L’Univers est-il infini ? Petit raisonnement mathématique...

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L’infini, c’est quoi ? La suite de nombres 1, 2, 3, 4, etc., est-elle infinie ? Si cette suite s’arrête, c’est qu’il y a un nombre plus grand que tous les autres. On peut donc transformer la question initiale en se demandant: y a-t-il un nombre plus grand que tous les autres ? La réponse est non, et se démontre en supposant qu’il y en a un, appelons le N, et en montrant qu’on aboutit à une contradiction. Il suffit d’ajouter 1 à ce nombre, et N + 1 est plus grand que N, ce qui est contradictoire avec l’hypothèse initiale. Donc la suite des nombres entiers est infinie.

Cet exemple est intéressant car il montre que l’esprit humain est capable d’imaginer une notion qui ne correspond à aucune observation. Dans tout ce que nous observons quotidiennement, nous ne rencontrons jamais l’infini: le nombre de lettres dans un livre, le nombre de livres dans une bibliothèque peuvent être grands, le nombre de grains de sable sur une plage très grand, mais ils ne sont pas infinis.

L'univers est en expansion, indéfiniment ? Lidiia/Shutterstock

Revenons à présent à notre question initiale: la taille de l’univers. Bien avant que l’on sache mesurer la distance qui nous sépare des étoiles de galaxies lointaines, un philosophe du XVIe siècle, Giordano Bruno, imagina que l’univers devait être infini car, disait-il, « il n’est point de raison, convenance, possibilité, sens ou nature qui lui assigne une limite. » Et il rajoutait une image mentale permettant de se représenter cet infini: celle d’une ligne d’horizon qui donne l’impression que le paysage s’arrête là, or lorsqu’on avance, cette ligne d’horizon recule en découvrant de nouveaux paysages. L’Église italienne le condamna au bûcher pour de tels propos, mais c’est une autre histoire...

Aujourd’hui, nous obtenons des renseignements sur la taille de l’univers en observant la distribution des étoiles dans le ciel. Nous détectons la lumière qu’elles nous envoient, et de ses caractéristiques nous savons déduire leur distance à la Terre. Donc la taille de l’univers est au moins égale à cette distance, mais cela ne nous permet pas de savoir s’il est infini ou pas. C’est tout de même mieux que rien, et nous pouvons nous demander: aujourd’hui, quelle est la distance la plus grande que les astronomes aient mesurée ? Ou, si l’on préfère, quelle est la taille de l’univers observable aujourd’hui ?

Là, nous pouvons faire le lien avec une autre question: celle de l’expansion de l’univers. Nos connaissances actuelles permettent d’affirmer que l’univers est en expansion depuis au moins 13,7 milliards d’années, ce qu’on appelle le Big-Bang. C’est suffisant pour répondre à la question de la taille de l’univers observable.

Les physiciens ont identifié en 1965 le rayonnement électromagnétique dit « fossile », appelé aussi le « fond diffus de rayonnement cosmologique », un rayonnement émis peu de temps (300 000 ans) après le Big-Bang, lorsque se formèrent les premiers atomes. Lorsque nous détectons un photon de ce rayonnement fossile, il s’agit d’un photon émis il y a en gros 13,7 milliards d’années, n’est-ce pas ? Quelle distance parcourt la lumière pendant cet intervalle de temps ? Ben, 13,7 milliards d’années-lumière, pardi !

Mais comme l’univers est en expansion, l’objet céleste qui a émis ce photon se trouve aujourd’hui à une distance beaucoup plus grande. Pour la calculer, il faut une théorie de cette expansion. Dans le cadre du « modèle standard de la cosmologie » (le modèle théorique qui rend compte au mieux des observations de l’univers à grande échelle), on trouve 46,5 milliards d’années-lumière. Et comme le rayonnement fossile a les mêmes propriétés dans toutes les directions, la géométrie de cet univers observable est celle d’une sphère.

Nous pouvons à présent résumer notre connaissance actuelle: selon les meilleures théories dont nous disposons, l’univers observable est une sphère d’environ 100 milliards d’années-lumière de diamètre, et comme l’univers est en expansion, cette taille augmente en permanence.

En permanence ? En vrai, nous ne le savons pas. Mais si cette expansion ne s’arrête pas, c’est que le rayon de la sphère sera un jour plus grand que n’importe quel nombre pris à l’avance, non ?

Mais n’est-ce pas précisément ce que l’on entend par infini ?

KA
kace

Intéressant, mais la dernière phrase est douteuse malheureusement : si "le rayon de la sphère sera un jour plus grand que n’importe quel nombre pris à l’avance", c'est que son rayon restera toujours fini, mais de plus en plus grand, il va donc "tendre vers l'infini", sans jamais l'atteindre. De même que l'âge de l'Univers et de la Terre sont grands, mais finis (environ 13,8 et 4,6 milliards d'années respectivement), mais évidemment pas infinis...
En revanche, pour la taille de l'Univers, on ne sait pas : il peut être refermé sur lui-même "comme une sphère" et de taille finie, ou de type euclidien ou hyperbolique et de taille infinie dès à présent (et pas seulement dans un temps infini). Pour le comprendre, il faut faire l'analogie avec une surface, qui est en 2D évidemment.
Imaginons que notre Univers ait 2 dimensions d'espace (en omettant le fait que nous sommes dans un espace-temps et que ces dimensions sont liées), on verrait un Univers apparemment plat, qui s'étend proportionnellement à la distance : plus les galaxies sont lointaines, plus elles s'éloignent vite. Et ce, dans toutes les directions. On serait tenté d'en déduire qu'on est sur un plan qui s'étend infiniment, mais on pourrait tout aussi bien être à la surface d'une grande sphère qui gonfle, ou sur une surface assimilée à une selle de cheval (de courbure négative).
Dans le 1er cas (et le 3è cas), notre Univers serait de taille infinie, dans le 2è cas de taille finie !
Le 2è cas est l'analogie de la Terre : on a l'impression d'être sur un plan très grand, mais la Terre est ronde et en avançant tout droit dans n'importe quelle direction, on finit par revenir à son point de départ. Etonnant d'imaginer cela avec notre Univers, mais il est possible que cela soit le cas (sauf qu'avec l'expansion, on n'aura pas le temps de revenir sur nos pas, il s'étend "trop vite").
Bref, c'est en ce sens que l'Univers est peut-être infini, ou pas, on ne le sait pas et a priori on ne pourra pas le savoir en n'en voyant que ce qu'on peut en voir (et la vitesse de la lumière étant finie, on n'aura sans doute jamais l'opportunité de le savoir s'il est trop grand : soit il est très grand, soit infini, on en pourra pas l'observer).