Bernard de Gordon est un médecin français actif à Montpellier dans la seconde moitié du XIIIe siècle et au tout début du XIVe siècle. Son œuvre la plus connue est le Lilium medicine.
La vie de Bernard de Gordon est peu connue, car les seules sources dont nous disposons sont les quelques détails biographiques qu’il nous a laissés dans son œuvre. L’étude la plus complète et la plus détaillée de la vie de ce médecin est due au livre de Luke E. Demaitre, Doctor Bernard de Gordon : Professor and practitioner.
La date et le lieu de naissance de Bernard de Gordon n’étant pas connus, plusieurs hypothèses ont été évoquées. Pendant longtemps, l’hypothèse considérée comme la plus probable fut celle de son origine écossaise. Ainsi, Ernest Wickersheimer, dans son Dictionnaire biographique des médecins en France au Moyen Âge, appuie cette hypothèse par le fait que Chaucer, dans ses Contes de Cantorbéry (au vers 434) cite trois médecins contemporains : Bernard de Gordon, Gilbertus Anglicus et John Gaddesden. Cependant, Ernest Wickersheimer évoque aussi l’hypothèse d’une naissance dans le sud de la France. Pourtant, cette origine anglaise (ou écossaise) semble peu probable, car, comme l’a relevé Luke E. Demaitre dans son étude, dans le Liber pronosticorum, Bernard de Gordon décrit les effets d’un climat froid sur les Anglais et les Allemands de façon très stéréotypée, comme s’il tenait cette description d’une encyclopédie quelconque (peut être du Quadripartitum de Ptolémée), plus que d’une observation personnelle. Pour Brian Dutton et Maria Nieves Sànchez, cette supposée origine anglaise viendrait peut-être d’une erreur dans le texte latin du Lilium medicine. En effet, dans le premier chapitre de la septième partie, alors qu’il évoque une décoction utilisée par les Écossais le texte latin dit : « ut dicunt boni socii » c'est-à-dire « comme disent les bons collègues », avec une confusion évidentes entre socii et scoti. Il semble que ce soit la première indication de sa possible origine écossaise. Cette erreur, reprise par les auteurs et associée à la citation de Chaucer, serait donc peut être à l’origine de cette théorie.
Luke E. Demaitre, après étude des écrits de Bernard de Gordon, considère qu’il a une origine continentale, sûrement méridionale. Bernard de Gordon serait né en France, dans un village nommé Gourdon. D’après lui, il pourrait s’agir de celui situé près de Montceau-les-Mines, en Bourgogne (ce qui accréditerait l’expression « Gordonie of Burgundie » utilisée par un médecin anglais pour citer Bernard de Gordon). Mais il lui semble plus probable qu’il s’agisse de Gourdon en Quercy (actuellement dans le département du Lot), une ville assez importante aux XIIIe et XIVe siècles, à deux cents kilomètres au nord de Montpellier. D’ailleurs, il est possible que Fortanier II de Gourdon (qui mourut vers 1259-1260) ait été le père de Bernard de Gordon (cette hypothèse est avancée par Roger Dulit, En pays de Bouriane : Gourdon en Quercy des origines au XIXe siècle ; elle est reprise par Luke E. Demaitre).
La date de naissance de Bernard de Gordon est inconnue, mais il dit lui-même dans le Lilium medicine qu’il commence son activité de professeur en 1283. En supposant qu’il soit possible de commencer à enseigner la médecine à Montpellier vers vingt-cinq ans, on peut supposer qu’il est né vers 1258. Luke E. Demaitre croit possible qu’il ait reçu l’enseignement de cisterciens, dans une de leurs abbayes fondée en 1261 à Gourdon en Quercy, ville supposée de son lieu de naissance.