En 1855, un lieutenant de marine des États-Unis, Matthew Fontaine Maury, publia The Physical Geography Of The Sea and its Meteorology, ouvrage qui eut un succès retentissant. il y posait l'hypothèse que le Gulf Stream jouait un rôle majeur dans la régulation des températures hivernales de l'Ouest de l'Europe. À partir d'observations faites de part et d'autre de l'Atlantique, l'auteur concluait que le Gulf Stream, seule vraie source de chaleur locale était responsable du climat hivernal européen particulièrement doux.(15°C de plus en moyenne que pour l'Est canadien). Mais ne disposant pas de relevés climatiques précis de haute-mer, l'auteur n'a pas distingué les climats « maritimes » de climats continentaux, en réalité fondamentalement différents.
Selon cette théorie, c'est le Gulf Stream, chaud, qui transférerait en hiver son énergie thermique aux vents d'ouest froids, stabilisant le déséquilibre entre les couches atmosphérique et océanique, dû à un rayonnement solaire diminué. Les deux couches s'équilibreraient, réduisant de la sorte le refroidissement des températures. Cette théorie vieille de plus d'un siècle a été largement diffusée jusque dans les années 1990, dont par les manuels de géographie et les Encyclopédies, sans pourtant jamais avoir été scientifiquement confirmée. On ignore encore l'importance exacte des impacts du Gulf Stream sur le climat européen continental ou océanique, ou sur la formation des nuages.
En fait, le Gulf Stream pourrait jouer un rôle climatique, mais plus complexe et peut-être indirect. Il n'est en tous cas pas seul à expliquer la douceur relative des hivers européens. L'énergie thermique accumulée l'été par le continent eurasiatique, mais surtout par les mers est pour partie restituée l'hiver aux masses d'air poussées par les vents notamment au dessus de l'Atlantique, sans que ces derniers connaissent les perturbations que leur imposent les chaines montagneuses orientées Nord-sud qui bordent les Amériques.
D'autre part, le courant océanique de jet, c'est-à-dire la déviation des vents par la rotation de la Terre, ou force de Coriolis apporte en hiver sur le continent, grâce aux vents d'Ouest dominants, de l'air océanique beaucoup plus doux que l'air continental. Or les vents dominants viennent de l'ouest en Europe et plutôt du Nord pour l'Amérique du Nord.
Une étude publiée en 2002 par Richard Seager (climatologue de l'Université Columbia) étaye par des modèles l'hypothèse que l'effet du Gulf Stream est nettement moins important que l'effet des mouvements atmosphériques. Les simulations de Richard Seager laissent penser que l'écart hivernal de température moyenne observé entre l'Est des États-Unis et l'Ouest européen (à l'exception notable de la Norvège) n'est que peu lié au Gulf Stream, mais plutôt aux sens des vents dominants qui diffèrent : La présence des montagnes rocheuses et la configuration géographique expliqueraient mieux les écarts de température, le vent à l'est des États-Unis venant du nord, tandis que le vent à l'ouest de l'Europe vient de l'ouest. Le Gulf Stream aurait dans les différents modèles testés par R. Seager un effet nettement plus faible, et son arrêt ne changerait rien au fait que l'Amérique du Nord resterait plus froide que l'Europe en hiver. Ses modèles suggèrent un refroidissement de l'ordre de 4,5 à 6 °C aux latitudes moyennes, et de l'ordre de 20°C en Norvège, en cas d'arrêt du transport de chaleur océanique, mais également réparti de part et d'autre de l'Atlantique. Cet effet ne ferait alors, aux latitudes moyennes, que compenser le réchauffement global.
Si un contraste existe entre Paris et Montréal, c’est à cause de la rotation de la Terre qui fait qu’aux latitudes tempérées, les bords Est des océans bénéficient d’un climat océanique : ils sont sous l’influence des vents d’Ouest qui s’établissent entre les anticyclones subtropicaux et les zones dépressionnaires et qui dans leur parcours océanique puisent chaleur et humidité.