Type de végétation: Formations herbacées (graminées, composées, légumineuses)
Latitudes: moyennes
Les prairies, savanes et broussailles tempérées sont des écorégions (ou biomes) pouvant prendre le nom de steppe, pampa ou veld selon l'endroit où elles se localisent. Le paysage naturel est celui d'une immense étendue d'herbes dont les arbres sont le plus souvent complètement absents, sauf le long des cours d'eau.
Situation
Cet ensemble couvre de vastes superficies (plaines)Souvent situé au coeur de nombreuses étendues continentales aux latitudes extremement grandes. Dans l'hémisphère nord, en Eurasie, il se retrouve de la Hongrie (puszta de la plaine pannonienne) à la Sibérie occidentale et au Kazakhstan en passant par l'Ukraine et les rebords méridionaux de la Russie d'Europe, puis, après une discontinuité, dans le sud de la Sibérie centrale et orientale et la Mandchourie. En Amérique, cette écorégion correspond au centre des États-Unis et du Canada, à l'est des Montagnes Rocheuses. La pampa argentine et le haut veld sud-africain représentent ce biome dans l'hémisphère sud.
Flore
La formation végétale des prairies est composée principalement de plantes herbacées annuelles, notamment de la famille des poacées ou graminées vivaces, dont les rhizomes, les bulbes ou les tubercules peuvent se maintenir pendant de nombreuses années, souvent entre dix et vingt ans. Leur appareil superficiel présente l'aspect d'une formation continue d'herbes jointives qui poussent sous la forme de touffes ou de plaques gazonnantes. Ces graminées appartiennent à un nombre restreint de genres, une douzaine environ, dont la répartition est fonction des différences de température et de précipitations. Certains sont originaires de la zone tempérée froide comme les agropyrum, poa, stipa, d'autres proviennent des espaces subtropicaux tels les andropogon, bouteloua, panicum.
Lorsque la savane s'élève sur les plateaux ou montagnes, elle peut prendre l'aspect de certaines prairies de zones tempérées de l'hémisphère nord (Ici : Plateau de Nykia, Malawi)
Quelques composées et légumineuses poussent également au milieu des graminées, on les regroupe aux États-Unis sous le nom de forb. Ces plantes peuvent survivre en enfonçant leurs racines pivotantes plus profondément que les graminées, jusqu'à trois ou quatre mètres sous terre au lieu de un ou deux.
Conditions climatiques et période végétative
La prairie en Chine du nord
Ces biomes sont caractérisés par un climat tempéré à pluviométrie faible à modérée. La prairie est établie dans les régions de climat continental caractérisé par un hiverfroid - quatre mois inférieurs à 0° à Bismarck dans le Dakota du Nord, cinq mois à Hsingan en Mandchourie, des gels journaliers pendant huit mois à Bismarck et onze mois en Mandchourie - des étés en revanche chauds avec 21° à Bismarck et en Mandchourie. Les précipitations ne sont guère élevées (Bismarck reçoit 394 mm annuellement, Hsingan seulement 308 mm) et se concentrent essentiellement durant la période estivale.
La période végétative est donc relativement courte et l’aspect de la prairie change considérablement selon les saisons. En hiver, l’appareil superficiel des herbes est desséché, la prairie revêt un aspect terne, gris, triste. Dans les régions continentales, le rayonnement nocturne est intense, les températures négatives (de – 2°C à – 20 °C en moyenne, parfois nettement moins en absolu), le sol gèle sur plusieurs dizaines de centimètres mais les rhizomes résistent bien à ces conditions difficiles. Dès les premières chaleurs, au printemps, après la fonte des neige et le dégel, les plantes prévernales et vernales se développent rapidement et fleurissent. La prairie se découvre ainsi couvertes de fleurs : boutons d'or, anémones, menthes, iris, jacinthes. Les graminées des espèces dominantes (comme les andropogon) se développent plus lentement et submergent progressivement les autres herbes pour former une masse dense et homogène. En été, l'eau des averses est absorbée immédiatement par les feuilles et les racines et s'avère insuffisante pour compenser la transpiration. Les herbes se dessèchent donc après avoir permis aux organismes souterrains d'accumuler les réserves. En automne, les herbes sèchent et la prairie se pare de teintes variées, rouge, jaune, brun... Une partie des eaux de pluie s'infiltre dans le sol, l'évaporation est à cette saison plus réduite en raison de températures plus fraîches et le sol n'est pas encore gelé.
Oglala National Grassland, ancien habitat des troupeaux de bisons
La vigueur et la densité de la végétation herbacée doit évidemment être mise en rapport avec l'abondance des précipitations annuelles. Lorsque ces dernières sont supérieures à 500 mm, la prairie est formée de hautes herbes dont la hauteur peut dépasser 2 mètres. Quand au contraire, elles ont faibles (entre 300 et 400 mm), les herbes sont plus courtes (moins de 0,50 m) et la proportion des graminées annuelles augmente. On commence à voir apparaître des buissons xérophiles, des armoises et le tapis herbacé devient discontinu, en fait on passe de la prairie à la steppe proprement dite.
Sol
Le sol typique de la prairie est le tchernoziom, c'est-à-dire le terre noire que l'on retrouve principalement en Ukraine où les précipitations annuelles varient entre 350 et 400 mm. Ce chernozem convient parfaitement au type de formation végétale qu'est la prairie car :
il est équlibré. Il n'existe pas ou peu de mouvements excessifs vers le bas qui provoqueraient le lessivage des horizons supérieurs, ni de remontées dangereuses vers la surface aboutissant à des concrétions superficielles.
il est riche en matière organique humifiée en raison de l'abondance des débris végétaux fournis par la prairie.
il est calcimorphe, c'est-à-dire qu'il y a saturation du complexe absorbant en raison de la teneur élevée en azote et en base des graminées. Le pH est d'environ 7 à 8, le rapport C/N est compris entre 8 et 10.
il est profond, bien aéré, grâce au réseau dense des racines et à l'action des animaux fouisseurs, des rongeurs qui représentent les 3/4 de la faune ukrainienne, des vers de terre qui digèrent une grande partie de l'humus.
Faune
La grande prairie américaine était habitée par le bison d'Amérique du Nord qui a nourri plus d'une centaine de générations d'Amérindiens du nord
Environs d'Eskdalemuir (Écosse)
Les herbes de la prairie offraient d'importantes possibilités alimentaires pour les oiseaux, certains insectes comme les sauterelles et surtout pour de grands troupeaux d'herbivores qui devaient seulement, en fonction de la période végétative, pratiquer de grandes migrations à la recherche de leur nourriture. Dans la prairie d'Amérique du nord, au début du XIX siècle, se déplaçaient d'immenses troupeaux de bisons (de 50 à 70 millions d'individus). Leur destruction massive qui a failli conduire à leur extinction n'a été qu'un épisode de la mise en valeur de la prairie.
Action de l’homme
Les steppes en Asie centrale ont souffert de l'action humaine. Inversement, la steppe a pu se développer à la suite de la dégradation par l'homme de régions anciennement boisées, comme dans le Sertão brésilien et le Sahel (même si des facteurs naturels ont pu expliquer au moins en partie l'assèchement de ces régions).