L’angélique, dite encore “ herbe aux anges ”, doit son nom à ses prétendues vertus magiques. Cette ombellifère géante passait en effet pour conjurer les envoûtements et les sorciers ne résistaient pas à sa bonne odeur. Accrochée au cou des enfants, elle protégerait en particulier ces derniers contre les maléfices de toute nature. Mais elle pouvait également servir d’amulette aux adultes.
Les médecins de la Renaissance la surnommaient “ racine du Saint-Esprit ”, à cause de ses “ grandes et diverses propriétés contre de très-graves maladies ”. Ainsi Paracelse (1490-1541) rapporte-t-il que, lors des grandes épidémies de peste de 1510, de nombreux Milanais furent sauvés grâce à ses prescriptions : de l'angélique en poudre dissoute dans du vin. Selon Olivier de Serres (1539-1619), la précieuse plante “ sert à tenir la personne joyeusement ”.
Édité en 1716, un “ Dictionnaire botanique et pharmaceutique” à durable succès dit l’Angélique “ stomacale, cordiale, céphalique, apéritive, sudorifique, vulnéraire. Elle résiste au venin. On l’emploie pour la peste, pour les fièvres malignes, pour la morsure du chien enragé, à laquelle on l’applique en cataplasme. On en avale un dragme contre la peste, qui chasse le venin par la sueur. ” Un Niçois qui mourut en 1759 à l’âge de 123 ans et trois mois (ce qui reste à vérifier !…) attribuait sa longévité à son habitude de mâcher de la racine d’Angélique en guise de tabac…
L’Angélique (Angelica archangelica) pousse à l’état sauvage dans les régions septentrionales et en Europe centrale. Elle n'est plus guère cultivée, pour la confiserie qu'à Niort et dans la plaine de la Limagne, au nord de Clermont-Ferrand. Il existe en France deux espèces sauvages: Angelica sylvestris, présente à peu près partout, sauf sur le pourtour méditerranéen et, sur les flancs du Canigou, la variété sauvage "angelique de Razouls" (Angelica razulii) , où les amateurs la traquent dès le début de l’été, pour la Saint-Jean en particulier. Afin de la distinguer de la redoutable ciguë, il suffit de froisser quelques feuilles : l’angélique dégage une odeur agréable, alors que la ciguë empeste. On lui prête de multiples vertus qui, pour la plupart, sont confirmées par les spécialistes contemporains. Les différentes parties de la plante possèdent en effet les diverses propriétés médicinales anciennement reconnues. Tonique, stimulante, stomachique, sudorifique, emménagogue, carminative… :“ l’herbe aux anges ” pourrait concurrencer le “ ginseng ” chinois…