Au 1 janvier 2010, la Suisse comptait 7 783 000 habitants dont 1 711 000 étrangers. Après une décennie 1975-1984 de quasi-stagnation, la population du pays a repris sa tendance ascendante, malgré une des fécondités les plus basses d'Europe et de tendance plutôt stationnaire. L'essentiel de l'accroissement est dû désormais à l'arrivée d'étrangers toujours plus nombreux et faisant plus d'enfants que les nationaux.
Évolution fédérale
Évolution de la démographie entre 1970 et 2005 (chiffres de l'Office fédéral de la statistique, 2005 : Population en milliers d'habitants
Mouvements de la population en Suisse
Récapitulatif des différents mouvements de la population en Suisse durant la dernière période :
Les totaux de population en date du 31-12 incluent divers ajustements statistiques et rectifications.
Les divergences entre la population de fin d'année et celle de début d'année constatées en 1990/1991 et 2000/2001 sont dues à des adaptations du bilan liées aux recensements de 1990 et 2000.
Une importante baisse de la natalité a eu lieu en 2001, suivie d'une légère remontée. Cela correspond à un taux de fécondité de 1,4 enfants par femme en moyenne. Le taux est supérieur pour les femmes étrangères (environ 1,9) et inférieur pour les Suissesses alémaniques et italiennes. Les deux régions rejoignent sur ce point leurs aires culturelles respectives.
C'est partiellement vrai du côté romand où la natalité est en général supérieure à la moyenne suisse, quoiqu'inférieure à celle de la France. À noter la valeur élevée du canton de Genève, et la basse de celui du Jura. La natalité progresse en effet à Genève tout au long de la période, mais aussi à Zurich. Cela semble être le reflet de la forte immigration dans ces deux cantons très urbanisés et correspondants chacun à des métropoles attractives.
La Suisse orientale a connue une forte baisse avec 18 % de naissances en moins sur une période de six ans (de 1999 à 2005). La situation est particulièrement accentuée dans les Grisons ainsi que dans l'Appenzell Rhodes-Extérieures, qui perdent chacun pas moins du quart de leurs naissances. Durant la même période, la chute se limite à 12,5 % pour la Suisse centrale, à 10 % pour le Mittelland, à 6,5 % pour la Suisse du nord-ouest, à 6 % pour le Tessin et à seulement 2 % pour la région lémanique.
La Suisse est à la croisée de plusieurs grands pays européens qui ont influencé ses langues et ses cultures. Elle a quatre langues nationales, dont trois officielles : l'allemand, le français, l'italien et le romanche qui n'est pas une langue officielle.
L'allemand (63,7 % au recensement de l'année 2000) est parlé sur la plus grande partie du territoire, sauf à l'ouest où l'on parle français (20,4 %), au sud-est où l'on parle italien (6,5 %) et romanche pour une petite minorité (0,5 %) disséminée dans le sud-est et le sud-ouest du canton des Grisons. À cette date, 9 % des résidents parlaient une langue non nationale().
L'allemand est la langue la plus répandue. 17 cantons suisses sur 26 sont unilingues allemands. La population germanophone parle généralement l'un des nombreux dialectes suisses allemands ou Schwyzerdütsch, lesquels jouissent d'une grande valorisation sociale, y compris dans les centres urbains. L'usage de l'allemand standard – Hochdeutsch ou « bon allemand » – est limité aux situations les plus formelles. Dans le milieu scolaire, afin d'élever le niveau d'allemand des élèves qui généralement préfèrent parler le dialecte, plusieurs cantons alémaniques (dont Zurich, Schwytz, Uri et Zoug) ont imposé l'usage systématique du Hochdeutsch, et les professeurs sont tenus de s'exprimer exclusivement dans cette langue.
Le français est parlé dans l'ouest du pays, région généralement appelée Suisse romande. Quatre cantons sont unilingues français (Genève, Jura, Neuchâtel et Vaud), trois sont officiellement bilingues français-allemand : Fribourg, Valais et Berne. Les dialectes arpitans sont encore pratiqués très localement (sauf dans le canton du Jura qui appartient à l'aire de la langue d'oïl), notamment en Valais et dans le canton de Fribourg, mais ils ont presque disparu dans l'usage quotidien.
Quant à l'italien, il est parlé dans le canton du Tessin (Ticino en italien) et quelques vallées méridionales des Grisons. L'usage du dialecte tessinois, apparenté aux parlers lombards, y demeure très vivant.
Le romanche n'a pas le même statut que l'allemand, le français et l'italien. Selon l'alinéa 1 de l'article 70 de la Constitution fédérale, les langues officielles de la Confédération sont l'allemand, le français et l'italien. Le romanche est aussi langue officielle pour les rapports que la Confédération entretient avec les personnes de langue romanche.
L'anglais est parfois utilisé dans le monde du travail, y compris par l'administration. Il n'a pas de reconnaissance officielle. Enfin le latin sert parfois lorsqu'il faut désigner dans une seule langue des institutions suisses : Confœderatio helvetica (CH), Pro Helvetia, Pro Natura, Pro Infirmis, etc.
La majorité des formations supérieures ne sont enseignées que dans deux langues (allemand et français), dans une seule (allemand pour la formation de vétérinaire) ou encore ont lieu dans plusieurs langues mélangées : professeurs et étudiants parlent leur langue maternelle (diplôme d'expert en assurances de pensions).
Cantons et villes multilingues
La Suisse compte quatre cantons multilingues, dont trois sont bilingues français-allemand, le dernier, les Grisons, étant trilingue allemand-romanche-italien. Le tableau suivant détaille le nombre de locuteurs des langues nationales pour ces quatre cantons.
Canton
Recensement
Population
totale
Langue principale utilisée
Allemand
Français
Italien
Romanche
Valais
1 990
249 817
73 342
149 178
7 528
125
2 000
272 399
77 255
171 129
5 987
114
Fribourg
1 990
213 571
63 347
130 199
3 970
117
2 000
241 706
70 611
152 766
3 100
131
Berne
1 990
943 126
789 653
74 022
25 734
867
2 000
957 197
804 190
72 646
18 908
688
Grisons
1 990
173 890
113 611
847
19 190
29 679
2 000
187 058
127 755
961
19 106
27 038
Source :
Dans les cantons de Valais et de Fribourg, on constate une forte progression du nombre de locuteurs francophones, liée à l'assimilation culturelle de nombreux immigrants (Fribourg : + 17,3 % de francophones en 10 ans). L'allemand y progresse également, mais à un rythme nettement moins élevé (Fribourg : + 11,5 %). Dans le canton de Berne, assez peu dynamique démographiquement, le français perd au contraire près de 2 % de ses locuteurs, tandis que l'allemand progresse avec le même pourcentage.
Enfin dans les Grisons, le romanche continue à se replier au bénéfice de l'allemand (-8,9 %), tandis que l'italien stagne.
La Suisse compte deux villes bilingues français-allemand importantes, dont voici la situation linguistique aux mêmes dates :
Ville
Recensement
Population
totale
Langue principale utilisée
Allemand
Français
Friboug
1 990
36 355
8 288
21 240
2 000
35 547
7 520
22 603
Bienne
1 990
51 893
27 510
15 906
2 000
48 655
26 957
13 695
Entre les deux recensements, c'est le français qui progresse à Friboug, mais l'allemand gagne du terrain à Bienne où les francophones passent de 30,6 % à 28,1 %. À noter que dans les deux cas la population totale est en léger déclin.
Répartition selon la nationalité
Début 2007, la Suisse comptait 7 508 739 habitants dont 1 554 527 étrangers (soit 20,7 %).
En 2003, 21,7 % de la population était étrangère soit 1,624 million de personnes. Parmi celles-ci, 1,48 million étaient des immigrés de la 1 génération. Les étrangers de la 2 génération (avec un de leurs parents né en Suisse) représentaient 126 000 personnes et ceux de la 3 génération 14 000.
Près de 10 % de la population suisse a été naturalisée.
Fin 2004, il y avait en Suisse 1 639 100 étrangers, dont 238 800 extra européens, soit 15 000 de plus qu'un an auparavant. Les groupes les plus importants étaient les Italiens (307 700) et les Serbo-monténégrins (211 300), ces derniers en grande partie musulmans du Kosovo.
En 2004, 35 700 étrangers ont acquis la nationalité suisse. Ils étaient 46 500 en 2006
Les unions mixtes (Suisse-étrangère ou Suissesse-étranger) sont nombreuses. En 2004, il y a eu 14 000 mariages mixtes, soit 35,5 % des mariages.
Sur 73 100 naissances comptabilisées, 29 700 soit 40,6 % comptaient au moins un parent étranger.
Le taux de fécondité des Suissesses était en 2004 de 1,26 enfant par femme, contre 1,89 pour les femmes étrangères. Pour la totalité des femmes résidentes, ce taux était de 1,42 enfant.
Sur 1,639 million d'étrangers, 875 200 sont des hommes (53,4 %) et 763 900 des femmes (46,6 %). 391 300 étrangers ont moins de 20 ans, soit 23,9 %, tandis que 102 800 d'entre eux ont plus de 65 ans (6,3 %). 69,9 % des étrangers sont en âge de travailler (20-64 ans). Enfin c'est la classe d'âge des 20-39 ans qui compte le plus grand nombre de personnes.
L'importante croissance du nombre de naturalisations d'étrangers place le pays dans le peloton de tête mondial de leur assimilation et intégration. En effet, ce phénomène implique en principe une bonne intégration des étrangers dans la société suisse, ainsi qu'une ouverture de cette dernière beaucoup plus importante que ce qui a pu être dit.
Répartition religieuse
En 1941, la répartition religieuse était de 60 % de l'Église évangélique réformée (47 % germanophones et 13 % francophones), de 38 % de catholiques (28% de germanophones, 7 % de francophones et 3 % d'italophones) et de 1 à 2 % d'autres. Mais depuis, les choses ont profondément évolué, et continuent de le faire.
Voici, extraits des 4 derniers recensements, l'appartenance religieuse pour les confessions principales, telle qu'elle était affirmée par les personnes résidentes, Suisses et étrangers confondus :
La baisse des membres des Églises évangéliques réformées est continue. Jadis majoritaires en Suisse, ils constituaient un tiers des résidents en 2000 et avaient perdu un demi-million de fidèles en 30 ans. Les causes en sont le passage à d'autres communautés chrétiennes, leur basse fécondité ainsi que la baisse des croyances religieuses généralisée qui a entrainé une partie d'anciens fidèles à se déclarer sans-religion ou à refuser d'indiquer une confession quelconque.
Longtemps la hausse du nombre des catholiques fut soutenue par l'intense immigration originaire d'Italie, du Portugal et d'Espagne entre autres. Depuis 1990, on constate désormais une baisse des résidents se reconnaissant catholiques. Celà au bénéfice des catégories sans religion, sans indication et accessoirement des Témoins de Jehovah, assez nombreux parmi les italophones traditionnellement catholiques. Les effets de la baisse de la natalité commencent également à se faire sentir parmi les membres de cette Église.
Les musulmans ont plus que décuplé leurs effectifs en moins de 30 ans, avant tout sous l'effet d'une intense migration. Plus de 88 % sont de nationalité étrangère : 56,4 % d'entre eux sont des ressortissants des pays de l'ex-Yougoslavie et 20,2 % de la Turquie.
71 500 personnes se déclarent sans-religion en 1970 (un peu plus de 1 %) alors que 30 ans plus tard, elles forment plus de 11 % de la population suisse.
Doudou Diène, l'expert indépendant de l'Organisation des Nations unies (ONU) sur le racisme, a remis son rapport au sujet de la Suisse le 27 mars 2007. Il y mentionne la présence d'une « dynamique raciste et xénophobe » en Suisse . Il décrit aussi l'existence « de partis politiques avec une plate-forme raciste et xénophobe ». Dans un entretien accordé à Swissinfo , Diène déclare au sujet de l'argument plaidant en faveur du combat contre les criminels étrangers afin d'améliorer l'intégration : « il repose sur un discours politique ambigu qui met en avant une image globalement criminelle de l'étranger présenté comme une menace et un risque ». Il dit aussi que la communauté africaine a « fait l'objet du plus grand nombre d'actes et de manifestations de racisme en Suisse, beaucoup plus que la communauté originaire des Balkans ».
Lors de son enquête, Diène a recueilli plusieurs témoignages dont la synthèse conclut à « l’augmentation générale des actes et manifestation de racisme et de discrimination raciale ressentie par les membres de toutes les communautés étrangères et des minorités nationales ». Le rapport fait état d'une ambiance diffuse de xénophobie, un vécu quotidien de racisme et de discrimination, et un sentiment de solitude des étrangers au sein de la population et de peur à l'égard de certaines institutions, notamment la police.
Réaction gouvernementale
L'organe exécutif du pays, le Conseil fédéral a réagi en déclarant « qu'on ne peut pas, à partir de cas particuliers, tirer des conclusions générales quant à l'existence d'une dynamique de racisme et de xénophobie en Suisse » . Il ajoute qu'il « déplore les incidents évoqués par M. Diène » et que la Suisse « est consciente que des efforts supplémentaires doivent être développés aux niveaux fédéral, cantonal et communal pour sensibiliser la population ». Le communiqué mentionne « la proportion élevée d'étrangers en Suisse et l'intégration généralement réussie de la population résidente étrangère témoignent de l'ouverture du pays ». Le Conseil fédéral déclare par ailleurs que « l'engagement contre le racisme et la discrimination a été renforcé non seulement à travers l'adhésion à des conventions internationales et l'introduction de la disposition pénale contre la discrimination raciale, mais aussi et surtout à travers le travail accompli par le Service de lutte contre le racisme, la Commission fédérale contre le racisme, ainsi que les préposés à la lutte antiraciste et les délégués à l'intégration des cantons et des communes. »
Selon l'Office fédéral du développement territorial, en Suisse est considéré comme agglomération un ensemble d'au minimum 20 000 habitants formé par la réunion des territoires de communes urbaines adjacentes. Une agglomération se constitue d'une ville centre et éventuellement d'autres communes dans la zone centrale ainsi qu'un ensemble de communes ayant un lien fonctionnel avec la zone centre. Pour qu'une commune soit considérée comme faisant partie d'une agglomération elle doit répondre à trois des cinq conditions suivantes :
Lien de continuité avec la ville-centre de l’agglomération ;
Interdépendance prononcée de pendulaires avec la ville-centre et, suivant les cas avec d’autres communes de la zone-centre.
L'Office fédéral du développement territorial découpe les agglomérations en trois types, selon le nombre d'habitants qu'elles comportent : les petits agglomérations de 20 000 à 49 999 habitants, les moyennes agglomérations de 50 000 à 249 999 habitants et les grands agglomérations avec une population supérieur à 250 000 habitants.
Ville isolée
On parle de ville isolée pour désigner une commune de plus de 10 000, mais ne faisant pas partie d'agglomération.