La moindre influence de la matière noire au sein de l'Univers primitif

Restez toujours informé : suivez-nous sur Google (☆)

De nouvelles observations suggèrent que les galaxies massives, à taux de formation stellaire élevé et datées de 10 milliards d'années, soit de l'âge d'or de la formation galactique, étaient dominées par la matière baryonique ou "ordinaire" - à l'inverse des galaxies actuelles, régies par la matière noire. Cet étonnant résultat a été obtenu grâce au Very Large Telescope de l'ESO. Il suggère la moindre influence de la matière noire au sein de l'Univers jeune. Ce travail de recherche fait l'objet de quatre articles, dont l'un à paraître au sein de la revue Nature.

La matière ordinaire se présente sous formes d'étoiles brillantes, de gaz brillant et de nuages de poussière. Plus insaisissable, la matière noire n'émet aucune lumière, ni n'en n'absorbe ou n'en réfléchit. Seule son influence gravitationnelle trahit sa présence. Son existence explique la raison pour laquelle la matière située en périphérie des galaxies spirales voisines de la nôtre est animée d'une vitesse de rotation supérieure à celle résultant de la seule présence de matière ordinaire (1).

Une équipe internationale d'astronomes emmenée par Reinhard Genzel de l'Institut Max Planck dédié à la Physique Extraterrestre à Garching en Allemagne a utilisé les instruments KMOS et SINFONI installés sur le Very Large Telescope de l'ESO au Chili (2) pour déterminer les vitesses de rotation de six galaxies massives, à taux de formation stellaire élevé, peuplant l'Univers lointain et datant de l'âge d'or de la formation galactique, soit de 10 milliards d'années.

Le fruit de leurs observations est tout à fait surprenant: à la différence des galaxies spirales de l'Univers actuel, les régions périphériques de ces galaxies distantes semblent animées d'une vitesse de rotation inférieure à celle des régions situées à plus grande proximité du noyau central - suggérant la moindre présence de matière noire.

"Etonnamment, les vitesses de rotation, loin d'être constantes, diminuent à mesure que l'on s'éloigne du centre galactique" précise Reinhard Genzel, auteur principal de l'article à paraître dans Nature. "La raison en est probablement double. D'une part, la plupart de ces galaxies massives et précoces sont principalement dominées par la matière ordinaire, la matière noire jouant un rôle bien plus secondaire que ce n'est le cas au sein de l'Univers actuel. D'autre part,  les disques primitifs étaient bien plus turbulents que les galaxies spirales qui peuplent notre proche environnement cosmique."

L'un et l'autre effet semblent se renforcer à mesure que les astronomes observent des régions plus distantes et un passé plus lointain - l'Univers jeune, en l'occurrence. Ces résultats suggèrent que 3 à 4 milliards d'années après le Big Bang, le gaz contenu au sein des galaxies s'était déjà condensé en disques plats en rotation, autour desquels se distribuaient de vastes halos de matière noire bien plus diffuse. Il semblerait que des milliards d'années supplémentaires aient été nécessaires à la condensation de la matière noire, de sorte que ses effets ne prédominent qu'à l'heure actuelle.

Cette hypothèse rejoint diverses observations attestant de la plus grande richesse en gaz et de la compacité plus élevée des galaxies précoces comparées aux galaxies actuelles.

Les six galaxies cartographiées dans le cadre de cette étude sont issues d'un plus vaste échantillon constitué d'une centaine de disques lointains, caractérisés par des taux de formation stellaire élevés, et imagés par les instruments KMOS et SINFONI installés sur le Very Large Telescope de l'ESO à l'Observatoire de Paranal au Chili. Outre les mesures de galaxies individuelles rapportées ci-dessus, une courbe de rotation moyenne a été déduite des faibles signaux en provenance des autres galaxies. Cette courbe composite a confirmé la diminution des vitesses de rotation au fil de l'éloignement des centres galactiques. Deux autres études concernant 240 étoiles entourées de disques confortent également ces résultats.

Typiquement, la matière ordinaire représente environ la moitié de la masse galactique totale. A des redshifts élevés toutefois, elle domine complètement la dynamique des galaxies, souligne une modélisation détaillée.

Notes

(1) Le disque d'une galaxie spirale fait un tour en plusieurs centaines de millions d'années. Les noyaux des galaxies spirales sont peuplés d'un très grand nombre d'étoiles, mais la densité de cette matière ordinaire décroît en périphérie. Si la masse d'une galaxie se résumait à celle de la seule matière ordinaire, les régions extérieures, plus diffuses, seraient animées d'une vitesse de rotation inférieure à celle du centre galactique, plus dense. Or, les observations de galaxies spirales voisines de la nôtre indiquent que leurs régions centrales et périphériques sont dotées de vitesses de rotation identiques. Ces "courbes de rotation plates" suggèrent que les galaxies spirales sont constituées de vastes quantités de matière noire distribuée en halo autour du disque galactique.

(2) Les données de cette étude ont été acquises par les spectromètres de champ intégral KMOS et SINFONI installés sur le Very Large Telescope de l'ESO au Chili, dans le cadre des sondages KMOS3D et SINS/zC-SINF. Cette étude exhaustive de la dynamique d'un grand nombre de galaxies situées à des redshifts compris entre 0,6 et 2,6 - soit à 5 milliards d'années à l'échelle cosmique - constitue une première.

KA
kace

J'ai hâte de récupérer l'article sur Arxiv pour le lire en détails ...
Et je me demande furieusement si c'est en ligne avec les prédictions de MOND, et ça ne m'étonnerait pas ! En effet, l'univers primordial était beaucoup plus compact et dense, et donc la gravité ambiante nettement plus forte qu'aujourd'hui, donc potentiellement au-dessus du seuil a0 de MOND (~10^-10 m/s²), et donc l'EFE (External Field Effect) prévu par MOND pourrait expliquer assez naturellement (ou pas) que la gravité était plus faible qu'aujourd'hui, et donc ces courbes de rotation qui laissent penser qu'il y avait peu de matière noire (dans le paradigme LCDM).
Après, est-ce cohérent et par ailleurs, est-ce compatible avec les observations du CMB ? Pas en mesure de le calculer, mais je ne doute pas que les spécialistes de MOND vont faire les calculs dans les semaines qui viennent.

Et là encore, je fais un pari : ça va être compatible avec MOND ...
Mais les partisans du modèle LCDM vont néanmoins arriver à montrer (après pas mal d'efforts) que "ce n'est pas incompatible avec LCDM, on arrive à ajuster pour expliquer les observations".

Et une fois de plus, ça arrangera la communauté de mettre de côté le rasoir d'Occkam (le plus simple serait quand même de se dire que quand une recette de cuisine, même sans bases théoriques fortes, explique systématiquement les observations, il doit bien y avoir du vrai derrière ... C'est la situation de MOND !) et dire qu'on arrive péniblement à ajuster LCDM pour expliquer a posteriori les observations.

Bref, à suivre.
Et pour commencer, attendons de voir si c'est en ligne avec les prédictions de MOND : a priori peu de raisons si le modèle LCDM est vrai, donc une forte probabilité d'éliminer une bonne fois pour toutes cette théorie MOND. Sauf que ça fait 30 ans qu'il y a eu plein d'occasions de l'éliminer, mais à chaque fois elle est compatible avec les nouvelles observations : d'où ma forte présomption qu'il y a du vrai derrière ; -). Mais avec un peu de chance, on saura si elle est fausse bientôt, ou au contraire, la proba qu'elle soit vraie sera encore renforcée ...
Bref, à suivre ...

VI
Victor

est-ce que vous pouvez traduire le mot cluster
et nous expliquer ce particularisme dans la relativité

KA
kace

Humm, il semblerait que ce soit un auto-didacte: je n'ai rien contre a priori, mais par défaut ça doit être pris avec des pincettes ... J'ai survolé l'article et à 1ère vue je suis un peu circonspect, mais je le lirai plus en détails pour m'en faire un avis plus éclairé.

Note de contexte : je suis assez ouvert par philosophie aux approches "alternatives", notamment MOND qui me semble très attractif et crédible, bien que controversé.
Et j'ai pas mal regardé et réflechi à ce paradigme : il me semble injustement négligé par la science "mainstream".
J'ai aussi regardé d'autres alternatives mais n'ai rien trouvé d'autre qui soit réellement convainquant. Donc à date, je suis dans une posture ouverte entre le modèle standard LCDM et l'approche MOND.
Je vais donc regarder aussi ouvertement que possible cette nouvelle approche ; -)

KA
kace

kace
Et pour commencer, attendons de voir si c'est en ligne avec les prédictions de MOND : a priori peu de raisons si le modèle LCDM est vrai, donc une forte probabilité d'éliminer une bonne fois pour toutes cette théorie MOND. Sauf que ça fait 30 ans qu'il y a eu plein d'occasions de l'éliminer, mais à chaque fois elle est compatible avec les nouvelles observations : d'où ma forte présomption qu'il y a du vrai derrière ; -). Mais avec un peu de chance, on saura si elle est fausse bientôt, ou au contraire, la proba qu'elle soit vraie sera encore renforcée ...
Bref, à suivre ...

Bingo, ça n'a pas traîné : article de Milgrom (le gars qui a proposé MOND il y a plus de 30 ans maintenant) : "MOND thus predicts a substantial decline of the RCs [Rotation Curves] beyond the maximum. This too is in line with what Genzel et al [l'étude qui mesure les courbes de rotations de galaxies lointaines avec z entre 0,9 et 2,5]"
En gros, ça semble confirmer une fois de plus la pertinence de MOND et pose des questions de fond sur LCDM. En théorie (selon le paradigme LCDM), la matière noire s'est agrégée dans l'univers primordial et la matière baryonique s'est ensuite agrégée autour de cette matière noire : il semble donc étonnant que dans l'univers primordial, on mesure des galaxies formées essentiellement de matière baryonique avec peu de matière noire ... Bref, un caillou de plus a priori dans le modèle LCDM
Warning : il va falloir plus de mesures, plus précises sur plus de galaxies pour voir si ces premiers résultats sont confirmés ou non!

KA
kace

J'ai oublié le lien ! Le voilà : https://arxiv.org/pdf/1703.06110

avatar
bongo1981

kace> ce n'est pas si tranché que ça.
Selon MOND, la courbe de rotation ne doit pas diminuer comme une loi képlerienne, mais là... c'est ce qu'on voit...

Ensuite... les mesures sont discutables, dans le sens où on ne mesure la vitesse de rotation des étoiles qu'assez proche du bulbe. Au delà, les bras ne sont pas assez lumineux.

Je pense que l'échantillon analysé n'est pas assez large pour conclure quoique ce soit.

L'article de Genzel and Co :
https://arxiv.org/ftp/arxiv/papers/1703/1703.04310.pdf

KA
kace

bongo1981
kace> ce n'est pas si tranché que ça.
Selon MOND, la courbe de rotation ne doit pas diminuer comme une loi képlerienne, mais là... c'est ce qu'on voit...


Ensuite... les mesures sont discutables, dans le sens où on ne mesure la vitesse de rotation des étoiles qu'assez proche du bulbe. Au delà, les bras ne sont pas assez lumineux.


Je pense que l'échantillon analysé n'est pas assez large pour conclure quoique ce soit.


L'article de Genzel and Co :
https://arxiv.org/ftp/arxiv/papers/1703/1703.04310.pdf

Bah justement, l'article de Milgrom indique que ces galaxies de l'Univers primordial observées ont une densité assez forte qui fait que la gravité est relativement forte, et donc qu'on est dans le domaine "newtonien" et pas le domaine "MOND" : il est donc logique (dans le paradigme MOND) que les courbes de rotation soient plutôt keplerienne.
Donc ça a plutôt tendance à conforter MOND et à affaiblir LCDM
Par contre, on est d'accord sur la taille de l'échantillon trop faible et les incertitudes assez fortes des mesures : NON conclusif à ce stade (mais néanmoins plutôt en faveur de MOND à mon sens)