Castor fiber

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Introduction

Castor européen
Castor européen au jardin zoologique
Classification
RègneAnimalia
EmbranchementChordata
Sous-embr.Vertebrata
ClasseMammalia
Sous-classeTheria
Infra-classeEutheria
OrdreRodentia
Sous-ordreSciuromorpha
FamilleCastoridae
GenreCastor
Nom binominal
Castor fiber

Linnaeus, 1758
Statut de conservation IUCN :

NT  : Quasi menacé

Schéma montrant le risque d'extinction sur le classement de l'IUCN.
Sous-espèces de rang inférieur
  • Castor fiber albicus (Matschie, 1907)
  • Castor fiber belorussicus (Lavrov, 1981)
  • Castor fiber birulai (Serebrennikov, 1929)
  • Castor fiber fiber (Linnaeus, 1758)
  • Castor fiber galliae (Geoffroy, 1803)
  • Castor fiber orientoeuropaeus (Lavrov, 1981)
  • Castor fiber pohlei (Serebrennikov, 1929)
  • Castor fiber tuvinicus (Lavrov, 1969)
  • Castor fiber vistulanus (Matschie, 1907)
Répartition géographique
European beaver map.PNG

Le Castor d'Europe, Castor commun, Castor ou Castor d'Eurasie (Castor fiber) est un grand rongeur aquatique, autrefois commun et encore rencontré dans quelques cours d'eau ou zones humides d'Europe et d'Asie.
Il est, avec le castor canadien, l'une des deux espèces actuellement vivantes du genre Castor. Après avoir failli disparaître de tout ou partie de l'Europe, il est aujourd'hui protégé dans la plupart des pays, et a fait l'objet de nombreux programmes de réintroduction. En France, Belgique, suisse, il est strictement protégé, sous le contrôle de l'ONCFS et du Ministère en charge de l'environnement.

Étymologie

Le mot castor vient du grec kástōr. Le Castor d'Europe était autrefois appelé en français « bièvre », nom d'origine gauloise que l'on retrouve souvent dans des noms de villages ou de cours d'eau. Le nom gaulois *bebros (non attesté directement) est apparenté au nom latin fiber et au nom germanique qui subsiste en anglais beaver, néerlandais bever, allemand Biber. Un autre terme gaulois *abankos reste encore utilisé en breton (avank), irlandais (abhac) et gallois (afanc) --Virda (d) 7 février 2010 à 16:54 (CET)

Description

Le castor européen adulte pèse en moyenne 21 kg et mesure jusqu'à 1 mètre (queue d'environ 30 cm comprise) ce qui en fait le plus gros rongeur autochtone d’Europe.
Dans l'eau, il est facilement confondu avec le ragondin, dont le corps est toutefois moins immergé quand il nage (le castor ne laisse visible hors d'eau que sa nuque et la moitié supérieure de la tête, alors que toute la tête et le haut du dos du ragondin sont visibles hors de l'eau quand il nage). Le rapport longueur de tête/longeur du corps (sans queue) est d’environ 1/5ème pour le Castor et d’1/3 pour le Ragondin .

La femelle allaite ses petits, et dispose de 4 mamelles. Les orifices uro-anaux et génitaux débouchant dans la même cavité (pseudo cloaque). Les fèces, riches en matière ligneuse, allongées mesurent 2 x 3 cm environ et sont émises dans l'eau où elles nourrissent les poissons et divers invertébrés.

Alimentation

Il est presque exclusivement végétarien. L'adulte nécessite pour vivre environ 2 kg/jour de matière végétale ou 700 g d’écorce .
Outre les écorce, il consomme les feuilles et jeunes pousses de nombreux ligneux, des plantes aquatiques, des fruits, tubercules, la végétation herbacée terrestre. Au passage, il peut ingérer quelques invertébrés et oeufs d'invertébrés.
Ses préférences sont les écorces et feuilles de Saules et Peupliers , qui ont co-évolué avec lui, et qui recèpent facilement, comme toutes les espèces des ripisylves de l'hémisphère nord, ce qui n'est pas le cas dans l'hémisphère sud où aucun animal ne se nourrit à la manière du castor en coupant les arbres des berges pour en faire des barrages. Il apprécie aussi les buissons tels que cornouiller sanguin, Noisetier, l'orme champêtre et moindrement l’Aulne glutineux. La plus grande partie des branches qu'il coupe ont un diamètre compris entre 3 cm et 8 cm .

Comportement

Quand il se nourrit, même sur une branchette, le castor ne ronge que l'écorce et non l'aubier

C'est une espèce inféodées aux zones humides et à l'eau où il passe les 2/3 de son temps dans l'eau. Il construit des huttes ou un terrier ou des huttes-terrier pour s'abriter le jour et mettre bas. L'entrée du gîte est toujours située sous l'eau. Parfois le gîte est remplacé par une cavité naturelle (dans les régions karstiques comme dans les gorges du Gardon) voire artificielle (ruine de moulin) .
Comme de nombreux animaux nocturne, il est surtout actif en début et fin de nuit. Il est grégaire et sociable, mais territorial (Il marque son territoire au moyen de castoréum (sécrétion placée généralement sur des monticules de terre situés à moins de 50 cm de l’eau). Une communauté familiale nécessite 1 à 3 kilomètres de cours d'eau) .
75 % des castors vivent en groupes familiaux composés de 2 adultes, des jeunes de plus d’un an et des jeunes de l’année. Chaque famille rassemble de 2 à 6 castors (3,8 en Europe) . 25 à 30 % environ des castors vivent de manière isolées, avec des comportements plus explorateurs. Son comportement le plus connu et spectaculaire est la construction de barrages et sa capacité à ronger des branches et des troncs d'arbres, grâce à des dents très aiguisées.

Histoire et statut du castor européen

la qualité de sa fourrure a été l'une des causes de la presque-extinction du castor en Europe et en Asie

Au Moyen Âge et à la Renaissance, les chapeaux en peau de castor ont été si appréciés qu’ils ont contribué à la forte régression de cette espèce.

Bien que probablement chassée depuis la préhistoire, cette espèce est restée abondante dans toute l'Europe jusqu'au début du Moyen Âge.
Les moines et les seigneurs ont déforesté les zones les plus riches par l'essartage). Ils ont aussi canalisé, rectifié, détourné et urbanisé de nombreux cours d'eau. Ils ont construit des milliers de moulins à eau, et drainé pour les mettre en culture d'immenses zones humides. À cette époque, les castors eurasiatiques ont été intensivement chassés pour leur viande, pour le castoréum, et surtout pour leur fourrure qui servait notamment à confectionner des gilets ou chapeaux pour l'hiver ; ceci jusqu'au XVIII siècle et jusqu'à une quasi-extinction de l'espèce en Europe de l'Ouest. Quelques petits groupes ont survécu grâce à une pression de chasse et piégeage (« trappe ») reportée vers l'Amérique du Nord, notamment à l'initiative du Cardinal Richelieu qui, inquiet du déclin de l'industrie de la fourrure en Europe, accélère la conquête du Canada et crée en 1620 la compagnie des cent associés ayant le monopole de la traite des fourrures et la responsabilité de faire établir des colons (catholiques autant que possible) . La France déclenchera la « guerre de Sept Ans » contre les Anglais de 1756 à 1763 notamment pour s'assurer la possession et le contrôle des principales zones de piégeage des castors (le Castor canadien, l'espèce nord-américaine). Les Anglais gagneront cette guerre et le castor deviendra le symbole du Canada naissant.
Le castor n'est aujourd'hui plus consommé, mais au Moyen Âge, il l'était, et les chrétiens étaient même autorisés à en manger le vendredi (jour où l'on ne mangeait pas de viande), car sa chair était assimilée à celle du poisson en raison de la vie aquatique de l'animal (Voir aussi carême).

Au début du XX siècle, il n'en restait plus en Europe qu'environ 1 200 individus, mais grâce à des programmes de protection et de réintroduction, de petits noyaux de population ont pu se reconstituer sur certains cours d'eau, et on estime leur nombre à environ 430 000.
L'espèce reste néanmoins selon l'UICN vulnérable : sur un territoire de plus en plus écologiquement fragmenté par les routes et les barrages, la colonisation d'une section de cours d'eau (naturelle ou à partir d'individu relâchés) ou du réseau de cours d'eau d'un sous-bassin versant reste difficile et se fait souvent à partir d'un seul couple fondateur d'une famille pionnière, ce qui peut poser des problèmes de consanguinité et de dérive génétique au sein de population dont le bassin génétique est encore très étroit.
C'est pourquoi le statut de conservation du Castor fiber reste fragile, surtout en Asie alerte l'UICN.

Habitat

Animal semi-aquatique, il a besoin d'eau et d'arbres. Il est donc rencontré dans les cours d'eau et les grands lacs, bordés par des forêts, dans les régions tempérées.

Prédateurs

Le castor européen avait de nombreux prédateurs potentiels. Outre l'Homme qui l'a beaucoup chassé depuis la préhistoire, et jusqu'aux XIX et XX siècles, où les trappeurs en ont fait un piégeage intense en Russie et Sibérie comme au Canada, pour sa fourrure, le castor pouvait être chassé par le loup, le puma, le coyote, l'ours brun et le lynx, le glouton ; mais par son mode de vie (hutte à entrée immergée en particulier), il a su s'en protéger et a survécu à trois glaciations et à tous ses prédateurs naturels.
En Europe, la plupart de ces prédateurs naturels ont disparu ou sont devenus très rares (souvent au bord de l'extinction dans l'essentiel de leur aire naturelle de répartition, tel l'ours brun en Europe de l'Ouest).

Menaces

De nombreuses menaces pèsent encore sur l'espèce, qui combinent ou additionnent leurs effets :

  • La chasse et le piégeage ont – historiquement – été les premières menaces pour l'espèce. Cette chasse l'a décimée dès le Moyen Âge et l'a conduite à l'extinction sur une grande partie de son aire naturelle de répartition avant même le XIX siècle, surtout en Europe de l'Ouest. Chasse et piégeage restent une menace car l'animal est facilement tiré ou piégé par erreur, après avoir été confondu avec un rat musqué ou un ragondin ou tombé dans les pièges qui leur étaient destinés. Le castor était recherché pour son castoréum et pour sa chair, mais surtout pour sa fourrure à propos de laquelle en 1845, l'encyclopédiste Ph. Le Bas a ainsi résumé la situation :

La généralisation du chapeau « nécessita l'établissement de grandes fabriques, notamment à Lyon et à Paris , et l'on fit bientôt une telle consommation de castors, que ceux que l'on trouvait en France, et spécialement dans les îles du Rhône, étant détruits, il fallut poursuivre ces animaux industrieux et inoffensifs jusque dans les lacs glacés du Canada ».

  • Dans le même temps, la rectification et l'aménagement des cours d'eau, leur canalisation de même que l'établissement de chemins de halage (nécessitant de détruire la ripisylve) a été cause de la destruction de l'habitat des castors.

  • Plus tard, la construction de grands barrages hydroélectriques a été source de nouveaux obstacles aux déplacements des castors (nécessaire pour l'entretien d'une diversité génétique au sein de l'espèce et pour la colonisation de zones disponibles suite à la disparition locale (naturelle ou non) de familles de castors. (Ces animaux sont sensibles à des maladies qui peuvent décimer des familles entières lors d'hivers froids ou quand leur nourriture vient à manquer ; c'est un des processus naturels de contrôle des populations)

  • À cette dégradation physique des habitats, il faut ajouter une dégradation chimique liée aux nombreux eutrophisants et polluants introduits dans le milieu aquatique ou contaminant les arbres et écorces à partir de l'air. Au XX siècle, le castor subit aussi les dangers liés aux poisons largement diffusés dans la nature (notamment ceux utilisés contre les rats et rats musqués).

  • Le castor pâtit en Europe de sa ressemblance avec le ragondin (d'autant que ce dernier est parfois appelé myocastor en référence à son nom latin) et avec le rat musqué. Ces deux espèces, introduites en Europe pour leur fourrure qui devait notamment remplacer celle du castor, par exemple pour la production de chapkas, sont invasives et considérées comme nuisibles. Leur destruction est autorisée et encouragée par diverses autorités car ces animaux dégradent fortement les berges et font localement de coûteux dégâts aux cultures. Le rat musqué est volontiers et légalement chassé, piégé, et empoisonné.

Habitat et répartition

Barrage de castors sur la rivière Smilga (Lituanie) qui draine et irrigue sur 32 km un bassin de 208,8 km² avec un débit moyen de 1,08 m³/s. Le Castor y aide à la conservation estivale de l'eau, à la recharge des nappes phréatiques et à l'entretien de petites zones humides ensoleillées

Le castor vit dans les cours d'eau et certains étangs, des pieds des basses montagnes aux approches des zones saumâtres près des littoraux ; partout où il peut construire une hutte et un barrage (dans les zones non rocheuses) ou - là où il peut creuser un terrier, tout en disposant d'assez de bois sur les berges et à leurs abords (de 2 à 15 environ). S'il trouve assez de bois sur les berges, il peut coloniser de petits cours d'eau voir des fossés de drainage où il peut éventuellement faire monter le niveau de l'eau grâce à un barrage. On le trouve aujourd'hui en Europe, au Nord d'un axe incluant la France et la Russie, particulièrement sur les rives du Rhône, de l'Elbe et du Danube, ainsi qu'en Scandinavie.

Victime de la chasse, il avait au milieu du XX siècle presque disparu de toute l'Europe, mais des mesures de protection de l'espèce et théoriquement de son habitat furent prises en France dès 1909, et dans divers pays, avec des réintroductions, comme en Scandinavie dès les années 1925-1935), suivies d'autres séries de réintroductions ou recolonisations naturelles sur certains cours d'eau dans de nombreuses régions d'Europe. Ces réintroductions lui ont permis de recoloniser certains de ses habitats.

En Europe

En France

Le castor européen occupait la majorité des cours d'eau du territoire français. Pourtant, dès la fin du XIX siècle, la chasse en particulier pour sa fourrure très recherchée, le piégeage et la destruction de ses milieux de vie avaient entraîné une forte régression de l'espèce (moins d'une cinquantaine d'individus subsistaient en 1900) dont l'ultime refuge fut la basse vallée du Rhône.

En 1909, le castor d'Europe fut protégé dans les Bouches-du-Rhône, le Gard et le Vaucluse. La population put alors prospérer et atteignit même Lyon vers 1960. La construction de barrages sur le Rhône interdit par la suite la colonisation naturelle d'autres secteurs. Des réintroductions eurent donc lieu ça et là en France dès 1950.

En 2003, l'espèce est présente à des degrés divers dans 42 départements, essentiellement dans la moitié Est et dans le centre de la France. À cette date, la population estimée de castors est comprise entre 8 et 10 000 (dix-mille) individus.

Le castor est présent dans le delta du Rhône et le Rhône où l'effectif frôlerait actuellement les 3 000 sujets. Cette population se répartit sur le fleuve lui-même mais également sur la plupart de ses affluents en aval de Lyon (dont le Gardon, le Tarn, l'Ardèche, la Cèze, le Chassezac, l'Isère, la Drôme, le Gier, etc.). Dans ces régions à substrat rocheux, il fait peu de barrages.

Depuis le début des années 1960, une vingtaine d'opérations de réintroduction concernant environ 270 castors a été réalisée à partir de la souche rhodanienne, parmi les grands bassins concernés : la Loire, la Moselle, les affluents du Rhin (Doller, Ill, Moder), le Tarn dans le bassin supérieur de la Garonne.

Certains individus se seraient également implantés récemment plus au nord jusqu'à la Saône et dans quelques petits affluents du Jura français où les conditions environnementales pourraient lui être plus favorables (notamment à cause de la pollution du Rhône, mais surtout de son artificialisation et de l'aménagement des berges et digues pour les besoins du trafic fluvial ou le contrôle des crues).

En Bretagne, dix individus furent relâchés de 1968 à 1971 dans le parc naturel régional d'Armorique, sur le cours de l'Elez. La population s’est quelque peu développée et se maintient aujourd’hui aux alentours d’une cinquantaine d’individus. De plus le castor est bien présent en Loire Atlantique, le long de la Loire.

Des castors vivent également sur le Vidourle, un fleuve côtier qui rejoint directement la mer et non le Rhône. Dans son ouvrage Au pays des castors, Paul-Henry Plantain mentionnait dans les années 1970 une colonie sur le Vidourle, réputée récemment disparue. On peut imaginer que des animaux ont été importés sur le Vidourle de manière officieuse, mais la colonie considérée comme éteinte dans le livre de Plantain pourrait aussi correspondre à un peuplement très ancien, distinct du rhodanien. Une étude génétique de ces animaux pourrait lever le doute.

Plusieurs familles de castors sont installées en Alsace sur l'Ill, la Largue et la Doller en amont de Mulhouse. On peut observer la preuve de cette présence en marchant au bord de ces rivières et en étant attentif à la présence d'arbres coupés en forme de « crayons » à proximité immédiate de ces rivières.

Depuis les années 1990, de petites populations se reconstituent sur le bassin versant de la Loire (Lignon de Haute-Loire, Loire en Forez et Roannais, Allier), et le castor y est aujourd'hui bien présent jusqu'en Loire-Atlantique. Les réintroductions n'expliquent qu'une faible partie de cette expansion, le dynamisme de l'espèce, sa capacité à franchir les obstacles topographiques (il semble avoir franchi seul la ligne de partage des eaux entre Rhône et Loire, en haute Ardèche), lui permettent de recoloniser et d'animer à nouveau des kilomètres de ripisylves alluviales, maintenant qu'il est complètement protégé.

En Lorraine, 4 castors ont été réintroduits le 25 janvier 1983 sur la Moselle, suivis de 11 autres l'année suivante. Les individus se sont bien acclimatés et la population de castors connaît depuis une expansion régulière. Sa présence est considérée comme permanente sur la Moselle et ses affluents, dont le Madon, de Mirecourt à la ville de Toul. La population y était estimée à 40 individus en 1992.

Dans le Nord de la France

Champagne-Ardenne : Historiquement le castor est présent dans la région depuis les relachés d'animaux en 1952 sur le Lac du Der. Cette population est depuis disparue et seuls quelques individus se maintiennent sur la rivière Marne. La population de Castor européen sur la pointe des Ardennes est par contre bien vivace. Elle est effective depuis 1998. En effet, dès les relachés effectués sur la Meuse en Belgique, des animaux sont passés sur le territoire français et l'espèce colonise depuis progressivement le département des Ardennes.

Nord-Pas de Calais : De 1998 à 2000, une étude sur les potentialités d'accueil du castor européen dans la région a été commandée par le conseil régional. L'étude a été menée par les membres du Groupe Loutre/Castor Nord qui ont poursuivi depuis un travail d'information et de sensibilisation sur les régions Nord-Pas de Calais, Picardie et Champagne Ardenne.
À travers la préservation d'espèces menacées, cette étude visait la gestion restauratoire et conservatoire des milieux naturels que constituent les cours d'eau, principaux corridors écologiques des bassins versants de la région. À terme, le retour du castor d'Europe (appelé aussi Bièvre) au sein de rivières du bassin Artois-Picardie devait être la récompense d'un travail commun de réflexion, de la part des principaux acteurs, sur la préservation et l'évolution des cours d'eau de ce territoire, voire de la réhabilitation écologique de certains d'entre eux.
En effet, à l'occasion de chaque inondation, de chaque projet d'aménagement, la question de la gestion des cours d'eau revient au-devant de l'actualité. Qu'il s'agisse de petits cours d'eau oubliés ou de fleuves à forte valeur économique, la notion de « gestion intégrée » est maintenant entrée dans le vocabulaire commun, notamment grâce à la loi sur l'eau de 1992. Les applications sur le terrain sont quant à elles plus difficiles à mener.
La loi demande aux acteurs économiques de ne plus considérer les cours d'eau comme de simples vecteurs d'eau fluide à prélever, traiter, utiliser, épurer puis rejeter dans le milieu naturel. Ils doivent prendre de plus en plus en compte la qualité des milieux associés aux cours d'eau, l'objectif de la directive cadre sur l'eau étant le retour du « bon état écologique » des eaux et milieux humides en 2015. De leur côté, les acteurs chargés de la gestion durable de milieux fluviaux, notamment à haute valeur patrimoniale ne peuvent plus uniquement les considérer comme des espaces à conserver en l'état mais comme des écosystèmes complexes et dynamiques dont il faut accompagner l'évolution en préservant le fonctionnement hydrologique naturel et les écopotentialités du réseau hydraulique et de la trame bleue voulue par le Grenelle de l'environnement en 2007. « Laboratoires vivants », les espaces naturels fluviaux sont des terrains privilégiés pour la mise en œuvre de méthodes et de techniques originales en matière de gestion intégrée et restauratoire des cours d'eau et des milieux qui leurs sont associés.
Au travers de la concertation, le travail collaboratif du Groupe Loutre/Castor Nord (intégré depuis 1999 à l'association EAU VIVANTE ) , est de créer une dynamique de préservation des cours d'eau. En effet, sous l'action de symboles tels que le Castor et la Loutre d'Europe, l'un des buts était de faire se rencontrer les divers acteurs et gestionnaires institutionnels de nos fleuves, rivières et ruisseaux, afin que ceux-ci s'écoutent mutuellement et soient amenés à collaborer autour d'un projet de retour potentiel de ces animaux sur les rivières de la région. L'étude remise en octobre 1999 a conclu qu'un retour du Castor européen en Avesnois était possible, la qualité des cours d'eau, la végétation et le cloisonnement limité des rivières et espaces aquatiques étant favorables à l'installation d'une trentaine de familles soit un peu plus de 100 individus sur le territoire du Parc Naturel Régional de l'Avesnois. En 2010, le Conseil Régional Nord-Pas de Calais a souhaité réactualisé cette étude. Les travaux d'inventaire sont en cours. Ils ont été confiés au bureau d'Etudes Biotope. La restauration de la Biodiversité des zones humides, dont le castor est un gestionnaire naturel, est la finalité de l'étude engagée.

Picardie : Depuis 2007, quelques Castors européens ont passé la frontière en venant de Belgique (au sud de Chimay). Ils sont installés dans le nord de la Thiérache.

Avec l'aide de l'ensemble des acteurs institutionnels, locaux, associatifs et les populations riveraines des cours d'eau, des aménagements peuvent être réalisés spécifiquement en accompagnement du retour du plus gros rongeur européen dans le nord de la France (spontané ou aidé par réintroduction officielle des pouvoirs publics). Toute une politique de partenariat entre ces acteurs permettrait de développer à terme une démarche éco-touristique similaire aux actions engagées dans le territoire belge voisin.

En Belgique

Le Castor européen est aujourd'hui bien présent en Belgique. Après une apparition en 1991 de quelques individus à l'Est du pays en provenance de réintroductions faites en Allemagne, l'espèce a fait l'objet d'une réintroduction volontaire (1998-1999) dans toute la Wallonie à l'initiative d'associations privées (101 individus provenant également d'Allemagne), accélérant de la sorte la re-colonisation naturelle qui aurait été génée par les nombreux aménagements réalisés sur les rivières depuis sa disparition 100 ans plus tôt. La population de castors était estimée en 2009 entre 800 et 1000 individus. A la faveur des nombreux lieux de lâcher, l'espèce s'est ré-implanté et depuis re-colonise progressivement tout son territoire historique, tant en Ardenne que dans les zones à plus forte population humaine. On peut aujourd'hui l'apercevoir jusqu'en ville, comme à Liège. En effet, le castor est assez peu sensible à la pollution de l'eau et il peut s'installer là où il dispose d'une ripisylve. Le castor peut ponctuellement causer quelques gènes aux activités humaines dans le cadre des travaux qu'il réalise pour aménager son territoire (inondations ponctuelles, creusement de chenaux, coupes d'arbres non protégés et plantés trop près des berges,...). Aujourd'hui, mis à part quelques problèmes isolés, les acteurs belges de l'environnement s'accordent sur le rôle essentiel de l'espèce dans la préservation et surtout la restauration de la biodiversité des zones humides qu'il a recolonisé. Depuis 2005, en Belgique, le castor fait l'objet d'une activité écotouristique en plein essor, dénommée le Tourisme Castor ou encore le Pays des Castors (très nombreux lieux-dits, rivières et communes portant la déclinaison du mot Bièvre). Des excursions à la découverte des sites de castors les plus spectaculaires sont proposées dans tout le pays. Le Pays des Castors

En Suisse

Selon le dernier recensement en 2008, la Suisse compterait 1 600 castors. Les principaux effectifs se concentrent sur le plateau, entre le lac Léman et le lac de Constance. Récemment, des populations se sont installées le long du Rhône dans le Valais à partir du lac Léman. Au printemps 2008, les premiers castors sont revenus naturellement dans les grisons depuis le Tyrol voisin en remontant la vallée de l'Inn.

On les observe depuis les années 90 sur les rives nord du lac Léman, de la Venoge, de l'embouchure du Boiron, ainsi que dans le vallon de l'Aubonne. « Des gens m'ont dit avoir vu des arbres découpés de façon étrange sur un des coudes de la Venoge... des arbres avaient été coupés par des castors.... entre Bussigny et Échandens... Des fruitiers... » Des individus ont aussi été observés dans la cité universitaire du bas de la ville de Lausanne, entre la Sorge, la Mèbre et la Chambronne.

Pour d'autres informations visiter * Beaverwatch - Suivi du castor en Suisse

Dans d'autres pays européens

  • Plusieurs centaines de castors ont survécu dans le bassin de l'Elbe et en Scandinavie.
  • Des castors ont récemment été réintroduits en Bavière.
  • Des castors ont récemment été réintroduits aux Pays-Bas où ils reconstituent de petites populations, y compris dans des eaux de médiocre qualité.
  • Au Royaume-Uni, Il était considéré comme éteint dans les îles Britanniques, mais quelques individus ont été aperçus en Écosse (échappés ou relâchés). Six castors ont également été réintroduits dans le Gloucestershire. Une réintroduction avec suivi scientifique est en cours en 2008 dans la région d'Argyll, à l'Est de l'Écosse ; ce sont 4 familles de castors (chacune composée d'un mâle, d'une femelle et de un à trois petits) venant de Norvège, qui doivent être lâchés au printemps 2009 après six mois de quarantaine. Ce seront les premiers mammifères sauvages réintroduits dans ce pays d'où le castor a disparu il y a environ 400 ans. Selon un sondage fait par les autorités écossaises, 73% des habitants se sont dits favorables à cette tentative de réintroduction du castor en Écosse Un autre projet existe dans le Kent avec le parc de découverte de Wildwood (une famille de castors, qui vit pour l'instant dans un site clôturé).

En Asie

Quelques populations subsistent dans des régions isolées de Sibérie et Mongolie.

Conservation de l'espèce et gestion des conflits

La prise de conscience des impacts écologiques de sa disparition (assèchement et fermeture de zones humides, inondations en aval, sécheresses en amont, perte de biodiversité suite à la disparition de ses barrages là où il en faisait...), et des raisons éthiques ont motivé le lancement de programmes de réintroduction et conservation, qui lui ont permis à la fin du XX siècle de réintégrer quelques cours d'eau, dans des régions ou pays d'où il avait disparu.

Après son retour spontané ou sa réintroduction, ses barrages (il n'en fait pas en zone rocheuse) peuvent à nouveau inonder des surfaces significatives, ce qui diminue le risque d'incendies de forêts et favorise le rechargement des nappes (Cf. loi de Darcy), mais peut aussi perturber les usages de ces zones si l'on y a entre temps construit des routes ou mis d'anciennes zones humides en culture. On peut facilement contrôler le niveau d'eau au moyen de siphons auto-amorcés silencieux (car c'est le bruit de l'eau qui coule, qui est le stimulus déclenchant l'acte instinctif de construire ou colmater un barrage).
Il peut faire quelques dégâts sur les populicultures ou sylvicultures situées sur les premiers 15 mètres de berges (sauf si les arbres sont protégés), ou très localement dans certaines cultures (ex : maïs). On se prémunit facilement par la pose d'un grillage bas ou d'un simple fil électrique (étant toujours mouillé, il y est particulièrement sensible et apprend très vite à s'en éloigner).

Les expériences européennes de réintroduction montrent que des efforts de communication et de pédagogie auprès des riverains des cours d'eau où il vit, et quelques mesures simples permettent d'éviter qu'il ne soit pas confondu avec le rat musqué ou ragondin et d'éviter qu'il entre en conflit avec la sylviculture ou l'agriculture (auxquelles il pourrait par ailleurs rendre certains services en tant qu'utile à la conservation de l'eau qui risque de manquer en été dans un contexte de bouleversements climatiques attendus).

Le castor est souvent menacé par les pièges et appâts empoisonnés destinés à éliminer les rats musqués et ragondins (Des pièges et appâts uniquement accessibles à ces deux espèces sont testés pour protéger les castors). En aval de zones urbanisées et cultivées, le castor risque aussi d'être en contact avec d'autres rodenticides mal utilisés (non fixés) près des berges et emportés par les crues vers les cours d'eau (et les barrages de castors quand ils existent).