Projet:Traduction/Marcus Oliphant
Sir Marcus 'Mark' Laurence Elwin Oliphant, AC (8 octobre 1901 - 14 juillet 2000) était un physicien et humanitaire australien, qui joua un rôle fondamental dans le développement de la bombe atomique.
Oliphant naît l'aîné de trois fils à Kent Town, un faubourg d'Adélaïde, Australie-Méridionale. Après avoir été témoin dans son enfance de l'abattage de cochons, il devient végétarien à vie. Il est trouvé aussi entièrement sourd d'une oreille, et porte des lunettes pour astigmatisme et myopie sévères.
Il vise d'abord une carrière en médecine ou dentisterie, et commence ses études à l'université d'Adélaïde en 1919. Mais son professeur de physique, le Dr. Roy Burdon, le persuade de devenir physicien en lui montrant « la griserie extraordinaire que l'on trouve dans des découvertes même mineures dans le domaine de la physique ».
En 1937, Oliphant est nommé Professeur de physique à l'université de Birmingham. En visitant des stations radar prototypes, il réalise qu'on a un besoin urgent de longueurs d'onde plus courtes. En 1939, il obtient une allocation de l'Amirauté pour développer des radars de longueur d'onde inférieure à 10 cm, comparée à ce qui se fait de mieux à l'époque, soit 150 cm.
En 1939, il va aussi à Berkeley (Californie), où il rencontre Ernest Lawrence, qui lui donne un jeu complet de spécifications pour son cyclotron de 60 pouces à Birmingham, mais la guerre fait obstacle à ce projet, qui n'aboutira qu'en 1950.
Le groupe d'Oliphant à Birmingham comprend John Randall et Harry Boot, qui ont développé le magnétron à cavité résonnante en 1940, obtenant les longueurs d'onde nécessaires pour des radars sur avion. La puissance du magnétron est rapidement multipliée par 100, et Birmingham se concentre sur le développement du magnétron. Les premiers magnétrons opérationnels sont livrés en août 1941. Cette invention est l'une des percées scientifiques cruciales de la guerre, et joue un rôle majeur dans la chasse aux sous-marins allemands, l'interception des bombardiers et le guidage des bombardiers Alliés.
A Birmingham, en 1940, Otto Frisch et Rudolf Peierls viennent de calculer qu'une bombe à l'uranium 235 est faisable. Oliphant rapporte immédiatement cette découverte à l'autorité supérieure. Une commission, nommée sous le nom de code commission MAUD, envoie le rapport au Comité consultatif pour l'uranium américain vers mars 1941, mais les Américains ne réagissent pas.
La Grande-Bretagne est en guerre et sent qu'une bombe atomique est urgente ; il y a moins d'urgence aux États-Unis. Mark Oliphant est l'une des personnes qui met en route le programme américain. Il va aux États-Unis à la fin d'août dans un bombardier non chauffé, au prétexte de discuter le programme radar, mais il a en fait la tâche de trouver pourquoi les États-Unis négligent les conclusions de la commission MAUD. Oliphant raconte : « Les comptes-rendus et conclusions ont été envoyés à Lyman Briggs, le directeur du Comité consultatif pour l'uranium, et nous étions perplexes de ne recevoir pratiquement aucun commentaire. Je rends visite à Briggs à Washington, et je trouve tout simplement que cet homme confus et médiocre a mis les rapports dans son coffre et ne les a pas montrés aux membres de sa commission. J'en ai été abasourdi et malheureux. »
Oliphant rencontre alors le Comité de l'uranium. Samuel K. Allison, un nouveau membre du comité, est un expérimentateur de talent, et un protégé d'Arthur Compton à l'université de Chicago. Il se rappelle : « Oliphant vient à une réunion et parle de "bombe" en termes précis. Il nous dit qu'il faut concentrer tous nos efforts sur la bombe, et que nous n'avons pas le droit de travailler sur des centrales à énergie, ou tout autre sujet que la bombe. La bombe va coûter 25 millions de dollars, selon lui, mais la Grande-Bretagne n'a ni les fonds, ni le personnel, et c'est donc à nous de le faire. » Allison est surpris que Briggs ait laissé la commission dans l'ignorance.
Ensuite, Oliphant rend visite à ses amis Ernest Lawrence, James Conant et Enrico Fermi pour leur expliquer l'urgence. Lawrence prend alors contact avec Conant et Arthur Compton. Vannevar Bush, président de la Commission nationale de recherche pour la défense (NDRC), vient de faire créer, le 28 juin 1941 le Bureau de recherche scientifique pour la défense (OSRD), plus grand et plus puissant, avec notamment la possibilité de lancer de grandes opérations de conception industrielle, en plus de la recherche. Le Comité consultatif pour l'uranium devient l'opération S-1 de l'OSRD, et en décembre 1941, après l'attaque de Pearl Harbor, le District d'ingénierie de Manhattan est lancé sous le nom de « projet Manhattan ».
En novembre 1943, Oliphant va travailler sur le projet Manhattan, au sein de la délégation britannique. Il est gêné de travailler sur la bombe, et préfère se concentrer sur les processus d'enrichissement de l'uranium 235 au Lawrence Berkeley National Laboratory avec son ami Ernest Lawrence, une partie vitale, mais moins ouvertement militaire du projet. Il reçoit en 1943 la Médaille Hughes.
Il revient en Angleterre en avril 1945 et reprend après la victoire son poste de Professeur de physique à l'université de Birmingham. C'est là qu'il apprend l'utilisation de la bombe atomique sur Hiroshima. Il remarquera plus tard qu'il s'est senti « en quelque sorte fier que (la bombe) ait marché, mais absolument terrifié par ce qu'elle avait fait à des êtres humains. » Il devient rude critique des armes nucléaires, et membre du mouvement Pugwash. « ... Dès le début, je me suis fait des soucis terribles au sujet de l'existence des armes nucléaires, et j'ai pris tout à fait partie contre leur usage. » Son travail pendant la guerre lui aurait mérité la plus haute distinction civile américaine, la Médaille présidentielle de la liberté, avec palme d'or, mais le gouvernement australien s'y est opposé.