier qui est déclaré aux registres du cadastre en 1861.
Construite en moellons enduits, la villa comprend une façade d’apparat possédant un avant corps très saillant couronné d’un fronton triangulaire et percé au deuxième niveau d’une fenêtre palladienne. Il est flanqué de part et d’autre, de deux terrasses soutenues par des arcades en plein cintre. Au premier niveau, le mur plein se creuse d’une niche ornée d’une belle urne sculptée, un pot à feu.
Le style néogothique de la chapelle est bien différent (jusqu’à choquer) de celui de la maison. La chapelle offre un ensemble très complet et intact (une statue de la vierge, des vitraux et des ferronneries) qui constitue un exemple devenu rare d’architecture religieuse privée du XIX siècle. On remarque, dans le dessin de la façade, les libertés prises par rapport aux modèles du Moyen Âge, notamment dans l’articulation de la lanterne.
Architecture intérieure
La villa s’organise autour d’une rotonde centrale au premier niveau, située juste au-dessus d’une citerne au rez-de-chaussée, équipée pour recevoir les eaux de pluie du toit. Le choix de l’emplacement de la citerne se révèle n’être qu’un exercice de style dans la villa hyéroise, alors que dans les villas italiennes que Andrea Palladio construit au XVI siècle, ces citernes ont un usage agricole certain. L’absence d’un escalier de service incite Paul Bourget, lorsqu’il achète la propriété, à commander à l’architecte Pierre Chapoulard un escalier extérieur en excroissance sur la façade nord. Le salon principal, en « T », est encadré par une baie quadrigéminée (comportant quatre ouvertures) offrant un panorama sur les jardins.
Intérieur de la chapelle du Plantier.
Ce salon en « T » se réfère au plan traditionnel des palais vénitiens, la rotonde se retrouve à la Villa Rotonda de Palladio mais aussi à la villa dite Rocca Pisana de Scamozzi à Lonigo où ce salon rond surmonte également une citerne. Mais cette baie, qui surmonte curieusement la cheminée du salon comme à la Villa Tholozan, ne semble être qu’une illustration du style de l’architecte Palladio car elle hésite entre les ouvertures trigéminées traditionnelles de Vénétie et les compositions serliennes pour parvenir à un compromis qui respecte peu le rythme ternaire. Les basses-offices du rez-de-chaussée de la villa sont entièrement destinées au personnel domestique et abritent également une grande chambre forte où Paul Bourget entreposait ses tableaux siennois lorsqu’il quittait Le Plantier de Costebelle à la fin de la saison d’hiver.
Dédiée à la Vierge, la chapelle renferme des statues de saint Dominique et saint Vincent de Paul, patrons d’un ordre et d’une congrégation charitables auxquels la baronne de Prailly doit porter son intérêt et son dévouement. On remarque aussi les statues de saint Joseph et de sainte Catherine d’Alexandrie. La chapelle abrite la sépulture du dernier héritier de Paul Bourget, le général Daille.
Le parc botanique
Situation géographique, bioclimatique et faunistique
Le parc du Plantier de Costebelle est situé à 43°05′45″N 6°07′12″E / 43.09583, 6.12, entre 90 mètres et 120 mètres d’altitude. Les parties en pente correspondent au versant sud-est du mont des Oiseaux. Le domaine est en totalité inclus dans la zone boisée classée des collines de Costebelle, sous le Pic des fées. Cette zone d’une superficie globale de 284 hectares environ constitue une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (« ZNIEFF ») de type II, c’est-à-dire correspondant à un potentiel biologique important. Les propriétés privées du Plantier de Costebelle, de la Font des Horts et de la villa Léautaud, dont les dimensions d’origine sont restées intactes, forment l’essentiel de la partie sauvage et naturelle de ce versant est du Pic des fées et du plateau de Costebelle.
Le climat y est de type méditerranéen subhumide tempéré avec une période déficitaire en pluie qui s’étend en moyenne d’avril à septembre inclus et une période excédentaire de novembre à mars. Le régime pluviométrique place Costebelle, vis à vis de la végétation potentielle, dans la zone la plus chaude du littoral méditerranéen français à la limite des étages thermo et méso-méditerranéens. Cette zone correspond aux formations de caroubiers avec dans leur cortège floristique des espèces thermophiles comme le palmier nain naturalisé dans la garrigue de Costebelle depuis au moins une cinquantaine d’années, l’euphorbe arborescente, la barbe de Jupiter ou les vestiges de yeuseraie de basse altitude à Arisarum. On y trouve même, de façon extrêmement localisée, l’Ophrys miroir (orchidée Ciliata). La station de Météo-France la plus proche est à Hyères. Bien que la zone de rusticité des végétaux soit de 10, c’est-à-dire correspondant à un climat suffisamment chaud pour permettre à de nombreuses plantes tropicales d’y vivre, l’absence d’excès dans les températures estivales permet aux plantes des pays tempérés ou océaniques de prospérer. Ainsi, il est inexact de considérer que la zone de l’oranger englobe la portion de littoral entre Toulon (et donc Hyères) et la frontière italienne. Même si des agrumes y poussent, l’unique secteur de la Côte d’Azur ou les agrumes peuvent être produits de façon rentable est limité à la seule partie comprise entre le cap d'Ail et la frontière italienne, avec l’optimum à Garavan.
En raison de la présence endémique d’une population relique de tortues d’Hermann, protégée par l’annexe II de la Convention de Washington, dans ce territoire sanctuaire entièrement clos de murs anciens, la fauche se réalise en dehors des périodes de ponte (du 15 mai à début juillet) et de reproduction et l’utilisation de produits phytosanitaires est proscrite. Le biotope préférentiel de la tortue d'Hermann se situe dans la zone sud du domaine du Plantier : Quercus suber, Quercus pubescens, Pinus pinaster, Arbutus unedo, Erica arborea, Phillyrea augustifolia, Calycoyome spinosa, Citysus monspessulana, Spartius junceum, Pistacia lentiscus. Son préférendum thermique est optimal dans l'ensemble de la propriété, entre 25° et 30°.
L’esprit du parc botanique
La baronne de Prailly en 1841 par Théodore Chassériau.
Le parc botanique du Plantier de Costebelle, est demeuré inchangé depuis sa création en 1857. Le classement survenu en 1976 a permis d’éviter des modifications ou des agencements qui auraient pu altérer l’atmosphère passée et désuète d’un jardin du XIX siècle, témoin d’une Côte d’Azur oubliée et lointaine dont la clientèle anglaise raffolait lorsqu’elle y prenait ses quartiers d’hiver. Grâce à la présence de plantations anciennes, on y retrouve l’ambiance de certains parcs de Menton, comme celui notamment de la Villa Maria Serena, villa de villégiature typique du quartier de Garavan sur la Riviera méditerranéenne, construite par Charles Garnier. Par sa note exotique, le jardin du Plantier semble aussi rappeler le parc du Manteau, à Tamaris, conçu par Michel Pacha et ou l’on découvre de façon exceptionnelle pour la région, un Caryota, un Kentia ou deux spectaculaires Araucarias.
Le Plantier de Costebelle n’a jamais constitué un jardin botanique destiné à collectionner des végétaux pour leur intérêt propre, mais un jardin de plantes ordonné pour l’agrément. Outre les succulentes, cactées, et arbousiers, les mimosas, les chênes, les cèdres et les palmiers forment la majeure partie des espèces à grand développement et sont disposés de façon à pouvoir s’intégrer au mieux dans l’environnement. Le mouvement d’acclimatation des plantes exotiques a commencé à Hyères en 1832 sous l’impulsion de son maire Alphonse Denis et Le Plantier de Costebelle, grâce aux orientations botaniques de la baronne de Prailly, en est devenu un des témoins en agissant de fait comme un conservatoire pour certains végétaux comme l’arbousier de Chypre, par exemple, qui y pousse de façon endémique. Notons également que l’horticulteur Jean Liabaud (1814 † 1904) a obtenu et produit une rose nommée « baronne de Prailly » en 1871 qui est un rosier buissonnant hybride remontant (les hybrides remontants furent le grand succès de la seconde moitié du XIX siècle et sont considérés comme des roses « anciennes »). Ce rosier, rare en culture, a une hauteur de 120 centimètres et produit une belle fleur aux pétales régulièrement imbriqués d’un rose intense, parfumée.
Les caractéristiques du parc du Plantier de Costebelle
Liste des végétaux du parc botanique
Le Ravenea rivularis peut-il s’acclimater au Plantier de Costebelle ?
En dehors des climats tropicaux qui lui conviennent le mieux, l’espèce, endémique du sud de Madagascar ou elle pousse le long des cours d’eau uniquement, peut être acclimatée dans les régions subtropicales et tempérées chaudes. Ce palmier est très populaire aux États-Unis. Cependant sa résistance au gel étant minimum (environ - 2°C), son acclimatation est problématique dans la région méditerranéenne et nécessite impérativement des moyens de protection hivernale. On doit préférer aux traditionnels voiles d’hivernage ou toiles de jute, des abris temporaires qui peuvent rester en place tout l’hiver et qui ont été expérimentés au Domaine des Cèdres après les grands froids de 1985 et 1986..
Phoenix canariensis (dattier des Canaries, palmier de Hyères)
Jubaea chilensis (cocotier du Chili, palmier à miel)*
Butia capitata (palmier abricot, arbre à laque du Brésil)
Phoenix roebelenii (dattier du Mékong, dattier nain)
Acacia dealbata (mimosa d’hiver, mimosa des fleuristes)
Spiraea arguta (spirée)
Quelques particularités de certains végétaux du Plantier de Costebelle
Chamaedorea microspadix, une espèce très rare dans la nature
Ce palmier-bambou, originaire des forêts montagneuses du centre-est du Mexique est celui des Chamaedorea qui résiste le mieux au froid dans nos régions tempérées. L’espèce est cespiteuse, formant des touffes de plusieurs dizaines de stipes chlorophylliens et pousse à l’ombre, en sous-bois humides. Dans le parc du Plantier, les inflorescences apparaissent au printemps, directement sur le stipe, juste sous les palmes.
Les vénérables cocotiers du Chili de la propriété sont les plus massifs de tous les palmiers par le diamètre de leur stipe. Au Chili les gros sujets ont été majoritairement coupés pour en extraire la sève sucrée qui coule alors en abondance et peut se boire en bouillie, donnant du miel de palme, ou fermentée, comme du vin. Un sujet adulte peut donner 450 litres de cette sève, cause de sa raréfaction dans son pays d’origine.
Le rare sagoutier enroulé, plante très archaïque du sud de l’Inde, a un système de reproduction qui se réalise par l’intermédiaire de fleurs archaïques, très rudimentaires, disposées sur des inflorescences ligneuses en forme de cône. Chaque pied ne comporte en général qu’un seul type de cônes, mâles ou femelles, mais on a observé qu’ils peuvent changer de sexe occasionnellement, changement qui se produit souvent à la suite d’un traumatisme.
Originaire du sud du Brésil, le cocotier plumeux fut découvert par un naturaliste d’origine française, Louis Charles Adélaïde Chamisseau de Boncourt qui l’a dédié au chancelier russe Nicolas Romanzoff, commanditaire de l’exploration à laquelle il participa.
Le palmier miniature de Chusan est inconnu dans la nature. Il a été décrit à partir de plantes cultivées et demeure une énigme pour les spécialistes.
L’arbousier de Chypre a la particularité d’avoir une écorce s’exfoliant durant la période d’été laissant alors apparaître une couche de couleur vert pistache qui vire ensuite progressivement vers l’orange/brun. Vu le nombre important de sujets jeunes et anciens dans le parc, le Plantier de Costebelle agit comme un véritable conservatoire pour cette collection végétale d’arbousiers. On peut d’ailleurs observer, en dehors des limites du domaine du Plantier, sur le versant est du mont des Oiseaux (pic des Fées), et grâce à la dissémination des graines depuis le parc, quelques arbousiers de Chypre qui poussent au milieu des espèces indigènes (pinèdes de pins d’Alep, pelouses thermophiles à légumineuses).
Présence de compositions « rocaille » dans le parc, l’architecture de l’imitation
Le terme de « rocaille », qui est un dérivé du mot rococo, est utilisé pour la première fois en 1730.
La rocaille est un morceau de minéral, pierre, cailloux, de forme tourmentée que l’on utilise avec des coquillages et dont on se sert pour construire des grottes artificielles, des décorations de jardins. Le cimentier-rocailleur va ainsi créer des grottes, des bancs, de faux arbres, ou habiller un puits. Après la pose d’un premier mortier de liaison utilisé pour le gros-œuvre, des couches pour emboutir, le rocailleur sculpte les éléments dans le ciment frais à l’aide de truelles à profiler, spatules ou scalpels. L’artisan peut déposer des détails insolites (tels lézards, feuilles, et autres) et fait apparaître la vie dans un monde de faux-semblants. Le rocailleur est donc un faussaire sincère dont la technique s’est épanouie au XIX siècle. Le parc du Plantier de Costebelle possède un ensemble rocaille comprenant un banc, un faux arbre, une grotte, des rochers en ciment et un puits qui ont été restaurés en 2008 par un des derniers cimentiers-rocailleurs pratiquant encore de nos jours cette science décorative du trompe-l'œil maçonné. Cet ensemble ne doit pas être assimilé à un autre élément décoratif du parc, l’obélisque antiquisant, proche de la chapelle, qui s’apparente davantage à une folie, une fabrique de jardin classique destinée originellement à marquer la séparation entre le parc d’agrément et les vergers de la ferme.
Actualité du Plantier de Costebelle
Le Plantier de Costebelle a fait l’objet de travaux de rénovation exécutés en partie sous le contrôle de l’architecte des bâtiments de France à partir de 2006. L’objectif de ces interventions était de restituer le domaine (édifice protégé, chapelle et parc) tel qu’il avait été conçu originellement par M de Prailly. Il est aujourd’hui une propriété privée partiellement ouverte au public, uniquement sur rendez-vous, dans le cadre de l’attribution du label Jardin remarquable et sous certaines conditions détaillées sur les divers sites touristiques référencés sur internet ou autres supports et guides fournis dans les offices de tourisme ou diffusés par les DRAC.
Une maison d’écrivain membre de la Fédération des maisons d’écrivains
Le Plantier de Costebelle est membre de la Fédération des maisons d’écrivains et des patrimoines littéraires, née le 6 décembre 1997, qui a pour objet de fédérer l’ensemble des lieux littéraires : des maisons d’écrivains (la maison de Balzac, la maison de Chateaubriand par exemple), des musées conservant des collections littéraires (musée Jean Racine, musée Marcel Proust par exemple) ou des bibliothèques possédant des fonds d’archives littéraires (bibliothèque municipale de Bourges, bibliothèque de l’université de Bourgogne par exemple). La fédération organise des manifestations littéraires et diffuse des informations concernant les lieux et les collections.
Dans cet esprit d’approfondissement des connaissances en littérature, Le Plantier de Costebelle met à la disposition des chercheurs le fonds d’archives littéraires concernant l’écrivain Paul Bourget, notamment le manuscrit du Roman des quatre, écrit en collaboration « à quatre mains » avec Gérard d’Houville, Pierre Benoit et Henri Duvernois, la correspondance inédite du romancier avec la marquise d’Argenson qui apporte une lumière nouvelle sur la naissance de son œuvre Le Démon de midi ou le manuscrit de ses Notes Sociales.
Un parc botanique labellisé « Jardin remarquable »
Depuis novembre 2009, le parcbotanique du Plantier de Costebelle est labellisé « Jardin remarquable » par le Ministère de la Culture. Il est le seul parc privé labellisé à Hyères, aux côtés des trois espaces publics que sont les parcs Olbius Riquier, Saint-Bernard et Sainte-Claire. Ce label d’État, crée en 2004, vise à reconnaître et valoriser les parcs et jardins, publics (Domaine du Rayol, Villa Ephrussi de Rothschild par exemple) ou privés (Parc du Moulin Blanc, Jardins d'Albertas par exemple), ouverts à la visite et présentant un intérêt botanique avéré. Ce label, accordé pour cinq années, renouvelable et révocable, est attribué par le préfet de région après avis favorable d’une commission présidée par le directeur régional des Affaires culturelles.
L’entretien du parc étant un des éléments déterminants de l’attribution du label, un plan de gestion des espaces ainsi labellisés doit être prévu. Ce document de programmation impératif est un outil de suivi technique (coupes à blanc, replantations de sujets déjà formés), scientifique (recensement des taxons ou des cultivars par exemple), sanitaire (surveillance des palmiers afin d’éviter la présence de parasites invasifs tels que le charançon rouge) et économique (budgets à prévoir) du jardin.
L’attribution de ce label impliquant l’ouverture au public, Le Plantier de Costebelle ouvre son parc botanique à la visite d’avril à juillet et au mois de septembre, sur rendez-vous et il s’agit toujours d’une visite guidée payante. La propriété participe également aux deux manifestations nationales annuelles que sont les Rendez-vous aux jardins (le premier week-end de juin) et les Journées européennes du patrimoine (troisième week-end de septembre). Dans ces deux cas, l’ouverture au public est de droit, sans nécessité de rendez-vous préalable.
L’ouverture au public nécessite chaque année, avant le 1 février, l’envoi d’une déclaration d’ouverture au Délégué Régional au Tourisme. Ce document précise les conditions d’ouverture de l’immeuble privé et permet aux différents organismes institutionnels régionaux et départementaux (Comité départemental du tourisme) auquel il est retransmis, d’inclure sur leurs supports touristiques, le lieu concerné.
Un monument historique reconnu
La propriété du Plantier de Costebelle est inscrite à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques (façades et toitures) depuis un arrêté du 26 décembre 1976. Elle adhère à différents réseaux, des partenaires institutionnels qui ont pour but la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel et architectural français. Ceux-ci, par l’intermédiaire d’associations dont la notoriété est appréciée des pouvoirs publics, assistent les propriétaires privés sur le plan juridique, technique et financier en récompensant sous forme de prix, les programmes de restauration patrimoniale. Parmi ces associations dont Le Plantier de Costebelle est membre, on remarque :
- L’association reconnue d’utilité publique Vieilles maisons françaises, fondée en 1958 par la marquise de Amodio se consacre à la sauvegarde et à la mise en valeur du patrimoine bâti et paysager et au développement des moyens de financement du patrimoine.
- Depuis sa création en 1924 par le docteur Joachim Carvalho et Boni de Castellane, l’association La Demeure historique met au service des monuments privés son savoir-faire acquis en 80 ans d’existence notamment pour améliorer la gestion des monuments privés.
- Les Parcs et Jardins de Provence-Alpes-Côte d’Azur participent aux actions nationales pour la préservation et le développement des parcs et jardins remarquables et représentent les responsables de parcs et jardins auprès des administrations régionales, nationales ou internationales. Cette association est notamment présente au sein de la commission régionale en charge de l’attribution du label Jardin remarquable.