Dans le contexte d’une Algérie en insurrection mais également d’une misère se développant dans des bidonvilles de plus en plus nombreux, des expériences issues de l’éducation populaire inventent dans les années 1950 une manière pacifique d’améliorer les conditions de vie et l’éducation de la population algérienne.
A partir des expériences d'ores et déjà menées dans les bidonvilles et à la demande de solutions de la part du ministre Jacques Soustelle, Germaine Tillion propose de créer des équipes sédentaires basées autour de structures de proximité qui s’appelleront « centres sociaux ». Il s’agit autour d’un directeur qualifié de conjuguer les armes du « progrès économique, de l’action sanitaire et de l’éducation ». Le centre social doit être un lieu laïc, neutre rassemblant des algériens et des français qui part des aspirations et des besoins des populations, qui travaille avec et non pour les habitants.
Pour assurer l’indépendance des centres sociaux vis à vis du pouvoir politique, ils sont rattachés directement à l’Éducation Nationale ce qui créera indirectement une crise interne en 1959 qui oppose les tenants de l’éducation populaire préoccupés par le développement des communautés et les tenants de la scolarisation qui veillent à l’alphabétisation et à l’orientation des jeunes hors des dispositifs. Cette crise sera également favorisée par les persécutions de l’armée française qui voit se développer d’un mauvais œil ces lieux de paix, qui forment et qualifient une élite algérienne et qui ne prennent pas parti pour l’un ou l’autre camp. Par deux fois, en mars 1957 et en juin 1959, des membres des Centres sociaux sont arrêtés et torturés avant d’être libérés faute de qualifications fondées.
L’histoire des centres sociaux algériens se terminera de manière tragique lors de l’assassinat de Château-Royal, perpétré par l’OAS à deux jours de la signature des accords d’Évian. Les six principaux responsables des Centres sociaux dont Max Marchand, leur directeur, et Mouloud Feraoun, son adjoint chargé de la formation pédagogique mais aussi l’un des plus grands écrivain algérien de l’époque, seront exécutés froidement par un commando Delta.
Au final, l’expérience des centres sociaux aura été l’une des lumières dans la noirceur de la guerre d’Algérie. Dans les 120 lieux construits, plus de 2000 personnes par centre auront suivi un parcours auprès des moniteurs français ou algériens. Surtout, comme l’a écrit Nelly Forget, « contenant au-delà de ses murs les flots de la haine, il en a protégé les ouvriers de ce petit îlot et les a contraints à se hisser au meilleur d’eux-mêmes pour tenir le pari de l’utopie fraternelle ».