Les laboratoires de la Station spatiale internationale (ISS) offrent un terrain d'observation unique sur l'évolution des microbes. Une étude récente révÚle que les virus et les bactéries s'y adaptent selon des logiques totalement nouvelles. L'absence de gravité modifie les rÚgles fondamentales qui régissent les interactions biologiques.
Des chercheurs ont comparé le comportement d'un virus attaquant des bactéries, le bactériophage T7, et de son hÎte, la bactérie Escherichia coli, dans l'ISS et sur Terre. Les résultats, publiés dans PLOS Biology, montrent que la microgravité ne fait pas que ralentir l'infection. Elle oriente l'évolution des deux organismes sur des trajectoires distinctes, avec des mutations génétiques spécifiques. Cette découverte pourrait permettre de concevoir de nouveaux traitements contre des infections résistantes aux antibiotiques.

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Un ralentissement initial suivi d'une adaptation rapide
Dans les conditions terrestres, le phage T7 infecte et dĂ©truit la bactĂ©rie E. coli en moins d'une heure. Ă bord de l'ISS, ce processus est considĂ©rablement retardĂ©, prenant plusieurs heures, voire des jours, pour se mettre en place. Les scientifiques attribuent ce dĂ©lai principalement Ă l'absence de gravitĂ©, qui limite les rencontres alĂ©atoires entre les particules virales et les cellules bactĂ©riennes. Les fluides ne se mĂ©langent pas de la mĂȘme maniĂšre en microgravitĂ©, rĂ©duisant les contacts nĂ©cessaires Ă l'infection.
Ce ralentissement n'empĂȘche toutefois pas l'infection de se produire. AprĂšs une pĂ©riode d'incubation de 23 jours en orbite, le phage a parfaitement rĂ©ussi Ă se rĂ©pliquer et Ă persister dans l'environnement bactĂ©rien. Cette phase d'adaptation initiale a des consĂ©quences profondes, car elle modifie le contexte dans lequel l'Ă©volution opĂšre. Les bactĂ©ries, stressĂ©es par les conditions spatiales, ont le temps de dĂ©ployer des mĂ©canismes de dĂ©fense avant que l'attaque virale ne devienne massive.
L'analyse génomique a révélé que les bactéries exposées aux phages en microgravité ont accumulé des mutations distinctes, en particulier dans les gÚnes liés à leur membrane externe et à la réponse au stress. Ces adaptations semblent les aider à survivre dans l'environnement spatial, mais aussi à les protéger contre l'infection virale.