Effets du tabac sur la santé

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Introduction

Les effets du tabac sur la santé recensent les conséquences et mécanismes de la consommation du tabac sur la santé humaine. Des recherches épidémiologiques se sont d'abord concentrée sur les fumeurs, ceci représentant encore la forme de consommation la plus étudiée à ce jour.

Le tabac est la première et plus importante cause de décès évitables dans le monde et aux USA. Sa consommation conduit souvent à des maladies du cœur et des poumons, et être fumeur représente un risque majeur pour les attaques cardiaques, AVCs, broncho-pneumopathie chronique obstructive, emphysème, et le cancer (en particulier cancer du poumon, cancer laryngé, cancer du pancréas). Cela cause aussi des maladies vasculaires périphériques et de l'hypertension en fonction de la durée d'exposition et du dosage de tabac, et on peut remarquer que la prévalence de ces maladies augmente avec la jeunesse des patients au début de leur exposition et l'importance du taux de goudron. Les cigarettes vendues dans les pays en voie de développement contiennent souvent un pourcentage de goudrons plus élevé et sont moins susceptibles de comporter un filtre, accentuant donc la prévalence probable des maladies liées au tabac dans ces régions.

L' Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que le tabac est la cause directe de 5,4 millions de morts en 2004 et 100 millions pendant le XXe siècle. Aux USA, le Centers for Disease Control and Prevention décrit l'usage de tabac comme "le premier et plus important risque évitable pour la santé humaine dans les pays développés et une cause importante cause de mort prématurées dans le monde entier".

Historique

La responsabilité du tabagisme dans la genèse des cancers (en particulier du poumon) a été longue à établir. Les premières études qui lient le tabac au cancer ont été réalisées durant la période de l'Allemagne nazie, par Franz H. Müller (1939), Eberhard Schairer et Erich Schöniger de l'Université de Jena (1943). Les nazis, attachés à la pureté du corps et à leur volonté de domination du monde sous un mode racial ont effectué une grande quantité de recherches sur le cancer (création d'un institut de recherche à l'Université de Jona) et ont été les premiers à mettre en place des politiques restrictives sur l'usage du tabac. Le rôle cancérogène du tabac a été également suspecté dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, notamment par Richard Doll, épidémiologiste britannique, puis confirmé par des études de vaste envergure dans les années 1950 et 1960. Le lobbying des industriels du tabac a sensiblement freiné l'acceptation de ces données, la conviction de la majeure partie du corps médical étant fait à partir du milieu des années 1960

Impact du tabagisme sur la santé

Courbes mettant en évidence la corrélation entre tabagisme et incidence du cancer du poumon.

Selon l'Organisation mondiale de la santé, le tabagisme était dans le monde en 2003 la première cause de décès évitable. Avec 4,9 millions de décès imputables au tabagisme par an, aucune autre consommation ne présente plus de risques pour la santé que celle du tabac. Cela correspond à 62 décès pour 100 000 personnes, un décès toutes les huit secondes, 60 millions de décès pour la seule seconde moitié du XX siècle (1,2 million de pertes humaines par an).

Si le tabagisme tend à légèrement diminuer dans les pays riches, il est en forte augmentation dans les pays sous-développés ou émergents. Au total, le nombre de décès induits par le tabagisme devrait dépasser les 10 millions par an d'ici 2020, soit 10 fois le nombre actuel de décès causés par l'alcoolisme (un peu moins d'un million de morts par an).

Il est aussi la cause d'au moins 25 pathologies connues. On estime à plus de 33 % chez l'homme et 10 % chez la femme les cas de cancers liés au tabagisme (cancers des poumons, de la langue, de la gorge, etc.).

En France, chaque jour, 175 fumeurs et anciens fumeurs (64 000 par an) décèdent des suites du tabagisme. Un fumeur sur deux ne dépasse pas les 65 ans, ce qui est bien inférieur à l'espérance de vie. En outre, un rapport de l'Académie de Médecine a estimé en 1997 à 3 000 le nombre de non-fumeurs décédés des suites du tabagisme passif par an en France.

Et si depuis une vingtaine d'années, le tabagisme diminue régulièrement chez les hommes, il augmente chez les femmes à tel point que d'ici 10 à 15 ans le nombre de cancers du poumon devrait dépasser celui des cancers du sein.

Effets du tabagisme passif sur la mortalité infantile : un article du 7 août 2010 de la BBC indique : "L'évidence est apparue aux États-Unis qu'il y a davantage d'enfants tués par la fumée de cigarette de leurs parents que par toutes les autres causes involontaires confondues".

Rapport Roques / comparaison avec d'autres substances

En 1998, Bernard Roques, un professeur français membre de l'Académie des sciences, présente une approche globale considérant à la fois les propriétés pharmacologiques des produits psychotropes et les problèmes et risques sanitaires et sociaux liés à la consommation de ces produits.

Ce tableau est un extrait du tableau publié à la page 182 du rapport sur la dangerosité des produits par le professeur Bernard Roques et adressé au Secrétaire d'État à la Santé de l'époque, Bernard Kouchner, à l'issue des Rencontres Nationales sur l'Abus de drogues et la toxicomanie (France, juin 1998).

Héroïne

(opioïdes)
AlcoolTabacCocaïnePsychostimulantsBenzodiazépinesCannabinoïdes

(dérivés du Chanvre)
Dépendance physiquetrès fortetrès fortefortefaiblefaiblemoyennefaible
Dépendance psychiquetrès fortetrès fortetrès forteforte mais intermittentemoyennefortefaible(exceptions possible)
Neurotoxicitéfaibleforte0forteforte00
Toxicité généraleforte

()
fortetrès fortefortefortetrès faibletrès faible
Dangerosité socialetrès forteforte(cancer)très fortefaible

()
faiblefaible

Additifs et arômes, et toxicité

Des additifs sont parfois ajoutés par les fabricants dans le but de faciliter les premiers usages puis d'intensifier la dépendance des consommateurs, notamment l'ammoniac, qui accroit la proportion de nicotine libre.

Les mélanges de tabac utilisés pour la fabrication des cigarettes peuvent comprendre jusqu'à 10 % du poids en additifs utilisés dans les sauces et arômes pour les mélanges blonds (et près de 15 % pour le tabac mentholé). De plus on retrouve aussi une liste impressionnante d'additifs dans le papier de cigarette, les filtres, les manchons porte-filtre, et même les produits d'emballages, censés servir de conservateurs, antioxydants ou antibactériologiques, ou antimoisissure.

Dans l'Union européenne, tous les fabricants ont l'obligation de publier la liste exhaustive des produits utilisés, pour la culture, le séchage, la préparation, le texturage, la conservation, la fixation des arômes ou la modification de combustion. Leurs concentrations maximales dans les mélanges de tabac, la fonction justifiant leur ajout, et la liste des espèces biologiques cultivées (ainsi que les espèces hybrides qui le plus spécialement conçues pour l'industrie) sont aussi obligatoirement fournies.

Il est vrai que l'industrie du tabac communique beaucoup sur la culture de la plante de tabac (ou l'absence d'OGM alors que sa combustion en fait perdre tout l'intérêt, le risque lié aux modifications génétiques étant détruit) ou la préservation des espèces, mais ne fait aucune étude sérieuse sur les additifs, notamment ceux dont la combustion agit comme catalyseurs favorisant la synthèse de l'ammoniac à partir des autres produits de combustion de la plante et des très nombreux arômes ajoutés naturels ou non (y compris au sein du filtre, qui favorise l'action des catalyseurs). Mais on peut s'étonner de la grande quantité de propylène glycol synthétique présent dans les « sauces » (en tant qu'agent « humectant » ou fixateur d'arômes), et sur lequel l'industrie du tabac semble ne pas vouloir communiquer (concentrant l'essentiel des recherches sur la seule plante du tabac et les méthodes de culture et de séchage).

Les quantités importantes de glycérol (aussi appelée glycérine, et non toxique en lui-même) comme agent humectant et solvant d'arômes sont dangereuses, notamment sous l'effet des modificateurs de combustion, qui réduisent la température, favorisent sa déshydratation à chaud et produisent une grande quantité d'acroléine, irritante et extrêmement toxique (l'acroléine est utilisée aussi comme arme chimique de guerre, considérée dangereuse à 0,100 ppm et pourtant présente à plus de 0,120 ppm dans une atmosphère enfumée d'un lieu clos).

De même le dioxyde de titane (qui est par ailleurs un catalyseur de nombreuses réactions chimiques) est utilisé comme principal additif modificateur de combustion (retardant). En se combinant à des vapeurs de chlore, il conduit à la synthèse, notamment dans le filtre, de chlorure de titane hautement corrosif, son rôle étant augmenté par la présence de nombreux dérivés (silicium...) présents dans la fumée et susceptible d'agir comme catalyseurs).

Cette liste comprend des centaines de produits (extraits de produits naturels, mais surtout éléments chimiques de synthèse). Les doses sont les maximums présents tous produits confondus, mais ne sont malheureusement pas détaillées par produit (ce qui fait que le total pourrait atteindre près de 33 % du total en poids du mélange de tabac et non les 10 à 15 % annoncés). Par exemple, Altadis déclare utiliser les additifs suivants dans les mélanges de tabacs des produits vendus en Union Européenne en 2004 (la plupart sont des "arômes", leur transformation lors de la combustion n'est pas détaillée (d'autant que nombre d'entre eux sont des hydrocarbures d'origine pétrolière, chargés en métaux lourds), et nombre d'entre eux sont interdits dans les produits alimentaires).

Substances toxiques

La fumée résultant de la combustion du tabac comporte plus de 5 300 substances toxiques, dont 50 reconnues cancérigènes par le Comité International de Recherche sur le Cancer : du benzène, du monoxyde de carbone, du formaldéhyde, de la N-nitrosodiméthylamine et de la N-nitrosopyrrolidine durant la phase vapeur de la fumée, alors qu'on a trouvé du goudron, du benzo[a]pyrène, du cadmium, du nickel, de la N-nitrosonornicotine (NNN) et de la 4-(methylnitrosamino)-1-(3-pyridyl-1-butanone) (NNK) durant la phase solide (particules) de la fumée.

Certains des composants provenant de l'engrais sont radioactifs, notamment, le polonium 210, hautement radioactif.

Elle produit aussi des substances utilisées dans les gaz de combat ou les insecticides, à l'origine des maladies cardiovasculaires liées au tabac comme le cyanure d'hydrogène à hauteur de 100 à 400 microgrammes par cigarette (Forestite, Zyklon B), et l'acroléine (Papite), à hauteur de 10 à 140 microgrammes par cigarette, un puissant irritant des muqueuses, cancérigène par ingestion orale.

Risques cardio-vasculaires et respiratoires

  • Sphère ORL : la fumée de tabac contient des produits irritants susceptibles de provoquer des laryngites. L'irritation chronique est propice à la formation des cancers du pharynx et du larynx.

  • Poumons : Les dépôts de goudron irritent les voies respiratoires et favorisent l'apparition d'infections pulmonaires, puis de la broncho-pneumopathie chronique obstructive, provoquant une hypoventilation des tissus et une diminution de la résistance aux exercices physiques. À long terme, les bronchites deviennent chroniques pouvant mener à l'insuffisance respiratoire. Le monoxyde de carbone, quant à lui, se substitue à l'oxygène sur l'hémoglobine, et par conséquent diminue l'oxygénation du sang, provoquant un essoufflement (dyspnée). Il s'agit également d'une cause importante des cancers des poumons.

  • Cœur et vaisseaux sanguins : la nicotine provoque une accélération du rythme cardiaque et comporte un effet vasoconstricteur, induisant une sous-alimentation des tissus. Il entraîne en outre une augmentation du taux de graisse dans le sang. Il favorise directement, à long terme, l'apparition et l'aggravation de l'athérome, obstruant progressivement les vaisseaux sanguins, avec toutes les implications : angine de poitrine, infarctus du myocarde, accident vasculaire cérébral, artériopathie oblitérante des membres inférieurs... Le risque d'infarctus du myocarde est globalement multiplié par 3 chez le fumeur et de manière moindre en cas d'exposition répétée et durable au tabagisme passif. Cette augmentation du risque se retrouve également pour le tabagisme sans fumer (chique, snus). En cas d'arrêt de consommation de tabac, le risque décroît mais ne revient pas au niveau d'un non-fumeur.

  • En combinaison avec la pilule contraceptive, le tabagisme est un facteur d'apparition de caillots pouvant conduire à une thrombose veineuse profonde (phlébite) ou à une embolie pulmonaire, voire un infarctus du myocarde.

En France, les 64 000 décès imputables au tabac sont principalement dus :

  • pour 25 000 au cancer du poumon (seuls 10 % des cancers du poumon ne sont pas imputables au tabagisme)
  • pour 15 000 à 40 000 par bronchite chronique (broncho-pneumopathie chronique obstructive ou BPCO).

Autres effets

Le tabagisme accroit la probabilité des troubles suivants (liste non exhaustive) :

  • Fertilité : elle diminue tant chez l'homme que chez la femme fumeuse.

  • Sexualité : le tabagisme, par son rôle dans l'altération des vaisseaux sanguins, favorise l'impuissance.

  • Diabète : Le tabagisme, aussi bien actif que passif, est associé à une augmentation du risque de sa survenue.

  • Traitement du Sida : la réponse aux traitements anti-viraux semble moins bonne chez les fumeuses porteuses du virus HIV.

  • Fumer est particulièrement déconseillé pendant la grossesse : entre autres, les risques de fausse couche, de mortalité périnatale, de poids du nouveau né inférieur à la moyenne augmentent sensiblement, de même que les risques de mort subite du nourrisson. Le tabac favorise la survenue de malformations notamment la fente labio-palatine (bec-de-lièvre) chez le bébé. Même une faible consommation de tabac (de 1 à 10 cigarettes par jour) accroîtrait le risque.

  • Au niveau de la cavité buccale :

  • risque d'apparition d'un cancer de la bouche multiplié par 5 à 9 par rapport aux non-fumeurs. Ce risque est corrélé au nombre de cigarettes fumées quotidiennement et à la durée de l'exposition et est lentement réversible (plus de dix ans d'arrêt pour revenir à un risque équivalent à celui du non-fumeur).

  • risque de parodontites sévères multiplié par trois, risque accru de perte des dents (corrélé à l'importance du tabagisme et réversible au bout de 11 années d'arrêt).

  • Cancer du pancréas : risque multiplié par 2 à 4 par rapport aux non-fumeurs.

  • Cancer du rein, de la vessie, du sein, de l'estomac et de l'intestin grêle.

  • Le tabagisme également une cause majeure du cancer de la gorge, même si l'on n'a pas encore véritablement identifié la cause précise de tel ou tel type de cancer. Le risque est de fait inhérent à la combustion, en particulier aux goudrons cancérigènes qui entrent dans la composition de la fumée, et ce quelle que soit sa méthode de prise (pipe, cigarettes ou cigare) ou la composition du produit consommé (tabac, herbes, avec ou sans additifs).