Le château de Groussay est situé rue de Versailles à Montfort-l'Amaury dans les Yvelines.
Description
Cette « maison de campagne » datant des années 1820 fut transformée en un véritable château par Charles de Beistegui qui l'acquiert en 1938, à l'aube de la Seconde Guerre mondiale. L'édifice n'étant pas protégé au titre des Monuments Historiques, il a toute liberté pour le modifier à sa guise; c'est ainsi qu'il le prolonge de deux ailes, d'un théâtre et d'une salle de bal dite Salle Hollandaise et crée une œuvre esthétique originale... mais éphémère.
Intérieur
Certains éléments de la décoration intérieure choisis par lui ont été conservés : on en retrouve dans le Théâtre, (inauguré en 1957 avec l'Impromptu, de Marcel Achard, joué par la Comédie-Française), et dans les pièces suivantes : la Galerie des Goya, le grand salon, le Salon Russe, le billard, la Galerie Hollandaise, le Grand Salon Hollandais et la salle à manger.
La bibliothèque comporte deux escaliers en colimaçon ; Beistegui fit supprimer un plafond et deux chambres pour lui donner plus de hauteur.
Des chaises en acajou ornées de son monogramme doré sont toujours dans le « hall ».
Fabriques
Groussay est surtout célèbre pour ses fabriques, inspirées des parcs du XVIII siècle et des jardins dits anglo-chinois, et élevées du temps de Charles de Beistegui, entre 1950 et 1970.
On les doit à deux artistes : l'architecte et décorateur d'origine cubaine Emilio Terry imprégné de culture classique, et au peintre d'intérieur Alexandre Serebriakoff, - neveu d'Alexandre Benois, qui réalisa les costumes et décors des fameux ballets russes de Serge Diaghilev - qui se spécialisa dans les portraits d'intérieurs ou conversations pieces. Les vases en céramique du parc sont quant à eux de Jean Luneau.
Les écuries datent de la création du château. Le parc couvre 30 hectares et est labellisé « Jardin remarquable ».
Le château est une propriété privée et est ouvert à la visite. L'ensemble (château, parc, fabriques) a été classé monument historique en 1993.
Citations
« C'est le confort, l'élégance mêmes. Pleine de meubles admirables, la maison a l'air, en fin de compte, d'une vieille maison de famille. »
« Charles de Beistegui a voulu restituer en son château de Groussay l'atmosphère d'une « galerie » Louis XIII : grands tableaux accrochés directement sur les tapisseries du XVII siècle, cheminée monumentale, plafond à solives, sol de tomettes cloisonné de lames de parquet; il n'y a ici nulle volonté de reconstitution mais une tentative originale pour fondre des éléments anciens et modernes dans l'harmonie précise et caractérisée conçue par le décorateur. »
Historique
Armoiries des Chârost
la duchesse d'Angoulème
Henriette Adélaïde de Tourzel, duchesse de Charost, veuve et héritière du maire de Paris, Armand Joseph de Béthune, duc de Chârost, fait construire le château en 1815.
Elle est la fille de Louise Elisabeth Félicité Armande Anne Marie Jeanne Joséphine de Croÿ-Havré, gouvernante des enfants royaux, et de Louis François du Bouchet de Sourches, marquis de Tourzel, grand prévôt de France.
La construction est pratiquement terminée en 1823.
Ayant échappé à l'échafaud, la mère d'Henriette, de retour de Londres, vient s'installer à Groussay où elle reçoit la fille de Louis XVI, la duchesse d'Angoulème. Quelques mois plus tard, en 1832, elle meurt au château à l'âge de 82 ans.
Madame de Chârost meurt en 1840 et est inhumée au cimetière de Montfort-l'Amaury.
Elle avait fait construire l'orangerie qui abrita les collections d'arbustes méditerranéens.
En 1843 la comtesse Julie de Pahlen acquiert le domaine après la mort de son mari, Pierre Antonin Perry, survenue la même année. Elle y reçoit l'empereur et l'impératrice.
En 1873, elle vend à Henriette Dufour d'Hargeville, épouse du prince Soltikoff.
En 1938 Charles de Beistegui (1895-1970), de nationalité mexicain et espagnole et esthète inspiré, rachète Groussay; il est le neveu du grand collectionneur mexicain et généreux mécène des musées et institutions culturelles françaises Carlos de Beistegui.
À la mort de Charles, en 1970, son neveu Juan de Beistegui, dit Johnny, en hérite et s'efforce de le préserver pendant 30 ans mais en 1999, l'édifice et tout son contenu sont finalement vendus en 2000 lots décrits dans un catalogue de 4 volumes lors des premières enchères publiques organisées par Sotheby's en France, lors d'une house sale de quatre jours, véritable évènement dans le marché de l'Art.
Le propriétaire actuel, Jean-Louis Remilleux, y a installé sa collection de meubles, peintures et objets d'art, racheté des éléments et documents relatifs au domaine (photos de Beaton et aquarelles de Serebriakoff), et ouvert le château au public en 2000, visitable sur réservation.
Un lieu de tournage
En 1969, peu de temps avant la mort de Charles de Beistegui, un premier tournage eut lieu au château : Le Bal du comte d'Orgel de Marc Allégret d'après le roman de Raymond Radiguet. Jean-Claude Brialy en parle dans la série documentaire Le Bal du siècle réalisée en 2006 par Xavier Lefèbvre et produite par Jean-Louis Remilleux, actuel propriétaire du château.
Comme dans beaucoup de châteaux, de nombreuses scènes de films, téléfilms et documentaires ont été tournées à Groussay, entre autres : Valmont de Milos Forman en 1988 ; deux documentaires de Patrick Mimouni : Don Carlos de Beistegui en 1989 et À Groussay, en 1998 ; Les Parisiens de Claude Lelouch en 2004 ; L’Homme au ventre de plomb (série Les Aventures de Nicolas Le Floch) d’Edwin Baily en 2008 ; La Maison du chat-qui-pelote d’après Balzac (série Au siècle de Maupassant. Contes et nouvelles du XIX siècle) de Jean-Daniel Verhaeghe en 2008…
Groussay est par ailleurs décrit dans le Guide des lieux cultes du cinéma en France.
En fait, depuis sa vente en 1999 au producteur de télévision Jean-Louis Remilleux, le château a été transformé en une sorte de studio de télévision (la bibliothèque et le théâtre en avaient déjà les dimensions, avec de grandes hauteurs, et des facilités d'éclairage et de déplacement de matériel) où se sont enregistré un certain nombre d'émissions télévisuelles, dont celle, hebdomadaire, de Frédéric Mitterrand, Plaisir de France (2001-2004).