Le sanctuaire de Notre Dame d'Arantzazu est un sanctuaire marial situé dans la municipalité d'Oñati au Guipuscoa, dans le Pays basque (Espagne). On y vénère la Vierge d'Arantzazu, patronne de cette province.
Il se trouve à une altitude de 750 m, entouré de montagnes et de végétation. La Vierge y serait apparue en 1469. Depuis 1514, des religieux de l'ordre des Franciscains y résident. Sa basilique, construite dans les années 1950, est une œuvre architecturale, sculpturale et artistique de grande importance dans laquelle ont travaillé d'éminents artistes de renommée internationale.
Étymologie
Sonnaille
Le nom du sanctuaire, du lieu et de la Vierge font référence à la légende de son apparition. En effet, le mot arantzazu vient du basque "lieu d'épines" en référence à l'existence de nombreux arbustes épineux en cet endroit.
Esteban de Garibay, dans son ouvrage "Compendio historial de las Crónicas y universal historia de todos los Reynos de España" (1628), prétend que la Vierge serait apparue à une jeune fille nommée Maria de Datuxtegui. Dans ce même livre, il donne une autre version plus connue. Ce récit a été recueilli de la bouche même d'une personne, qui aurait connu un berger nommé Rodrigo de Balzategui. Ce berger aurait découvert une petite image de la Vierge avec son enfant dans ses bras, cachée dans une touffe d'épines, près d'une sonnaille. À sa vue, il se serait écrié :
Arantzan zu ? Dans les épines, toi ?
Cette légende se retrouve dans la première histoire écrite par le Franciscain Gaspar de Gamarra vingt ans plus tard, en 1648: Llámasse Aránzazu en buen lenguaje cántabro-bascongado y como la ethimología de haverse hallado esta santa imagen en un espino, que en esta lengua se llama Aranza y se le añade la dicción zu, y es a mi ver lo que sucedió en el misterioso hallazgo de esta soberana margarita que, lleno de admiraciones el pastor, viendo una imagen tan hermosa y resplandeciente de María Santíssima que hacía trono de un espino, la dijo con afectos del corazón: Arantzan zu?, que es como si dixera en lengua castellana: Vos, Señora, siendo Reyna de los Angeles, Madre de Dios, abogada de pecadores, refugio de afligidos, y a quien se deven tantas veneraciones y adoraciones, cuando merecíais estar como estáis en los cielos en throno de Seraphines, mucho más costoso y vistoso que el que hizo Salomón para su descanso. Vos, Señora, en un espino?
L'historien, Père Lizarralde, qui a conçu le blason du sanctuaire, se fonde pour cela sur cette légende, en dessinant une épine sur laquelle jaillit une étoile, dont la lumièreeffraie un dragon, l'envoyant dans les abîmes. On peut y lire "Arantzan zu".
Situation
Vue extérieure de l'abside du sanctuaire d'Arantzazu
La situation du sanctuaire est exceptionnelle, à 10 km d'Oñati (Guipuscoa), au milieu d'une succession de ravins et cavités, montagnes rocailleuses et petits cours d'eau qui se perdent au fond de la vallée, en bas de l'édifice du sanctuaire.
De nombreuses sierras convergent vers ce lieu, notamment la sierra d'Elguea, celle d'Aitzkorri, celle d'Aitzgorri (1 528 m), ou encore le massif d'Aloña, coupé par un grand précipice dans lequel coule la rivière et sur lequel se dressent les pics de Aitzabal, Beitollotsa et Gazteluaitz.
La route menant au sanctuaire pénètre dans les montagnes calcaires escarpées, au-dessus du Rio. Peu après la sortie d'Oñati, un panorama magnifique s'ouvre sur l'ensemble urbain, depuis le balcon naturel qu'offre le haut de Urtiagain. À partir de là, la route est parsemée de points religieux, figurines de la Vierge, chapelles. Sur certains tronçons de la montée on peut voir l'ancienne chaussée qu'empruntaient les pèlerins. Cette route a notamment été suivie par Ignace de Loyola, pour aller voir celle qu'il considérait comme sa mère. Des grottes se trouvent près des fermes et des anciens établissements pour les pèlerins et indiquent la proximité du lieu marial. Après avoir passé le bord d'un profond précipice, on aperçoit les édifices qui composent le complexe monastique, parmi lesquels se détache la basilique, avec sa façade et sa tour impressionnantes.
La grande place (dont une partie sert de parking) est disposée entre les austères murs du séminaire franciscain et le ravin. En face, à droite de la route, se trouve la basilique, avec une grande façade encerclée par deux tours jumelles et protégée par la tour au clocher, sur sa gauche. Le bas de cette façade, dessinée par Oteiza, se situe au niveau inférieur du chemin. De grandes marches donnent l'accès aux grandes portes en fer. La frise représentant les apôtres, au nombre de quatorze, reste en conséquence au même niveau que la voie. Les tours, construites dans de gros blocs de calcaire taillés en pointe de diamant symbolisent les épines.
Au bas de cette basilique se trouve une ancienne chapelle transformée en crypte qui renferme une œuvre picturale avant-gardiste dans ses murs. Le lieu se trouve à 700 m d'altitude, accroché à une profonde vallée. C'est un point de départ pour de nombreuses randonnées, dont le massif d'Aitzkorri. Dans cette zone datant du Crétacé se trouvent de nombreuses grottes, des précipices et des puits.
La vierge d'Arantzazu
La statue de la vierge d'Arantzazu est taillée dans la pierre avec un profil gothique et un dessin simple. Dans la main droite elle tient une boule, symbolisant le monde, et dans la gauche, un enfant, assis sur sa jambe. Elle mesure 36 cm et pèse 9 kg. Son visage est décrit comme celui d'une villageoise, paysanne, saine, au long cou et à la poitrine généreuse. L'enfant n'est pas aussi bien travaillé. Il a un air byzantin et porte un fruit dans sa main gauche. Ils sont représentés assis sur un tronc d'épines blanches avec une sonnaille à leurs côtés.
L'histoire du sanctuaire est peu riche de reliques et de documents, notamment à cause de la perte d'une bonne partie du patrimoine au XIX siècle.
Débuts
Durant la première partie du XV siècle, des guerres dans différents territoires du Pays basque, opposant les factions oñacinos (oñaciens) et les gamboinos (gamboins), ont mené le pays à la ruine. À la même époque, il y a une grande sècheresse, que certains attribuent à une punition divine à cause des atrocités de la guerre. C'est alors qu'apparaît l'image de la Vierge sur le mont Aloña.
D'après la légende de la découverte de la Vierge par Rodrigo, celui-ci descend au village, où se déroulent des prières publiques pour que cesse la sècheresse. Il raconte aux villageois sa découverte en leur disant qu'ils doivent aller en procession, jusqu'au lieu où il a trouvé l'image, pour qu'il commence à pleuvoir. C'est ce qu'il se produit lorsqu'ils descendent l'image de la Vierge au village.
Une confrérie d'Arantzazu a été constituée par ceux qui forment la noblesse d'Oñate. Cette confrérie, qui à ses débuts est uniquement composée par le voisinage d'Oñate et d'Arrasate, disparaît en 1834.
Juana de Arriarán appuie économiquement la construction du sanctuaire et construit une pension pour pèlerins à côté de l'ermitage de la Vierge. Elle demande aussi à son fils, Pedro de Arriarán, moine de l'ordre de Notre-Dame de la Merced, de s'installer avec d'autres moines et d'ériger un monastère, avec la permission du comte d'Oñate. La communauté s'installe à Aranzazu en 1493.
L'ordre de Notre-Dame de la Merced abandonne le monastère assez rapidement. Pedro de Arriarán tente de donner la charge des installations aux Franciscains pour que ceux-ci l'incorporent dans la province franciscaine de Castille mais le projet n'aboutit pas. Ce sont les Dominicains qui prendront en charge le couvent et le sanctuaire.
En 1510, le frère Domingo de Córdova Montemayor est nommé prieur. Les Franciscains entament un procès avec les Dominicains pour la propriété du monastère. Ils obtiennent un jugement favorable par le Tribunal de la Rota en 1512. Deux ans plus tard, le 22 avril 1514, les installations sont rendues aux Franciscains. L'ordre des Jéronimos engage également un procès pour prendre possession du complexe spirituel. C'est Juana de Arriarán en personne qui défend l'ordre devant la reine Jeanne la Folle et appelle les Jeronimes au sanctuaire. Cet épisode est consigné dans une bulle du pape Léon X.
Premier incendie
En 1553, les installations sont entièrement terminées dans leur fonctionnement. Mais un incendie va entièrement les détruire. Le responsable provincial des Franciscains, dans une lettre envoyée à Ignace de Loyola, décrit les faits de cette manière :
Dans cet incendie sont perdus les archives et les ex-votos qui étaient conservés dans le cloître, témoignages de reconnaissance des gens qui se rendaient en ce lieu en quête de réconfort. Avec la collaboration et la donation des fidèles et des nobles, ainsi que de beaucoup d'institutions, la municipalité d'Oñate verse une donation de 300 ducats d'or pour la construction d'un nouveau couvent. Selon l'historien Esteban de Garibay, il est bien mieux bâti que le précédent, et ceci en très peu de temps. Dès 1567, l'ouvrage est terminé et on commence à planifier la restauration de l'église qui avait été sauvée. Seule la construction du nouvel autel et du porte-croix prend encore 18 ans. En 1621, on transfère la Vierge sur le nouvel autel. Les autorités catholiques de Rome accordent un jubilé solennel et la célébration de divers actes festifs et liturgiques amènent des fidèles de tout le Pays Basque et de la Navarre. Les cérémonies sont célébrées en Espagnol et en Basque.
Second incendie
Vierge d'Aránzazu dans son autel
Le 22 juillet 1622, peu après l'inauguration de la nouvelle église, un autre incendie dévaste les installations. La Vierge est sauvée des flammes mais tout le reste est détruit. Un témoignage écrit relate les faits de cette manière :
Suite au nouvel incendie, on recommence la construction des installations. De nouveau, l'appui des fidèles et des autorités est fondamental pour mener à bien les travaux. Cette fois, on gagne du terrain sur le précipice en réalisant une partie de l'ouvrage au-dessus du vide. Comme le dit le père Luzuriaga :
La nouvelle église compte deux chapelles superposées, la supérieure dédiée au service de la Vierge. Les installations sont habillées de diverses œuvres d'art que Luzuriaga en personne qualifie de richissimes et de joyaux artistiques. La Vierge est placée derrière un voile très fin, que deux religieuses lèvent à la demande des pèlerins, et entourée de douze chandelles. Tant l'autel que le chœur sont bien travaillés. Dans le chœur, on fait construire un orgue par un frère du couvent, Juan de Tellería, qui est déjà très réputé comme maître facteur d'orgue. À l'église succède la construction d'autres dépendances comme l'hôtellerie pour pèlerins et un amphithéâtre.
Le XIX siècle et le troisième incendie
San Miguel Arcángel d'Oñate
Le XIX siècle est très peu favorable au sanctuaire guipuscoan. Le 9 août 1809, le roi Joseph Bonaparte, frère de Napoléon Bonaparte et installé par ce dernier, signe un ordre qui supprime les ordres religieux et saisit leur biens. Le 9 septembre, la mairie d'Oñate ordonne l'exécution de la loi et le déménagement des installations du sanctuaire. Il ne reste plus que le prêtre Javier de Aguirre. Quelques mois plus tard, en décembre, on nomme le chapelain Jose Manuel de Uralde, qui assume ses fonctions avec un cortège de 15 religieux originaires d'Oñate.
Le 2 juillet 1810, on transfère l'image de la vierge d'Aránzazu à l'église paroissiale Saint Michel d'Oñate. Le 24 avril 1811, on arrête neuf religieux du monastère que l'on emmène à Vitoria-Gasteiz (Alava) et Monmendi. Ces faits se déroulent en pleine guerre d'indépendance. Celle-ci terminée, on ramène l'image de la Vierge au sanctuaire d'Aránzazu, le 20 avril 1814.
Le 11 septembre 1822, le sanctuaire est attaqué par un capitaine de l'armée mettant le feu à certaines installations et causant des dégâts mineurs. La communauté religieuse abandonne temporairement le couvent et se réfugie dans la chapelle franciscaine de Bidaurreta à Oñate, emmenant la Vierge avec eux. Le 11 juin 1823, ils ramènent l'image à Aránzazu.
Les troupes libérales commandées par le Général Rodil, au cours d'une des guerres carlistes, considèrent les Frères comme des défenseurs de l'absolutisme de Fernand VII. Ils détruisent les installations du couvent et le sanctuaire le 18 août 1834, emprisonnant la communauté franciscaine. Assez rapidement, on réalise la construction d'installations provisoires pour héberger l'image de la Vierge et quelques rares frères qui la gardent. Le 13 décembre 1840, un ordre est dicté, dissolvant la communauté franciscaine d'Aránzazu, tout en maintenant celle de Biduarreta. La mairie d'Oñate nomme chapelain d'Aránzazu le frère Tomás de Echenagusía et l'image de la Vierge est déplacée à l'église du couvent de Bidaurreta.
Le 14 juillet 1844, le chef politique du Guipuscoa donne l'autorisation de commencer la restauration des installations d'Aránzazu et, deux ans plus tard, en octobre 1844, on termine les travaux qui seront inaugurés le 17 novembre. Dans la procession qui emmene la Vierge depuis Oñati à sa nouvelle église d'Arantzazu, plus de 10 000 personnes sont présentes.
Le 27 septembre 1878, on autorise la restauration de la communauté franciscaine. En 1879, on autorise la récolte de fonds pour mener à terme l'amélioration du chemin du sanctuaire. La nouvelle route sera inaugurée en 1881. Trois ans plus tard, le 10 août 1884, on inaugure le nouveau couvent, pratiquement cinquante années après sa destruction lors des guerres successives.
Le 13 septembre 1885 est la date choisie pour couronner la vierge d'Arantzazu, devenant le premier couronnement canonique en Pays basque. A cause d'une épidémie de choléra, le couronnement ne se fera que le 6 juin 1886.
Les installations du sanctuaire vont se compléter et, en 1892, on inaugure le retable majeur de l'église.
Le XX siècle, la nouvelle basilique
Le XX siècle est celui qui a eu le plus d'impact pour l'image de la Vierge du sanctuaire. Nul doute que l'art a marqué une étape dans ce lieu, autant que dans le pays.
En 1902, on construit et inaugure l'orgue (de la prestigieuse maison d'Amezúa). L'année suivante, le sanctuaire se dote d'une centrale électrique.
Le 23 janvier 1918, on nomme la Vierge d'Arantzazu, patronne de la province du Guipuscoa. Elle avait déjà été adoptée, par la communauté franciscaine, en 1738, en tant que Patronne franciscaine de Cantabrie, qui comprenait le Pays basque, la Navarre, Santander (aujourd'hui communauté de Cantabrie) et Burgos. Cette nomination s'effectue à partir d'une pétition que la mairie avait envoyée à la députation du Guipuscoa et où l'on peut lire :
Extraits:
La nouvelle Basilique
Sanctuaire d'Aránzazu façade principale
En avril 1950, le ministre provincial des Franciscains, le Père Pablo de Lete lance l'idée de la nécessité de la construction d'une nouvelle basilique. Dans l'appel, il plaide pour une construction singulière centrée sur deux idées, l'amplitude et le relèvement artistique. Ce même mois d'avril est lancé un concours d'idées pour la réalisation du projet. Les principes sont le respect des constructions existantes et l'introduction d'une route. Quarante architectes s'inscrivent dont quatorze présentent des projets. Le projet sélectionné est celui des architectes Francisco Javier de Sáenz de Oiza, et Luis Laorga Gutiérrez du collège des architectes de Madrid.
Parallèlement aux architectes, interviennent le sculpteur Jorge Oteiza pour la façade principale, le peintre Carlos Pascual de Lara pour la décoration de l'abside, le sculpteur Eduardo Chillida pour les portes d'accès principales, Frère Javier Maria de Eulate, chargé des vitraux, et le peintre Néstor Barrenetxea, qui s'occupe de la décoration des murs de la crypte.
Le 9 septembre, on pose la première pierre et, lors de la cérémonie, les architectes lauréats prononcent ces paroles :
La construction incombe à l'entreprise "Hermanos Uriarte" d'Araoz et la première messe est célébrée le 20 août 1955. L'église n'est alors toujours pas terminée, seuls les murs sont construits. Le 1 juillet 1955, l'évêque de Saint-Sébastien demande à la commission diocésaine d'art sacré son opinion sur les travaux et ses aspects artistiques. La commission répond le 6 juillet que les choix artistiques ne prennent pas en compte les préceptes de la Sainte Église en matière d'art sacré:
Carlos Pascual de Lara, qui avait gagné le concours pour le dessin de l'abside, décède durant la période où la commission diocésaine pose son veto. Un autre concours est donc organisé le 16 mars 1962. Pour celui-ci, 112 artistes se présentent, parmi lesquels 42 proposent un projet. Le vainqueur est un madrilène, Lucio Muñoz qui le réalise en cinq mois avec l'aide du sculpteur Julio López et du peintre Joaquín Ramos, en plus d'une équipe de charpentiers.
Les sculptures qui décorent la façade principale du sanctuaire restent inachevées pendant la prohibition. Il se passera plus de 15 années pour que cette œuvre soit finalisée. Oteiza supprime deux médaillons sur la façade principale et se dirige plutôt vers un ensemble de deux pièces centrées sur la partie supérieure, respectant ainsi la frise des apôtres. L'ensemble représente la Vierge douloureuse lorsqu'elle recueille le cadavre de Jésus.
Entre 1962 et 1964, la route d'accès et la grande place-parking sont terminées. À l'été 1969, à l'occasion du 500 anniversaire de l'apparition de la Vierge, on inaugure l'ensemble structurel et on consacre la nouvelle basilique. Toutefois, il reste à compléter la crypte, Nestor Barrenetxe la peint dans les années 1980, avec un ensemble de fresques très modernistes et d'un grand impact, en particulier le Christ ressuscité qui domine le haut.
Entre les années 2002 et 2005, on réalise des travaux sur l'esplanade, en construisant un édifice de services et des nouvelles installations.
Extérieur de la basilique
Les apôtres de Jorge Oteiza sur la façade principale
C'est la taille en pointe de diamant qui attire le regard lorsque l'on observe la façade principale. Des trois tours qui composent l'ensemble, celle du clocher, à l'écart de quelques mètres des deux autres, est réalisée en pierres calcaires, taillées en pointe de diamant, dans une allusion claire à l'épine, d'après la légende de l'apparition.
La tour avec son clocher mesure 44 m de hauteur et est terminée par une simple croix en fer de 6 m. Les tours latérales, plus petites, entourent une façade lisse en pierre dans lesquelles s'ouvrent deux grandes portes de fer d'Eduardo Chillida. Ces portes se situent en dessous de la chaussée et de la place et on y accède par des escaliers. Les portes sont ornées de décorations géométriques asymétriques. Au niveau de la chaussée on voit un bas-relief représentant les apôtres d'Oteiza. Ils sont au nombre de 14, en pierre pesant entre 4 et 5 tonnes chacune. Ils sont alignés sur 12 m. La signification de ces apôtres est expliquée ainsi par Oteiza :
Le groupe central, au-dessus de la façade, représente une "Pieta" qui offre son fils au visiteur c'est-à-dire au pèlerin. Ce mur est vu par l'artiste comme un mur de solitude, la solitude de la mort . Le reste de l'ensemble est une série d'arcades parcourant latéralement l'église et l'abside sur l'escarpement où l'on peut apprécier les restes de la construction antérieure et la rigueur de l'œuvre.
Intérieur de la basilique
Vue générale de la nef.
Projetée pour accueillir confortablement un grand nombre de fidèles, la basilique d'Aránzazu mesure 66 mètres de long, 20 mètres de large et 20 mètres de hauteur pour une superficie de 1 200 m. Son acoustique est exceptionnelle tout comme sa clarté et la visibilité.
Les confessionnaux sont dissimulés dans les murs latéraux sans occuper de place dans la nef centrale. Celle-ci n'a pas de colonnes qui pourraient faire de l'ombre. Le plan de la nef ressemble à un bateau. La voûte est recouverte de bois et les grandes baies ressemblent à des œils-de-bœuf. Ces baies sont munies de vitraux dessinés par le Franciscain Donostiar (habitant de Saint Sébastien) et le Frère Javier Álvarez de Eulate, et ils ont été réalisés dans la ville de Metz. Ces vitraux sont des motifs abstrai]s multicolores. La nef a un niveau de luminosité tel qu'elle invite au recueillement. Sous les chœurs, on a recherché une luminosité bien moindre pour ceux qui préfèrent un recueillement plus intime.
Dans les cœurs se trouve l'orgue dont le projet est spécialement conçu pour qu'il y'ait une acoustique optimale dans toute la basilique. Les claviers, trois manuels et un pédalier, sont situés dans le premier chœur, celui utilisé par les frères; ce chœur compte 155 sièges et possède un autel sur lequel se célèbrent les actes liturgiques de la communauté franciscaine. Le second chœur est plus élevé, offrant une impressionnante vue de la nef.
L'abside
Décoration de l'abside, retable de Lucio Muñoz.
Décorée par Lucio Muñoz, l'abside de la basilique d'Aránzazu a été appelée par certains la chapelle sixtine du XX siècle. Avec une superficie de 600 m, elle a été réalisée en cinq mois sans études préalables. Avec Lucio travaillèrent le sculpteur Julio López et le peintre Joaquín Ramos. Ici se détache la petite image de la Vierge au milieu d'une allégorie de la nature. Inspiré par le paysage de la région dont Lucio Muñoz confesse qu'il l'avait fort impressionné, il a dessiné une œuvre en accord avec ce paysage et la transcendance du temps, de la religiosité de ceux qui viennent visiter leur Vierge.
L'éclairage de l'ensemble de l'abside, entrant par une grande fenêtre frontale supérieure, fait se détacher la peinture et le reliquaire où se trouve l'image de la Vierge et qui est accessible via un escalier intérieur pour les pélerins qui viennent voir celle-ci.
La partie basse du retable est peinte de couleurs ocres, opaques et sourdes en référence à l'esprit du Guipuscoa et d'Arantzazu. Dans la partie médiane, on appréciera un bloc de bois taillé en formes très pointues, toujours en référence aux épines. Sur ce bloc s'ouvre une niche qui abrite la Vierge et sur celui-ci des teintes de bleus s'estompant. Sur la droite de la niche, également des tons bleus représentant la paix qu'apporta l'apparition de la Vierge au Guipuzcoa.
L'ouvrage a été inauguré le 28 octobre 1962. Sa réalisation a nécessité 65 m de bois, plus de 4 tonnes de rail, 280 kg de visserie, 433 m de profilé en L d'acier et 280 kg de peinture.
La crypte
Christ ressuscité, autel de la crypte. Peinture de Néstor Barrenetxea.
La crypte est l'unique partie conservée du temple du XIX siècle. Ses murs restèrent nus jusqu'aux années 1980 (début 1990) lorsque Néstor Basteretxea les décora de diverses peintures murales. Ces peintures sont d'un grand impressionnisme. Il s'en détache un grand Christ rouge. Le Christ ressuscité aux bras écartés en forme de croix.
Chaque mur a une signification. Depuis la structure de la création que l'on peut voir sur le "mur n 1" et les différentes étapes jusqu'à l'apparition de l'homme (mur n 4) devant la nature qu'il doit vaincre. Le sacrifice du Messie et de la naissance du christianisme avec la croix comme espérance salvatrice (mur n 5). Les chrétiens persécutés, martyrisés au nom du sauveur (mur n 6). La croix vit entre le monde et l'homme (mur n 7), l'homme contre l'homme enfermant la liberté (mur n 8). La menace de la destruction, du pouvoir d'anéantissement de l'homme (mur n 9). Le Christ faisant irruption face à l'agitation de l'anéantissement. Le Christ de la vie, de la résurrection, s'opposant à la mort (mur n 10 derrière l'autel). La résurrection du Christ de la vie (murs n 11 et 12). L'harmonie et la splendeur de la Bonne Nouvelle, la vérité (murs n 13 et 14). Saint François d'Assise recevant les stigmates (mur n 15), mourant (mur n 16)..., les plantes, le soleil, la lune, les étoiles (murs n 17 et 18).
Lorsque le visiteur entre dans la crypte il ne peut que se recueillir devant la forte présence du Christ ressuscité qui se voit, triomphant, au fond de la demeure.
Reconnaissance
L'œuvre de la basilique d'Aránzazu a été internationalement reconnue et a obtenu divers prix importants.
En mai 1963 le collège d'architectes Basco-Navarrais lui a attribué le prix Juan Manuel Aizpurua.
En 1964 on accorde à Lucio Muñoz la médaille d'or de la biennale internationale de l'art chrétien de Salzbourg (Autriche) pour la décoration de l'abside d'Aránzazu.
Le 23 juin 1973, une partie de l'œuvre du sanctuaire, de l'abside, deux apôtres d'Oteiza et le groupe de la piété font partie des œuvres exposées au Musée d'art moderne de la Cité du Vatican.
L'Aránzazu social
Depuis ses débuts, l'influence du couvent et de la vierge s'est largement ressentie dans le territoire et ses alentours. La réputation de la vierge miraculeuse s'est étendue sur une grande partie nord de la péninsule Ibérique et sur les territoires du Pays Basque français. Les pèlerinages ont toujours été nombreux et la réponses des fidèles aux demandes d'aides, après les désastres successifs de l'histoire du sanctuaire, très positives. Il était très fréquent aux XVII et XVIII siècles que les testaments comportent un legs au bénéfice du monastère.
Les circonstances spéciales qui ont caractérisé le peuple basque, une grande foi et dévotion avec un haut degré de vocation pour entrer dans différents ordres religieux ou pour servir l'Église ainsi que l'émigration vers les terres américaines, tant comme religieux avec un objectif missionnaire que comme soldats, comme marins aussi bien qu'ouvriers, portèrent la dévotion à la Vierge d'Aránzazu aux lointaines terres. Pour cette raison il est commun de trouver des églises et couvents destinés au culte de cette vierge guipuzcoane dans ces pays latino-américains.
Le couvent d'Arantzazu s'est converti dans des foyers culturels du Pays basque. Parmi eux se sont développées des études, en dehors de leur séminaires et 1968 fut l'année où se réalisa la réunion, nommage et élévation de L'Euskara Batua (basque unifié, dit le "batua"), c'est-à-dire la normalisation et l'unification de la langue basque.
La communauté religieuse d'Aránzazu réalise plusieurs publications, aussi bien des livres que des revues. Elle garde une bibliothèque très riche et spécialement en littérature en langue basque.
Les services religieux
En dehors des offices religieux traditionnels il en existe un qui est particulier : Ce service est destiné aux personnes qui ressentent un besoin de parler, indépendamment de leurs croyances ou idéologies. Il se nomme Axolaz (prononcer acholass), on y garantit un maximum d'attention et de l'aide pour trouver des réponses.