Cette main est-elle à vous ? Ça dépend qui vous pose la question

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Il existe, aux frontières de la psychologie et de l’hypnose, une expérience connue sous le nom de l’Illusion de la main en caoutchouc. Elle a survécu pendant 22 ans, mais des chercheurs se demandent à présent si on n’aurait pas sous-estimé le rôle de la personne qui mène l’expérience.

Photo: Capture d'écran "The Rubber Hand Illusion", BBC, 15 octobre 2010.

Aussi étrange que cela semble, l’expérience consiste à faire croire à une personne qu’elle a une main en caoutchouc. L’expérimentateur, c’est-à-dire celui qui lui fait passer le test, lui fait déposer sur la table ses deux mains. L’une lui est cachée par un panneau. Devant lui, en lieu et place de la vraie main, on place une main en caoutchouc. On frotte en même temps un des doigts de sa propre main, qu’il ne peut pas voir, et le même doigt de la main en caoutchouc, qu’il peut voir. Après quelques minutes, plusieurs de ces « cobayes » commencent à attribuer la sensation de frottement à la main en caoutchouc.

L’expérience est parue pour la première fois dans la revue Nature en 1998, et est devenue un classique du domaine dit de la suggestion et de l’hypnose: elle tend à confirmer qu’il soit relativement facile de tromper notre cerveau.

Or, si personne ne nie que notre cerveau soit relativement facile à tromper -spécialement en cette époque de recherches sur les mécanismes de la désinformation- on s’est souvent demandé si, dans cette expérience précise, on n’oubliait pas de tenir compte de l’influence de l’expérimentateur. C’est ce qu’ont tenté d’évaluer les Britanniques Peter Lush et Zoltan Dienes et, dans leur étude, parue en septembre dans Nature Communications, ils arrivent à une conclusion dérangeante: la réaction du « cobaye » pourrait être déterminée par ce qu’il perçoit que l’expérimentateur attend de lui.

Ou plus précisément, à quel point il est susceptible d’être influencé par ce que l’expérimentateur attend de lui. En utilisant ce que les spécialistes de l’hypnose appellent une « échelle de suggestibilité », les chercheurs concluent que plus le cobaye est susceptible d’être « influencé », et plus il a des chances de « sentir » la main en caoutchouc.

Outre cette fausse main, ils ont aussi testé un phénomène appelé la synesthésie visuo-tactile, où la personne dit ressentir les émotions d’une autre personne qui est près d’elle, au moment même où ces émotions se produisent.

Lush et Dienes reconnaissent que leur expérience ne mettra pas fin au débat. Mais elle s’inscrit dans une vaste remise en question d’expériences prises pour acquis en psychologie: dans la dernière décennie, cette discipline a fait face à ce qu’on a appelé une « crise de la reproductibilité », qui oblige à repenser les méthodes de collecte de données, les protocoles de recherche, et -question centrale- les façons de s’assurer qu’une découverte puisse être reproduite par d’autres chercheurs.

PE
Pendesinialessandro

Bonjour

la réaction du "cobaye" pourrait être déterminée par ce qu'il perçoit que l'expérimentateur attend de lui

…..Dit l’article
Certes, l’expérimentateur a, jusqu’à preuve du contraire, une certaine influence sur le sujet (ou cobaye). Mais je serais très prudent d’affirmer qu’elle soit déterminante….A tort ?
Cette expérience a été menée en 1998 par le neurologue Matthew Botvinick, de l’université de Princeton : Imaginéz qu’on camoufle votre bras sous la nappe et qu’à côté de votre main gauche posée sur la table, on place une fausse main, tandis que sous la table, on caresse aussi la main cachée. Au bout d’un moment, vous avez la sensation que la main en caoutchouc est à vous -au point de ressentir quelque chose quand on ne caresse qu’elle !.... Mieux : le 6/12/2011, l’Australien Lorimer Moseley de l’université d’Adelaide a révélé que ce ressenti illusoire faisait chuter l’immunité du bras gauche, autrement dit que celui-ci n’était plus considéré par le cerveau comme une partie du corps ! Notre aptitude à différencier le moi du non-moi, base de notre conscience, peut donc être influencée par un trompe-l’œil. :??:

Des auteurs comme Gazzaniga y voient la preuve de l’existence dans l’hémisphère gauche d’un système dont le rôle est de s’autoattribuer les actions qu’il se voit effectuer, pour nous convaincre que nous en sommes les auteurs et que notre comportement est rationnel, et bien sûr prédictible.
Le sens visuel influence notre toucher –voire le domine- et l’expérience que nous avons de notre corps n’est que l’expression d’une intégration multisensorielle. Tout ce que nous voyons (ou entendons) est en réalité un mélange inextricable de ce que nous nous attendons à voir (ou entendre), de notre imagination si vous préférez, et de ce qui est vraiment là.

PS : -Si nous étions convaincus de contrôler totalement notre environnement et nous-mêmes, nous serions vite démentis dans les conditions les plus difficiles de toutes, celles de l’excès de confiance purement illusoire, dans une inconscience d’autant plus grande qu’elle ne se doute de rien……. ;)