État des lieux de l'épidémie dans les médias
29 décembre 2005
Le 28 décembre deux communiqués sont publiés. L'un émane de la DRASS et confirme ce que tout le monde redoutait : l'épidémie ne cesse de progresser puisqu'au 25 décembre, ce sont 6 273 personnes qui ont été infectées. L'autre est un communiqué conjoint émanant du ministère de la Santé et du ministère de l'Outre-mer. Les deux communiqués reconnaissent l'importance de l'épidémie.
Destiné tant aux agences de presse de métropole qu'aux opinions publiques de l'Outre-mer, le communiqué de Xavier Bertrand et François Baroin décrit les traits principaux de la maladie et souligne l'ampleur des difficultés rencontrées par les collectivités réunionnaises dans la lutte contre l'expansion du virus : « La lutte contre la maladie passe par la prévention de la prolifération des moustiques, c'est-à-dire par la réduction de toutes les sources possibles de gîtes larvaires que constituent les eaux stagnantes ou tout récipient susceptible de retenir les eaux de pluie. »
L'insistance des deux ministres sur la nécessité d'éliminer toutes les sources possibles de gîtes larvaires conforte toutes celles et ceux, médecins, acteurs de terrain, victimes du chikungunya, qui sont persuadés que l'ampleur des actions à entreprendre pour répondre aux préconisations des deux ministres ne sont pas possibles avec les moyens dont disposent actuellement les collectivités locales.
La question que chacun se pose désormais est celle-ci : quand donc va-t-on doter La Réunion des moyens permettant à ses responsables, maires, conseillers régionaux et généraux d'agir efficacement ? Les chiffres officiels, même s'ils apparaissent toujours minorés par rapport à la réalité, sont en constante, rapide et forte augmentation. Il y a donc urgence car, quelles qu'aient pu être les actions entreprises, elles ont été quasiment exclusivement à la charge des communes.
Première semaine de 2006
À Saint-Louis, le sous-préfet Olivier Magnaval et la maire Cyrille Hamilcaro déclarent : « Le virus a été pris à la légère. Qu'a fait l'État pour éviter l'épidémie ? ». Le sous-préfet ajoute que « le virus a été détecté pour la première fois en mars 2005. »
L'assemblée rétorque via un habitant de Plateau-Goyaves, Henri Rougemont, que les premiers cas ont été détecté un an auparavant. En 2004, plusieurs cas de dengue ont en effet été traités au Port. « Mais notre action avait permis d'enrayer rapidement l'épidémie », soutient Olivier Magnaval.
« Ce qu'il faut, c'est nettoyer les espaces verts. Lutter contre les gîtes larvaires et les eaux stagnantes », assure Olivier Magnaval qui ne convainc pas l'assemblée. Un habitant de la Rivière Saint-Louis s'énerve : « Venez avec nous à la Rivière Saint-Louis. Nous sommes infestés de moustiques. S'il y a 6 000 cas déclarés à La Réunion, alors il y en a 7 000 à la Rivière ! »
Jusque-là absent des débats, Cyrille Hamilcaro décide de monter au créneau. : « Au lieu de s'interroger sur les responsabilités, la question essentielle est de savoir comment parer à ce phénomène dans les semaines qui viennent. Nous ne pouvons pas traiter chaque foyer. Imaginez un peu, il y en a 16 000 à Saint-Louis et 240 000 dans le département. »
Troisième semaine de 2006
L'épidémie explose. Début janvier, il y a 500 cas par semaine, et à la mi-janvier 700.
27 janvier 2006
Au Port, ils sont plusieurs centaines à participer à une grande réunion d'information sur le chikungunya. À l'initiative de la Région, un millier d'emplois verts vont se joindre à la lutte contre l'épidémie. Une lutte dans laquelle le Département souhaite s'engager davantage, mais le service de prophylaxie qui lui est transféré est une "coquille vide". Nassimah Dindar, présidente du Conseil général, s'est dite prête à engager un millier de personnes si l'État s'implique davantage. Au CTR, à la CCI et à la Chambres des métiers, on se mobilise pour faire face à l'impact économique de l'épidémie. En France, l'IGAS a publié son rapport. Une mission de cette institution s'est rendue dans l'île en décembre 2005. Elle arrive aux mêmes conclusions que les personnes et les médias réunionnais qui se sont impliqués dans la lutte.
À l'Assemblée nationale, Huguette Bello a demandé la création d'une commission d'enquête parlementaire sur le chikungunya, demande cosignée par Christophe Payet et René-Paul Victoria. À Paris, l'Association des médecins urgentistes de France qui, en 2003, avait été la première à dénoncer l'hécatombe de la canicule estime qu'il est « urgent » d’agir contre l'épidémie à La Réunion et demande l'envoi de renforts.
Février 2006
Au 19 février, les derniers chiffres de l'InVS font état de 130 000 cas de personnes contaminées, incluant des formes asymptomatiques, des formes plus ou moins graves et 77 décès imputables directement ou indirectement à l'épidémie de chikungunya. La population locale, aidée par le gouvernement, fait face à la crise sur tous les fronts : sanitaire, politique, sociale, économique, écologique...
Mars 2006
Selon le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, on recense, au 3 mars 2006, 186 000 cas de la maladie et 93 décès directs ou indirects.
Le mercredi 8 mars 2006, Lee Jong-wook, directeur général de l'OMS, se trouvant à Maurice, estime que les médias exagèrent face à l'épidémie de chikungunya de La Réunion et souligne que cette maladie est rarement mortelle. « Je pense que c'est exagéré. La situation est moins alarmante que celle qui est dépeinte dans les médias ». « Si c'était un véritable problème, nous nous rendrions au chevet des malades dans les hôpitaux où nous verrions des gens en train de mourir. » Sur 186 000 personnes malades, 93 sont décédées directement ou indirectement avec un âge médian de 78 ans.
Août - septembre 2006
Une estimation du nombre de personnes atteintes est faite par une enquête de séroprévalence (CIC-INSERM) réalisée en août et septembre 2006. Elle consiste à rechercher les anticorps fabriqués contre un agent infectieux donné, par une personne. C'est la seule façon d'estimer assez précisément l'importance d'une épidémie passée. Une telle enquête consiste à prélever un tout petit peu de sang et à l'analyser en laboratoire. Elle se fait en général après le passage de l'épidémie ou lors d'une accalmie.
Un échantillon de 2 442 personnes a été sondé parmi lesquelles 38,25 % se sont avérées positives pour les IgG anti chikungunya. Cela signifie que 300 000 personnes ont eu le chikungunya, sur une population de 775 000 personnes. Le pourcentage de formes asymptomatiques est de 6 % : ce qui signifie que 46 500 personnes ont eu le chikungunya sans le savoir, c’est-à-dire sans présenter de fièvre, douleurs articulaires, etc. La plupart des maladies infectieuses ont des patients asymptomatiques, c'est-à-dire sans les signes de la maladie. Ce sont des patients qui soit se défendent mieux contre le virus, soit sont atteints par un virus moins agressif. En tout cas, ces personnes fabriquent des anticorps qui sont détectés dans le sang.
Le pourcentage de faux positifs est de 6 % également : ce qui signifie que 46 500 personnes disent avoir eu le chik, mais en réalité ne l'ont pas eu ! Soit elles n'ont rien eu et se sont convaincues de l'avoir eu par sympathie ou par mimétisme, soit elles ont eu une autre infection virale ou bactérienne, ou bien des rhumatismes…
La répartition par sexe montre 38,74 % de positifs pour les femmes et 37.74% pour les hommes. Cela veut dire en gros qu'autant de femmes que d'hommes ont eu le chikungunya. La répartition par âge montre une augmentation avec l'âge jusqu'à 79 ans, puis une décroissance. Cela signifie que plus on est âgé, plus on est susceptible d'être affecté par le chikungunya. La raison n'en est pas connue.
Par zone géographique, 30 % de séropositivité au Nord, 38 % au Sud, 41 % à l'Ouest et enfin 48 % à l'Est. L'Est a été le plus atteint et le Nord le moins atteint.