Fin décembre 2009, l'Allemagne comptait 81 820 000 habitants contre 82 217 800 au 31 décembre 2007. Parmi eux, on dénombrait 7 255 949 étrangers. Avec ses 230 habitants par km², l’Allemagne est un des pays les plus densément peuplés d' Europe derrière les Pays-Bas, la Belgique et le Royaume-Uni. Depuis quelques années, la population de l'Allemagne diminue à cause du faible taux de fécondité de la population allemande.
Carte de l'Allemagne
Répartition de la population
La population est répartie de façon très diversifiée. La ville de Berlin comptait en janvier 2005 3 388 000 habitants. Dans les régions industrielles, le long du Rhin et dans la Ruhr, les villes se touchent sans délimitations distinctes. Ici vivent plus de 29 millions de personnes en 2006. Dans ces régions, de grandes concentrations urbaines se sont formées comme Essen, Cologne, Düsseldorf, Dortmund, Francfort ou Mannheim. À côté de ces régions fortement peuplées, s’en trouvent d’autres très faiblement peuplées comme les paysages de landes et de marais dans les plaines du Nord, la région de l’Eifel, des Alpes bavaroises, le petit Palatinat, la Marche de Brandebourg et la Mecklembourg-Poméranie-Occidentale.
L’Ouest de l’Allemagne est beaucoup plus peuplé que les cinq nouveaux Länder de l’Est. En Rhénanie-Westphalie vit plus d'un cinquième de la population sur 10 % de la superficie du pays.
Presque un habitant sur trois vit dans une des 85 villes de plus de 100 000 habitants, soit environ 26 millions d’individus. Mais la majorité vit dans les villages et les petites villes : plus de sept millions vivent dans des communes qui ne dépassent pas 2 000 habitants. 46 millions vivent dans des communes comprises entre 2 000 et 100 000 habitants.
La population a commencé à diminuer dans les années 1970. Depuis 1990, elle a eu tendance à remonter légèrement dans les anciens Länder de l'ouest, sous l'effet d'une importante immigration. Avec moins de neuf naissances pour mille habitants en 2005, l’Allemagne se situe parmi les pays au taux de natalité le plus faible, ce qui peut constituer un problème majeur pour l'avenir.
Les différences régionales
Au cours du dernier millénaire, le peuple allemand a été formé de cinq souches différentes: les Francs, les Saxons, les Souabes, les Bavarois et les Alamans. Quelques traditions et dialectes subsistent encore de nos jours.
Les Länder, comme ils existent aujourd’hui, ont été créés après la Seconde Guerre mondiale avec l’aide des forces d’occupation, si bien que les traditions de chaque souche ne se remarquent plus. L’afflux des réfugiés et les mouvements migratoires de l’après-guerre, ainsi que la mobilité exigée par la société industrielle, ont aussi contribué à ce changement. Cependant il reste quelques petites caractéristiques qui tiennent plus du cliché. Par exemple, les Mecklembourgeois passent pour renfermés, les Souabes pour économes, les habitants du Rhin pour bons vivants et les Saxons pour travailleurs.
Évolution de la population de l'Allemagne
Historique de la population allemande depuis 1618
Les chiffres de population pour la période allant de 1618 à 1913 concernent le territoire correspondant à l'Empire allemand de 1913. Ceux de 1925 et 1939 concernent le territoire de l'époque (République de Weimar) ; les suivants se rapportent au territoire actuel de la République Fédérale.
Pour différentes années, la population de l'Allemagne était de :
Graphique des naissances et des décès de 1946 à 2006. Les naissances (en bleu) montrent nettement deux périodes de décrochage. La première spectaculaire (de 1968 à 1975) témoigne de l'effondrement de la fécondité. La seconde, après 1997, résulte du tarissement du nombre de femmes en âge d'avoir des enfants, avec maintien d'une très faible fécondité (passage à la deuxième génération de très basse fécondité). Entre les deux, une baisse assez importante se produit de 1990 à 1995, liée à l'absorption de l'ancienne Allemagne de l'Est qui s'aligne rapidement sur la très basse fécondité ouest-allemande.
La République fédérale d'Allemagne est historiquement le premier pays du monde qui fut touché par l'effondrement démographique contemporain. Comme le montre le tableau ci-dessous, c'est dès 1970 que le taux de fécondité est tombé sous le chiffre de 2,05 enfants par femme, généralement considéré nécessaire pour assurer le simple remplacement des générations. Dans les années suivantes, la baisse s'accentue pour atteindre dès 1975 un faible niveau, encore plus bas depuis lors. Parallèlement, le chiffre des naissances a diminué dans la même mesure.
Historique des naissances et des décès
Année
Naissances
Taux de natalité
Taux de fécondité
Nbre de décès
Taux de mortalité
1950
1 116 701
16,0
2,10
748 329
11,0
1955
1 113 408
15,8
2,18
795 938
11,3
1960
1 261 614
17,3
2,37
876 721
12,0
1964
1 357 304
18,0
2,53
870 319
11,5
1965
1 325 386
17,4
2,50
907 882
11,9
1970
1 047 737
13,4
2,03
975 664
12,4
1975
782 310
9,9
1,48
989 649
12,5
1980
865 789
11,0
1,56
952 371
12,1
1985
813 803
10,4
1,37
929 649
11,9
1986
848 232
10,9
1,41
925 426
11,9
1987
867 969
11,1
1,43
901 858
11,5
1988
892 993
11,4
1,46
900 627
11,5
1989
880 459
11,1
1,42
903 441
11,4
1990
905 675
11,4
1,454
921 445
11,6
1991
830 019
10,3
1,332
911 245
11,3
1992
809 114
10,0
1,292
885 443
10,9
1993
798 447
9,8
1,278
897 270
11,0
1994
769 603
9,4
1,243
884 661
10,8
1995
765 221
9,3
1,249
884 588
10,8
1996
796 013
9,7
1,316
882 843
10,7
1997
812 173
9,9
1,369
860 389
10,4
1998
785 034
9,5
1,355
852 382
10,3
1999
770 744
9,3
1,361
846 330
10,3
2000
766 999
9,3
1,378
838 797
10,2
2001
734 475
8,9
1,349
828 541
10,0
2002
719 250
8,7
1,341
841 673
10,2
2003
706 721
8,5
1,340
853 946
10,3
2004
705 622
8,5
1,355
818 271
9,9
2005
685 795
8,3
1,340
830 227
10,1
2006
672 724
8,2
1,331
821 627
10,0
2007
684 862
8,3
1,370
827 155
10,1
2008
682 514
8,3
1,376
843 593
10,3
Année
Naissances
Taux de natalité
Taux de fécondité
Nbre de décès
Taux de mortalité
Sources :
Évolution de la natalité dans les Länder (en milliers)
Durant les neuf premiers mois de 2009, le nombre des naissances est passé de 517 500 à 491 600 par rapport à la même période de l'année 2008, ce qui représente une chute de 25 900 unités ou plus ou moins 5% (chiffres provisoires obtenus d'après les registres). La dénatalité semble ainsi se poursuivre en Allemagne avec la même sévérité, et ce malgré une série de mesures franchement natalistes prises en 2007 (voir plus loin le paragraphe intitulé « Les inflexions récentes de la politique familiale » ).
Sources :
Un effondrement démographique inévitable ?
Projections démographiques de 2005 à 2050
La Statistisches Bundesamt (Office fédéral de statistiques) a établi des projections démographiques jusqu'en 2050, avec ventilation par groupes d'âge, et différentes variantes de longévité, d'immigration et de fécondité. Le résultat est que, dans toutes les variantes envisagées, la population du pays connaîtra une décroissance. Voici les résultats des deux variantes principales :
Variante 1 : fécondité de 1,4 enfants par femme - longévité masculine de 83,5 ans et féminine de 88 ans - solde migratoire positif de 100 000 par an. Les chiffres sont exprimés en milliers.
Ainsi l'Allemagne perdrait 13 700 000 habitants en 45 ans (soit une moyenne de 304 000 par an) dont 4 680 000 durant la décennie 2040-2050 (soit 468 000 par an). Et cela malgré l'immigration annuelle de 100 000 personnes.
Les gens de plus de 60 ans feraient plus de 40 % de la population en 2050. Les « moins de 20 ans » se retrouveraient au nombre d'un peu plus de 10 millions.
Variante 2 : fécondité de 1,4 enfants par femme - longévité masculine de 83,5 ans et féminine de 88 ans - solde migratoire positif de 200 000 par an. Les chiffres sont exprimés en milliers.
2005
2010
2020
2030
2040
2050
Population prévue
82.438
82.039
81.328
79.750
77.288
73.950
Moins de 20 ans
16.486
15.051
13.754
13.266
12.349
11.403
% de population totale
20,0
18,3
16,9
16,6
15,0
15,4
De 20 à 60 ans
45.412
45.481
43.032
37.943
36.303
33.790
% de population totale
55,1
55,4
52,9
47,6
47,0
45,7
Plus de 60 ans
20.540
21.507
24.542
28.540
28.636
28.766
% de population totale
24,9
26,2
30,2
35,8
37,1
38,9
Grâce à l'arrivée annuelle de 100 000 immigrants supplémentaires, l'Allemagne ne perdrait plus que 8 490 000 habitants en 45 ans (soit une moyenne de 188 mille par an) dont 3 340 000 durant la décennie 2040-2050 (soit 334 000 par an). Et cela malgré l'immigration annuelle de 200 mille personnes, soit un apport de 9 millions d'immigrants en 45 ans.
Les gens de plus de 60 ans constitueraient près de 39 % de la population en 2050, ce qui reste élevé. Les « moins de 20 ans » seraient 11,4 millions, plus que dans la première variante.
Jusqu'à présent en Allemagne, les immigrants provenaient essentiellement des pays d'Europe de l'Est et de Turquie, mais l'évolution démographique récente dans ces pays ayant montré une dénatalité importante comme la Turquie avec 1,92 enfants par femme en 2006 ou la Pologne avec 1,25, il est fort probable que d'ici là, l'origine des immigrants potentiels se sera recentrée sur l'Afrique noire et certains pays d'Asie du Sud.
Résumé des problèmes liés à la très basse fécondité
Fécondité ou nombre moyen d'enfants par femme en 2003: Vert: plus de 1,7. Jaune: 1,51 à 1,7. Brun-orange: 1,41 à 1,5. Rose: 1,31 à 1,4. Rouge: 1,3 ou moins. Seul le landkreis de Cloppenburg comptait un taux de fécondité de plus de 1,7. Dans le cas d'une évolution "normale", l'entièreté de la carte devrait être verte. La situation apparaît critique dans le nord-est du pays (ancienne Allemagne de l'est), ainsi qu'en Sarre tout près de la frontière française.
L'Allemagne a été le premier pays d'Europe à connaître une chute massive de la fécondité de sa population. Dès 1970 en effet, le taux de fécondité de 2,03 enfants par femme ne suffisait plus à assurer le simple remplacement des générations. Dans les décennies suivantes, la chute s'est approfondie et la dénatalité est devenue chronique et structurelle. Les allemands n'ont plus guère d'enfants. Certes cette situation s'est depuis largement répandue dans toute l'Europe (et ailleurs aussi), mais cette simple constatation ne résout pas le problème. Sauf reprise massive de la natalité, le pays ne peut compter que sur une immigration massive pour éviter un écroulement démographique avec effondrement du nombre de ses habitants, doublé d'un vieillissement tel que la société risque de ne plus pouvoir assurer l'entretien de ses aînés, et que l'économie allemande jadis si robuste risquera l'effondrement.
Point de vue des démographes natalistes
Note :
L'école des démographes natalistes est largement majoritaire en France. Elle y est représentée notamment par Alfred Sauvy (1898-1990) élève d'Adolphe Landry, Pierre Chaunu (1923 - 2009) et bien d'autres.
Si rien ne change, c'est par centaines de milliers annuellement que le nombre des décès l'emportera sur celui des naissances et ce dès 2025-2030. Et qui dit baisse de la population, dit arrêt de la construction, donc stagnation de l'économie. De plus les personnes âgées sont de piètres consommateurs...sauf de soins médicaux si, du moins, ils sont à la portée de leurs moyens, ce qui ne sera plus le cas si la société n'arrive plus à leur accorder les ressources nécessaires. De plus le manque de jeunes signifie que l'économie nationale ne trouvera plus assez d'éléments jeunes et dynamiques susceptibles d'assurer le progrès. Ces derniers face à la hausse inévitable de la pression fiscale et parafiscale destinée à entretenir une masse énorme d'inactifs vieux et malades risquent fort de quitter le pays pour des cieux plus cléments, ce qui aggravera encore le problème.
Examinons de plus près ces menaces. Dès la fin des années 1990, l'Allemagne doit faire face à une nouvelle glissade de sa natalité. De plus de 900 000 naissances en 1990, on tombe pour la première fois sous les 700 000 en 2005, et ce malgré une immigration très importante tout au long de la période. En 2005 une nouvelle chute est due au faible nombre de mères susceptibles de procréer, car les femmes de 20 à 40 ans sont désormais nées majoritairement dans la première phase (1965-1985) du grand déclin et sont donc beaucoup moins nombreuses. Ainsi la boucle est bouclée et le cercle vicieux inquiétant est en route. Circonstance aggravante, ni le peuple allemand, ni ses dirigeants ne paraissent conscients de l'importance de cette problématique. On n'en parle pas, ou si peu. Est-ce une nouvelle version de l'"après moi le déluge" ? On peut le penser.
Il faut insister sur le fait que l'effondrement démographique lié à la dénatalité menace à des degrés divers presque tous les pays d'Europe... et bien d'autres encore (Japon, Chine, ...), mais la situation allemande constitue un cas d'école à bien des égards, étant données la profondeur et l'ancienneté de la dénatalité d'une part, et certains facteurs psycho-culturels spécifiques d'autre part. En effet, l'idée prévaut en Allemagne que le pays est surpeuplé, idée sans doute en relation avec son passé de pays à forte émigration (XIX siècle) et peut-être aussi avec la politique nataliste associée au slogan hitlérien de manque d'espace vital (lebensraum), qui a fait tant de tort au peuple allemand et à ses voisins. Mais le fond du problème ne se situe pas tant dans le nombre absolu de la population allemande (qui décroîtrait sensiblement mais progressivement), mais surtout dans le déséquilibre entre personnes âgées excédentaires et jeunes de moins en moins nombreux. C'est là que se situe la menace principale.
Facteur aggravant en Allemagne, les mères se méfient des garderies, évoquant un peu trop l'embrigadement nazi dans ce type d'institutions, ou alors l'"endoctrinement" pratiqué dans l'ancienne Allemagne de l'est communiste, la DDR. Si bien que pour les femmes allemandes un choix s'impose bien souvent: soit travailler, soit avoir des enfants. Les femmes cumulant les deux fonctions sont mêmes parfois affublées d'un vilain surnom : les mères-corbeau (Rabenmutter).
Pour les natalistes, les enfants (de plus en plus rares il est vrai) ne votant pas, mais bien les vieillards (de plus en plus nombreux quant à eux), l'objectif des politiciens est de choyer au maximum cet énorme réservoir de votes en perpétuelle croissance, les retraités et les électeurs approchant de l'âge de la retraite. Ainsi les partis politiques et leurs programmes s'occupent beaucoup des budgets retraites, mais fort peu d'allocations familiales ( lire : Philippe Bourcier de Carbon, chargé de recherche à l'INED). Un sursaut serait indispensable à ce niveau, impliquant tous les médias, les écoles et l'appareil d'état afin de convaincre les citoyens de la gravité de la situation, et d'inciter les jeunes ménages à procréer, mais aussi de réorienter les flux budgétaires vers les parents et leurs enfants. On aurait ainsi besoin de tous les médias pour sensibiliser l'opinion (des jeunes, surtout les jeunes filles) et déraciner les idées toutes faites. Mais il semble que ce sera très dur et qu'il faudra beaucoup de temps.
Point de vue des malthusiens et anti-natalistes
Note : Cette tendance est minoritaire tant en France qu'en Europe. Elle semble être répandue parmi certains groupes d'écologistes et d'alter-mondialistes, sans avoir de lien avec les théories des économistes prônant une société de décroissance ou décroissance durable, lesquels n'ont jamais développé de programme démographique (voir l'article Halte à la croissance ?). Cependant très récemment on assiste à l'émergence de petits groupes structurés partisans de la décroissance démographique, notamment en Australie, en Belgique et en France, dont l'argumentaire démographique est basé sur celui, économique, des mouvements politiques et philosophiques écologistes.
Pour les anti-natalistes, partisans de la décroissance démographique, l'humanité a déjà dépassé depuis longtemps la limite où un trop grand nombre d'humains entraîne irrémédiablement de gigantesques catastrophes écologiques et socio-politiques (réchauffement planétaire, extinction des espèces, pollution de l'air, des cours d'eau et des océans, guerres et famines). Tous les pays doivent restreindre leur population, y compris les pays riches qui sont responsables de bien plus de destruction d'écosystèmes et de pollution que les pays pauvres. Dans le cas concret de l'Allemagne, il s'agit d'un pays surpeuplé et éminemment pollué où seule une diminution drastique de la population et une baisse de la consommation peut amener un mieux-être. En d'autres mots, moins d'habitants signifie moins de bruits et de fumées, plus d'espaces naturels, une plus grande propreté des rivières et des lacs, etc., et donc une meilleure qualité de vie.
Les partisans de la décroissance démographique ne manquent pas d'arguments. Ils se heurtent cependant à ce que certains appellent la religion de la croissance, indissociable du libéralisme capitaliste ambiant. Ils se heurtent aussi aux religions (croissez et multipliez-vous) ainsi qu'aux principes des tenants du socialisme. Ils ne répondent pas à la grande inquiétude des nationalistes : Que deviendra la puissance (économique et militaire) de l'Allemagne (ou de tout autre pays), si ce pays emprunte seul la voie de la décroissance démographique ? La nation ne sera-t-elle pas menacée par des ennemis extérieurs ? On ne peut franchement pas dire que les risques de guerre aient diminué en ce début de siècle, au contraire. Les récentes guerres d'Afghanistan et surtout d'Irak ont bien montré qu'un peuple nombreux et développé peut utiliser son nombre et sa puissance pour essayer d'en soumettre d'autres, moins peuplés. Une réduction unilatérale de la population allemande (ou de toute autre nation européenne) est difficile à prôner dans un contexte plutôt troublé, et finalement lourd de menaces internationales.
Suite à quoi, les autorités allemandes et surtout européennes sont loin de considérer la baisse de population de l'Allemagne comme un bienfait. Et certaines mesures natalistes ont même été adoptées et sont entrées en vigueur le premier janvier 2007.
Immigration comme solution éventuelle
En attendant, pour beaucoup, et notamment les autorités européennes, la panacée semble être l'intensification de l'immigration. Au cours des derniers vingt ans (1986-2006) celle-ci a été intense, mais n'a pas rémédié à grand chose.
Année
Solde migratoire
dont Allemands
dont étrangers
1983
-127.152
1984
-193.936
1985
67.166
1986
196.999
1987
153.053
1988
497.867
1989
746.078
1990
656.166
1991
602.523
174.718
427.805
1992
782.071
185.679
596.392
1993
462.096
182.908
279.188
1994
314.998
166.757
148.241
1995
397.935
172.675
225.260
1996
282.197
133.307
148.890
1997
93.664
115.432
-21.768
1998
47.098
80.553
-33.455
1999
201.975
83.740
118.235
2000
167.120
80.665
86.455
2001
272.723
84.451
188.272
2002
219.288
66.519
152.769
2003
142.645
39.949
102.696
2004
82.542
27.326
55.216
2005
De 1985 à 1990 inclus, l'Allemagne a reçu non moins de 2 300 000 immigrés supplémentaires, en grande partie originaires des pays de l'Europe de l'Est, mais cet important apport n'a pas réussi à empêcher la forte dégringolade de la natalité allemande en 1991-92 (chute de 905.675 naissances en 1990 à 809.114 en 1992 soit une perte de 10 %), et le mouvement ne s'arrêta pas à ce niveau. De nouveaux plus bas furent enregistrés, en 94-95 d'abord, puis au cours des premières années du XXI siècle (766.999 naissances en 2000 contre 673.675 en 2006, soit une perte de 12,6 %).
Impact de l'immigration sur la fécondité
Répartition des naissances d'après la nationalité des parents
Références :
Année
Total
Naissances
Au moins un des parents est allemand
2 parents
étrangers
( 6 )
*
Naissances de mère
étrangère
Parents mariés
Parents non mariés
Nombre
( 2 + 5 + 6 )
% du total
allemand
2 parents
allemands
( 1 )
Mère
étrangère
( 2 )
Père
étranger
( 3 )
Mère
allemande
( 4 )
Mère
étrangère
Père allemand
( 5 )
1995
765 221
506 847
23 948
23 498
111 414
0
99 714
123 663
16,16
1996
796 013
513 624
27 192
26 205
122 763
0
106 229
133 421
16,76
1997
812 173
514 864
29 438
28 246
132 443
0
107 182
136 620
16,82
1998
785 034
481 736
31 052
28 859
143 330
0
100 057
131 109
16,70
1999
770 744
457 588
32 523
30 000
155 417
0
95 216
127 739
16,57
2000
766 999
441 500
36 206
32 410
163 086
2 764
91 006
129 976
16,95
2001
734 475
410 663
37 718
32 498
167 680
3 143
82 773
123 634
16,83
2002
719 250
390 764
41 000
33 509
170 915
4 069
78 993
124 062
17,25
2003
706 721
374 321
43 483
34 685
173 305
4 753
76 174
124 410
17,60
2004
705 622
366 219
45 841
35 912
178 992
5 581
73 077
124 499
17,64
2005
685 795
347 336
46 003
35 025
181 105
5 909
70 417
122 329
17,84
Note : Avant l'année 2000, l'enfant des mères célibataires étrangères restait toujours de nationalité étrangère comme sa mère, même si son père était allemand. Cela explique que la colonne (5) reste vide jusqu'à cette date, les enfants étant inclus dans le groupe (6) des naissances de parents étrangers. Le nouveau code de la nationalité, en vigueur depuis l'an 2000, accorde désormais la nationalité allemande à de tels enfants.
Analyse de l'impact de la population étrangère sur la fécondité
Quel est l'impact chiffré de la population immigrée sur le niveau des naissances ? Les statistiques nous montrent qu'en 2004 par exemple, 124 499 bébés étaient nés de mère étrangère, alors que le nombre d'étrangers en Allemagne se chiffrait à 7 288 000 personnes cette année-là. Le taux de natalité de cette population s'élevait donc à 17,08 ‰, taux largement supérieur au taux de natalité allemande de l'année, 8,5 ‰. Donc, l'immigration a un impact certain sur la démographie du pays, et surtout sur le nombre des naissances et le taux de natalité. Si la natalité des étrangers avait été égale à celle des allemands de souche, il y aurait eu 60 000 naissances de moins, et le taux de fécondité 2005 n'aurait été que de 1,2 environ (comme en Suisse). Le problème est que pour assurer le renouvellement des générations, l'Allemagne aurait dû avoir 1 090 000 naissances et non pas 686 000! Il manque toujours 404 000 naissances que ces 7 288 000 étrangers ne peuvent apporter à eux seuls. Un calcul fort simple (règle de trois) nous montre qu'il aurait fallu 49 millions d'étrangers de fécondité équivalente pour combler le trou, ce qui est impossible et absurde.
Des études françaises analysant l'impact de la population étrangère sur la fécondité en France font des constatations semblables, à savoir que la fécondité des femmes étrangères n'a qu'un impact marginal sur la fécondité du pays ( lire en PDF - Ined -revue Populations et Sociétés - Laurent Toulemon - La fécondité des immigrées en France). Bien sûr si l'Allemagne n'accueillait que des populations africaines rurales telles qu'on en trouve actuellement au Niger ou en Ouganda, populations illettrées rurales à très haute fécondité (plus de 6 enfants par femme), le nombre d'immigrants nécessaires serait bien moindre que les 49 millions évoqués. Mais ceci est bien sûr une vue de l'esprit, car de telles populations ne pourraient s'adapter, seraient très mal reçues et finalement en s'intégrant copieraient le modèle allemand de fécondité, nécessitant l'arrivée de nouveaux millions d'étrangers. C'est essayer de remplir le tonneau des Danaïdes, exercice périlleux et piège dans lequel sont tombées les Nations unies.
Puisqu'une hausse massive de l'immigration est exclue, et qu'une flambée de la fécondité semble à tout le moins hors de portée immédiate, il ne reste à la société qu'à gérer un scénario de décroissance. Qu'est ce à dire ? Il s'agit de gérer une très longue période de baisse de population, associée à un vieillissement massif, ainsi qu'à une involution économique et d'importants ajustements concomitants. Ce problème ne concerne pas seulement l'Allemagne, mais, à des degrés divers, quasiment tous les pays d'Europe et beaucoup d'autres dans le monde.
Jusqu'à présent l'humanité n'a connu en période de paix que des scénarios de croissance. Les rares scénarios de décroissance observés dans l'histoire furent dus à des guerres terribles ou à quelques rares autres catastrophes (Grande Peste par exemple entre 1346 et 1350), et cela a laissé d'épouvantables souvenirs. Ainsi l'Europe mit des siècles à se remettre de la chute de l'Empire romain. Ainsi la guerre de Trente Ans, a réduit la population allemande de plus d'un tiers (1618-1648) et l'Allemagne mit plus d'un siècle à se remettre (émergence de la Prusse).
Plus récemment en 1864-1870, la guerre de la Triple Alliance opposant le Paraguay, puissance économique montante d'Amérique du Sud à ses voisins, se solda par la perte de 50 % de sa population ne laissant presque que des femmes en vie. Le malheureux Paraguay fut projeté au bas de l'échelle de ces pays, et s'y trouve encore, près d'un siècle et demi plus tard.
Mais en ce qui concerne la situation démographique allemande, nous parlons d'un scénario de décroissance gérée, ce qui implique d'abord... d'en avoir conscience et d'y réfléchir avant que le scénario ne se déclenche. Il n'entre pas dans les propos de cet article d'analyser les phénomènes menaçants prévisibles. Mais on peut en esquisser quelques-uns.
Écoles : baisse du nombre d'élèves, d'où fermeture de certaines d'entre elles et mise au chômage du personnel, enseignants entre autres.
Chemin de fer: baisse de fréquentation due à la baisse de population des villes desservies, fermeture de lignes, mise au chômage d'un nombreux personnel. Idem pour les métros, RER, tramways bus etc., devenus non rentables. Hausse du prix de ces transports.
Construction: arrêt des mises en chantier, excès de logements dont une partie tombera dès lors en ruine. Loyers en baisse, ruine de certains propriétaires et arrêt de l'investissement en logement.
Industrie des produits de consommation: baisse du nombre de clients dans quasi toutes les branches (sauf les nouvelles), donc chute de la production accentuée par le manque d'appétit à la consommation des vieillards. Chute des bénéfices, chute des bourses, effondrement de la formation de capital. Déflation aiguë comme dans les années 1930. Explosion paradoxale du chômage.
Les inflexions récentes de la politique familiale
Une des raisons de cette faible fécondité réside dans la difficulté pour les femmes à concilier vie familiale et vie professionnelle. L'habitude voulait que les mères restent à la maison et n'aient pas recours à une aide extérieure. Pendant longtemps la RFA a été réticente à toute politique incitative qui lui rappelait fâcheusement l'époque nazie ou communiste de la RDA. La coalition CDU-SPD a pris une série de mesures, sous la houlette de la ministre de la famille, des personnes âgées, des femmes et de la jeunesse, Ursula von der Leyen qui bouleverse la politique familiale. En 2007 un salaire parental a été créé. Il vient s'ajouter aux allocations familiales. Le parent qui arrête son travail pendant un an, touche une allocation représentant 67 % du salaire perdu, avec un plafond de 1 800 euros et un minimum de 300 euros. La ministre a décidé la construction de 500 000 places de crèches d'ici à 2013 pour les enfants de 1 à 3 ans. Aujourd'hui, seuls 5 % à 9 % des besoins des Länder de l'Ouest sont couverts. L'aménagement du temps de travail, indispensable au développement de toute politique familiale, commence à entrer dans les négociations collectives.
La population d'origine étrangère ou issue des flux migratoires
En Allemagne, c'est le concept de «Migrationshintergrund» qui prévaut dans les statistiques, expression que l'on pourrait traduire par «dont les origines sont issues des flux migratoires».
L'année 1950 est l'année de référence avant laquelle toute origine étrangère ou toute migration est ignorée. Cela s'explique facilement par l'extrême homogénéité de la population allemande après la Seconde Guerre mondiale, résultat de l'eugénisme nazi.
Est ainsi désigné comme personne ayant une «Migrationshintergrund» toute personne:
- ayant elle-même immigré et ayant gardé sa nationalité étrangère
- ayant elle-même immigré et ayant acquis la nationalité allemande par naturalisation (Einbürgerung)
- ayant au moins un de ses parents qui est «issu des flux migratoires»
Il y aurait aujourd'hui, vivant en Allemagne, sur les 82,2 millions d'habitants, 15,4 millions de personnes issues de l'immigration.
L'avantage de ce concept est ainsi d'identifier et de dénombrer non seulement les étrangers et les immigrés, mais aussi leur progéniture.
Ainsi, un enfant ayant un parent de souche allemande et un parent ayant une «Migrationshintergrund» sera comptabilisé dans la population issue de l'immigration. Cette classification statistique permet ainsi d'observer et de chiffrer les mélanges entre la population «de souche allemande» non issue de l'immigration et la population d'origine étrangère. Sur les 15,4 millions d'habitants ayant une Migrationshintergrund en Allemagne, on compte ainsi des enfants pourvu d'un parent de souche allemande.
Si cette population d'origine immigrée ou étrangère correspond à 18,7% de la population totale du pays en 2007 (15,4 millions sur 82,2), il faut savoir que lorsque nous isolons la population de 0 à 5 ans, ce taux est en fait de 33%. Ceci signifie qu'un enfant sur trois qui naît actuellement en Allemagne a du sang étranger, ou pour le dire plus convenablement, n'est pas totalement de souche allemande.
Cependant, dans cette population issue des flux migratoires, il faut noter un phénomène typique à l'Allemagne et qui met un bémol à la très grande part de la population d'origine étrangère de ce pays. En effet, les gens issus du rapatriement des populations allemandes installées depuis des générations en Europe de l'Est et en particulier en Russie sont comptabilisés dans la population «issue des flux migratoires», avec Migrationshintergrund.
Ethniquement allemands, souvent culturellement allemands, le nombre de ces «Aussiedler» ou «Spätaussiedler» (voir les articles allemands consacrés à ces concepts) s'élèverait à au moins 2,8 millions de personnes. Les Allemands de Russie (Russlanddeutsche) forment la grande majorité de ce groupe. Cette population est notamment la lointaine postérité des colons allemands appelés par Catherine de Russie pour développer les terres de la Volga et d'Ukraine. Cette minorité ethnique, à laquelle les tsars avaient accordé la liberté de culte et d'autres privilèges, en particulier financiers, s'intégra peu et se mélangea encore moins à la population russe. Persécutés sous Staline, déportés vers l'Asie centrale et la Sibérie par myriades en 1941, ces «Allemands de Russie» se sont précipités en grand nombre vers leur lointaine mère patrie dans les années 1990, dès la chute du rideau de fer. Il s'agit donc là d'un groupe hybride très difficile à classer.
Au 1 janvier 2005, 7 288 000 étrangers vivaient en Allemagne, dont plus ou moins 24 % de Turcs, 12 % de Yougoslaves, 7,5 % d’Italiens. Plus de 60 % des étrangers sont en Allemagne depuis plus de dix ans. Plus de deux tiers de leurs enfants y sont nés.
La république allemande doit beaucoup à ses travailleurs étrangers, ils ont beaucoup contribué à l’ascension économique. Les Allemands s’efforcent d’avoir de bons rapports avec leurs immigrés. Mais dans les grandes villes où vivent 20% d’immigrés, cela ne va pas sans tensions à cause de cultures différentes. La deuxième génération a toutefois moins de mal à s’intégrer.
Depuis le 1 janvier 2000, un nouveau Code de la nationalité est entré en vigueur en Allemagne. Celui-ci est désormais fondé sur le droit du sol et non plus sur le droit du sang, comme c'était le cas pour l'ancien Code de 1913. Concrètement cela signifie que les enfants d'étrangers nés sur le sol allemand sont Allemands de plein droit, sauf si leurs parents s'y opposent.
Baisse du nombre des étrangers
Depuis 1997, on constate une baisse lente, mais continue, du nombre d'étrangers en Allemagne. Celle-ci affecte surtout le nombre des jeunes. On constate au contraire un très net vieillissement de cette population étrangère.
Les causes de la baisse des jeunes étrangers est triple. D'une part un nombre continuel de jeunes parents ou futurs parents se naturalise, entraînant ipso facto la citoyenneté allemande de leurs enfants et futurs enfants. D'autre part la modification en 2000 du Code de la nationalité, sous réserve de l'acceptation parentale, fait qu'un nombre toujours croissant d'enfants d'étrangers naissent Allemands. Enfin on constate depuis 2002 une baisse très importante du solde migratoire des étrangers.
Le tableau suivant reprend l'évolution de certains groupes d'âge de la population étrangère de l'Allemagne. Seuls les jeunes de moins de 14 ans et les personnes âgées ont été repris, par souci de clarté. On constate en neuf ans une baisse des deux tiers des bébés de moins d'un an, et de plus de moitié des enfants de moins de 6 ans. Pour les personnes âgées de plus de 65 ans l'évolution est inverse dans le sens d'un doublement du nombre de ceux-ci en dix ans. Notons que, malgré tout, le pourcentage de cette classe d'âge (6,78 %) reste très réduit par rapport au pourcentage constaté dans la population allemande en entier (18,63 %). Il y avait en effet 15 367 500 habitants de plus de 60 ans sur 82 500 800, au premier janvier 2005. Il faut cependant rester circonspect pour cette dernière comparaison, une grande partie de ces personnes âgées étrangères étant retournées au pays pour y passer leurs dernières années en tant que retraités, et n'apparaissant bien sûr pas dans la statistique.
Au 31/12
Etrangers
Moins d'1 an
De 1 à 5 ans
De 6 à 13 ans
65 ans et plus
1995
7.342.800
100.800
543.000
780.600
241.000
1996
7.491.700
106.500
536.600
800.700
261.400
1997
7.419.000
106.300
522.200
794.300
275.800
1998
7.308.500
99.200
502.200
778.300
296.000
1999
7.336.100
94.900
495.300
781.800
325.700
2000
7.267.600
41.300
466.100
758.800
352.900
2001
7.318.300
42.700
410.500
736.100
384.100
2002
7.348.000
41.100
361.500
719.600
419.200
2003
7.341.800
39.200
309.200
704.700
458.000
2004
7.288.000
35.500
259.400
688.200
492.500
2005
7.289.100
2006
7.255.949
Naturalisations
En 2003 140 731 étrangers ont obtenu la nationalité allemande. Mais depuis, ce chiffre a eu tendance à baisser. Les plus nombreux en 2003 étaient les Turcs (39 %), les Iraniens (7 %) et les Serbes/Monténégrins (4 %).
Ci dessous un tableau reprenant la nationalité des principaux groupes d'étrangers ayant acquis la citoyenneté allemande, ainsi que l'évolution observée au cours des quatre dernières années.
D'après un rapport de l'International Association for the Study of Obesity (2007), 22,5 % des Allemands et 23,3 % des Allemandes sont obèses ; 75,4 % des hommes et 58,9 % des femmes souffrent d'un excès de poids en Allemagne. Les causes évoquées sont l'absence de cantines scolaires et la forte consommation de bière.